SECTION DEUXIÈME
Cl&sslflc&Uon des habitudes de Péducation morale.
L'éducation morale a pour but le développement des IroU parties d« la moralilé humaine qui sont : i" iiubjectivetneal Végohme el objeclivemcnt Vntile ; a° subjeclivement Végo-altiumne. objeclivcmenl la Justice ; 3' subjeclivemeat VaUrnhme el objoclivoment le dévouement ou amour. Nous avons suivi dans cette énuiuéralion leur genèse Bucceaaive, leur ordi'e naturel et leurs mérites.
Comme vertus, elles ont leurs sanclions qui consistent: i° pour l'égoïsme, dans les conséquences Duisibles potir soi de l'égoïsmc mal entendu; a» pour lego-altruisme, dans les récompenses et les puni lion a externes; 3' pour ra/(n/!sme,d'un cûté.dansl'approbalion ouïe blAme des hommes ; d'autre côté, dans la satisfaction intérieure répondant ii ridée artistique du beau ; d'autre côté enfm, dans les espérances l'ellgieuses, moins pures cependant que le précédent motif, puisqu'elles ramènent à la sanction de la ïerlu inférieure, de l'égo -al truisme, qui est la punition el la récompense.
Si l'on analyse plus profondément ces trois groupes de vertus, on découvre que l'utile n'est que la face morale du vrai, le juste la face du hou, le dévouement et l'amour la face du beau. En eOel, l'utile est le vrai, c'est-à-dire démêle ce qui dans l'égoïsmeesl favorable fin définitive ou nuisible au mai, el le [{énéreux, l'amour, vise bien le beau, fondement des plus désintéressées des vertus, comme, pur les beaux-arts, des plus désintéressées des connaissances.
Quelles sont les vertus contenues dans celles plus comprchensivea de \égoisme°l
Ces vertus consistent à s*abstenir ou à agir : elles sont négatives ou positives, neutres ou actives, suivant qu'elles reçoivent l'action d'autmi ou des événements, qu'elles arrêtent la propre action de l'homme ou qu'elles le font agir.
Les vertus passives de l'égoïsme consistent dans la patience, résignation, ou courage passif, ce qu'on a bien désigne sous le nom de stoïcisme.
^ les.
Les verlus neutres de l'êiJoisiue coosislenl à arrêter ou ti moclèrer faction. Elles sont : l' la tempérance, a" la vhastilé absolue ou relative, et 3° la prudence, qui comprend Vèpnrgne.
Eiilin les vertus actives de l'égoïsme. soat : i" le eourar/e, non point ■celui qui s'applique au sauvetage des autres, lequel osl la réunion de celui-ci et d'une vertu d'ordre diDérent, mais le couraie personnel ou guerrier; i" Vaclivilé et le goût du travail; 3* l'orgtieil ri la dignité, qui sont le principal i^lémeut de la chaeteti^ féminine.
Quelles sont les vertus de l'égo-altrmamfi ?
Ces vertus se résument certainement dans la jnstke ou l'égalité, 'qui consiste à respecter les droits d'aulrui, uniquement afin qu'autrui respecte nos droits. Or les droits qu'on peut avoir porteot sur les choses, ou sur d'autres personnes, on sur soi-m^me.
Les droits qui portent sur les choses se résument dans celui de propriété. Une des vertus de réfe'O-altruîsme consistera donc dans le 'respect de la propriété d'aulrui : ce sera la probité.
Ceux qui portent sur la personne d'autrni sont le^ droits de famille nés du lieu filial ou conjugal. Une seconde des verlus de l'égoaltruisme consistera à respecter ces liens, en particulier le lien conjugal qui forme le noeud de Ions les autres.
Ceuï enfin qui portent sur soi-même ont Irait à la vie, à la pudeur,
la liberté. Une troisième des vertus de l'égo-alfruisme consistera à respecter la vie, la pudeur, la liberté, l'honneur d'autrui.
Tout cela c'est de lajustice, de l'égalité.
Certaines vertus semblent se trouvera la (ois dans plusieurs groupes,
,is ce ne sont pas les mêmes. Il sutQl de la moindre attention pour les discerner.
Ainsi la c^as/^M se rencontre à la fois parmi les verlus de ïégoïsme, et parmi celles de Végo-altriiisme, et dans ce preniirr t^roupe se i|ilace aussi dans deux catégories : celle des vertus neutres et celle des ^erlus actives. La pratique confirme cette répartition théorique. En
fet. beaucoup de personnes r^ui n'observent nullement le premier
inre de chasteté pratiquent scrupuleusement le second, qui en diffère
t£me essentiellement en ce qu'il est le propre de la chasteté féminine.
lucoup d'Iiommes ne pratiquent ni l'un ni l'autre, mais respectent
troisième. Enfm il faut être absolument criminel pour ne pas rester le quatrième, dont la violation constitue l'attentat aux mœurs.
Quelles sont les vertus de Vallriiisme^
Ces verlus se résument dans l'amour que les uns appellent frater-
CLASilFICATIOS l3oo"l 3
)iil^, le» anUc» charilé. Ne diapiitoiia pus«urk-s luots, cl léchons de posséder la clioso.
Loisqufl lliommu commence ii sorlir de lui-même, & s'uiiLUcr. il ne perd pas de suite l'attracLion, U pesanteur morale qui l'alliic sans cesse vers lui-même, cl cq aimuul un autre c'est tout il'jibi>rd lul-mâme qu'il aime encore indirectement. L'amour, rn uu mot, te désiuléresse peu à peu.
Le premier amour (je ne compte pas l'amour lilial do leufiiut, qui n'est <|u'uq pur égolame k peine disslmuli^j oalt, avons-nous remarque, avec Vmstincl sexuel. La sympathie est Va.ipect moral <fe cet instinct : les esprits s'atlirenl comme les corps, el celle attraction, celte aimantation réciproque, celle gravitation, fail décrire sa première courbe à l'égolsme qui se mouvait en ligne droite : c'est l'iil- Iniisme fondamental.
Comment cet amour peut être un vice, une passion ou une vertu, nous n'avons point ici i l'expliquer. Disons seulement que l'iiapect do vertu, qui est l'aspect principal et essentiellement vrai, a été longtemps mécoDnu. « Que l'amour, toujours de remords combattu, paraisse une faiblesse et non une vertu n n'est pas uue miixime de Boileau seul, mais de toute l'école classique. La littérature ancienne regardait (aussement l'amour comme une déchéance morale, tandis qu'au contraire c'est cette vertu qui ouvre l'altruisnie etconstilue la principale amélioration de l'homme. C'est lorsque l'allruisme se trouve altéré eu lui. lorsqu'il se mélange d'égoïsmc, qu'il devient un défaut, et, si contre sa nature il se Iranforme en égoïsme même, qu'il dégénère en vice. C'est de nos jours seulement que l'amour mieux compris et mieux classé a pu être considéré comme vertu.
IS'éanmoins il renferme un élément inéluctablement égoïste, puisqu'il tend physiquement à la possession, psychiqucment à l'absorption dans la dépendance du 7noi. Aussi fail-il place peu k peu dana la vie de l'individu k un sentiment plus désintéressé, Vamoj/r malernel, dont l'amour palernel n'est que le second exemplaire. L'amour maternel se fonde aussi sur un fait physique, mais il entre dans ta sphère morale, et pénètre plus avant dans l'altruisme que l'amour conjugal. Il renferme peu d'intérêt mêlé à l'affection. En clFet l'enfant sera-t-il reconnaissant ? C'est douteux. Vîvra-t-il aaset longtemps pour soutenir ses parenlsî Nouveau doute. Les aimera-l-il, lorsque l'affeclion descend plulôt qu'elle ne monte? Incertitude encore. Le parent sait tout cela, il n'en aime pas moins son enfant, il travaille pour un avenir auquel U n'aura aucune part ou seulement une
pjirt Irès faible. L'enfaiil s'cltiigoeia, il en est sur, ira foutler ii son tour tine faïuille ailleurs, ce qui lesUelnl encore l'avenir commun. Le troisième amour, l'umoiir filial, l'amoui' des enfants pour leurs ■■pareulH, au moment où il se produit réellement est encore plus désiu lôressé. En ell^ti tant que leurs parents doivent leur donner les Boins physiques ou moraii-v nccessaîres, l'amour des enfants pour ■«ux ne dépasse pas le degré de l'cgofsme bien entendu. C'est en raison s âges respectifs, lorinquii les enfants doivent assister leurs parents, au moins lorsqu'ils peuvent se suffire, que l'amour filial commence. La preuve que c'est un progrès sur les deux premiers, c'est Igue chez les sauvages il est d'abord nul, les en&mts abandonnant ou luanl leurs parents âgés.
Ici 60 termine le rijcle de l-i famille.
Dans un second a/clt, celui de la nation, de la race, l'amour
n'étend davoalage, est de plus en plus collectif, mais il a sa racine
Uns celui de famille pur la fraternité. C'est en vertu de la fraternité
n'on aime ses compatriotes. Lu nationalité n'est qu'une famille
fclns éloignée.
Ce patriotisme s'élargit de plus en plus et comporto plusieurs jUgrés, historiquement aussi bien que biographique ment. Q va de la tommane à lu province, de la province k la nation. Mais c'est toujours B patriotisme. Cette dernière vertu n'est donc pas seulement de Eégolsma bien entendu. S'il en était ainsi, elle ne pourrait passionner nuast vivement ; c'est de l'altmisrae d'un degré élevé.
Cette vertu est généralement répandue, même chex les nations fsauvages ; c'est qu'elle se corrobore par l'égoïsme, l'inlérêt commun, l'instinct de conservation. Pendant longtemps elle reste l'eitrême limite supérieure de l'altruisme.
Enef1et,lespréjugéa internationaux sont loin d'être disparus. Ils s'ef- Ikcent cependant im peu, et le cosmopolitisme ouvre un troisième ^j/c/e de l'altruisme, celui de l'amour humanitaire, de plus en plus iKénér&l. Cet amour, de plus en plus généreux aussi, comprend d'abord ( qui ont fait l'objet de notre choix, d'oîi l'amitié, puis ceux qui tout nos supérieurs et nos égaux, et de la société desquels nous avons Autant d'avantages à recueillir que nous leur en procurons, d'où la 'bienveillance, et enfin ceux desquels nous n'avons aucun avantage à retirer, les laibles, les méchants, les inférieurs, d'où \s. philanthropie [du charité.
Ce point absolument désintéressé de l'allruisme semble bien être B plus élevé.
Ce serait cependant une erreur do le croire. Dans un sentîmeat ] corapréhensif, l'homme embrasse peu ù peu plus que rbumani c'est-à-dire l'univerp enlicr : il devient citoyen, non seuleraeut an ^enre humain, mais vérilablemonl du monde. Vincent de Paul est dépassé, François d'Assise étend sa bonté, ea compassion jusiju'u animaux qui le comprennent, Il en eat de mémo de Michelel. I un ordre bien infériGur, la loi elie-mflme, «près avoir sucoessivem protégé la femme, l'enfant, l'esclave, le prisonoier de guerre, a i fendu enfin leii animaux contre lus cruaulés.
Ici se termine le domaine de la bonté, àeValtriiismc, parmi 1 choses visibles, car les choses visibles cUes-mérneB y unissent : l'altruisme les dépasse et atteint le monde invisible. 11 ne le fait Ionjours que par degrés, que par les procédés do Y évolution. Qu'est-ce qui s'approche le plus des choses visibles ? Ce qui !'a clé, co qui ne l'est plus, mais ce dont on a gardé le souveuir comme tel. D'où X'amour des ancêtres, qui, rendu mystique, peut devenir l'umour des saints, des héros, des <Ucux, et lorme un culte. L'individu peut mâme s'y sacrîÛer, ce qui est un altruisme transcendant, q uoiqua dangereux et déraisonnable. C'est ici que commence la reli)jioD proprement dite qui est {'inflorescence de l'altruisme.
Mais cette religion est ainsi grossière, elle ne toucheras encore l'invisible véritable, c'est-à-dire celui qui l'a toujours été pour noua, Elle s'épure peu à peu et devient l'amour du monde dans son ensemble, de l'ordre du monde, de la cause du monde, que celle cause soit extérieure (Dieu personnel) ou soit intérieure (Dieu impersonnel et panthéis tique). C'est le point culminant. On aime le beau, le vrai, le bien en eux-mêmes, sans aucun intérêt : le sentiment est devenu compréhensif jusqu'à tout comprendre, à ne pouvoir rien exe lu ro- L'égoïsme disparaît fondu dans l'ensemble : l'homme devient totalement altruiste, sort déflnilivement de lui-même. Sa pensée se confond avec l'idée, il n'y a plus d'individu.
Si nous avons observé avec soin celte gradation, si nous avons analysé tous ces sentiments, ce n'est pas dans le but, qui serait hors de notre sujet, de construire de toutes pièces une nomenclature morale sans visées pratiques immédiates, c'est qu'il y a dans l'ordre qu'on suit dans l'éducation sur ce point un danger extrême qu'on ne peut bien sentir que lorsqu'on a rétabli l'ordre naturel et logique On commence par le couronnement, par le faite, on finit par la base: l'édifice ne peut tenir. C'est du reste ce défaut qui, aperçu enfin, a
décidé à une nclion en sens contraire qui, elle aussi, pourrait devenir exagérée. Nous avons dît que pendant très longtemps on a basé toute l'éducnlioa morale sur la religion, et lorsqu'on a parlé de morale indépendante, les proteslalîons furent vives. On disait à l'enfant : « Tu dois faire ceci ou cela, parce que lu le dois. Cela te sera-l-il utile ou non ? qu'importe : l'utilité est chose vile, et tu serais honteux d'être déterminé par un pareil mobile. « h Et pourquoi dois-jc faire cela? », répondait l'enfant. Il eût été assez naturel au moins de luîrépUquer; ii Parceque cela est bien, parce qu'il y a en toi, comme ennous, un sentimeatîntime qui ne trompe pas, et qui est satisfait de (elle action, mécontent de telle autre. » Non, ce n'est pas cette réplique, déjà un peu abstraite, qui lui était donnée. On lui disait : a Parce que lelle ou [elle religion défend cela. Le défendu est le mal, le commandé est le bie», " — i^ Qui a défendu et qui a commandé ? Quel est l'auteur de cette religion ? Cette religion est-elle vraie ?" — « Tu le discuteras plus lard ; on te le prouvera ; en attendant, elle est vraie provisoirement; tu dois obéir, lu dois te sacrifier provisoirement, n C'est ainsi que, pour ainsi dire, tout est suspendu à un seul fil ; ce RI tient à un seul point, et ce point n'est pas fixé. Quoi d'étonnant si une telle morale flotte ! Elle flottera toujours, et d'autant plus à mesure que l'enfant devenu adulte verra qu'on est Impuissant à faire la démonstration promise.
On l'a pris de trop haut, il fallait le prendre de plus bas, commencer terre à terre, veîaire dans l'individu l'éducation cpie le genre humain a déjà faite, et dans le même ordre. On s'en est aperçu dans ces derniers temps, mais c'est alors qu'une nouvelle erreur commence.
Cette erreur est double. D'abord frappé des inconvénients réfils de la religion quand elle est proclamée base de la morale, on a supprimé toule religion dans l'éducation ; on l'a tirée de la place qu'elle occupait sans droit, on ne l'a pas mise à celle qu'elle eût occupée à bon droit. On a bien fait de ne plus la traiter comme la base de l'éducation, on a mal fait de ne pas la reconnaître comme le couronnement et la ,Tésultante de celle éducation elle-même. Elle avait usé de tyrannie; usé d'ostracisme, réparant, comme toujours, une injustice par l'it^ustice inverse.
La seconde erreur a été, puisqu'on se rapprochait de la base, de ne pas descendre décidément jusqu'à elle et de s'être arrêté à mi-chemin, vers le milieu, àVidée de justice. On a tout basé sur \a Justice; on a construit sur elle la morale indépendant!', morale suspendue, elle
aussi, (laiiN le vide : voici comment. Do dil ù l'cnfaiil : '■ l-'aiE ceïa [ que c'est Jiislc. i. — « Pouniuoi cela ost-iljiisicï « — « l'nrcc que 6 conserve Viga\i\6 cnirc les concitoyens; le droit de l'un est borné 1 le droit do l'autre; si ou ne respecle pns celui-ci, le uiMre no gem | respecté ; puis il y a des piiDiticms el des récouipetises dont la sociit dispose. « — « Qii'pst-ce que le droit de l'autre en dehors do la Torce de cet autre, ou du cello sociale qui l'uppuie? ii ^ « Une conve| lion. » L'enfant, l'homme môme n'obéira pas h celto caDvenl^ toutes les fois qu'il pourra impuriâinciit la violer. On a fait ainsi i lo domaine de la morale ce qu'on avait fait dans celui de la n physique, remplacer simplemeul lus personnes stiperuaturcUbs] des entités de même nature,
A cAté de la morale traditionnelle el de la morale in'iépeinfa^i ily enaune autre que nous croyons seule efficace au point de vue pédagogique : c'est la morale natti ri-Uc . Celle-ci cherche h g'appujcr sur une base véritable, §ur le piédestal, iion sur le chapiteau romme la première, m sur le fftt de la colonne comme la seconde. Or la base du juste et du ban, c'est Vutite ; la base de l'altruisme le plus élevé, de celui même qui se perd nn peu dans les nuages, c'est l'égoïsma. Le dialogue entre l'enfant et 1 éducateur sera tout autre : — «Tu feras cela, parce que cela t'est nlile. » — u Non, car cela ne m'est pas agréable, et je suis libre de préférer t'tigréabic à l'utile, n ^ (I Oui, mais à la charge d'en subir les conséquences. Or les conséquences, les voici : tels cl tels exemples les prouvent ; la punition ne viendra pas du dehors, d'une loi humaine, mais du dedans, de 1k nature, de l'aclion m^me. Ces cjnséquences, tu les as déjà subie» dans telle et telle occasion : l'agrément sera balancé par un désagrément plus fort. I — (( C'est vrai, j'obéirai dans mon intérêt, » Ainsi doit naître la première vertu, bien terne, toute honteuse, recouverla des débris du vice dont elle émerge, comme la plante naît dans la fange, mais portant le germe de toutes les vertus les plus hautes. J'ai déjà indiqué l'évolution ultérieure.
Celte doctrine nie-t-elle la puissance de l'idée religieuse? Non, elto reprend celte idée d'entre les mains de la morolfi indépendante qui la tenait dans l'ombre, et la replace non pas k la base, mais au somm^ non pas au commencement pour nier la nature, mais h la fin potd compléter.
Nous voulons que, comma l'initruction, l'éducatiou soW. positivé Voici le tableau des vertt/s de Yêducation moralfi'.
il 1 i
SKCTION TIUJISIKMK
Classification des connaissances de l'éducation intellectuelle, ou de l'instruction proprement dite.
Eu Iraîlanl loul: h l'Iieure des exorcicfla corporels eL des habitiu do l'éducation morale, nous nous sommes posé au point de vue toiil S!(i/'eeii/de réducatiou, où ils forment en eU'el, avec l'instrucLion proprement dile. de grandes divisions. Ici, et lorsqu'il s'agit de U classification des matières de Vin.itrHClion proprement dite, noas nous plaçons davantage au point de vue objectif, quoique le subjectif ne disparaisse pas et doive fonder quelques-UDes de nos divisions, Aussi retrouverons-nous ici les habitudes de l'éducation morale et les enercices physiques k une nouvelle place celte fois comme sciences ou ar/s. les premières sous le nom de t?iû;'a^G, et les seconds sous le titre de gymnastique et de métiers.
Dans noire classification des connaissances, nous nous écartons de la plupart de nos devanciers qui n'y comprennent que les sciences proprement dîtes : exactes, naturelles et sociales, nous y englobons les arts et les lettres, en un mot tous les pioduils de l'activité de l'esprit humain.
Ces connaissances y du reste, peuvent se produire à dos ijluls d'activité de l'esprit bien diftérents. Tantôt elles sont consommées par l'esprit, c'est-à-dire apprises ou perçues, tantôt elles sont créées dans ce sens que l'esprit les découvre En matière d'art par exemple, il y a le dilettante el le compositeur, en malière de science naturelle l'ôtudiant et l'inventeur. Des intermédiaires existent entre le producleur et le consommateur : l'exécution rapproche le dilettantisme de la composition, l'enseignement transmet ia science inventée à celui qui l'étudié.
Avant d'établir noire classification persounelle, nous devons exposer et soumettre à une critique consciencieuse celle de nos prédécesseurs, d'où:
- Expiisi' des sYsIèriu's ilc clasxificnl'toiis.
Les syslènieB declassî{icâtions oui été lails, lanlût par des philolophes, tantt>t par des savaiiU :cor il est remarquable que ce sujet n'est las du domaine exclusif les Ihcories de la philosophie, et que ce sont â'aiitres savants qui ont obtenu peut-être les plus remarquables'. fjous les éludierona dans l'ordre cUronologiqun de leur apparition. Parmi Tes anciens il enÎBie les classifications de Platon et d'Aristole, li contiennent des élémenls précieux, quoiqu'on en rejette aujour- ■■d'hui les principQs fondamentaux. Suivant Platon les sciences se di- \isent en itois classes principales : la dialectique, la physique et I l'i^/Aiçîïf ; elles répondent aun Irois /actdiés de l'âme : l'intelligence,
<^^m\a. sensibilité, \Avolo7tté. La correspondance est moins esacte en ce ^^Biqui concerne la physique, il faut pour la justifier dire qu'il s'agit alors ^^^He la vérité sensible, mais alors cela n'a rien de commun avec la ^^^^ensibilité : la physique est une science tout à fait iritfiUectuelle. Au ^^^Beon traire, l'éthique ou morale correspond bien h la volonté. ^^^ Aristote modiCe celte classification : il réunit la dialectique et la ■^ physique pour en faire la classe des sciences théoriques qu'il subdi-
visa en anali/tigiie (logique), métaphysique et physique. La seconde branche comprenait les sciences pratiques, l'éthique et la politique. il créa une troisième branche, celle des sciences poétiques, consistant aVinvention, telle qu'elle se Irouve dans les arts. Dans le système d'Arîstote, comme dans celui de Platon, la classîfi- »tioD n'est point objective, on n'envisage que le eut utile pour l'homme.
Parmi les modernes, c'est Bacon qui a repris la chaîne interrompue j^es essais de classifications. Il adopte la division principale d'après Des facultés de l'esprit \ il donne aussi une place aux disciplines techniques, à la poétique, mais il accorde pour la première fois la jiré- ^ominance aux sciences particulières sur la philosophie. Partout s-à-vis d'une science théorique il établit une science technique , mais à titre de subdivision. Les facultés de l'esprit prises en considération no snnt plus les mêmes ; il dislingue comme telles : la mémoire, l'imagination et l'inlelligente, qui correspondent aux iTOis îrandes classes : Vhisloire. la poésie el la philosophie, celle dernière
avnnt un HCim niilru que relut qnc nnn« Ini ilonnon?, ot cntnpKtiAlA toules Ic8 scipncps spér.iates. soit de la nature, soit de l'homme.
A\tca\ixt préliminaire l'i l' ICncyclopAdie, conserve cette divigion d'apris les trois facilités de l'cspiil. mais il fait entrer l'art à c&tc de la poésie dans 1.1 diviKion c/i ne» pondant à rimaginaliou, de maai^re \ nbtenlr la formule triatiit/iie suivante : histuîref philfiiupftie, Qft. Il rom* prend dans l'art tous les signes d'expf'-ssion. les lettres, le discoare, la paléogrnplii'^, l'art élant lanti*it imittitif t\ lanlAl 4jml>ûll(|ue.
Locke fonde sa classification, nou plus sur le« diverses rucuilcs de l'esprit, mais sur len buts i\ atteindre. Suivant lui, il existe trois buts : lo premier est la connaissance ikéoriqHe dos objets; In second, lo bon et Yntile ; lo troisième, l'acquisition de sifffifs appropriés et leur emploi convenable par l'intelligence. De là. la physique, Vétltiqw.^ lu logiiitie, mais la logique n'est pas emplojée dans son siens ordinaire, mais dans celui de science den signes. Ce n'est, en réaliti^, qu'une science auxiliaire.
Tous ces systèmes reposent, depuis celui de Platon, sur un clus&ement purement subjectif des sciences, tandis qu'il doit être prliiclpalemeut objectif. De \k de nombreuses critiques élevées contre eus dans leur ensemble, et il faut reconnaître que ce n'étaient que îles essais ; que, d'autre cùté, la variation dans la bxation des facultés humaines servant de criterimu est de nature à les rendre suspectes. Cependant, suivant nous, ils conlienoent imo part très imporlantr* d'uoe vérité méconnue depuis, celle que l'élément subjectif est /ior oioments le plus important. Sans doute, si l'on se lient dans le domaine delà science /)ure, dans celui des sciences exactes et des naliirelloa, la claÊsilî cation doit être purement objective, mais ne peut, et nedoilelle pas être subjective lorsque dans les connaissances humaines an fuit entrer la littérature et les arts, lesquels ont les mâmes objols instériels que les sciences, mais les trailent difTéremmenl ? Seulement il, faut rectifier la classification des facultés de l'esprit faite par ces clafrsificateurs et leurs correspondances. En réaliléj les trois facultés sont r Viittêlligence, à laquelle correspondent les sciences natiirelt^i et exactes; la volonté, à laquelle correspondent les sciences humaines el sociales, et lase/(s/ôi///^, à laquelle correspondent les »;'/s ot les lettres. De même il ne faut pas répudier laclassilication d'après le but, laquelle coïncide, du reste, à la précédente. car VinteUigencfi a pour bul Xei vrai \& volonté \ei bien la sensibîlilé le beau. Ce n'est i
Hiremeal, à chacune de cas divisions, '[ue la clnssificalion objective Kt repreodfe son empire, e.l encore verrons-nous que ses plus chauds Srlîsans, Wundt en particulier, y substituent souvent inconsciem-
a claaseiuenl eubjeclif. Nous reviendrons là-dessus.
Dana notre aiùcle, deux savanls, ItenUism cl Ampère, diaiigèrent
rorfenia'ion delà classification. Tout d'abord à la tripartite ils en
^^ubstiluèrBDl une bipartite. Ils divisent tous les deux en sciences des
^Brpji el sciences de l'esprit : somatologie et pneiimatolo^ie, ou en
^^Emologie Etnooloffie- Dans la soma/o^oi/ieBentham distingue la
^Tcleoce posoloffique ou des f/uantitén, la mathématique, et la science
poiolofjique ou des qualités, sciences nalnrelles. Il divise ensuite
les malbémalïques en géométrie et arithmétique, dont l'une s'occupe
j la /'orme des objets, et l'autre (arithmétique et algèbre) fait abs-
taclion de cette Forme. Il divise les sciences naturelles en : i* sciences
)ccupanl des cor/)s et des pA^Monienes spontanés de la nature, el
K sciences dé peu dan t de Xactivilé de l'homme (physiurgie cian-
vopurgie). A la /.lAî/sïifrfffe appartiennent l'astronomie, la physique.
f biologie, la botanique, la zoologie; à Ya/ilh-opi/rqic apparlienoenl
-dynamique, la chimie et la technologie. Il divise à son tour la
ieumatologie en sciences s'oocupant des activités iutellecluelles et
leaces des autres activités de l'esprit : les premières s'appliquent ou
& passé, ou au présent; ce sont alors, d'un côté l'histoire avec ses
nncfaes, d'autre càté la logique, la grammaire, la rhétorique, l'or-
îïlographe, etc. Enfin une troisième division comprend les sciences
(anoopneumatologie) s'occupani de la volonté : éthique, politique,
. jurisprudence, et sciences sans rapport avec ta volonté, l' esthétique, et
B arts techniques.
mpère divise la cosmologie en doux branches, branche mathé- ■Uco -physique et branche médïcino-physiologique, et la nooloqie Bscicnces philosophiques et sciences ethnologico- poli tiques. JIcs deux systèmes dont l'ensemble p'est pas h retenir nous sembleot ^r renfermé une idée précieuse : la distincliun entre les sciences a nafurc et les sciences de l'esprit, distinction que nous allons Pr tnéconnue tout à l'heure par d'illustres classifica leurs : Auguste mtfl et Herbert Spencer.
L. cillé de ces tentatives des savants se placent celles des philo-
mhes- Ici ualurellement la philosophie domine et quelquefois eb-
« les science» spéciales. On divise en pbilosopliie théorique si
Elosophie pratique. C'est la division principale sui\'ic par Fichte
et Herberl. Hegel divise, au contraire, en dialectique, physique et éthique, comme Platon (logique, philosophie de la nature, et philosophie de l'esprit^ Mais tous leurs systèmes ont été éclipsés par deux autres qui ont eu un grand retentissement, ceux d'Augnste Comte et d'Herbert Spencer, que nous allons décrire plus longuement, ainsi > que celui d'un cminent psychologue contemporain, Wundt.
Tous ces auteurs ont laissé de côté les arts et la littératuro et n^Qt classifié que les sciences seules ; en cela leur œuvre se difiérencie déjàprolondément des systèmes antérieurs. Déplus, les deux premiers ont réduit à l'étal de simple subdivision les sciences historiques, juridiques, politiques et morales, et éliminé ta science philosophique.
Auguste Comte a donné sa classi&cation sous ce titre : La série encydapédique des sciences abstraites.
La série comprend, par ordre k la fois chronologique passant de la science la plus anciennement à la plus récemment cultivée, et objectif passant de la science la plus simple à la sdence la plus complexe, de celle qu'on peut apprendre sans savoir les autres à celles qui ont besoin du secours des premières suivant le tableau suivant :