‹ De la certitude moraleChapitre 7 sur 98 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

« Un seul esprit vaut tout un monde, » dit Leibniz^ car l'esprit « connaît le inonde et s'y gouverne à la façon de Dieu *. » Pascal avait dit plus : « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent point le moindre des esprits ; car il connaît tout cela, et soi; et les corps, rien. » Et ce n'était point le terme oij Pascal s'arrêtait : découvrant un ordre supérieur, celui des choses morales, et là, allant droit à ce qui est surnaturel et chrétien, et qui se nomme charité, sagesse, sainteté, il s'écriait : « Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité; cela est d'un ordre infiniment plus élevé*. » JCant dit à son tour : « La vue d'une multitude innom-

i. Leibniz, Discours de métajphysiqui, n« 36. 2. Pascal, Pensées.

brable de mondes anéantit presque mon importance, en tant que je me considère comme une créature animale Mais la loi morale relève infiniment ma valeur

comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle elle me révèle une vie indépendante de l'animalité, et même de tout le monde sensible ' . »

Toutes ces fortes paroles marquent le rang et le prix des choses. Il y a ce qui frappe les sens : l'éclat des grandeurs matérielles ; il y a ce qui est « vu, non des yeux, mais des esprits » : la science et ses inventions; il y a ce à quoi il suffît d'être « vu de Dieu » : agir bien. Trois .siorles de grandeurs; « trois ordres diflcranl en genre. » Le troisième, l'ordre de la moralité (que l'on peut considérer sans entrer d'emblée comme Pascal dans le surnaturel), voilà celui qui passe les deux autres. L'honneur de l'homme, c'est d'obéir d'une volonté sincère et pleine à la loi morale. Or, cette loi qui commande dans la conscience, n'est pas une vérité isolée : elle a avec certaines vérités, qui de soi sont ^létaphysiques, des rapports si étroits que celles-ci reçoivent elles-mêmes le nom de vérités morales.

La métaphysique semble tour à tour ce qu'il y a de plus inaccessible à la plupart des hommes et de plus familier à tous. La métaphysique savante n'est le partage que de quelques esprits : elle soulève des questions auxquelles le vulgaire ne pense pas ou demeure indifférent; elle parle un langage qui n'est compris

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