SECONDE PARTIE
CHARITÉ SUBVENTIVE.
L'auteur distingue trois sortes de charités qui s’exercent en donnant des secours aux indigens; il les nomme : charité banale, charité légale et charité exclusive.
PREMIÈRE SECTION
Charité banale.
La charité banale est celle qu’exercent les particuliers en faisant l’aumône, et en la faisant indistinctement à tous les pauvres qui se présentent. Cette charité a des inconvéniens palpables ; elle doit souvent mal placer ses dons; elle ne peut manquer de tomber dans les piéges que lui tendent de faux indigens ; en soulageant des besoins simulés , elle se prive elle-même des moyens de venir au secours des besoins véritables ; elle entretient et encourage la mendicité , la fainéantise, le vagabondage, le désordre.
Toutefois l’auteur ne condamne pas absolument cette charité; il ne l’interdit pas ; il reconnait qu'elle est dans l'esprit de la religion , et même que l'humanité l’inspire et la commande. Il vaudrait mieux sans
: RAPPORT. 15 doute ne donner qu'avec discernement ; tant que nous pouvons, dit l’auteur, allier la prudence à la pitié, nous devons le faire; mais quand il faut se décider entre l’une ou l’autre, la pitié doit l'emporter. C'est à ce que nous dit la conécience, qu'il ne faut pas combattre par de froids raisonnemens.
SECONDE SECTION
Charité légale.
La charité légale est celle qui s'exerce d’après la loi, c’est-à-dire celle à laquelle la loi oblige, en établissant exprès des impôts, des taxes des pauvres.
Il observe d'abord que partout où la taxe existe, on exige que le pauvre ait un domicile fixe, qu'on peut appeler domicile de secours.
Cela est nécessaire pour savoir à qui l’on donne, pour prévenir les doubles emplois, et pour que la taxe de chaque contrée soit appliquée à ses pauvres exclusivement.
Il remarque ensuite que pour rendre la taxe moins considérable et moins pesante, on exige un travail de l’ndigent valide et secouru ; car il ne serait pas juste de nourrir l'oisiveté et d'entretenir la fainéantie. De là l’établissement de maisons de travail où l'on renferme quelquefois et où l’on détient malgré eux les indigens valides.
Enfin , quand on donne des secours aux indigens, on croit être en droit de les empécher de mendier, ce qui donne lieu à des mesures répressives plus ou moins sévères contre la mendicité.
I] traite donc successivement de la taxe des pauvres, qui est forcée et directe en Angleterre, qui y est excessivement onéreuse, et y engendre beaucoup d'abus ; puis il s'occupe du domicile de secours, du travail et de la mendicité.
Tous ces points sont examinés et discutés d’après des faits bien observés, et d’une manière très judicieuse.
Troisième SEcrIon.
Charité exclusive.
L'auteur appelle charité exclusive celle qui commence par examiner avec soin quelles sont les causes qui ont amené l'indigence de chaque individu , afin de n’accorder ensuite ses bienfaits et ses secours qu'aux indigens qui sont tombés dans cette condition par des accidens que la prudence humaine ne peut ni prévoir ni empécher.
Peut-être l’auteur eüt-il dû nommer cette charité restreinte où restrictive plutôt qu'exclusive.
Il convient que ce système d’une charité qui prend, pour ainsi dire, de grandes précautions pour n'être pas trompée, et qui ne donne qu'avec mesure et en
parfaite connaissance de cause, a été soutenu et défendu par des hommes de beaucoup de science et de talent, et dans des ouvrages fort remarquables par ke mérite du stvle.
Mais il ne peut s'empècher de trouver que ce système restrictif d’une charité qui n'est pas sans quelque dureté , blesse les sentimens de pitié naturelle qui sont au fond du cœur de tous les hommes ; qu'il est contraire aux préceptes de notre religion, qui ordonne de faire l’aumône sans toutes ces précautions ; enfin, il pense qu’il n’est pas à craindre que ce système puisse s'établir.
Avant donc réprouvé ces trois modes de charité subventive qu’il a nommés banal, légal et exclusif, il vient à chercher et à indiquer ce qu’il y faudrait substituer, et quelle serait la meilleure manière et la plus avantageuse pour la société et pour les indigens eux-mêmes d'exercer la charité subventive ou de secours.
L'auteur ne propose de renverser brusquement rien de ce qui existe pour le soulagement des pauvres ; mais il voudrait que, successivement et par degrés, on recourt à d'autres moyens qui lui paraissent préférables.
Il remarque que, de toutes parts, il se forme beaucoup d'associations volontaires de bienfaisance.
C'est sur ces associations qu'il compte pour exer- «or la charité subventive.
l considère 1°. qu’il y a des pauvres valides et ds pauvres invalides ;
a°. Que les besoins des pauvres ne se bornent pas au matériel de la vie, à la nourriture, à des vêtemens, à un asile; que ce serait assimiler l'homme à la brute que de ne songer à lui fournir que ce qui est nécessaire à sa subsistance animale et corporelle ; qu'il y a dans l'homme pauvre comme dans le riche une âtue intelligente , raisonnable , sensible, capable de religion et de vertu ; que de là naissent des besoins moraux auxquels la société n'est pas moins tenue de pourvoir qu'aux besoins physiques et matériels.
Il voudrait donc qu'il se formät des sociétés qui, se consacrant à des travaux et à des actes différens, s’entendissent, se concertassent, et se proposassent toujours en commun le double but de prévenir l’indigence et de la soulager.
1l voudrait aussi que ces sociétés entretinssent des rapports avec le gouvernement, qui n’agirait que dans la sphère où il doit se concentrer.
D'après les distinctions qu'il a établies , il demanderait que ces sociétés fussent de trois sortes :
1°. Sociétés pour le secours des pauvres valides ;
2°. Sociétés pour les besoins moraux des indigens;
RAPPORT. 19 3, Sociétés pour le secours des pauvres invalides,
Sociétés pour les pauvres valides.
Il y a trois manières de secourir les pauvres valides : 1°. le travail qu'on leur procure; 2°. des prêts faits à propos; 3°. des dons soit en argent , soit en nature.
Les membres de ces sociétés, se mettant en relation directe avec les pauvres valides au profit desquels ils exerceraient un respectable patronage, verraient par eux-mêmes ce qu’il conviendrait de faire pour eux suivant les circonstances, et tantôt les préserveraient de tomber dans une indigence prochaine, tantôt feraient cesser pour eux les progrès d’une indigence commencée, tantôt les retireraient et les relveraient d'une indigence açcablante et presque désespérée.
Que de bien feraient tous les jours les membres de pareilles sociétés! Quelle mission plus noble, plus touchante , plus satisfaisante pour des âmes honnètes et élevées !