CHARITÉ PRÉVENTIVE
Pour prévenir un mal, il faut commencer par en chercher et en reconnaitre les causes.
Quelles sont donc les causes de l’indigence?
Elles sont ou permanentes ou accidentelles.
Première SEecrion.
Causes permanentes de l'indigence.
Il en reconnaît de quatre sortes, et en forme quatre classes :
Ir casse. Celles qui tiennent à la nature des choses, considérées indépendamment de l’état social et de la volonté humaine, savoir :
1°. L’excédant de la population sut les moyens de subsistance. | |
2°, La stérilité des terres qui ne pourraient pas nourrir habituellement les cultivateurs.
3°. La faiblesse physique et morale d’une popula-
RAPPORT. 11 tion qui serait exténuée pat le climat malsain , par le mauvais air, par la mauvaise nourriture.
I: czassz. Causes de misère qui dérivent de l’état social. Ce sont :
1°. Les conditions des baux à ferme.
2°. La baisse de la valeur du numéraire.
3°. L'absence ou la rareté des capitaux.
4°. La difficulté de placer convenablement ses éconornies.
5°. La nécessité de recourir à des emprunts.
II: casse. Causes de misère qui naissent de l’organisation politique et civile, et des mesures de gouvernement.
1°. Les entraves mises aux droits personnels de domicile et au libre exercice de l'industrie.
2°. Les gènes imposées au commerce.
3°. Les actes arbitraires du gouvernement, sa faiblesse , son instabilité, d’où résulterait un défaut général de confiance ; la mauvaise assiette ou la mauvaise répartition des impôts ; leur excès ; les dépenses publiques ou trop grandes ou mal entendues; les lois fiscales trop dures.
4°. Les emprunts publics.
IV* crasse. Causes de misère qui sont du fait de l'indigent lui-même, ou de celui des personnes auxquelles il tient par des liens étroits, et dont la conduite influe sur son existence.
Ce sont les vices et les défauts de l’indigent ou des personnes qui lui sont très proches; les principaux sont les suivans :
1°. Ignorance et incapacité.
2°. Manque de jugement.
3°. Imprévoyance.
4°. Paresse.
5°. Défaut d'ordre, de vigilance et de propreté.
6°. Vanité, désir de briller, goùt excessif de dépense. |
7°. Sensualité , ivrognerie. :
8°. Passion du jeu.
9°. Mauvaise foi.
10°. Actions déshonorantes ou équivoques qui entrainent la perte de la réputation.
11°. Une défiance de la Providence, d'où résulte le découragement , ou une confiance aveugle en elle, qui produit l’inertie,
L'auteur. a traité de chacune des causes comprises dans ces quatre classes ; il les a examinées, développées séparément, et cependant il ne s'est pas trop étendu. Après avoir montré comment agit chacune de ces causes, il a indiqué les moyens qu'il faudrait employer pour en prévenir ou pour en détruire les funestes effets.
Le seul énoncé de ces causes, et particulièrement
RAPPORT. 13 de celles que l’auteur trouve dans l'état de société, dans l'organisation civile et politique, dans les lois, dans les impôts, dans les mesures du gouvernement, œæ seul énoncé, dis-je, suffit pour faire voir que l’auteur a dû se proposer et discuter des questions d'économie politique du plus haut intérêt, et dont la solation présente de grandes difficultés.
Je crois devoir déclarer encore ici qu'il ne m'appartient pas de décider de la justesse des opinions de l'auteur sur toutes ces matières; tout ce que je puis dire , c’est qu’il me semble les avoir traitées en homme instruit et judicieux. Toute cette partie de son ouvrage prouve qu'il a profondément réfléchi sur ce rste et difficile sujet, et qu'avant de l’aborder il avait fait certainement des études longues et fructueuses. | |
J'ajouterai une observation, c’est qu’il était important en effet de s'occuper de la charité qui prévient l'indigence ; car ne serait-il pas heureux qu’on püt diminuer le nombre des indigens ? empêcher surtout la classe ouvrière et laborieuse de tomber dans le dénäment absolu , et d’être obligée de recourir à la charité subventive? Avant de chercher les meilleurs moyens de soulager les indigens, il y aurait quelque chose de mieux encore à trouver : ce serait comment on peut aller au-devant de l’indigence, la combattre
et la détruire, autant du moins que le permet notre état actuel de civilisation.