PARTIE IV. — SECTION I
de cette ressource par les sociétés de bienfaisance qui font confectionner des bas par les enfans des écoles. À Sumiswald , les salaires sont si bas que les ouvriers industriels les plus habiles n'y gagment que leur subsistance. Il est bien vraisemblable que cet état de choses doit être attribué, au moins en partie , à la concurrence faite par la maison de travail. La maison d'industrie de Venise occupe, depuis 1829 , une quarantaine de personnes à laver du linge. Elles le font à un prix trop bas pour que, hors de l'établissement, les lavandières puissent soutenir cette concurrence. Il en est résulté que plusieurs femmes, dont cette occupation était la ressource, se sont trouvées dès lors sans ouvrage. À Philadelphie, on se plaint de la concurrence que fait la société de prévoyance ; quoiqu'elle se borne à donner de l'ouvrage dans les crises qu’éprouvent le commerce et l’iidustrie. Le travail qui se fait dans les maisons dé détention a eu en France des in convéniens du même genre. À Nimes ; à Eysses, , il a créé une concurrence ruineuse.
Les classes ouvrières comprennent le tort que
* Réglement du 19 juin 1829. .
* Houaxe pe Powmausz , Golonies agricoles, p. 325, 526.
leur font des entreprises de ce geure, et elles les entravent par tous les moyens en leur pouvoir. À Dresde, on voulait faire fabriquer aux pauvres de la maison de travail au moins leurs pro- - pres vêtemens. Les tailleurs s’y opposèrent, et il fallut y renoncer '. A Munich, la mauvaise volonté du public, excitée par les ouvriers à qui la maison de travail portait préjudice, fit qu'en 1798 les contributions volontaires furent de 995 florins (2,134 fr.) moindres qu’en 1797. Il en résulta des mouvemens qui compromirent l'existence même de l'institution *. Il y avait naguère une manufacture de bas dans la maison de travail de Hinkley, comté de Leicester; les inspecteurs qui exerçaient eux-mêmes cette branche d'industrie la voyaient avec déplaisir, et l’ont laissée tomber . En France, les tisserauds et les cordiers de la ville d'Agen ont présonté à la Chambre des Députés une pétition contre les métiers établis dans la maison centrale d'Eysses; et l'honorable rapporteur , . M. Dumon, fait observer que les plaintes de ce
: Dresde. Die Armen Versorguns Austalten.
* Abhandlang, etc., B. 1, s. Gg.
3 His Maj. Comm, 1833 ; Extr., etc., p. 186.
PARTIR IV. — SECTION M. 207 genre se renouvellent très souvent, et méritent toute l'attention de la législature. :
En quelques pays, on a compris la gravité du mal, et l’on a recouru à diverses mesures pour y remédier. Les administrations des établissemens de travail se sont quelquefois imposé, soit d’elles-mêmes, soit d’après les suggesüons des gouvernemens , des règles pour éviter de faire à l'industrie libre une concurrence si faneste. Ainsi, à Trieste, on a arrêté que les produits de la maison de travail se vendraient au prix Courant, pour ne pas avilir la maind'œuvre *. On a pris la même mesure dans l’éta-
blissement d'Augsbourg, vu le tort que l’on faisait auparavant à l'industrie particulière, en vendant avec perte. Les administrateurs de l'établissement de Strasbourg ont manifesté l’intention d'en exclure toute fabrication qui pourrait nuire aux intérêts du commerce et de l’industrie des babitans *. On cherche dans ce méme
: Séance du 28 nov. 1851
* Trieste. Progetto, etc., $.21.— Idem, Organisazione, etc., c. 6,4. 64.
* Strasbourg. Rapport de 1831, p. 21.
but à occuper les indigens de la confection d'objets que les fabriques du pays ne fournissent point, ou ne fournissent pas en quantité suftsante. C'est d’après ce principe que l’on a introduit à Strasbourg, dans l’école industrielle des filles, la fabrication des chapeaux de paille ”, et à Gotha , dans l'institut de travail, le tissage de tapis de pied, de couvertures de cheval, et la coloration des bois *. En Baviere, l'instruction ministérielle du 24 décembre 1833 recommande d'appliquer de préférence les indigens à des industries qui ne soient que: peu op point pratiquées dans l'endroit, afin que les ouvriers qui travaillent pour leur compte n'en souffrent pas de préjudice *. Dans les Etats mêmes de l’Union, pays où généralement les bras manquent, on est conduit à prendre des mesures du même genre. Ainsi, dans le Massachussetts, la crainte de créer une concurrence funeste est considérée comme devant être un motif suffisant pour ap-
” Strasbourg. Rapport de 1831, p.28.
* Gotha. Straf-und Zwangs-Arbeits Anstalt Aussug, etc., 8. 14.
? Instruction da 24 décembre 1833, etc. (. 38.
PARTIE IV. — SECTION 1]. 209 pliquer les indigens à la réparation des routes plutôt qu'a des travaux industriels ’. À Chaumont, chef-lieu du département de la Haute- Marne, on a été tellement frappé du danger qu'ont, sous ce rapport, les maisons de travail, qu'en 1825 on s’abstenait de donner de l'ouvrage aux détenus, afin de ne pas faire tort aux oumiers de la ville. *
Dans son ouvrage sur les colonies agricoles, M. Huerne de Pommeuse parle à plusieurs reprises d’une disposition de la législation anglaise,
‘après laquelle on ne doit généralement occuper les détenus qu'a un travail improductif, afin de ne pas nuire à l’industrie particulière *. Mais les démarches que nous avons faites pour nous procurer le texté de la loi à laquelle ce philanthrope fait allusion n’ont point eu de succès, et les renseignemens qui nous ont été donnés a cette occasion prouvent que, si cette loi n'est pas abolie, elle est peu connue et mal observée.
Il existe néanmoins contre ce danger de la concurrence une garantie plus forte que celles
* Massachusseits. Rep. , etc., 1853, p. 20.
* Fonéaé, Pauvreté des nations; Avant-Propos, p. vi]. * Hoxaux px Pommeusz, Col. agric., p. 36, 321, 457, 723.
que nous venons de mentionner, la garantie que donnent comme nous le verrons, l'incapacité, la paresse , les vices de la généralité des pauvres que l’on fait travailler. Mais, alors si les industries particulières ne sont pas en souffrance, c'est par l'effet de causes qui aggravent les inconvéniens inhérens aux institutions industrielles de charité, et qui en précipitent la ruine, ou de circonstances qui en accusent hautement le honteux et déplorable état. C'est ce que prouveront les détails dans lesquels nous allons entrer. Lorsque le débit des marchandises fabriquées est entravé par des mesures qui en fixent le prix, ou qui limitent le nombre des espèces de produits, il survient bientôt une époque où ce débit devient difficile, d'autant plus que le choix des objets à confectionner se fait d’une manière presque toujours défavorable aux chances de vente. Cette époque n’est même que retardée ‘ pour les institutions qui ne sont soumises à aucune clause protectrice des industries particulières. En effet, la production indéfinie de la marchandise doit, dans tous les cas, amener presque inévitablement un moment où l'on ne peut plus s'en défaire, soit parce que les consom-