‹ De La Chondroplastie Dans Les Pertes De Substance Du Crâne Par Projectiles De GuerreChapitre 5 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Article I. — La plastie crânienne chez les peuples primitifs

La trépanation chirurgicale était pratiquée dès la plus haute antiquité: le fait n’est plus douteux dépuis les remarquables découvertes de Prunières, de Joseph de Baye, de Manouvrier, de P. Broca.

A la période néolithique, on trépane ; maïs les moyens sont rudimentaires, les indications empiriques : Il s’agit d’un blessé ayant une fracture du crâne ou d’un malheureux atteint de « Mal Divin » (épilepsie, aliénation mentale, convulsion), qu’il faut .délivrer de « l'Esprit ».

Muni d’un silex taillé en pointe, le trépaneur des cavernes perfore le crânc d’ une série d’orifices assez rapprochés les uns des autres pour qu'à l’aide d’un élévateur il puisse fracturer le fragment, ou bien c’est par un râclage patient, renouvelé à plusieurs jours d'intervalle, qu’il circonscrit la rondelle osseuse.

La trépanation devait être une intervention commune et universellement pratiquée, si l’on en juge

par les crânes découverts de toutes parts : « en France, dans les cryptes de la Marne, sur les bords de la Vienne, dans les tumuli du Triel ; en Algérie, à Rocknia ; en Bohème, à Bitchiskala ; en Russie, à Bogdaroff ; aux Etats-Unis ; au Canada, dans les mounds de la Rivière Rouge et de la Rivière du Sable ; chez les Indiens du Michigan ; chez les Dayacks de Bornéo ». Hérodote la décrit en Afrique ; Avicenne la retrouve en Perse. de

Quel était l'avenir de tels opérés ? Quelques-uns guérissaient, car dans nombre de crânes l’état lisse des bords de l’ouverture, la régularité des contours, les déformations survenues du fait de la croissance régulière du crâne chez l'enfant trépané, dénotent un travail de réparation cicatricielle et sont la preuve que le malade a survécu ; en aucun cas la brèche ne s’est comblée. Le trépané devait donc utiliser des appareils protecteurs pour se mettre à l'abri des heurts et des traumatismes extérieurs : mais quels étaient ils ?

Si les cränes exhumés après de longs siècles ne nous les ont point transmis, la tradition les a conservés chez les peuplades sauvages dont les méthodes opératoires nous donnent la clef des coutumes chirurgicales préhistoriques.

En effet, au siècle dernier, les indigènes de Taïti . trépanaient encore les fractures du crâne avec une dent de requin et fermaient l’orifice avec une plaque de courge concave et perforée.

Plus récemment, aux Iles de la Société, cetteintervention était pratiquée avec un éclat de verre et

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l'opérateur réparait la perte de substance osseuse à l’aide d’un fragment de noix de coco très poli, sur lequel il rabattait les lambeaux cutanés.

Amédée Paris a vu des coutumes analogues chez les Kabyles de l’Aurès : la prothèse est constituée ici par «une plaque de cuivre perforée de trous et repoussée sur l’une de ses faces »..

Les Mémoires de Th. Martin, de Védrènes, ne sont pas moins intéressants : ( Cette coutuine de la trépanation, dit .Védrènes, est localisée chez les Kabyles de ja montagne, descendants des Berbères. Elle y est fort usitée pour les moindres traumatismes du -crâne et pratiquée par des opérateurs spéciaux, les Thébibs, formés aux écoles de trépanation de Téberdeja et Chebla. La tradition qu’ils se transmettent est contenue dans un manuscrit dont chacun d’eux possède une copie. Il y est recommandé, dans les cas de fracture récente du crâne, de recouvrir la brèche d’une lame de plomb pour empècher la matière cérébrale de sortir ».

Au xvi° siècle, les procédés de plastie crânienne ne sont guère plus scientifiques : Magatus propose, lorsque la dure-mère est à nu, de la couvrir d’une lame d’or ou de plomb percée de trous, et de rabattre les téguments par-dessus.

Ambroise Paré ne croit guère au succès de ces tentatives et les juge sévèrement: « Or, dit-il, il y a d’aucuns soi-disant chirurgiens, mais plutôt sont des abuseurs, coureurs et larrons qui font accroire aux malades et aux assistants qu'au lieu de l’os amputé leur font mettre une pièce d’or, mais tost après la

mettent en leur bourse. Les autres disent que, par leur industrie et grand sçavoir, ils font coalescer une pièce de Congourde désseichée au lieu de l'os amputé et ainsi abusent les ignorants qui ne connaissent que

tant s’en faut que cela se puisse faire, que nature ne

peut souffrir un petit poil enfermé en une plaie ou autre petit corps étranger, ce qui est prouvé par Galien’au 4° livre de sa Méthode ».

Article II. — Procédés modernes de crânioplastie : Les greffes.

C’est vers 1750 que le premier essai de plastie cränienne par greffe osseuse est tenté. Job de Meckren la rapporte en ces termes : « Un ecclésiastique nommé Kraanwenkel raconte qu’étant en Russie, un sei-gneur de cette nation recut d'un Tartare un coup de sabre à la tête, lequel lui enleva une assez grande partie du cuir chevelu etila portion osseuse correspondante. Le chirurgien, pour boucher l'ouverture du crâne, détacha de celui d’un chien tué à cet effet, une pièce d'os de même forme et de mêmes dimensions que celle jqui manquait, et l’arrangea si bien que le blessé fut parfaitement guéri. Mais notre gentilhomme, dans l'excès de sa joie, raconta de quelle manière il avait obtenu sa guérison, ét bientôt les foudres de l'Eglise furent lancées contre lui. Il fallut, pour rentrer dans la communauté des fidèles, qu’il se fit retrancher l'immonde dépouille du chien, quoique solidement consolidée ».

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