DU PAYS M HA-MI
Le pays de Ha-mi est situé au nord*oue&t j^^^ a s de de la Chine , à l*extrémité du désert que les Ha-mi. Chinois appellent Cha-mo , et les Tartares, CobL II n^est éloigné que de quatre-vingt-dix lieues de la pointe la plus occidentale de la province de Chene-sl Ce pays fut habité dans f^'i^tTi;'**" les premiers âges par des peuples errants ^ nommés Jon. Vers Tan gSo avant notre ère ^ ils envoyèrent rendre, hommage àTempereui: de la Chine ^ et offrirent des sabres pour tri-
Du pays de ^"** ^^^ gucrrcs eiviles quiagitoientla Chine, Ha-^mi. yçj.^. j^ ç^^ ^^ j^ dynastie des TcMEOt) , ayant empêché qu on ne portât du secours à ces peuples , ils passèrent sotis la domination des Hion-nou , qui- paroissent avoir été les Huns, et qui farmoient alors une puissance formidable. Les Chinoi» perdirent et reprirent plusieurs fois le pays de Ha-mî. En i3i , sixième année .du règne de Cliune*ti , de la dynastie des Hame orientaux , Pempereur y entretenoU un officier pour présider au gouvernement. Sous les dynasties suivantes , mêmes vicissitudes ; le pays de Ha-mi fut tantôt uni à la province de Chêne -si ^ tantôt indépendant d'elle , et quelquefois même de l'empire, lia position de ces peuples , que dfi^ vastes déserts séparent de la Chine , à laquelle ils ne tenoient d^ailleurs ni par le langage , ni par les mœurs , ni par les nsages , devoit faciliter ces révoliitions.Touslespeuples tributaires derem- . pire s'étant souje vés en 6 1 o , ceux de Ha^mi sui^ virent leur^exemple. Ils rentrèrent, en 63o, sous robéissance de Tai-tson , second empereur de là dyï^astie des Tan , qui ayoit envoyé un de ses généraux et des troupes pour les réduire. Ce girànd prince donna une attention particulière à sa nouvelle conquête. Il y érigea jusqu'à trois
districts , et en lia tellement le gouTemement j[>u pay, de civil et militaire à là province deChene-siet Ha-mî. des autres pays voisins , que pendant son règne et plusieurs des suivants tout y fut tranquille. C^étoit par Ha-mi que passoient les marchands et les voyageurs qui se rendoient de l'Occident à la Chine , ou de la Chine en Occident. Lés empereurs, prédécesseurs de Tai-tson, se contentoient de £3iire apporter du vin de Hami dans des outres , dont on chargeoit des chameaux. Mais Tai-tson , dit Thistoire chi« noise , ayant subjugué le royaume de Ha-mi, se fil apporter des plants de Vespèce de Qigne appelée tïïm-jou , et hs fit planter dans ses jardins ; outre cela , il ooulut a^oir la ma^ nière de /aire Je vin, dont il usa à son profit et à son désaiHintage.
Le luxe et la mollesse ayant af|pibli la dynastie des Tan , les mahométans , qui avoient iait de rapides progrès dans tous les pays qui sont entre la Perse , la mer Caspienne et le désert de Cobi , s'avancèrent jusqu'à Ha-mi , et en firent la conquête. Il paroît que ce pays €ot ensuite ses princes particuliers , mais dépendants des Tartares , qui dominèrent suc-* cessïvement dans ces immenses régions. Les YuENE , ou Tartares Moungous , devenus
Du pays de lï^^iîtres dc la Chine , réunirent de nouveau le Ha-mi. pgyg jjg Ha-mi à la province de Chene-si , et cette union subsista jusquVn i36o, temps où Tempereur érigea ce pays en royaume j à charge d^hommage et de tribut. Le roi de Hami fut décore d*un nouveau titre en i4o4 « et obtint le sceau d^or. Après quelques années de troubles , survenus pour la succession au trône , le royaume de Ha^mi devint la proie et la conquête du roi du Tou^eulh^fan. Ce joug déplut bientôt au peuple de Ha-mi ; il se révolta contre ces nouveaux maîtres , et fit même sur eux des conquêtes. Le nouveau roi qu41 s^étoit choisi ne fut pas long-^temps possesseur du trône ;' il fut vaincu et tué dans un sanglant combat que luilivra le roi de Tou-eulhfan , qui lui-même périt peu de temps âpres. Depuis <^tte époque , le pays de Ha*mi fut successivement livré à Tanarchie, et gouverné par des princes particuliers. Celui qui régnoit en 1696 se reconnut vassal de Pempire , et envoya en tribut à Pé-kin des chamea«ix , des ^ chevaux et des sabres. Kan - hi reçut son hom^
mage avec le cérémonial accoutumé , et publia un diplôme, qui réglale rang que tiendroit le roi de Ha-mi parmi les princes tributaires , le temps où il viendront rendre hommage , la
Fertilité Je M payi.
lÉTATS TRIBUTAIBES. 123
nature et Tcspèce des présents qui formeroient Du pays de son tribut , les secours qu'il seroit tenu de Ha-mi fournir en temps de guerre , et la manière dont il feroit agréer son successeur. Tous ce^ règlements ont subsisté jusqu'à ce jour.
Le pays de Hami, quoique environné de déserts f passe pour une des plus délicieuses contrées de Tunivers. La terre y produit en abondance des grains y des fruits , des légumes , des herbages de toute espèce. Le riz qu'on y recueille est singulièrement estimé des Chinois, Les grenades , les oranges , les pèches , les rai* sins , les prunes y ont une sareur exquise ; les jujubes même y sont juteuses et d'un goût si ambré, que les Chinois leur ont donné le surnom de Jujubes parfumées. Rien de plus ^^î^^radêlêî délicat , de plus avidement recherché que les melons de Ha-mi , qu'on tramporte à Pé-kin pour la table de l'empereur. Ces melons <» qui sont beaucoup plus sains que ceux d'Europe ^ ont la propriété de pouvoir être conservés secs, pendant une grande partie de l'hiver (i). Mais la production la plus utile et la plus estimée du pays de Ha* mi sont ses raisins, qu'on
(i) n est arrivé à Paris, en 1778, des graines de des me-» lons^ qui ont ëtë semées en 1779 > et qui ont assez bien
réussi.
raisins.
Du pays de ^^^ séchcF. Nous en ferons ailleurs une men- Ha-mi. ^Jq^ pjyg étendue.
capî,*!ed.H*. j^g royaume de Ha-mi contient un grand nombre de villages et de hameaux ; mais il n^a proprement de ville que sa capitale , qui a pris son nom. Sa circonférence est d^environ mie petite demi-lieue ; elle est environnée de hautes murailles , et s^annonce de loin par la beaut)^ de ses deux portes, dont Tune esta Portent et Pautre au nord. Les rues- sont alignées et bien distribuées ; mais les maisons , qui n'ont qu'un rez-de-chaussée , et qui sont près* que toutes construites en terre , ont peu d'apparence. Cependant , comme cette ville est sous un beau ciel , placée dans une jolie plaine arrosée d^une rivière , et envirannce de montagnes qui la défendent des vents du nord , le séjour n'en est pas moins riant et agréable. De quelque côté qu'on y arrive, on n'aperçoit que des jardins qui réunissent tout ce qu'une terre fertile et cultivée peut offrir sous le plus doux des climats. ' ' Nous ajouterons quelques remarques faîtes par l'empereur Kan*hi lui-même sur ce beaa canton (i). « Il ne pleut presque jamais ; dit
(i) Observations de phjsique et d'histoire naturelle de Ventforeur Kan-hi , traduites du chinois.
£TATS TRIBUTAIRES. t2S
» ce prince , daps, le royaume de Ha-mi ; s'il "du pays de
» y tombe de loin à loin quelques petites pluies^ Ha-mî.
» elles mouillent à peine la surface delà terre*
D Outre cela , il n'y a ni rosée ni brouillards
» qui puissent rhumecter. Cependant les cam-
» pagnes sont arrosées et fertiles , quoiquUl
» y ait peu de rivières , et que les ruisseaux
» et les fontaines y soient très-rares : tant il
» est vrai que l'industrie et le travail suppléent
» atout. Gomme il tombe beaucoup de neige
» en hiver sur les montagnes , les habitants
» ont imaginé d'en conduire l'eau dans de
» grands réservoirs à mesure qu'elle se fond.
>» Quand les chaleurs sont venues , ils la font
» couler dans leurs champs , et la distribuent
» avec tant d'économie , qu'elle suffit pour
3» fertiliser leurs campagnes. Gomme les cha^
» leurs de ce pays sont extrêmes , je craignis
» que quelques mahométans^ que j'y avois
» envoyés , ne fussent incommodés. Ils revin*
» rent tous à Pé-kin sans avoir été malades. Je
» leur demandai si les chaleurs de Ha-mi et
» du Tou-eulh'fan étoient plus insoutenables
» que celles de Han-tcheou ; ils me répon-
» dirent qu'on les supportoit plus aisément ,
» parce que , quoique le pays soit élevé et la
)) terre brûlante, on a de Teau fraîche pour
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'^ T' » se désaltérer ; au lieu qu'à Han-tcheou Veau
Du pays de ' ^
Ha-mL j^ Jes puits même est comme tiède pendant » la canicule , et ne peut ni rafraîchir , ni déi> saltérer. »
Tous les environs de cette ville sont délicieux ; mais ils ne s'étendent pas loin y et abou* tissent de plusieurs côtés à des plaines pres^ que arides , où Ton nourrit de beaux chevaux et d'excellents moutons ^ de l'espèce de ceux dont la queue est plate , large , et pèse jusqu'à trois livres. Il parott que le pays de Hami abonde en fossiles et en minéraux pré* cieux ; les Chinois en ont tiré longtemps beaucoup d'or et de diamants ; aujourd'hui, il leur fournit l'espèce d'ag;ate qu'ils estiment le plus. Quant aux habitants de ce petit Etat ^ ils sont bons soldats y braves, endurcis à la fatigue , et très-adroits dans tous les exercices du corps ; mais ils sont inconstants , prennent feu aisément y et deviennent féroces et sanguinaires dans leur colère.
àtklS TElBUTÀiaES. 127