‹ De la Chine: ou Description générale de cet empire, rédigée d ..., Volume 2Chapitre 2 sur 40 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE LA COCHB^CmÀE. }.

SI. — Précis de Vhistoire et Jt^irAmbiiionsilie ce royaume..

Nous avons déjà vu , dans le chapitre précé- — dent , que les premières rëvolutions du Ton- Cochinchîne. kin a voient été communes à la Cochinchine; que , soumis d^abord à la domination chinoise, puis engagés dans la révolte et livrés à différents usurpateurs , ces deux Etats avoient été forcés de rentrer dans leur première dépendance, après l'heureuse expédition du général Mail. X

DE LA CHINE. LIY. lY.

— ^^ yuene , rers Tan 5o de Jësus-Chrbt. Le réta- Cochinchme. blissemeot de Tautoritë impériale se soutint à foowiiilrîâ'flî la Gochincbine jusqu'en 263. Alors un seirowptrtiaïUeri. gj^g^. cochinchinois , nommé Ku4iene ^ en^

treprit de délivrer son pays de toute domination étrangère; il fit massacrer le gouverneur chinois » et resta paisible possesseur de cette couronne usurpée. Son petit -fils Fane-y eut rimprudence d'adopter, pendant son règne , un esclave appelé Ouene, né à Kouan-nane , dans le Ton-kin , auquel il fit prendre le nom de Fane-ouene. Ce vil étranger, admis dans la famille royale , parvint bientôt , par cette adoption et par ses intrigues , à une puissance ' san» bor-nes* Aucèsia mort de son bienfaiteur, }l*4i^**«fui fixt\pa$: iuifficile de s'emparer du

de son jjets par quaqài&'exp'Saa^ Eclatant , il entra dans le Tonkin à la tête d'une armée , s'empara de Kouannane , sa patrie , et ravagea tout le territoire de Tsine-hoa. Cette expédition est de Tan 347 de notre ère.

Les descendants de cet heureux usurpateur occupèrent long- temps le trdne de la Cochinchine. Cette race royale, appelée Fane, ne finit qu'en 653. On a peu de détails sur les règnes de ces différents princes ; on sait seule-

KTATS TRIBUTAIRES* 3

ment quUls furent exacts à payer leur tribut j^^j^ aux empereurs. L'histoire chinoise donne pa- Cochinchine. reillement peu de lumières sur les rois qui ont suivi. Celui qui occupoit le trône en 1179 tourna ses armes vers le royaume de Camboje ; il y entra à la tête d'une armée , y commit de grands ravages » mais n'y fit aucune conquête. Le roi de Camboje dissimula long-temps son vif ressentiment , pour se mettre en état d'obtenir une vengeance plus sûre et plus éclatante. Dix-huit années s'écoulèrent sans qu'il se permît aucune hostilité ; mais , en 11 97 , il vint fondre sur le roi de la Cochinchine , le détrôna , le fit prisonnier , saccagea ses Etats , et en se retirant mit sur le trône un seigneur camboyen ; mais ce changement de domination ne dura que peu de temps.

Le roi de la Cochinchine ayant appris, MoVnVu'r*d^en 1280, la révolution qui avoit rendu les i7çhi«!*?em! Tartares Moungous maîtres de toute la Chine ,- chinchiM. s'empressa d'envoyer au nouvel empereur , qui avoit pris le nom de Chi^tsou , des députés chargés de présents » et qui avoient ordre de lui rendre hommage en son nom. Ces députés furent traités avec distinction ; mais l'empereur ne se contenta pas du tribut ; il poussa plus loin ses prétentions , e t résolut d'envoyer des grands de sa cour à la Cochinchine , pour y former un

^^^^ tribunal qui seroit seul chargé du gouvernement

Cochînchine. j^ q^ royaume. Ses volontés furent exécutées ;

Mi. sl« wrêîéi." ïnais deux ans après , Pou-ti , fils du roi , indigné qu^un tribunal étranger donnât des lois à la Cochinchine ^ refusa d'en reconnoître l'autorité , et engagea son père à faire arrêter les seigneurs tartares qui , par ordre de l'empereur, formoient ce tribunal*

cJi;^**'**^* Dès que l'empereur eut appris cette nouvelle , il résolut d'en tirer vengeance. Il fit aussitôt équiper dans les ports de la province de Kouan-ton une flotte considérable , chargée d'un graud nombre de troupes chinoises et tartares , dont Sotou fut nommé général. La flotte mit à la voile /et aborda à la Cochinchine. Sotou fit débarquer son armée , marcha vers la capitale et s'en rendit maître en peu de temps. Le roi et son fils furent obligés de chercher un asile dans les montagnes. De là , ils envoyèrent des ordres secrets pour qu'on assemblât en divers endroits de grands corps de troupes , et ils se fortifièrent eux-mêmes dans un bourg, dont les porte&étoient défendues par quelques bons ouvrages et par des

Mention de ia//«. batteries dc canons, nommées batteries de

nés de canons, ^

ver» laSa. ' conoThs mohométans. Alors ils firent secrètement mettre à mort les seigneurs tartares et chinois qui composoient le tribunal érigé par

ETATS TRIRtJTAIRES. 5

l'empereur , et ils ne s'occupèrent plus que des j^^ j^ moyens d'amuser Sotou et de faire périr son Cothinchinc armée. Dans ce dessein , ils envoyèrent à ce général de riches présents pour lui et se» troupes , et le firent assurer qu'ils étoient dans la disposition de se conformer désormais aux volontés de l'empereur.

Sotou se laissa d'abord tromper par cette apparence de soumission ; mais bientôt après il apprit par un trans&ge le massacre des seigneurs tartares et chinois , les intrigues du roi et de son fils , et la marche d'une armée formidable , commandée pour lui couper le retour. Il comprit alors qu'il n'avoit plus de temps à perdre ; il fit avancer ses troupes , et attaqua avec vigueur le bourg fortifié. L'at^ taque et la défense furent également vives ; mais la difficulté du terrain et la résistance opiniâtre des assiégés lui ayant fait perdre beaucoup de monde , il crut devoir prendre le parti de se retirer , pour ne pas voir périr toute son armée.

Le roi de la Gôchinchine se flatta qu^^un pareil échec rendroit l'empereur plus traitable ; il lui députa quelques grands de sa cour , pour l'assurer de sa respectueuse soumission : il ne cherchoit qu'à l'adoucir ; mais , contre soa

jj^ j^ attente , le malheureux succès de^'expédition Cochinchine: n^avoitfait qu^aigtir le monarquc chinois. Sans vouloir même admettre en sa présence les ambassadeurs , il chargea son fils d'assembler une armée et de la conduire lui*même contre le roi de la Cochinchine. Sotou reçut en même temps Tordre de joindre le prince, afin qtie leurs forces réunies pussent accabler leur L. cochinciime ehncmi. Quelque justes que parussent ces me-

cst maintenue *- a / x x

^d»ct, *"***' su^^^s , elles ne furent suivies d'aucun succès ; tous ces préparatiÊ n'aboutirent qu^à quelques actes d'hostilité , et à quelques ravages que commirent les troupes de Sotou. L'empereur Chi-tsou mourut sans avoir pu tirer vengeance de la Cochinchine > et les rois de cette contrée furent maintenus dans leur indépendance , moyennant le tribut ordinaire qu'ils conti-» nuèrent de payer aux empereurs.

Les Min ayant chassé de la Chine les Tartares Moungous , le nouvel empereur, chef de ceûe dynastie , fit notifier son avènement aa trône au roi de la Cochinchine , et , ce qui étoit encore sans exemple , fit faire dans ce patys des sacrifices pour honorer les esprits des forêts, des montagnes et. des rivières. Itataha, quirégnoit alors ,envoyasontributaunouveau monarque , dont il reçut de magnifiques pré-

sents. En 1373 , ce même prince » ayant envoyé dTÏT^ une flotte contre des pirates qui infestoient les Coci^închine^ mers , et ayant pris vingt bâtiments de ces corsaires , fit encore offrir à Pempereur soixantedix mille livres pesant d^un bois précieux qu^on a voit trouvé sur ces vaisseaux ; mais cette bonne intelligence entre les deux cours ne dura pas long-temps. Le roi de la Gochinchine , mal* gré les conseils et les ordres mêmes de Tempereur, porta le fer et la flamme dans le Tonkin. Cette guerre occupa le reste de son règne 5"*"îiid*eJÎÎ; et se perpétua sous les règnes suivants. Il est codLVew' '" peu d^exemples d'une guerre aussi vive et aussi longue ; elle ne fîit terminée qu'en 1471 » par nne bataille sanglante et décisive , qui rendit le roi du Ton-kin maître absolu de ta Gochinchine. Son ennemi s'étoit trop exposé dans le combat, il fut £ût prisonnier , et les Gochincbinois , sans ressources , furent obligés, do subir le joug du vainqueur.

Depuis cette révolution , les historiens chir noi^ disent peu de choses de la Gochinchine. On sait cependant qu'elle parvint à recouvrer son indépendance et qu'elle continua dans la suite à être gouvernée , conune elle Pest encore aujourd'hui, par ses rois particuliers. £q 167 1 , les Ton-ldnois tentèrent encore une

57b cipédition contre la Cochinchine. Les grands CocbinchtiM. prëparatife qu'ils aToient faits , et qaatre- Yingt mille hommes effectif , sembloient leur promettre une conquête et des succès £iciles. Les Cochinchinois n'aToient pas Tingt*cinq mille hommes. Les deux armées s'attaquèrent, et le combat dura trois jours : les Ton-Linois y perdirent dix-sept mille hommes, et les Cochinchinois remportèrent une Tictoirc complète. Depub ce tems , le Ton-ldn s^est paisiblement contenu dans ses limites ; la Cochinchine , au contraire , s^est agrandie en forçant les rois de Tsiampa et de Camboje à lui payer tribut.

Kouv»ii»ipiiiiw. Les Anglais qui accompagnèrent le lord «hinehiaa. Macartucy nous donnent quelques détails plus récents sur Tétat politique de ce pays. Lorsqu'ils parurent dans la baie de la Cochinchine , qu'ils appellent Turon, leur arrivée y causa de vives inquiétudes. Un capitaine de navire de Macao , qui se trouvoit dans la même baie , leur en apprit la raison; « Il dit que la ville » de Turon , ainsi qu'une partie de la Co- » chinchine , étoit alors soumise à un jeune » prince , neveu d'un usurpateur; mais que i> le descendant des premiers souverains rcs- >» toit maître de quelques districts dans le

ETATS TRIBUTAIRES, g

» midi du royaume , et attendoit chaque ^^"j^ *

» jour des secours qui dévoient arriver d'Eu- Cochinchine.

^> rope , pour Taider à remonter sur le. trône.

» Ses ancêtres avoient souvent donne des

M marques de bienveillance aux missionnaires

» européens et toléré Pexercice de la religion

» chrétienne parmi leurs sujets. Le principal

» de ces missionnaires , qui avoit reçu du pape

» le titre d'ëvéque de la Cochinchine, se rendit

» en France avec la qualité d'ambassadeur du

» roi cochinchinois , et y conduisit même ce

» jeune prince ^ auquel la cour de Versailles

> témoigna beaucoup d'intérêt. Des secours

» lui furent promis , et on prenoit en effet

» des mesures pour les envoyer ; mais Tex-

» pédition fut arrêtée par les événements ex-

» traordinaires qui eurent lieu en France....

» Cependant quelques Français se joignirent

» au jeune roi de la Cochinchine , et lui don-

» noient des espérances avec lesquelles il ne

» manqua pas d'encourager ceux de ses sujets

» qui lui étoient restés fidèles. Ses ennemis,

» possesseurs de la baie de Turon , appréhen-

» doient donc que l'escadre anglaise ne fût en-

» trée dans la baie avec des desseins hostiles....

» LaprovincedeDon-nay,quiestsituéeaumîdi

V de la Cochinchine , s'cloit déclarée pour le

lO DE LA CHINE. LIV. IV.

: dUT"^ * descendant de ses anciens souverains ; mais Cochiachipe. » Quin-nong, OU la provincédu Centre, aToit »> passé dans les mains du dernier usurpateur. i> Cet usurpateur confia alors le soin de ses » conquêtes au, nord à un frère puîné , qui se » servit des forces quHl avoit en main pour D attaquer le royaume de Ton*kin. L'ayant M envahi , il se déclara roi du Ton-ldn , et » même de la Cochinchine , se proposant n d'enlever non-seulement tout ce que son » frère possédoit encore de ce royaume , » mais la province méridionale » restée fidèle » à ses anciens souverains. Mais ce con- » quérant mourut au mois de septembre 1 792. » Il laissa deux fils, dont Taîné , qui étoit bâ- » tard , resta maître du Ton-kin , et prétenyy dit que tout Théritage de son père lui ap- » partenoit. Le second , né d'un légitime 3^ mariage avec une princesse ton-kinoise , » se trouvoit à Turon à la mort de son père , » et s'empara aussitôt des rênes du gouverne- » ment, en qualité de successeur de ce con- » quérant. C'étoit celui qui régnoit à Turon » quand l'escadre anglaise y arriva. La ré- » bellion et la guerre civile de la Cochinchine T^ duroient depuis plus de vingt ans (i). »

(1) Voyage du lordMacartney à la Chine, tjomejî, page 129.

§. n. Obserçations géographiques $ur la Cochinchine (i)^ CochiDchîne.

La Cochinchîne, ou royaume d^Anname, Bt««j««. .««?<«» située entre le lo® degré 3o minutes et le 17* 3o minutes , latitude nord , a environ cent quatre-vingts lieues du nord au sud , sur une largeur médiocre et très -inégale de Test à Touest. Elle est bornée au nord par le Tonkin , à l^est par la mer , au midi par les royaumes de Tsiampa et de Camboje , et à Touest par une longue chaîne de montagnes , habitées par des peuples sauvages appelés Kémoïs. Sa largeur varie selon que les montagnes î'éloignent ou se rapprochent du rivage de la mer. Cette largeur est de quinze à vingt lieues dans les provinces septentrionales , presque nulle vers le centre , où les montagnes ne laissent entre elles et la mer qu^un chemin de communication. Le pays devient plus ouvert dans les provinces du midi ^ où la chaîne montueuse , en s^éloignant davantage vers le

(1) Nous profiterons de quelques remarques intéressantes que M. Poivre nous a laissées sur ce royaume peu connu , qu'il a eu occasion de parcourir : on est toujours sûr de ne pas s'égarer quand on marche à la suite d'un observateur aussi exact et aussi judicieux. Voyez Voyage d* un Philosophe. Paris, i797;in-8«.

' jj^|^"J^ couchant, laisse à la culture des plaines de

Cochinchine, trente à quarante lieues.

se»proyiiie««, Les provinces dont se compose la Cochinchine sont au nombre de onze , quatre au nord et sept au midi (i). Elles fournissent de l'or , du fer , de Tivoire , du bois d'aigle et de calamba y d'autres bois précieux pour l'ébénisterie , la cire , le poivre , la cannelle , le sucre , la soie, le coton et diverses espèces de riz. Cette dernière denrée abonde sur-tout dans la province de Dôn-nay , la plus méridionale de toutes. Cette riche province, conquise depuis un siècle sur le royaume de Camboje, doat elle faisoit partie , est aujourd'hui le grenier de la Cochinchine, $« capitait. La capitale du royaume d'Anname s^appelle Hué, et a donné son nom à la province où elle est située : celle-ci est une des quatre qui sont au nord , et la plus avancée vers le midi . Cette capitale , bâtie au milieu d'une vaste plaine et à quatre lieues de la mer , a environ cinq lieues de circonférence, et n'est point entourée de murailles. Une large rivière , qui

(i) Voici les noms des quatre provinces du nord : Digne-* cat , Quan-bigne , Digne-gnoë et Hué. Ceux des sept provinces du midi sont : Kiame , Quan-glia , Gouï-nigne , Fou-yene , Fhaneri-phaneran , Nia-han et Don-nay. .

ÉTATS TRiBUTAIREiS. i3

porte son nom , la traverse et la partage en ^^^ deux portions à peu près égales ; une foule de Cochmchin«. canaux, creusés de main d^hommes, condui* sent et font circuler les eaux du fleuve dans toutes les parties de cette ville immense. Les quatre palais du roi et un grand nombre de pagodes ou temples d^idoles sont les seuls édifices publics qui s'y fassent remarquer ; toutes les maisons des particuliers sont d'une grande simplicité , la plupart construites en bois , couvertes de tuiles , et toutes disposées entre cour et jardin.

Cette capitale est divisée en douze quartiers ^ tous situés sur les bords de la rivière. Celleci peut avoir un quart de lieue dans sa plus grande largeur. Elle prend sa source dans les montagnes du royaume de Laos, court du nord-ouest au sud-est , et arrose une plaine d'environ vingt lieues. Elle arrive à la mer sous la latitude nord de i6 degrés 4o minutes , .et sY jette par deux embouchures principales , qui formoient autrefois de bons ports ; mais des inondations extraordinaires y ont formé des bancs de sable, qui ea interdisent aujourd'hui l'entrée aur^lus petits vaisseaux. Cette belle rivière n'est traversée par aucun pont : on n'en trouve d'établis que sur les canaux;

l4 DE LA CHINE. LIY. IV.

JTb encore ceux-ci, construits en bois ou en bam- Cochinchine. j^^^ ^ sont-ils SI étroits et si peu solides , qu'on

n'y passe point sans frayeur.

^wu^'^'"' *** Trois grandes rivières arrosent la Cochinchine , et trois ports principaux semblent partager toute rétendue de ses côtes , qui comprennent septdegrés, en trois intervalieségaux. Les quatre provinces du nord, qui n'ont que de petits ports pour des bateaux, ne sont pas fréquentées par les étrangers ; mais elles renferment deux des principales rivières , celle de Hué , dont nous venons de parler , et la rî- . vière de Digne-cat. Celle-ci , qui est la plus septentrionale , sépare la Cochinchine du Tonkin ; elle coule de l'ouest à l'est , et se jette dans la mer vers 17 degrés 3o minutes de latitude.

La troisième grande rivière est celle de Hane , dont la direction est du nord-ouest au sud-est , et qui a son embouchure sous la latitude de i5 degrés 5o minutes. Elle se jette dans la vaste baie db Hane , indiquée dans les cartes et par les voyageurs sous le nom de Tourane ou Touron. Cette rivière traverse la province de Kîam , dont la'capitale , appelée Hué-hane, est la ville la plus commerçante du royaume d'Anname. Elle n'est presque habi-

ETATS TBIBtITAI&ES. l5

tée que par des marchands : on y comptoit en — J^^j^j —

lySo plus de dix mille Chinois établis , mariés Cochinchîne.

et soumis aux tributs. La rivière de Hane se

jette à la mer par deux embouchures , qui se

trouvent séparées par la petite isle de Kiam.

Cette isle forme d^un côté, au nord-est , Tex--

cellent port de la baie de Hane ou de Tou*

rane , et de Tautre , au sud-ouest , le port de

Fai-fo ou de Hué - hane. Ce dernier port est

moins sûr que celui de la baie pour les grands

vaisseaux ; mais il est plus commode pour les

sommes ou joncques chinoises , qui ne tirent

que dix à dauze pieds d^eau , et peuvent ve-^

nir mouiller le long des quais de la ville même

de Hué-hane.

£n suivant les côtes vers le midi , sous la latitude de i3 degrés lo minutes , on trouve le troisième port , qui est celui de Neuc-mane ; il appartient à la province de Qnan-glia. Ce port est vaste et le plus beau de la Cochinchine ; mais il est peu fréquenté , à raison de son éloignement de la cour. Comme le roi est le premier marchand de ses Etats, il est le centre , et souvent Tarbitre absolu de toutes les opérations du commerce. Obligés de faire de fréquents voyages à la cour pour y discuter leurs intérêts , les capitaines des vaisseaux

l6 DE LA CHINE. LIV. IV.

" j)g jjj iiK^rchands préfèrent d^aborder dans les ports .Cochinchine. jg Hué-hanc, moins éloignes de la capitale. Les. marins de ces trois ports sont lei; plus habiles du pays. Ce sont eux qui parcourent , chaque année cette longue suite de petites isles et de rochers, connus sous le nom àePa* racel, qui bordent à vingt ou trente lieues de distance toute la côte de Cochinchine : ils s^ rendent pour y faire des salaisons de poisson , y ramasser ces nids d^oiseaux si célèbres dans tout l'Orient , et dont nous parlerons ailleurs , et pour y recueillir les débris des vaisseaux naufragés.

Tempâra;«re, ^^ p Christophc Bori , jésuitc Milanais , et ancien missionnaire à la Cochinchine , admet, pour celte contrée , la succession des quatre saisons , quoique moins régulièrement distinctes qu'en Europe (i). M. Poivre partage Tannée annamitique en deux seules saisons , qui sont Tété et l'hiver. Celui-ci comprend tout le temps que durent les pluies , qui commencent

( i ) Relatione délia nuopa Missione délia compagnia di Giesu al regno délia Cocincina, scritta dal padre Christoforo Borri j in Roma, Fr. Corbelletti , i63i ; m-8°. — Traduite en français. Rennes, Jean Hardy, i63i , in-8°; en latin, Vienne en Autriche , i633 ; et en anglais , par R.obert Atsley, Londres , i633 , in-4o. Qiurchill a inséré cette traduction dans le second yolums de sa Collection de Voyages,

][tâts tributaires. 17

au mois de septembre et finissent en avril. j^^j^ Des pluies aussi continues y produisent, comme Cochinchine. au Ton-kin , des inondations annuelles ; mais^ elles sont utiles à Pagriculture. Le limon qu^elles déposent engraisse et fertilise* les terres.

Diaprés les observations faites avec le thermomètre de Réautaïur dans les provinces de Hué et de Kiam , le degré de chaleur , depuis mai jusqu^à la fin d'août , varie entre le 16* et le 24^ degré. Il arrive quelquefois , mais: assez rarement , que , dans les mois de juilletet d'août , la chaleur s'élève jusqu'au 3o'. degré. Depuis septembre jusqu'à la fin d'avril , le degré de chaleur varie de 10 à 16 et i8. Les vents qui régnent sur les côtes de la Cochinchine sont ceux dé mousson. Depuis le mois de mai jusqu'en octobre , ils soufflent du nord-est au sud-ouest , et dans une direction opposée pendant lés six autres mois. La plus grande partie de ces côtes présente des rivages de sable ; la mer y est assez profonde y et le mouilla^ est uh fond de sable vaseux , mêlé de coquilles. Quelques autres, ri vage^ sont couverts de cailloux;» ou de pierres arrondies , roulées par les torrents qui descendent des montagnes. Dans ces parages, le

l8 DE LA CHINE. LIV. tV.

j)^j3 mouillage est dangereux : on n'y trouve qu'un Cochinchine. f^^^ ^^ roches, La: mer^ vis-à-vis les rivages de sable , abonde en madrépores* On y pê-* che beaucoup de corail noir 9. dont les ba^ guettes pliantes ont quatre . à cinq pieds . de longueur : on y trouve aussi le corail articulé , et un très-grand nombre de belles coquilles.

La Cochinchine ne produit pas de soufre. Quoiqu'elle soit très-riche en mines d'or et de fer , on n'y a encore découvert ni cuivre , ni étain , ni plomb. Les volcans et les tremblements de terre y sont inconnus.

M. Poivre observe qu'il n'a vu, dans le cours de ses voyages «aucune terre sur laquelle la mer gagne plus sensiblement que sur les côtes de la Cochinchine. Depuis i^/^J^ jn&q^x^eik 1749 y îl A trouvé que la mer a voit gagné plus de trente toises d'orient en occident.

S. III. Gomemement, mœurs ^ agriculture, animaux domestiques et saut^ages de la Cochinchine.

GoDrernmtnt. f^ Cochinchinc obéit à un ^eul souverain , chef absolu , investi de tous les pouvoirs. Ce prince: gouverne par quatre ministres , dont deux , qui sont les premiers en dignité , sont nonmiés ministres de la main gauche « et les deux autres ceux de la droite. Ces quatre mi-

lÈTATS TRIBUTAIRES. I9

nistres , qui sont ordinairement choisis parmi oTu les plxis proches parents du prince , se parta- ^ ^^^ "**' gent entre eux toutes les a(&ires civiles et mi* litaires , et forment le conseil d'état. Les gouverneurs des provinces sont nommés par le roi , qui les renouvelle tous les trois ans. Ce terme écoulé, ils sont rappelés dans la capi-^ taie , où on leur fait ordinairement restituer ce qu^ls ont pillé dans les provinces. Ces gouverneurs exercent une autorité despotique; ce sont eux qui règlent et imposent ks tri-buts. D'autres officiers sont envoyés par la cour pour les percevoir, et ceux-ci remplissent rarement cette mission sans se rendre ^ coupables de concussions et de rapines.

La Cochinchiae , qui à fait si long-temps partie de Tempire chinois , en a conservé presque toutes les lois , k quelques modifications près, cbmmandées par la différence du clî-? mat , et par quelques usages qui lui sont devenus particuliers. Les édits du souverain citent et rappellent sans cesée les malimes des anciennes ordonnances de la Chine.

Ce royaume est entièrement ouvert, et n'a f«c« militaires. pour toute défense que quelques places for-: tes , construites sur la frontière du Ton -lia. Le FOI entretient quatre c^iit% élépltants , cent-

Dg J3 galères armëes chacune d^une pièce ée canon , Cochinchine. ç| environ yiiigt mille hommes de troupes ; mais dont il peut augmenter le nombre lorsque les circonstances Texigent. Les armes des soldats cochinchinois sont le fusil , le sabre , les flèches , la lance , le jayelot et le bouclier. Chaque corps de troupes est pourvu de quelques canons. On en compte dou2e cents , disposés autour du principal palais que le souverain occupe dans sa capitale. Ces canons , dont un certain nombre sont en bronze et d'une belle proportion , ont été anciennement fondus dans le pays par, un nommé d*^osia , habile fondeur portugais, qui avoit fait naufrage sur la côte.

Mœurs et usages. Les Aunamitcs , toujours pleins de respect pour la Chine, leur ancienne métropole , en ont emprunté leur religion, leur morale, la ' plupart de leurs usages civils , leur estime pour les lc|ttres , leur manière de se vêtir , de vivre , de converser , etc. Us étudient les livres de Confucius , et admettent tous les principes de la religion primitive et naturelle , enseignée, par ce philosophe. Mais cette religion n'est pour eux que spéculative ; leur religion pratique est ridol&trie. Quoique le nombre de leurs idoles sQÎt prodigieux , le culte du dieu Fo est/

celui qui domine. Les bonzes qui desser- j^^. vent les pagodes jouissent de revenus en fonds Cochincinne. de terre , et il leur est encore permis de faire des qâétes. Ils sont ignorants , très -corrompus ^ et aussi ndëprisés qu'à la Chine;

Les Annamites sont doux , polis , affables envers les étrangers, qu'ils accueillent avec une constante bienveillance ; ils se montrent dociles à la raison; mais susceptibles d'une inquiète curiosité ; ils sont unis entre eux, francs , hospitaliers; compatissants pour les malheureux^ maft enclins à la volupté, ei passionnés pour les femmes. Celles-ci sont belles en général , et ont Pesprit beaucoup plus délié qiie les hommes. Loin d'être esclaves, comme dans la plus grande partie de l'Asie , les femmes annamites sont maîtresses absolues dans leurs ménages , et c'est à leurs soins et à leur intelligence que leurs maris abandonnent la conduite de toutes les af£iires domestiques. Les jeunes filles jouissent d'une grande li-^ berté ; leur coquetterie ne nuit point à leur réputation , et plus elles ont compté d'amants, plus elles sont sures de former un établissement avantageux. Les femmes mariées sont sages et fidèles.

Les Cochinchinois ont un langue commun^ Ifû^.;

;u(» cocu;nuise.

— ^^ el vulgaire , très- différente de celk delà Clôûe , Cocbinc^ne, quoique coinposëe 9 comme elle , de mooosyl-^ labes; et le&caractèrea>doat ils se servent pour récrire ne sont pas; moins inconnus aux Chinois. Outre cette lângjue^iju^ilsappeUenkndme^ ils en ont une autre qu^ils nomment /^/.Celleci^e^t la .langue satapte ^ évidemment dejFirée de la langue mandarine delà Chine. Ils récrivent en caractères qiû peu^irént être lus des Chinois ; mais ils les prononcent d^une mn^ nière si étrange^ que. 1^ phial^liile .lettré ^ là Chine ne peut lesi recoOiMiître' m- les eft-^ tendre. - * .^ .

La Cochîncbine n'a point d'iitiprîmeries : tous les livres imprimas qu^ellè possède lui viifnnent de la Chine^ £Ue compte quelques historiens f des poètes , et un assez gnoid ^nom* biie d'écriv^ns moralistes ; mais tous ces ou^ vrages nationai^x n^existent et ne circulatt que manuscrits. La musique et les instrumenta 8oat le# mêmes qu'à la Chine. Presque tous les arts micaitiques y sont exercés , et les^utrîens.ne manquent ni d'adresse ni dîiAljelligence* Esp^es direrses Lês Cochiuchinois cultivent cinq- espèces de ris. La première e$t le p^Ut riz , dont le grain est menu , alongé , transparent. Il est regardé comme le plus délicat^* et c'est or-

dinairemeift le seul que les raédecins pcr- ^j^j mettent aux malades. La seconde est le gras Cochinchioc. riz long ^ .dont la forme est arrondie. La troisième , k riz rouge ; on. Pappelle ainsi parce >que son grain ^t recouyert d^ime pellicule rougeàtre , très - adhérente , et qu^(m n^enlève cpiW^ beaucoup de peine. Ces trois sortes de ris sont celles qui constituent la nourrilure hafaoifuelle du peuple , et doitt Tabônâattàce est d^tm. besoin absolu ; elles demandeprt beaucoup d'eau , et ne lèvent que dans, des teires fréquemment inofandées» Deux autres espèces de riz sont particulières à ja Cochîndine*: celles-ci croissent dans des terres sèches , et ne demandent v comme notre iromènt ^ d'autre eau que celle qui tiond^e du deL L^une de ces espèces donne un grain blanc comine la neige y et toutes deux 'lioraent un objet important de 'coihmeroe. pwnr la GUnè. On ne les cultive ^fise sur les coteaux et ks moalagnes^'oà -Pon pr^are la terre eh lui donm^nt une seule façon av^ec là. bêche. Qb sâme ensuite ces grakB'f' ffonune nous semops notre froments vears. la* fin de décembre ou dans ks. premiers joQi^ .de janvier ^ tempu.auqnel finît ksaison des pluies continues. Le riz ^seo^eél à ^^

a4 DE LA CHINE. LIV. IV.

^^"j^ " près trois mois en terre , et il rapporte

Cochincfanie. beauCOOp.

• . M. Poivre a' cru que ces deux précieuses espèces de riz pourroient être cultivées en France , et s'y acdiroater, « En i749!Bt 1750, .» j'ai traversé , dit*il , plusieurs fois les mon- > tagnes de la Cochinehine , où ce riz se » cultive; elles sont très-élevées , etlatem- » pérature de Pair y est froide. J'y observai , » au mois de janvier , qv^ le riz étoit très- » verd , et avoit plus de. cinq ppàces de » hauteur , quoique la liqudur du thèrmo^ » mètre de Réaumur ne fut , sur le lieu j qu'à ^ trois degrés au-dessus :du poî&t.d^.congé-^ y> latien. n RftMc transporte Encourasé pdF cettc observation ^ ce sage ' voyageur transporta a l'Isle-de-France quelques- quinjtaux de ce riz ^ qu'il y fti sçmer. Il leva) bien 9 et rapporta plus qti'aucirate autre espèce du pays.LetfîroloiiSJPeçurentsGBEipiré- .seiit lAvec d'autant rplus d« reccxmoissànce , 4ne cexie , qui.esb plus fécond et de msilleur goût (^ n'a pas besoin dUnondation y et qu^é^^ ttet.< sur 'lalj&rre quinze à vingt jours; àp laaoins que ies autres ,< il peut:étrje cueilli, et serré idahs'Ieà gratines purantiftsài^on des ouragans , «qui «utèvent et détruisent souvent les moîs-

Dfgitized by VjOOQIC

sons des autres espèce» de riz , qui sont plus dcH*^ tardives. On devoit espérer que ces avantages Cochinchine. -engageroient les colons à cultiver le riz sec avec soin , et qu^ils auroient pu dans la suite transmettre à la France cette nouvelle planté nourricière ; idaîsmalheureusenient sa culture a été abandonnée à la mal-adresse des esclaves ^ qui Tout tnélé à d^au^res espèces de riz ; dé sorte que celui de la Cocbinchine étant mûr beauco^up.plus tôt que les autres. , scm grain est tombé avant la moisson , et peu-à-peu Tespèce s^en est perdue .dans Tisle. Il faut aujourd'hui , pour en objLenir de nouveau , retojurnêr à la Godiinchine , terre natale du riz sec. Il nous arrive des contréeé les plus reculées de PAsie tant d'inutiles bagatelles ! quelques livres seulement 4le ce grain pré* I cieux , apportées par un voyageur , pourroieot devenir l'mîgine d'un immense bienfait ^ et lui donner de justes droits à la rec(»moissancQ^de TJ^urope.

Laf manière dont les Gochinchinbis cul- ciaumàntit. tivent' lé riz ordinaire , est à peu près la mémo que celle des Malabares de la câ^e Àt Coromofnd^l. Ils; couvrent. de quelques ligiies d'eau la' svperftoie d'an champ: piartipulier \ bieq travaillé à la bêche , et dèà que le i^iz^ à

2(î DÉ LA CHINX LÎV. IV.

* — j^ — cinq ou six pouces de hauteùi: , i)$ Tarraclienf ^

Cgchinchine. et le transplantent dans (le grandes terres t par

, petits paquets de quatre à cinq brins , et à six

pouces de distance les uns des autres. Ce sont

ordinairement 1^ ie|Bines et les en&tats qui

sont chargés de Qette opératii^.

Les Anns^ngitçs n:'emp}oie9t'qQ6 des buffles à leur labour. Ces , animaux. , dont Tespèçe est très^grande en Cpchinehin^ , m^ plias vigoureux que les boeufs dans lesi pays ch^^uds » et ils se tirent pWs aiséoiiiit des boues profondes qui composent les rivières, On les attela de la m^énie maai^re que les çbevaus. Ces peuples n^ont. besoin d^aucuae .mackinetpour inonder leurs. champs; leurs plaines sont dominées , d'un bout du. royaume à Tautre , par une chaîne de hautes montagpea oùsetrouyeofc quantité de senirces et de riûsseàox qai tombent et viennent naturellement* arroser, les terres. Culture <ieu Aorès la culture du riz , celle ée la canne

csnne ^ sucre.

à sucre est la plus importante, pour \jx Co*chincfaine ; aucune autre contrée de: VAsie n^oflre un sol plus favorable à cet utile roseau. On y cultive deux espèces dfe camsies : Tune est très-gros8e*et très-'haute ; elle a les nœuds fort séparés les uns des autres » une coideur toujours verte , et contient îmé grande quao-

ETATS XaiBUTAlEKS. 27

tilé de &tic« mais peu abondant en sel : Tautre — TT', —

* • ' De la

espèce a la tige plus gréië^ moins haute , et Cochinchine. ses nœuds sont plus.raq[iprochés ; lorsqu'elle mûrit ^ sa couleur dey ient jaune ; elle donne moins d'eau que la première , mais cette eau est plus chargée de sel.

Lorsque les- Annamites veulent se former une plantation de cannes à sucre ^ ils corn* mencent par remuer la terre à deux pieds de profondeur ; cette opération s'exécute avec la pioche; ensuite, ils plantent, trois à trois y des boutures de canne dans un sens couché , à peu près conmie on plante la vigne dans plusieurs de nos provinces de France/, . ces boutures sont enfonoées à.envifx:>n dix**huit pouces .eA terre » et f^ntées en échiquier , à six pieds de distancé les unes des autres; on choisit pour cette opération , la fia de la saison des plaies » poul: que la bouture soit humectée , jusqu'à ce qu'elle ait poossé sea racines. Pen^ daat les six premiers mois, on donne au jeune plant âe«x. façons avec la pioche , pour en-» fouir les herbes' et accumider au pied des cannes la terre des envimas, /

Douse ou qiiatorBe omis apràs qune les caBMs ont été plantées > arrinreie temps de leur récolte. Quoique : mises en terre à six

^j^^ pieds de distance , elles ont tellement tallé , Cochiuchine. qu'il faut employer le fer pour s'ouvrir un passage et pénétrer dans le champ. Toutes ces tigf s , coupées et liées en Êigots , sont ensuite transportées au .moulin. Cette machine « con>* posée de deux cylindres mis en mouvement , . et entre lesi^uels on fait passer le roseau , ressemble beaucoup à celles dont cm se sert dans nos colonies de T Amérique. Quand le suc de la canne est exprimé, on le fait bouillir pendant quelques heures , pour qu'une partie de son eau s'évapore ; puis on le transporte , pour être vendu dans cet état au marché le plus voisin. C'est là que se terminent le travail et les profits du cultivateur:

Fabricaiion du Dcs marchands achètent ce suc , qui ne ressemble encore qu'à de l'eau pure ; ils le font cuire de nouveau, et jettent dans les chau- . dières quelques matières alkaliiie$ ^ telles que la cendre des feuilles de musa , et de la chaux de coquillages. Ces ingrédiens, qui hâtent la séparation duselavêc i'eau, ocGasiénnent une écume Considérable , que le fâffineur a soin d'enlever. Enfin , à force d'ébuUition , on réduit le suc de la càone en consistance de sirop , et dès que ce sirop commencie à perler , on le décante dans un grand vs^isseau de terre , où

ôn le laisse se refroidir entiron pendant une bTu heure. Bientôt le sirop se couvre d^une petite Cochiochinc. croûte molle et de couleur jaunâtre : alors on se hâte de le verser dans des vases parti cu-> liers , qu^on nomme formes.

Ces formes sont en terre cuite , comme celles de nos sucreries américaines. Ce sont des vases coniques , de la hauteur d^environ trois pieds , ouverts à leur base , percés à leur extrémité aiguë , et qui contiennent ordinairement quai*ante à cinquante livres de sucre. Ces formes remplies se placent sur d'autres vases de terre , dont l'ouverture est dans une proportion convenable pour recevoir la pointe des cônes renversés qu'on y introduit. Ces récipients doivent, être assez grands pour conte-nir le sirop grossier qui découle du sucre à travers un léger bouchon de paille , qui ferme imparfaitement la petite ouverture delà forme. Aussitôt que le sirop paroit avoir pris la consistance de sel dans toute la capacité de la forme qui le contient , on s'occupe du soin de le terrer, pour le purifier et le blanchir.

Kous n'entrerons pas dans le détail de cette opération, qui dure 12 a i5 jours, parce qu'elle ^st la même que celle qui est en usage dans nos colonies d'Amérique. Les Cochinchinois

Abondance de ce r te denrée.

jy^ ^^ ne donnent point d'autres préparations à Cochinchine. jeur sucre. Après l'avoir terré avec soin , ils le vendent dans les marchés publics et dans leurs ports, où abondent une foule d'étrangers , attirés par la belle qualité et la modicité du prix de cette denrée , qu'ils ne trouvent dans aucune autre contrée de l'Orient en aussi grande abondance qu'à la Cochinchine. Le sucre blanc , de première qualité , se vend communément dans le port de Fai-fo, en échange d'antres marchandises , h raison de quinze francs de notre monnaie» le quintal cochinchinois, qui pèse centHrinquanle de nos livres, poids de marc/Le commerce de cette denrée est immense. La Chine seule , dont le territoire n'en produit ^as une assez grande quantité pourra oonsommation , en tire annuellement de la Cochinchine plu^ de quarante mille tonneaux. On sait que le tonneau de mer pèse deux milliers.

Les Annamites cultivent encore le cotonnier, le mûrier, le poivrier, l'arbre de vernis , l'arecquier , le thé , l'indigo. Ils élèvent sur-tout avec le plus grand soin une plante qu'ils nomment tsm, et qui paroitétre propre de leur pays : mise en fermentation comme l'indigo , elle donne abondamment une fécule

Antref cnhures.

. £TATS ÏEIBDTÀIBËS. 3l

de couleur verte, qui fournit à la teinture — r~; — '"

r y Ut h

un vert d'emeraude très*solide. Quelques-unes Cochinchioe. de leurs forêts produisent aussi la cannelle , quoiqu^en petite quantité ; M. Poivre as*sure qu^elle est très^-supérieure à celle de Pisle de Ceylan , et que les Chinois la paient trois et quatre fois plus que celle qui leur est apportée de cette isle parles Hollandais. Les Cochincliinois sont peu riches en légumes et en bons fruits ; les Œ^iilears de ceux-ci sont les ananas et ies oranges, ils négligent la vigne , quoiqu'elle soit une des productions sponta-^ nées et naturelles de leur sol. Ils paroiss^nt ne s'être encore attachés jusqu'ici qu'aux cul^tures les plus nécessaires. . .

Les forêts de la Cochinchine renferment Boispr^cieuK. uoe grande variété d'arbres , {mrmi lesquels on en trouve d'extrêmement rares et précieux : tel est, en particulier, celui^qui donne les célèbres bois d'aigle et de calamba. La plu« part des royageurs^ qui ont parlé de ces bois odoriférants, ne s'expriment que d'une manière ^gue et incertaine sur leur nature et leur origine. LepèreLoureiro , jésiiite portugais ^ an-^ eien missionnaire à la Cochinchine, et 4 qui nous devons la Flore de cette contrée, nous> apprend que ces bois , si recherchés dans tout

JTT l'Orient pour Pexquise suayitë de leur par- Cochînchine. fum, nc sont que le produit d'un même arbre, appelé aloewylum oerum, Long^temps avant lui , le P. Borri ', que nous nous plaisons toujours à citer , en avoit donné la même notion. Nous emprunterons ses propres paroles (i) : ^ Ce tant renommé bois aquila et » calamba , dit*il , sont mesme chose pour le » bois 9 mais bien divers , quant à l'estime » qu'on en fait , comme aussi en leur vertu. » 11 se trouve quantité de ces arbses » parti- » culicrement sur les montagnes des Kemoïs, » qui sont et fort gros et fort hauts. Que si \ » ce bois se coupe d'un jeune tronc , c^est

» l'aquila, dont il y a assés grande quan* » tité , et tout chascun en emporte tant qu'il » peut. Mais quand le bois est pris d'une bie;n' » vieille souche , c'est le calamba , qui seroit* » fort difficile à recouvrer , si la nature mesme » n'y avoitpourveu , faisant naistre cfes arbres » à la cime la plus haute et la plus roide des » plus difficiles montaignes , on ib ont tout » loisir de se vieillir , sans qu'il leur soit fait » aucun outrage. Il en tombe de temps en » temps quelques branches , qui se rompent » et deprennent d'elles-mesmes du tronc , ou

(0 Relation de la Cochinchine. Rennes^ i65i , in-S'^p p. 27.

» par trop de seicheresse , ou par trop gratide J^~j~ » "vieillesse, et partant on les trouve toutes Cochincijîne. 9. cariées et yermoulues : et cestuy -cy est le » tant prisé et renommé calamba , qui sur- » passe notablement en vertu y et en suavité » d^odeur, Paquila commun. Toutchascun » vend Paquila comme.il luy plaist, mais le » trafic du calamba est résen^é au roy seul, » à cause de Texcellence de son odeur et de sa ». vertu. £t certainement il est sur les lieux où M il se recueille , si doux et si odorant , qu'en » ayant voulu espjrouver quelques morceaux » qui m'avoient esté donnés, jer les ensevelis » sous terre à la profondeur de plus de cinq » piez , fit nonobstant se faisaient sentir et cog- » noistre parleur odeur. Le calamba, pris où » il s'amasse , vaut cinq ducats la livre , mais » sur le port delà Cochinchine, où le corn- ^y> merce s'en fait , il se vend bien davantage , » et ne.Pauroit-on pas à moins de seize du* » cats la livre ; transporté au Japon , la livre » en vaut deux cens. Mais si on en rencontre » mie pièce de. telle grosseur, qu'on puisse » en faire un oreiller ou traversin de lit , , les » Japonois l'achètent au prix de trois cens » et quatre, cens ducats la livre. £t cela vient^ » de ce qu'ils ont expérimenté que mieux

Page 1