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CHAPITRE I Physiologie normale et pathologique

Quelques mots de physiologie normale des vésicules séminales sont peut-être nécessaires. On sait que la vésicule est à la fois une glande et un réservoir. La glande a des fonetions continues, mais qui s’exagèrent considérablement sous l'influence de l'excitation génitale. Dans certains états morbides, quand avec. le doigt dans l'anus on peut sentir la vésicule séminale et la comprimer, il sort par l’urèthre un liquide riche en spermatozoïdes. La vésicule séminale (glande et réservoir spermatique) ne se vide qu'au moment de l’éjaculation. De tout ceci, il résulte qu'il y a des forces qui maintiennent fermés les canaux éjaculateurs et qu’au seul moment de l’éjaculation survient une force nouvelle antagoniste des précédentes et capable de les surmonter pour un instant.

Les canaux éjaculateurs sont en effet normalement fermés par leur élasticité propre, leur lumière restant toujours virtuelle. Mais la contraction et surtout la contracture de la portionde l’urèthre danslaquelleils viennents’ouvrir, augmente la puissance de cet appareil de fermeture. Par conséquent, tout ce qui peut provoquer un spasme durable de l’urèthre profond agit sur les canaux éjaculateurs et pent provoquer la

stagnation des liquides dans la vésicule séminale. Nous en

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donnerons des faits. Nous ne reviendrons pas sur les causes de spasme de l’urèthre profond ; il suffit de se rappeler la loi générale (1). Ces causes sont donc tout au moins des causes prédisposantes de la colique spermatique.

La vésicule séminale est munie d’un appareil d'expulsion que l’on peut appeler intrinsèque, par opposition à l'appareil extrinsèque représenté par les parois abdominales et le plancher pelvien. C'est-à-dire que pour chasser au dehors les produits de sécrétion accumulés dans sa cavité, la vésicule à besoin de la contraction de sa tunique musculaire propre, agissant synergiquement avec les parois abdominales et le périnée (2). Quand, sous une influence quelconque, cette contraction synergique devient impossible, il y a stagnation des liquides avec toutes ses conséquences.

En résumé, comme cause générale de la colique spermatique, à tous les âges, à tous les degrés, il faut envisager les conditions dans lesquelles le rapport physiologique entre les forces de fermeture des canaux éjaculateurs et les forces expulsives vient à être modifié, les premières devenant dans toutes circonstances supérieures aux secondes, en particulier au moment de l’éjaculation.

Il est un autre facteur de la colique spermatique : c’est l’oblitération du canal .éjaculateur. Mais on remarquera que

(1) « Toutes les irritations ayant pour siège le prépuce, le gland, le méat, la { portion pénienne de l’urèthre de l’orifice du méat au collet, du bulbe, jusques et («y compris les inflammations des glandes de Cooper, toutes ces irritations sont « l'origine d’un réflexe dont le résultat est la contracture de la région profonde « de l’urèthreavec stagnation ou rétention d’urine, c’est-à-dire qu’elles provoquent ( le spasme de l’urèthre sans provoquer la moindre excitation sur les parois vési-

« cales. » (RELIQUET. Leçons sur les mal. des voies urinaires, 1878.) (2) Cette contraction synergique n’a lieu qu'au moment de l’éjaculation.

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toujours le phénomène reste le même. La colique spermatique reconnait donc pour cause la contraction de la tunique musculaire propre de la vésicule séminale, l’organe étant distendu par des produits de sécrétion, qui ne peuvent être complètement expulsés.

Mais si les considérations précédentes nous donnent une idée du mécanisme de la colique spermatique, elles n’expliquent point les troubles urinaires constants. On conçoit la douleur vive au moment de l’éjaculation avec aspermatisme, la douleur pendant l'érection (sécrétion plus active des glandes, congestion, contraction de la vésicule séminale, etc.), la sensibilité de la vésicule au contact, les irradiations dans les organes voisins.

Toutefois ces accidents douloureux s’accompagnent toujours d'un état congestif local, en particulier chez les hémorrhoïdaires, congestion qu'accroit encore la constipation tenace habituelle en pareil cas. Ainsi se trouvent réunies au niveau du col vésical plusieurs causes d’irritation. Or « toutes les fois qu'il y a une cause d’irritation dans la région profonde de l’urèthre ou dans ses organes annexes (glandes de Littre, prostate, canaux éjaculateurs, vésicules séminales), il y k' spasme de la région profonde de l’urèthre avec excitation de la contraction vésicale » (Reliquet). La vessie, sous linfluence de cet état spasmodique, ne se dilate que peu ou pas et se vide en se contractant énergiquement; de là, douleur à la fin de la miction.

Quant aux modifications présentées par les urines (mucosités, sang), ce sont là les symptômes d’une irritation violente de la vessie et de l’urèthre, mais qui seuls ne permettent pas

de remonter à la cause de cette irritation.

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Causes.

Après ce que nous venons de dire, il convient d'aborder dans ses détails l’étiologie de la colique spermatique. Et sans revenir sur les raisons précédemment données, nous incriminerons la réplétion des vésicules par le fait d’une continence sévère coïncidant avec des eéxcitations génésiques, fait assez fréquent chez les jeunes gens à la veille du mariage, pouvant devenir la cause d'accidents hypocondriaques. Nous incriminerons également tous les états spasmodiques de l’urèthre déterminés par des dispositions vicieuses du canal (méat, ete.), ou des habitudes spéciales (coït incomplet) (1), enfin et surtout l'augmentation de consistance des produits de sécrétion de la vésicule séminale venant oblitérer le canal éjaculateur (2).

Dans quelles conditions les produits sécrétés prennent-ils une consistance assez grande pour ne plus pouvoir franchir le canal éjaculateur ? La première et la meilleure est certainement la stagnation de ces sécrétions dans la vésicule séminale, quel que soit l’âge du sujet du moment qu’il est dans la période génésique active. Aïnsi, chez le malade qui fait le sujet de l'observation V, il n’y avait aucune autre cause, et cependant les produits expulsés à la suite de l'intervention étaient d’une composition anormale (mucus). Il faut peut-être admettre que, par le fait de la stagnation, les parois de la vésicule ont été le siège de phénomènes inflammatoires peu intenses. Cette spermatocystite est au moins très probable et la présence du

(1) RELIQUET et GUÉPIN. Faux rétrécissements de l'urèthre Paris, 1893. (2) CH. ROBIN. Dict. encyclop. des Sciences médicales (article Sperme).

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mucus vient donner de la valeur à cette hypothèse. Lorsque les phénomènes de spermatocystite chronique sont évidents, il devient naturel de rapporter à cette origine les modifications subies par les sécrétions. Mais alors ïcï, aux douleurs de la ‘ colique spermatique, il faut aussi reconnaître pour cause la sensibilité des parois de la vésicule enflammée.

Les concrétions (sympexions) sont surtout fréquentes à un âge avancé (Ch. Robin-Guelliot); mais elles ne sont point spéciales à la vieillesse, et la plus curieuse observation de sympexions de la vésicule séminale chez un jeune sujet, que nous ayons rencontrée, est la suivante due à MM. Reliquet et Cadiat (1) :

« M. Cadiat et moi, nous venons soumettre à l’examen de PAcadémie une vésicule séminale d'homme sain contenant des sympexions très gros.

« Cette pièce a été prise à onze heures du matin sur le cadavre d’un supplicié, âgé de ving-cinq ans, exécuté six heures avant.

« Au premier examen, les vésicules séminales distendues, dures, se tenaient raides comme dans une sorte d'état d’érection.

« Leur surface était injectée au point d'offrir une teinte violacée ; la prostate n'’offrait rien d'anormal et l'urèthre ne contenait pas de sperme, ce qui est pourtant ordinaire chez les suppliciés.

« Deux jours après, nous reprenons la dissection de la pièce que nous avions mise dans un liquide n'altérant pas les tissus (liquide de Müller).

(1) RELIQUET et CADIAT, Bull. Acad. de médecine, 1878, tome VII, p. 88.

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« La vésicule séminale droite, à une pression légère entre les doigts, se vide facilement entre le conduit éjaculateur ; le liquide qui en sort a tous les caractères microscopiques du sperme. En même temps que lui, s'échappe une masse sphérique, à peine grosse comme un petit grain de millet, transparente, jaunâtre et de consistance molle. La vésicule qui renfermait ces produits est absolument saine et ne renferme que du sperme normal.

« La vésicule séminale gauche est très dure ; en la comprimant légèrement entre les doigts, ilne sort que très peu de liquide par le canal éjaculateur, à peine une goutte. Elle est littéralement remplie par des sympexions denses. L’un d'eux, du volume d’un pois, se trouve dans le cul-de-sac ; un autre est au milieu de la cavité, et enfin, du côté du canal éjaculateur, on voit une masse volumineuse qui fait bouchon et oblitère ce conduit dans le premier tiers de son parcours.

« Il faut noter encore qu'il n’y avait aucun dépôt de ce genre dans la partie vacuolée du canal déférent de ce côté gauche.

« L'examen microscopique de ces sympexions nous a montré qu'ils étaient bien de même nature que ceux qui ont été décrits par le professeur Robin dans son Traité des humeurs,

« Celui qui s’est échappé de la vésicule séminale droite par

le conduit éjaculateur est formé d’une substance homogène, s’écrasant entre deux plaques de verre, un peu plus réfringente dans l’eau, soluble dans lPacide acétique, et couvert de cellules épithéliales et de spermatozoïdes adhérant à sa

surface.

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