‹ De la certitude moraleChapitre 8 sur 98 · Kant, Critique de la raison pratique, cootlnsion · texte numérisé non relu

Kant, Critique de la raison pratique, cootlnsion

que des initiés ; elle se complaît en des spéculations si éloignées du raisonnement des hommes, qu'elle semble un fantôme propre à épouvanter les gens. Otez ces formes savantes : que trouverez-\ous au fond ? rien qui ne soit vraiment humain. La métaphysique, prise en ce qu'elle a d'essentiel, est présente partout, mêlée à tout, parce que l'homme se retrouve partout. "^ Il y a donc deux manières d'envisager les vérités morales. Ou l'on ne regai'de que les notions morales proprement dites, celles qui constituent la morale même ou science des mœurs. C'est le sens strict du mot. Ou l'on considère avec ces notions les vérités métaphysiques qui y sont liées, vérités que la morale suppt>se ou appelle, vérités qui elles-mêmes n'ont toute leur portée, tout leur intérêt, que prises dans leur rapport avec la moralité. On a donc raison de les appeler aussi vérités morales : c'est un sens moins rigoureux, mais parfaitement légitime du mot. Toutes ensemble, vérités morales proprement dites et. vérités métaphysiques, forment ce que l'on peut appeler l'ordre des choses morales, l'ordre moral. On peut dire que c'est aussi l'ordre religieux (abstraction faite ici de la Religion positive). Cette métaphysique vraiment humaine, qui n'est point un système philosophique, mais qui commence avec le premier regard que l'homme jette sur soi, c'est une métaphysique religieuse. Que puis-je? que suis-je? quel est mon principe? quelle est ma fin? Ces questions métaphysiques liées étroitement à la morale, sont aussi des questions religieuses, surtout les deux dernières.

Descartes a dit : « Je suis une chose qui aspire sans cesse à quelque chose de meilleur et de plus grand que je ne suis'. » C'est une profonde parole. Je ne puis nie considérer sérieusement moi-même sans me demander ce qui me soutient et ce qui m'attire. Je suis un être en mouvement : je ne suis pas un être achevé, accompli ; je n'ai point en moi tout ce qu'il me faut pour être; je ne me suffis point à moi-même. Mon origine est hors de moi : et quelle peut être mon origine vraiment première, sinon quelque chose de plus grand et de meilleur que moi? Ma fin est hors de moi : et quelle peut être ma fin vraiment dernière, sinon encore quelque chose de plus grand et de meilleur que moi? Le divin se révèle à moi de toutes parts, et la métaphysique, la morale, la religion naturelle se pénétrant mutuellement, nous comprenons sous le nom de vérités de Tordre moral les plus hauts et les plus précieux objets de la pensée humaine.

i*récisons maintenant, et tâchons de montrer comment ces vérités s'enchaînent et forment un système naturel et indissoluble.

Appelons vie morale tout exercice de l'activité humaine oii se trouve impliquée l'idée du devoir : nous pourrons nommer vérité de l'ordre moral toute vérité qui apparaît comme une loi ou une condition de la vie morale.

Le devoir n'a pas besoin d'être déiini : quand uu

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