CLASSIFICATION DES SCIENCES DES FAITS HUMAINS
Sciences humaines et sociales
(Objectivement du bien, subjectivemenl de ia volonté)
I sciences, dîtes ordinaiiemcnt morales et sociales, parce que [nmo Qst envisagé le plus souvent en l'étal de société, s'appelleit bien sciences humaines, sciences de l'homme, sciences de l'esprit; s les deux premières de ces expressions contiendraient une certaine livoque. En eOel, on n'étudie pas ici l'homme, en tant que l'un ets de la nature, ni dans ses fonctions moins élevées, ni même dans ses fonctions cérébrales, mais dans /££./a//$ émanés de lui, et qui ont ensuite, en quelque sorte, une existence indépendante : c'est plutôt le fait de (homme que Yhomme lai-mt'me qui est ici eu jeu. Pai' là même, ta science est surtout sociale, car c'est la réunion des faits de l'homme qui constitue la vie de la société. Un exemple fera comprendre notre idée. La psychologie est une science double, elle todéduit, soit de l'étude du cerveau et du système nerveux de l'homme: Best la psychologie ph'jsioloijiqae, qui appartient aux sciences de la jafure dont elle est une branche, soit des faits humains observés, et |ors c'est bien une science morale, qui a une existence plus autouorne, I Nous avons expliqué plus haut comment notre classification est à % fois subjective et objective ; la science des faits humains se rapporte lia fois ou successivement au bien qui est Vobjel et à la volonté qui ■t le si^el. Les deux se manifestent dans l'action qui leur sert de tbstralam. Ce substratum est d'ailleurs plus mobile, plus contingent |ue celui des sciences de la nature, que la matière. t Cette contingence éclate sur|||it si l'on repousse tout déterminisme, pêrae mitigé : on pourrait alors même rejeter l'appellalion de fciences proprement dites, et dire que ce ne sont que des conuais- Inces, des constatations. En eflet, leur point de départ n'a rien de
scîientiflqiic, car c'est la rolonfé vaprii'ieiiu de chaque liomrnr, la- (|u«lle éijuivatil au hasanl. l/hisloire, en paiiiculier, ne saurait coitnlilucr une science. */ loal tlêlerniinixme csl repoussé. C'est bien iiooi cela igiion lui donne plul^t le litre de eounaUsance, qu'on lu confoml même [ilutût avec la liltérnlure. et que beaucoup d'auleuis ijuî comprennent la xiiciiihrjie duns In nomenclnlurt: âciciiti&que laissent l'Iiisloire en dehors.
Ed elTet. celle ci peut èlvc considérée comme irausée. soit par une oûlonté extérieure, on est alors falalhle, et l'on écrit l'histoire comme l'écrivait Qosaucl qui ei*)! pourtant prutesté contre celte appelbiliou, soit par le fuit immiUUnlemcnl ouhnlaire de l'hoinme, ce qui rompt à chaque instant tout encbalncmonl logique, on est alors luslorien classique, soit enSu par des résultats succesujs d'actions antérieures, de dispositions extérieures ou Itilérieures, ou de réactions nainrelies, dans lesquelles la volonté pure n'a pu décider tout au plus qu'une fois et à l'origine, et dont M liberté dimînae à mesure que loa circonstances s'accumulent, on est alors déterministe, iaas exc\uTG\ii liberté de volonté vivIaelU, mais en déniant celle liberté aclaellt. Ainsi le criminel serait toujours coupable, mais moins de la volonté qu'il a eue de son dernier acte qui de celles qu'il a accumulcea en lui par une séné d'acles antérieurs dans le même sens et. dont il a sartoul uoulu le premier.
Ce déterminisme, vivement contesté en ce qui concerne lindividu |et nous n'entendons pas prendre part en cette querelle), ne peut plus l'èlrequand il s'agit de resptce oud'une,/m('//«/i(/e fe^iphe. Les actions d'un peuple entier ne peuvent être qu'une résiilinnle. Il est vrai que« ipiand il est représenté par un roi, ou se trouve souvent ramené par celui-ci à la théorie individuelle; mais ce roi n'agi! que sous l'inlluence d'une nrislocralie. laquelle foime une collectivité sur laquelle les composantes ont prise.
L'histoire, ainsi considérée, est seule scientifique. U en est de même des autres sciences sociales dont elle forme la hase.
Le fait de l'homme, base des sciences wc.iales. demande pour être étudié un instrume al spécial, l'obseroalion intérieure, une observation qui se porte sur soi-iiH'me el sur des êtres semblables à soi, une sorle de réjlexion. Celle observation a pour méthode la comparaison ; plot on a de faits à comparer, plus on peut tirer de conséquences. l'ont cela, il faut que l'homme social ait vécu un certain temps; autrement 1 sociale manque de matériaux, de laits humains asseï
Tibreim et variéâ. C'est ce qui cxplifiuc quelcii tiisloriens se soieut 3'abord bornés à Iransmcltio à la iiiémoire les faits bruts, saus les juger, sans en induire.
i,>uel[es sciences onipicnd la classe des BcSe:ice8 aocinles '> It faut tracer ici des divisions et des subilivisions i{ue nous ne nou» occupons pas maintcoaut de jualilier, parce qu'elles nont identiques à ce lle a que nous venons d elablir pour les sciences de la nature. L..\inËl tout d'abord on doit enviiiager les faits humains en eax-mêinrs ■ debor^t de tout milieu, puis dans le milieu du temps, puis dans celui jl'fspace.
ICepeodant celle division demande ici une e^pticaliou toute particu-
\, car une confusion pourrait facilement s'établir dans l'espril, wVlaêloire b'accomplil dans lo temps, la géuijraphie daus l'eupace, \ même que dans les arts la peinture s'éteud dans Vtspace^ et lit simullaué, tandis que la musique dans le temps, et est fccetsive, de même que dans les objets des sciences de la nalïla ijéométrie se réalise daus l'espace cl \' arithméliipie avec le nombre tccessivemeut dans le temps. Il n'en résulte pas que l'bisloirc ne soit qu'une science quelconque considérée seulement dans le milieu du temps, que la géographie ne soit qu'une science quelconque envisagée dans le milieu de l'espace. Un tel concept serait essenlieilement biu pour ces sciences, de même qu'il l'avait élé pour les sciences potitives et pour les aris précités. Le temps est de Xessence même da fait It dont l'ensemble compose l'Iiisloire ; le fait humain nonsucces- J ne se concevrait que par une abstraction, il règle lui-même le tnps. comme le règle ailleurs le mouvement des astres, ou tout au oins le rend seul sensible. En d'autres termes, lo temps est /larfre instiluanle du fait humain, comme de la musique ; on ne peut donc bs dire que le lait humain s'y émet seulement comme dans un milieu. LAu contraire, l'étude du devenir humain, de Véuolulion humaine, Btnme celle du devenir des végétaux, des animaux ou de la terre, est pie d'objels considérés dans le milieu du temps. Il y a là deux choses ■lement distinctes qu'elles se superposent l'une à l'autre, Ce qu'on a jeié [â philosophie de l'histoire n'est autre que la science du devenir p/riu/n, basée sur celle du fnil humain contingent. Cette science jt seule la véritable sdcnre, mais l'autre lui était nécessaire. Cepen- ■nl le fait humain historique était déjà un commencement d'abstrac- K>n, comme nous allons le voir tout à l'heure. } D'où la première di\iaioii.
PREMiKRE SECTION CUiSSEMENT DES SCIENCES DE FAIT HUMAI|(|
En dehors de tout milieu
Le fait humaiu esl considéré ici en lui-ntéme. abstraction faim son milieu, quoiqu'en réalilé ce milieu exisle toujours et qu'il stA difficile souvent de De pas en tenir compte.
Par exemple, quand il s'agit de la religion, il ne faut l'examiner que dans un seul pays et qu'à un seul moment, pour qu'on se trouve sous notre rubrique. La moindre incursion dans l'historique de tel fait religieux mâle de nouveau les éléments séparés artificiellement pour les besoins de l'étude.
Nous avons dit tout k l'heure que les sciences du lait humuD l'étudienl a un point de vue à la fois subjecli/ et objectif, celui du bien et celui de la volonté. Mais il faut ajouter qu'elles peuvent foire prédominer l'un ou l'autre, ou les réunir.
Elles se tiennent principalement du côté objectif lorsqu'elles examinent laclion humaine faîte et son caractère moral, c'est-à-dire le bien ou le mal qu'elle contient. Elles se tiennent, au contraire, principalement du côté subjectif lorsqu'elles examinent et exercent la volonté. Enfin les deux côtés se trouvent réunis, de manière à présenter un solide, lorsque la volonté s'appli'jue au fait et au bien, de manîâre à l'employer.
De là la science des faits humains pure (côté objectif), celle exercée (côté subjectif), celle appliquée (côtés subjectif et o^jae la fois).