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HISTORIQUE

La circoncision, appelée encore péritomie ou orlotomie, est l’opération qui consiste à sectionner le prépuce. Ce nom a été donné quelquefois, et à tort, à la section des petites lèvres chez la femme.

Cette opération est le baptême des juifs. Elle a été pratiquée pour la première fois par Abraham qui, inspiré par une vision divine, s’infligea lui-même à l’âge de 90 ans, ce cruel sacrifice. Pour le récompenser de cette abnégation. Dieu rendit féconde la femme d’Abraham, et un an après cette circoncision, Sara mit au monde Isaac. Telle est l’explication donnée par la Bible, et que je ne commente pas. Depuis Abraham jusqu’à nos jours, ce baptême sanglant a été rigoureusement observé par la race juive. Toutes les persécutions et les mesures les plus rigoureuses, toutes les expulsions et les édits les plus sévères n’ont pas supprimé cette coutume religieuse : elle est précieusement conservée par les Israélites qui l’ont toujours pratiquée et qui la pratiquent encore aujourd’hui dans ses plus rigoureux détails. Pour les juifs, la péritomie représente une marque originelle. Elle doit être faite, d’après la prescription religieuse, le 8' jour ; elle ne doit être remise que pour des raisons d’ordre majeur. Ainsi Moïse décréta la suppression de la circoncision pendant la traversée du désert.

En parlant de la circoncision, Hérodote conteste la priorité des juifs. Il raconte que cette opération a été pratiquée par les Ethiopiens et les Egyptiens bien longtemps avant qu’elle ne fût connue des Israélites. Or Hérodote a existé neuf siècles après Moïse qui, le premier, a parlé de la circoncision d’Abraham. Nous devons ajouter foi au légis-

lateur juif, qui non seulement décrit la circoncision mais qui la prescrit encore comme une loi religieuse. Les juifs ont habité pendant fort longtemps l’Egypte. Il est probable que les Egyptiens, observant l’heureux effet de la circoncision sur leurs esclaves, ont eu recours également à cette manœuvre hygiénique. Mais la périlomie a toujours été facultativé chez les Egyptiens. Chez les juifs, au contraire, elle est obligatoire et bien réglementée par des lois précises.

On ne peut pas donner le nom de circoncis aux Mahométans qui observent ce dogme mais d’une façon très irrégulière. Chez eux, la circoncision est pratiquée à l’àge de 10 à 12 ans, et on fait alors des centaines de péritomies en l’honneur de l’émancipation d’un des fils du Sultan qui subit lui-même cette opération. Chez certaines sectes mahométanes elle a lieu le lendemain du mariage, et la nouvelle mariée doit recevoir sur son voile blanc le sang de son époux, qui lui donne, par ce sacrifice, une marque de grande amitié.

Ces deux grandes races, les juifs et les mahométans, considèrent la circoncision comme un précepte religieux : On ne la rencontre pas chez les autres peuples.

Je ne retrouve pas dans la Bible des détails bien précis sur l’opération. Josué, inspiré par Dieu, a circoncis les juifs après la traversée du désert, à l’aide d’une pierre tranchante. Cette coutume barbare a été maintes fois imitée par des fanatiques illuminés qui ont cru que la pierre tranchante était indispensable. En réalité on peut, d’après la prescription mosaïque elle-même, se servir d’un instrument tranchant quelconque. D’après la loi mosaïque, tout juif a le droit de pratiquer la circoncision. Plus tard seulement, à cause des nombreux cas d’hémorrhagie, on a confié cette mission d’opérateur à un spécialiste revêtu du titre dei Mohel î. Suivant les talmudistes, une famille, qui aurait perdu deux enfants par suite de la péritomie, ne doit pas faire circoncrire un troisième nouveau-né, qui n’est pas moins juif pour cette raison.

J’ai déjà dit que la circoncision doit être pratiquée le huitième jour ; c’est le seul baptême des juifs. Elle est exécutée au milieu de prières et est l’occasion, dans les familles, d’une fête de réjouissance. Elle comprend, comme manœuvre chirurgicale, trois temps : 1“ la chkitah ou section du prépuce ; 2° la priah, ou renversement de la muqueuse; 3“ la mezizah ou succion. Je ne veux pas juger ici l’opportunité de la circoncision elle-même, je la discuterai dans un autre chapitre. Mais je. proteste immédiatement contre ce troisième temps ou la « succion d qui doit être rayé à tout jamais du manuel opératoire. Longtemps on a cru que la succion était un moyen hémostatique, quand elle est au contraire une cause d’hémorrhagie. On a cru aussi que la cicatrisation était plus facile et plus rapide grûce à la mézizah. Aujourd’hui qu’on prend les plus grandes mesures de propreté et d’antisepsie pour la moindre opération chirurgicale, il est inadmissible que le contact de la muqueuse buccale avec une plaie assez étendue ne soit point dangereux. Dans une de ses remarquables cliniques de l’hôpital Saint-Louis, M. le professeur Fournier a raconté en parlant des différentes transmissions de la syphilis, qu’il a remarqué dans sa pratique plus de 300 enfants Israélites qui ont gagné la vérole par l’intermédiaire de la mézizah. Moi-même j’ai pu observer plusieurs cas de syphilis causés par la succion. Je dois rapporter aussi l’observation de deux enfants juifs qui sont devenus tuberculeux à la suite de la circoncision. J’ai soigné le premier enfant pendant 15 mois. La plaie de la verge n’a jamais été guérie et le gland a présenté plusieurs mois après l’opération des ulcérations tuberculeuses avec adénite double des aînés. Le pus des ganglions renfermait de nombreux bacilles de Koch. Cet enfant a guéri. Le deuxième opéré, appartenant à une famille saine, où la phthisie est inconnue, est mort à l’âge dp 4 mois de péritonite tuberculeuse : la circoncision de cet enfant n’avait jamais été cicatrisée complète-

ment. Pour compléter les renseignements, je dois ajouter que l’opérateur religieux qui a pratiqué la succion de ces deux enfants est un sujet tuberculeux.

Si au contraire l’enfant opéré était atteint d’une affection contagieuse, il pourrait la communiquer à l’opérateur pratiquant la succion : il y a là un échange de bons procédés.

Je ne mentionnerai qu’à titre de renseignements les nombreux cas d’érisypèle et de septicémie purulente causés par la succion. Aussi, cette redoutable manœuvre a-t-elle provoqué en France des protestations unanimes, et le Consistoire central, après avoir consulté de savants maîtres en chirurgie, a interdit la pratique de la mézizah.

Dans les différents procédés que je discuterai, je décrirai celui qui est encore employé actuellement par les opérateurs religieux. Je dois rapporter dans mon historique que cette opération se pratiquait autrefois de la façon la plus cruelle. Montaigne, pendant son séjour à Rome, au xvi® siècle, ayant assisté à une circoncision, en donne la description suivante :

« Le trentième jour de janvier, il fut voir la plus ancienne cérémonie de religion qui soit parmy les hommes et la considéra fort attentivement et avec grande commodité : c’est la circoncision des juifs. Elle se fait aux maisons privées, en la chambre du logis de l’enfant, la plus commode et la plus clère. Là où il fut, parce que le logis était incommode, la cérémonie se fit à l’entrée de la porte. Ils donnent aux enfants un parein et une mareine, comme nous : le père nomme Tenfant. Ils le circoncisent le huitième jour de sa naissance. Le parein s’asseoit sur une table et met un oreiller sur son giron ; la mareine lui porte l’enfant et s’en va. L’enfant est enveloppé à notre mode; le parein le développe par le bas ; lors, les assistants et celui qui doit faire l’opération, commencent trestousà chanter, et accompagnent de chansons toute cette action qui dure un petit quart d’heure. Le ministre peut être autre que rabbi, et quiconque que ce soit, entre eux chacun désire

être appelé à cet office, parce qu’ils tiennent que c’est une grande bénédiction d’y estre souvent employé ; voir, ils achètent d’y être conviés, offrant, qui un vestement, qui quelque autre commodité à l’enfant, et tiennent que celui qui en a circoncy un certain nombre qu’ils savent, estant mort, a ce privilège que les parties de la bouche ne sont jamais mangées par les vers. Sur la table où est assis ce parein, il y a quant et quant un grand apprêt de tous les outils qu’il faut à cette opération. Outre cela, un homme tient en ses mains une fiole pleine de vin et un verre. Il y a aussi un brasier à terre auquel le ministre chauffe d’abord ses mains ; et puis trouvant cet enfant tout détroussé, comme le parein le tient sur son giron, la teste vers soy, il lui prend son membre^ et retyre à soy la peau, poussant de l’autre la gland et le membre en dedans. Au bout de cette peau qu’il tient vers ladite gland, il met un instrument d’argent qui arreste là cette peau, et empesche que le tranchant ne vienne à offenser la gland et la chair. Après cela, d’un couteau il tranche cette peau, laquelle on enterre soudain dans de la terre qui est là dans le bassin parmi les autres apprêts de ce mystère.

Après cela, le ministre vient à belles ongles froisser encore quelque petite pellicule qui est sur cette gland, et la déchire à force, et la pousse en arrière au-delà de la gland. Il semble qu’il y ait beaucoup d’efforts en cela et de douleur ; toutefois ils n’y trouvent nul danger et la plaie est guérie en 4 ou 5 jours. Le cri de l’enfant est pareil aux nostres qu’on baptise.Soudain que cette gland est ainsi descouverte, on offre hastivement du vin au ministre, qui en met un peu à la bouche, et s’en va ainsi sucer la gland de cet enfant, toute sanglante, et rend le sang qu’il en a retiré, et incontinent reprend autant de vin, et jusqu’à trois fois. Gela fait, on lui offre dans un petit cornet, une poudre rouge qu’il disent estre du sang de dragon, de quoy il sale et couvre toute cette plaie, et enveloppe proprement le mem-

bre de cet enfant avec des linges taillés exprès. Cela faict on lui donne un verre de vin lequel vin par quelques oraisons qu’il faict, ils disent qu’il bénit. Il en prend une gorgée, et puis y trempant le doigt, en porte par 3 fois avec le doigt quelques gouttes à sucer dans la bouche de l’enfant ; et ce verre après, en ce même estât, on l’envoie à la mère et aux femmes qui sont en quelques endroits du logis pour boire ce qui reste-du vin. Outre cela un tiers prend un instrument d’argent qui est percé de petits trous comme nos cassolettes et le porte au nez premièrement du ministre, puis de Tentant, puis du parein. Ils présupposent que ce sont des odeurs pour fortifier et éclaircir les idées et la dévotion. Il a toujours cependant la bouche toute sanglante. » La description, pleine de détails, faite par le célèbre moraliste est très exacte. Il y a une vingtaine d’ânnéesj’ai pu assister à cette cérémonie toute entière et j’ai observé tous les faits racontés par Montaigne. Par comble de piété on portait le nouveau-né à la synagogue : ce déplacement imprudent était maintes fois la cause d’une hémorrhagie ou de tétanos afrigore.

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