PARTIE IV. — SECTION II
mateurs en sont suflisamment pourvus, soit parce que l'on ne peut pas en baisser le prix davantage , vu que les frais de production en excéderaient trop la valeur vénale. Qu’arrive-t-il alors? Que les produits s'accumulent en magasin, et qu'après avoir peut-être ruiné une partie de la population par la concurrence qu'il a créée, l'établissement se voit forcé de ralentir ou d'interrompre la fabrication, et succombe quelquefois sous son propre poids; second résultat que présentent fréquemment Îles entreprises de ce genre. À Cadix, en 1787, l'hospice n'était ouvert que depuis trois ans, et déja les magasins renfermaient pour 473,151 réaux (fr. 126,047 ) de marchandises que l'on ne pouvait écouler ‘. Les produits des ateliers de charité établis en France, au commencement du siècle, n’avaient aucun débit :. Peu de temps après la fondation de l'institution de travail d’Innsbruck, l’entassement des mar chandises ÿ fit suspendre la fabrication *. A
‘ Towssaxo, Voyageen Espagne, t. I], p. 337.
* Fonésé, Pauvreté des nations, p. 394 et 398.
” Statuten der Armen versorguns Anstalt, s. 12 (Znnsbruck. Armenpflege ).
Francfort-sur-le-Mein , les établissemens de bienfaisance sont encombrés de produits en cordes, en fil, en tricot '. À Mannheim, l'accumulation des ouvrages fabriqués a quelquefois compromis l'existence même de la maison d'industrie, et l'on s’est vu réduit à presser les consommateurs de leur donner la préférence sur les produits des manufactures particulières *. Les ateliers de charité des Pays-Bas ont souvent éprouvé les funestes effets de l'excès de fabrication *. En Suisse, on a été plus d'une fois réduit à recourir à des loteries pour écouler les produits des institutions de travail. *
Cet inconvénient se fait sentir même dans Les établissemens agricoles, où l'on ne recourt au travail industriel que pour occuper dans la saison morte les personnes valides , et pour fournir quelque ouvrage à celles qui n’ont pas assez de force pour cultiver la terre. Dans les établissemens de Langnau et de Rüderswil, canton de
‘ Srascx, Armenwesen in Frankfurt, a. m.,s. 55, et akbi.
* Nachricht, 15° fév. 1821.
* Philanthrope, 1822, p.9, 10.
+ À Schwitz. Der Gem. Schw., 2 Jahrg.,s. 16. — A Berne. Hülfsgesellschaft, s. 0.
PARTIE 1V. — SECTION 11. 213 Berne , il a fallu borner la confection des objets manufacturés à ceux qui pouvaient être utilisés dans la maison. À peine les colonies agricoles des provinces méridionales des Pays-Bas étaient-elles établies, que l'on s'est vu obligé de suspendre la fabrication des produits dont elles étaient surchargées. * | Pour assurer à la maison de travail de Venise le débit des nattes de roseaux, le gouvernement a dû lui accorder le privilége exclusif de cette fabrication , mesure qui aurait été désastreuse pour la ville, s’il ne s'était pas agi d’une industrie déjà entravée par les avances d'argent qu’elle exigeait. Quelque avantageux que ce privilège soit pour l'établissement, il n'empêche pas que ses magasins ne soient encombrés de produits qui ont peine à s’écouler. Si l'institut de Trieste n'offre , ni à cet égard, ni sous le rapport de la concurrence, les mêmes résultats, c'est que, indépendamment d'autres causes, la ville, possédant un port franc, se trouve placée hors de la ligne des douanes , ce qui empêche d'y établir des fabriques particulières.
* Philanthrope, 1822, p. g et 10.
Cet état de choses explique aisément l’oisiveté dans laquelle on laisse forcément languir la plupart des indigens qui i dépendent des maisons industrielles de charité, la futilité de l'ouvrage que l'on donne généralement à ceux que l’on fait travailler, les plaintes qui se répètent constamment sur la difficulté, l'impossibilité de leur trouver des occupations suffisantes et convenables.
En Angleterre , une foule d’indigens reçoivent un salaire pour un ouvrage qui n'est que nominal:. Il en est que l'on envoie travailler sur des routes magnifiques où il n’y a absolument rien a faire’. À Saffron Walden, dans le comté d'Essex , on a dépensé, en 1829, 1,500 1. st. (fr. 37,125) pour des travaux de ce genre, tandis que les routes de ce district n’en réclament annuellement que 400 ( fr. 9,900 )*. On ne sait, à Hinkley, à quoi occuper les assistés. En 1823,
* Marraus, de la Population, L. II, ch. vi.
* Le duc px Ricamoxp à la Chamb. des Lords, séance du 22 août 1855. — His Maj. Comm. , 1833; Extr., etc., p. @, rapport de Maczea.
* His Maj. Comm., 1835; Extr., etc., p. 41. — “ Idem, p. 186.
PARTIE 1V. — SECTION HI. 215 sur 856 individus qui habitaient la maison de Saint-Mary-le-Bone, paroisse de Londres, il n’y en avait que 273 qui travaillassent, et 415 sur 1305 en 1829°. À Oxford, on emploie occasionnellement quelques indigens à nettoyer les rues, à casser des pierres, à faire des creux; les autres sont oisifs *. En août 1832, la maison de travail de cette ville n'avait de l'ouvrage que pour quinze hommes, et elle devait en occuper cinquante-trois”. À Gamlingay, dans le comté de Cambridge, soixante-dix à quatre-vingts personnes n'ont d'autre occupation que de relever les pierres dans les champs. On leur donne 2 deniers (fr. Oo, 21 c.) par boisseau , jusqu'au montant de l'allouance qui leur est accordée d’après l'échellef. Is en dégarnissent tellement le sol, que la culture peut en souffrir ; aussi M. Power, commissaire royal, eut-il la surprisc de voir, en quittant la paroisse, huit à dix individus, hommes et enfans , occupés autour d’un moncœau de pierres à relancer dans les champs, les uns avec les mains, les autres avee des
* Londra, Di varie Società di beneficenza, part. II, S. 5, . 1. * His Maj. Comm., 1833; Extr., etc., p. 114. — ? dem, p. 116. —‘ Jdem , p. 132.
battes, celles que naguère ils en avaient enlevées’. Nous avons déja mentionné les travaux dérisoires auxquels, en Angleterre, on assujettit quelquefois les pauvres”. En 1831, les dépôts de mendicité de Belgique contenaient 1026 reclus occupés et 1502 oisifs *. Dans la maison de travail de Wädenschwyl, canton de Zurich , quelques individus seulement sont occupés à filer de la lainé et à tricoter des bas; les autres ne font rien , l'ouvrage que l’on pourrait leur donner étant au-dessus de leur capacité. A Schaffouse, on ne savait comment occuper les pauvres qui habitaient la maison de travail fondée en 1817. À Fribourg en Brisgau, une institution, qui pourtant se borne à fournir de l'ouvrage aux personnes âgées, n’en a point à leur donner pendant la belle saison. Les rapports de la fin du siècle dernier sur l'institution de charité industrielle de la ville de Dresde, mentionnent la difficulté qu'on éprouvait à trouver de l'ouvrage pour-les pauvres validesi. Dans les
* His Maj. Comm. 1833; Extr., etc., p. 133.
? Part. I, sec. n.
3 Ducrériaux, des Moyens de soulager l’indig., etc., p. 41. 4 Dresden, Die Armen Versorgungs Anstalten.
PARTIE IV. — SECTION Il. 217 cantons de Berne et d’Appenzell (Rhodes extérieurs), on a vainement cherché les moyens de les occuper convenablement. Presque tous les indigens rassemblés dans les maisons de travail de Pavie et de Sienne , y languissent habituellement dans l'oisiveté. Celle de Venise est habitée par environ 500 personnes ; le réglement porte qu'elles doivent toutes y trouver de l'ouvrage”. Mais en vain les applique-t-on à diverses sortes de travaux , à la confection de nattes, à celle de colliers, de pendans et d’ornemens divers en perles , en cristal , etc., au filage et au tissage du chanvre , au lavage du linge, on parvient à peine a en occuper la moitié. À Bordeaux , on est fort embarrassé à trouver des moyens convenables d'occuper les habitans de la maison de refuge et de travail; on n'a d'autre ouvrage à leur donner que la conversion de vieux cordages en étoupes pour calefater les vaisseaux, et le
balayage des places et des rues°. Lorsqu’en
* Bern, Schw. Gem. Ges., 1825, s. 117. — Appenzell, R. in.
* Regolamento per la casa di lavoro.
* Rapp. de juin 1827, de janv. 1829, de mai 1830.
1830, je visitai le dépôt de mendicité de Lyon, les femmes y tricotaient des bas, et les hommes n y avaient d'autre occupation que de trier de la gomme pour les épiciers. Le procès-verbal de cette maison, fait en 1833, donne lieu de supposer que ces travaux n’ont pas même pu s’y continuer. On éprouve les plus grandes difficultés à trouver de l’ouvrage pour les 1200 à 1300 pauvres qui peuplent la maison de travail de Philadelphie.
À quels misérables expédiens ne se trouve-ton pas réduit, lorsqu'on veut à toute force faire travailler des gens à qui l’on n’a point d'ouvrage à donner! M. le maire de Boulogne, près de Paris, emploie les indigens valides de sa commune, trois jours par semaine, à balayer les routes de ladite commune, et c'est ce que l’on appelle leur donner du travail !" Et le Philanthrope universel vante l'effet moral de cette mesure !” Néanmoins, s’il faut en croire les commissaires chargés en Angleterre de la dernière enquête sur les pauvres, le demi-travail
: Le Philanthrope universel du 29 janv. 1855. — * Zdem.