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CHAPITRE IV

GÉOLOGIE

î. Géographie. Limites, superficie. — La province de Sainte- Catherine, jadis considérée comme une dépendance de la capitanie de Saint-Paul, a eu en tout temps des limites très-variables et trèsincertaines. Aujourd'hui encore, elles ne sont pas positivement déterminées, et il serait difficile de lui en assigner de naturelles, basées sur les accidents d'un territoire fort peu connu, et dont la plus grande partie est inhabitée. Cependant on la regarde comme bornée au nord par les versants qui alimentent le Sahi-Grande et ses affluents, par 25° M' de latitude méridionale ; à l'est, par la mer, vers le 51° de longitude occidentale de Paris; au sud, par le Mambituba, par 29° 20'; et à l'ouest, par le district de Lages, qui en fait partie jusque vers le 57° de longitude.

Son territoire se subdivise en trois parties bien distinctes. La première comprend File de ce nom, dont la superficie peut s'estimer à 18 lieues carrées de 20 au degré; la deuxième se compose de la partie continentale comprise entre le littoral et la Serra Gérai (chaîne granitique qui traverse toute la province du nord au sud); la superficie peut en être évaluée à 1,200 lieues carrées; enfin, la partie connue sous la dénomination de Campas da V accaria ou de Campos da Cima da Serra, située entre la Serra Gérai et le Paraguay, dont la superficie dépasserait deux mille lieues carrées si on rendait a cette province les limites de son ancienne capitanie.

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2. Orographie et hydrographie générale. — D'énormes soulèvements, de nombreux bouleversements ont produit le surgisement ame'ricain. La constitution géologique de ce grand continent atteste que la terre y a été souvent en travail. Pour peu que le pays soit accidente', on y rencontre ses diverses formations sous toutes les inclinaisons, sous tous les aspects et presque à toutes les hauteurs. Pour 1 étude de la géologie c'est une terre classique; pour l industrie, elle offre ses trésors à qui veut les prendre, à qui sait les employer; mais laissant à part tout ce qui est en dehors de notre sujet, pour ne nous occuper que de la province que nous avons en vue, examinons quels sont les caractères principaux de sa formation.

D'abord ce qui frappe l'observateur, c'est le surgisement bizarre et presque continu de la Serra Gérai, dont la pente orientale, trèsroide, pre'sente fort peu d'endroits transitantes; tandis que la pente occidentale n'est, à vrai dire, qu'un immense plateau, dans lequel serpentent Y Uruguay et ses affluents, ainsi que quelques-uns du Pavana, presque tous navigables, et qui sur une longueur de trois à quatre cents lieues baignent et fertilisent un des plus beaux pays du monde.

Après viennent les imposantes anfractuosités, les bifurcations et les contours qu'affecte cette chaîne, dont le faîte presque partout de niveau est à peine dominé par quelques pics peu élevés. Ensuite le surgisement de cette île magnifique à base granitique, ce briselame paré de la plus belle végétation, ce boulevard de l'immense bassin qui la sépare du continent, et qui non-seulement pourrait contenir les plus grandes eseadres, mais qui pourrait abriter plus de navires que le commerce du Brésil n'en attirera de longtemps.

Enfin, cette vaste plaine qui se trouve au haut de la Serra Gérai.

dont celle-ci ne paraît être que le mur de soutènement, et dont la pente générale, presque insensible Ojsooo), est parsemée de tant de voies navigables créées et alimentées par la nature.

Après cet aperçu général, entrons dans le détail de l'œuvre, et il nous sera facile de saisir l'ensemble de son orographie et de son hydrographie.

Par 28° 8' de latitude sud, descend de la Serra Gérai un grand contrefort qui, après s'être dirige' vers l'est pendant cinq à six lieues, retourne au nord, y prend le nom de Serra do Taboleiro, et jette à l'orient plusieurs ramifications, qui forment les bassins du Garupaba, de XEmbau, du Macembu, du Cubatdo et de plusieurs affluents de la Laguna de Villa Nova. La plus remarquable de toutes ces bifurcations est celle qui forme la Serra do Cambirola, dont l'aspect si grandiose, vu de la capitale Nossa Senhora do Desterro, pénètre l ame d'admiration.

De la direction et de la forme de ce contrefort, combinées avec celles de la Serra Gérai, résultent les lignes de partage des eaux et la pente moyenne des lits des différentes rivières. Mais avant de les décrire, examinons la direction générale de la Serra Gérai, et pour mieux la comprendre, jetons un coup d'ceil sur l'ensemble de la formation brésilienne.

Si on remonte l'Amazone jusqu'à son affluent, le Rio Madeira, et celui-ci jusqu'au delà de la Villa bella de Mato Grosso, par le Guapore, qui se jette dans le Madeira, on arrivera par une suite de voies navigables jusqu'au portage peu élevé qui sépare le bassin de l'Amazone de celui du Rio de la Plata, et en coupant ce portage sur une longueur de trois à quatre cents mètres par un canal, on obtiendrait une voie navigable de plus de douze à quinze cents lieues de développement. Si donc la formation brésilienne était reliée au

grand surgisement des Andes, comme quelques explorateurs l'ont prétendu, elle ne pourrait letre que par le portage de Mato Grosso, une des ondulations des Campos Parexis. Or, on ne peut admettre qu'une telle liaison puisse être suffisante pour relier un système de montagnes à un autre, et nous considérons, avec M. de Humboldt, ces deux formations comme entièrement indépendantes l'une de l'autre.

Le surgisement brésilien, peu connu, peut se diviser en quatre chaînes principales. La première, la Serra dos Parexis, dont le point culminant se trouve dans le Mato Grosso, aux sources du Rio Paraguay , par 12° de latitude, et dont les ramifications, parmi lesquelles on remarque la Cordilhera do Norte, forment les grandes valle'es du Madeira, du Topayos, du Xingu, trois affluents des Amazones, une partie de celle que parcourt le Rio Araguay, qui a près de quatre cents lieues de longueur, ainsi qu'une partie de celle du Rio Paraguay, jusqu'au grand lac de Xarayes. La seconde, la Serra de Santa Martha, qui se relie à la précédente par la Serra dos Vertentes de 1000m de hauteur, et dont le prolongement vers le nord reçoit la dénomination de Cordilhera grande, à son point culminant aux environs de Villa Boa de Goyas. Elle sépare les affluents du Parana de ceux de l'Araguay, en complétant dans cette dernière direction la vallée qui arrose ce fleuve, tandis que son versant oriental alimente celle du Tocantines. Par un embranchement qui part tout près de Meia-ponte, par 16° de latitude (la Serra das Armas), elle va rejoindre la grande chaîne de Tabatinga, la troisième vers l'est de la formation brésilienne, qui, sur une longueur de quatre cents lieues environ, reçoit les différents noms de if/arcella, AraraSy Tabatinga, Piauhi, dous Irrnaos, Itapaba, etc. Les bifurcations de cette chaîne donnent naissance aux vallées du San

Francisco do Norto, de la Parnahyba, du Rio Para ou Tocantines, et de plusieurs autres rivières de moindre importance. Cette chaîne a un point de rebroussement à son extrémité méridionale. Vers la limite qui sépare la province de Goyas de celle de Minas Geraes, et en se dirigeant à l est par 20° de latitude, sur une longueur d'environ quatre-vingts lieues, elle va rejoindre la Serra de Mantiquera, non loin de Villa Rica, après avoir alimenté par son versant sud le Parana, et par son versant nord le San-Francisco et ses affluents. La Serra de Mantiquera n'est qu'une fraction de la quatrième et dernière chaîne brésilienne, la Serra Gérai ou Serra do mar.

La Serra Gérai prend naissance dans les plaines de l'Uruguay, tout près de Maldonado. Elle se dirige d'abord au nord, sous la dénomination de Coxilha Grande, et après avoir poussé à l'orient plusieurs rameaux qui séparent les divers affluents des lacs Merim et dos Patos, elle va rejoindre, par 29° de latitude, la Serra de San Martinho, une de ses ramifications. De ce point, elle se dirige vers l'est, jusqu'au cinquante-deuxième degré de longitude, en alimentant par son versant méridional tous les affluents du Mm Jacuky, tandis que de son versant septentrional, dont la pente est presque insensible, elle forme les Campos da Cima de Serra. Au cinquante-deuxième degré de longitude, elle reprend sa direction primitive jusqu'au vingt-septième 35' de latitude. Là elle retourne vers l'ouest, et après avoir jeté deux rameaux dans cette direction, entre lesquels se trouvent les sources de Yltajahi grande, dans la province de Sainte-Catherine, elle continue au nord-est, jusqu'au vingt-cinquième degré 40' de latitude, d'où, séparant par un de ses contreforts les eaux du Guaratuba de celles du Rio Cubatâo de Paranagua, elle se dirige de nouveau à l'occident, en alimentant au sud les sources du Rio de Curitiba ou Rio Guaçu, et au nord celles du

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Ribeira et de Iguape. Après setre dirigée vers l'ouest pendant quelques lieues, elle retourne vers l'est-nord-est, se rapproche beaucoup du littoral vers Santos, et bifurque de nouveau à quelques lieues de cette ville au point de rebroussement du Rio Parahïba. Ici l'embranchement secondaire est le plus élevé; Use dirige au nord-est, et se termine à l'embouchure de la Parahiba, après avoir pris les formes les plus bizarres, qui embellissent d'une manière si pittoresque le dernier plan du magnifique paysage de la baie de Rio Janeiro. La partie de cet embranchement qui affecte ces formes est connue sous la dénomination de Serra dos Orgaos (Montagne des Orgues). Le second embranchement, qui est la continuation de la Serra Gérai, s'abaisse considérablement à son point de jonction, et y forme le col par où passe la grande route de Rio Janeiro à Saint-Paul. 11 est connu sous le nom de Serra de Mantiquera, continue à séparer les eaux du Parana de ceux de la Parahiba, et, sous différentes dénominations, va rejoindre le crochet de la chaîne de Tabatinga, au sud de Villa Rica de Oro Preto. Après avoir poussé un nouvel embranchement vers le nord-est, qui se perd non loin de Porto Seguro, et dans lequel se trouvent les sources du Rio Doee, du Rio Jiquitinhonha ou Belmonte, et de plusieurs autres affluents du littoral, la Serra Gérai poursuit sa direction parallèlement à la mer. Elle borne à l'orient le bassin du San-Francisco do Norte et se perd près de l'embouchure de ce fleuve, par le 10° de latitude, après un parcours de plus de sept cents lieues. Le point culminant de cette longue chaîne, dont les contours sont si difficiles à saisir, paraît se trouver entre Sabarra et la villa do Principe, et on prétend qu'il ne dépasse pas la hauteur de 2,000 métrés au-dessus du niveau de la mer.

(Test la partie de la Serra Gérai qui se trouve aux environs de

Villa Rica, la Serra do Espinhaço, qui par son élévation (environ 2,000 mètres) paraît être le noyau principal de la formation brésilienne. Partout ailleurs les sommets ne dépassent guère 1 ,400 mètres, et même rarement en atteignent 1,000. La partie de la Serra Gérai qui traverse la province de Sainte-Catherine s'élève au nord de cette province à environ 1 ,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis qu'au sud elle n'atteint pas les 800 mètres.

La direction constante des différents groupes de la charpente granitique que nous venons de décrire, et dont l'ensemble n'avait pas encore été envisagé comme nous venons de le faire, démontre clairement que la déclivité nord et sud de la partie du sol brésilien qu'ils occupent (160,000 environ) ne présentera guères d'obstacles sérieux à la navigation ou à l'établissement de toute autre voie de communication dans cette direction ; tandis que de l'est à l'ouest on aura toujours à vaincre des difficultés presque insurmontables pour l'organisation des transports, à moins que, par un de ces accidents que la nature semble quelquefois créer à dessein, on ne puisse passer par quelque déchirure ou quelque défilé d'un bassin dans un autre. Or, s'il faut en croire les renseignements les plus dignes de foi, confirmés par les travaux que nous ont laissés les anciens explorateurs portugais, cette heureuse circonstance existerait dans la province de Sainte-Catherine, vers le vingt-septième degré de latitude; et l'Itajahi, dont les sources se trouvent dans les Campos Geraes passerait la Serra Gérai à travers une de ces déchirures, non-seulement praticable pour les voitures, mais que même on pourrait rendre navigable. Si cette circonstance se réalise, elle sera donc d un avenir immense pour cette province et pour toute la partie de l'empire qui se trouve au sud des groupes déjà cités.

Maintenant reprenons notre sujet : dans la partie centrale de la

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province de Sainte-Catherine , depuis l'Océan jusqu'au pied de la Serra Gérai, la déclivité moyenne peut s'estimer à environ trois cents mètres sur cent vingt-cinq kilomètres de longueur, soit environ 0,24 sur cent. Cette pente est loin detre rachetée uniformément. Au contraire, les chutes et les rapides des rivières qui débouchent le long de son littoral, ne commencent, en général, qu'à une assez forte distance de leur embouchure, et augmentent en nombre et en force à mesure qu'on se rapproche de leurs sources. Aussi presque toutes les rivières de la province deviennent flottables à quelques lieues de leur origine. En général, dès qu'on a passé les rapides elles ont une partie navigable, bientôt une chute (salto), puis redeviennent navigables jusqu'à leurs embouchures presque toujours obstruées par un banc de sable (barra), mais qu'il serait possible de faire disparaître pour quelques-unes d'entre elles.

Le contrefort à noyau granitique de la Serra Gérai qui se termine à la mer par la Serra de Cambirola, après avoir poussé plusieurs rameaux à l'orient, partage naturellement la grande vallée longitudinale en deux parties distinctes, tant sous le rapport hydrographique, que sous le rapport géognostique. Ce contrefort et ses rameaux alimentent au nord Yltajahi Mirim, la Tijuca Grande et le Cubatâo; à l'est le Macembu, YEmbau et le Garupaba ; au sud YUnna, YArretinguaba, le Capivari, le Braço do Norte et plusieurs affluents du littoral et de la lagune de Villa Nova. La Serra Gérai nourrit, à l'orient, le S. Francisco et tous ses affluents, YJtapecu, Yltajahi Grande, Yltajahi-Mirim, la Tijuca Grande, la Tijuca- Mirim, le Tubarâo, YArraringua, le Mambituba et leurs nombreux affluents. Plusieurs autres rivières de ce versant trouvent leurs sources dans les petites chaînes de l intérieur entièrement séparées de la grande . telles sont le Camboriu, le Piraque, le Rio

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dos Lobos, Ylnfernmhoj le Bigaassii, le Quebra-Cabeças , le Marui, le Paca, le Biraquera, le Xiquiero, YUrusanga et plusieurs autres qu'il serait trop long et trop fastidieux de citer.

Indépendamment du surgisement qui se termine par le Cambirola , on en trouve dans la province plusieurs autres de moindre importance, auxquels on donne assez confuse'ment tantôt le nom de Morro, tantôt celui de Serra. C'est ainsi que l'on rencontre le long de la route de D ester ro à Lages par le Campo de Boa Fista et le Trombudo, le Morro da Taqnara, la Serra Pilheira, le Morro da Espeira, et le Morro Grande; aux environs de l'Itajahi Grande, le Bahid, le Morro da Estaleira dos Naos, le Morro da Fortaleza , celui de Pedra de Ainolar, la Serra dos Pinheiros; le long du littoral le Morro d'Itajahi, le Morro da Taquara Satuba, le Morro das Garopas, le Morro Ganxos, le Morro dos Cavallos, ceux de Ciriu, de Garupaba, da Penha, de Villa Nova, de Magalhaens, de S". Martha, dos Conventos et plusieurs autres qu'il est inutile de citer. A l'exception de celles de Pedra do Amolar et dos Conventos. toutes ces formations sont granitiques. Nous aurons bientôt occasion d'examiner leur formation ge'ognostique ; mais continuons d'abord nos recherches hydrographiques par l'examen des principales rivières de cette province.

3. Hydrographie. — Le S. Francisco do Sul, après avoir reçu les eaux de ses nombreux affluents, se jette dans la mer par deux embouchures entre lesquelles se trouve l'île de S. Francisco, dont la superficie peut s'estimer à environ dix lieues carrées. Le bras septentrional, qui se dirige au nord-est, a beaucoup d'eau, de 4 à 8 brasses portugaises de 2m,19, soit de 8 à 18 mètres à l'ancrage, qui se trouve en face de la ville de S. Francisco, à deux lieues de la mer. Ce port n'est pas abrite contre les vents du nord-

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est peu dangereux ; mais le fond est de bonne tenue , et les navires peuvent remonter ce fleuve beaucoup plus haut, presque jusqu'au Rio de très Barras. Tout le long il y a des abris sûrs , et on ne se tient à l'ancrage devant S. Francisco, que parce que cette ville est le centre actuel des affaires de ce district. À l'embouchure de ce bras la profondeur de l'eau est réduite, en basse marée, à trois brasses et demie, 7m,66:; mais il y a tout près de là, aux îles Garcias, un excellent port pour les navires du plus, fort tirant d'eau, lequel est abrite' contre tous les vents qu'on pourrait avoir à craindre. La largeur de ce bras varie entre 2,500 et 6,600 mètres. Le second bras, le Rio Aracary, se dirige vers le sud-est ; il est obstrue' à son embouchure par un banc de sable, et on ne peut s'y hasarder avec un tirant d'eau de plus de 2m,70; il a à peine 500 mètres de large.

Ultapecu peut être remonte' à une assez grande distance de la mer avec des canoas (canot creuse' dans un tronc d'arbre), ou avec d'autres embarcations légères; mais son embouchure, qui a 33 mètres de large sur 2 mètres de profondeur, est impraticable, et cette rivière n'est pas fréquentée. Elle a ses sources dans la Serra Gérai au pic de ïlcomba et iïJjarapeaj son cours n'est pas bien connu.

Ultajahi Grande qui , parmi ses affluents , compte un bras inexplore' qui se dirige au sud, et qu'on dit être navigable sur une grande e'tendue, ainsi que le Rio Bendito et le Luiz Alves, reçoit près de son embouchure les eaux de Y Itajahi-Mirim, dont nous parlerons plus loin. Cette rivière, la plus grande du versant oriental de la Serra Gérai, dans la province de Sainte-Catherine, a ses sources dans les Campos Geraes ou Campos da Cima da Serra. Elle traverse la Serra Gérai par une large et profonde déchirure, à la sortie de laquelle elle paraît devenir navigable jusqu'au salto, à

environ trente lieues de son embouchure. Nous lavons remontée depuis la mer jusqu'à ce salto, et nous en avons fait, jusqu'à cet endroit, le levé et le sondage. Elle ne présente aucun obstacle à la navigation. Sa largeur moyenne, dans cette partie, est de 100 à 300 mètres. La marée s'y fait sentir presque jusqu'à son confluent avec le Luiz Alves. La plus grande vitesse de son courant est de 2,000m à lheure, et cela seulement près de la chute. A l'époque où nous l avons remontée les eaux en étaient un peu basses. Nous avions le plus grand désir de reconnaître cette rivière jusqu'à ses sources, mais avec les difficultés insurmontables que nous opposaient les forêts vierges, et les accidents du terrain pour remonter au-dessus du salto avec notre embarcation, malheureusement trop lourde (un petit yacht), le temps trop restreint qui nous était donné pour parcourir cette intéressante province, et les faibles ressources en hommes et en vivres dont nous pouvions disposer, il eût été téméraire et inutile de l'essayer. C'est un travail que nous léguons à nos successeurs, qui trouveront une large compensation à leurs fatigues, dans la beauté du climat et le majestueux aspect de la Serra Gérai vue de ces forets vierges.

L'embouchure de l ltajahi Grande se trouve par 26° 54' il" de latitude : elle est facile à reconnaître par la pointe de Yltapacoroia, celle de Cabeçuda, le morro de Itajahi et au loin le Bahul qui ressemble à un énorme cavalier qui domine tous les environs. Malheureusement son embouchure est obstruée par les sables que, dans les grandes crues , ses eaux traînent en suspens , et déposent dès que la vitesse dont elles sont animées diminue , et il serait dangereux de tenter l'entrée de cette rivière avec plus de dix pieds de tirant d eau. Nous avons sondé avec soin l'entrée de ce port, et nous n'avons pas trouvé en basse marée moins de deux brasses et

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demie d'eau. La passe n'est pas difficile à connaître, et nous avons la conviction que ce port pourrait être facilement amélioré.

Mais avant d'entreprendre un travail de cette importance, il serait nécessaire de faire une étude plus approfondie que celle à laquelle nous avons eu le temps de nous livrer, et ce ne serait pas trop que le séjour de plusieurs années sur les lieux, pour bien reconnaître les influences que les grandes crues exercent sur les courants et sur les bancs qui se trouvent à l'entrée de cette belle rivière.

LÏItajahi-Mirinij un des affluents de l'Itajahi Grande, est remarquable par ses nombreux contours, par sa profondeur, par la tranquillité' de ses eaux, par le pittoresque de ses rives et par la fertilité des terres qu'il traverse. Nous l'avons remonté assez loin, bien au delà de toute habitation jusqu'au Taboleiro; nous en avons levé toutes les sinuosités, mesuré toutes les profondeurs et, sauf de légers obstacles provoqués par la grande quantité d'arbres qu'elle entraîne dans ses fortes crues, et dont quelques-uns embarrassent son lit, cette rivière est navigable pour des embarcations d'un assez fort tirant d'eau. Elle sera d'une grande ressource pour les communications avec l'intérieur, car on dit qu'on peut la remonter jusqu'au premier salto, et au delà jusqu'au pied du Morro Grande qui se trouve sur la route de Desterro à Lages par le Trombudo. La marée s'y fait sentir jusqu'au Taboleiro. Le terrain qu'elle traverse est uni, et il paraît qu'aucun obstacle ne s'oppose à sa jonction avec le Rio Concesçao, un de ses affluents, qui est trèsprofond, ainsi qu'avec le Camborin Guassa, le Piraque Guassu et la Tijuca. Dans la partie que nous avons remontée la vitesse du courant dépendait de la marée, sa largeur variait entre les limites de 50 à 70 mètres, sa profondeur entre 7 et 10 mètres; ses sources se trouvent au delà du Campo de Boa Vista, dans la Serra Gérai

et dans le grand contrefort qui se termine par le Cambirola. Trois de ses bras sont traversés par la route de Trombudo: à deux lieues de là. ils se reunissent et la rivière paraît devenir navigable. Le premier de ces bras, à partir du levant, a 27 mètres de large: dans les temps de sécheresse on peut le passer à pied sec de galet en galet, mais après les orages et les grandes pluies, le courant devient si impétueux qu'il serait dangereux de le passer même en canoa^ et faute de pont les communications se trouvent alors interrompues jusqu'après la baisse des eaux. Le second bras, vers le couchant, n'a que 22 mètres de large et le troisième 16 mètres à l'endroit où ils traversent cette route; leurs courants dépendant des mêmes influences , subissent les mêmes variations que celles du bras précité.

Le Camburiu-Giiassu se jette dans l'Océan, à trois lieues au sud de lltajahi. Il est fréquenté par de petites goélettes de 40 à 100 tonneaux, qui peuvent le remonter jusqu'à trois lieues en amont de son embouchure qui est très-praticable. Son port est facile et susceptible de grandes améliorations, à peu de frais. Nous avons remonté cette rivière jusqu'à trois lieues de la mer. Partout vers le nord le terrain était plat et d une fertilité remarquable. Le cours de cette rivière fait beaucoup de détours, mais comme elle a creusé son lit dans un terrain d alluvion, sur lequel se trouve superposé une forte couche d humus, les habitants ont trouvé un moyen trèssimple pour en diminuer les sinuosités. Ils se contentent de couper les courbes par un fossé d'un mètre de profondeur sur autant de largeur, joignant en ligne droite les deux extrémités, en ayant soin de conduire cette ligne tangentiellement aux parties extrêmes quon veut conserver. Alors à la première grande crue une partie de Teau cherche une issue par ce fossé, et généralement en une crue le nouveau lit se trouve creusé par le courant, à la largeur et

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à la profondeur de l'ancien lit. Quelquefois même la rivière change ainsi de direction, sans autre auxiliaire que l'éboulement d'une partie de ses berges, lorsque celles-ci sont surchargées de haute futaie. Alors le courant, dans les grandes crues, forcé de se faire jour quelque part, cherche ailleurs une issue plus facile. On comprend qu'on peut non-seulement se mettre à l'abri de ces accidents, mais même se servir des causes qui les provoquent pour l'amélioration de la navigation .

Cette rivière, large de cent mètres, a peu ou point de courant dans les crues ordinaires jusqu'à quatre lieues de son embouchure, distance à laquelle la marée se fait encore sentir. Elle a des endroits très-profonds, et quelques bancs de sable formés par les grands arbres qui , après être tombés de ses berges , se fichent dans son fond et provoquent des ensablements en y diminuant la vitesse du courant; mais à tout cela il est facile d'obvier, et la vallée du Camburiu ne sera pas la dernière partie de cette province qui sera peuplée. Les sources de cette rivière se trouvent dans les forêts désertes qui s'élèvent entre le bassin de Fltajahi-Mirim et de la Tijuca ;; et son cours sépare le district de San-Francisco de celui de la ville capitale de Desterro.

Le Peraque-Guassu tire ses eaux des mêmes plaines que le Camburiu-Guassu, il est navigable pour de petits bâtiments ; mais son embouchure est très-ensablée. Nous verrons plus loin de quelle importance il sera pour les communications avec l'intérieur.

La Tijuca Grande a ses sources dans le grand contrefort du Taboleiro. Elle traverse la plaine inculte du Governador, quelques vallons incultes qui se trouvent près de cette plaine, et la superbe vallée du Pai Garcia. C'est dans cette vallée qu'elle est traversée par la route du Trombudo, au gué connu sous la dénomination de

Passo do Garcia. À peu de distance de ce point elle devient navigable, jusqu'à sa chute (salto)^ sur huit à dix lieues de longueur. Dans cet intervalle, sa direction générale est seule connue. Dusalto jusqu'à la mer, il paraît qu elle peut être remontée par de petites goélettes. Nous n'avons pas eu le temps de l'explorer convenablement. Son embouchure a 130 mètres de large sur 3m80 de profondeur à letiage. Elle se jette dans la mer dans une superbe baie, qui lui doit son nom. Nous y avons observé un ras-de-marée assez fort, à une demi-lieue de son embouchure. Celle-ci nous paraît fort peu susceptible d'amélioration , eu égard aux faibles ressources pécuniaires dont cette province, de longtemps encore, pourra disposer.

Le Biguassu prend sa source au nord-est de la vallée de Pai Garcia; il se dirige d'abord au nord, en côtoyant à l'ouest la Serra Pilheira, et enfin il tourne à l'est jusqu'à la mer, où il se jette dans la baie de Sainte-Catherine. Il n'a à son embouchure que 90 métrés de large et très-peu de fond. Il est navigable pour les canoas.

Le Marui naît à l'est de la vallée de Pai Garcia, et après avoir pris sa direction au nord, il tourne également à l'est, et se jette à la mer dans la baie de Sainte-Catherine, à cinq lieues au sud du Biguassu, n'étant navigable dans tout ce parcours que pour des embarcations légères telles que canoas.

Le Cubatâo a ses sources au Campo do Governador. Il contourne à l'ouest et au nord la Serra do Taboleiro, se dirige ensuite à 1 est, et se jette dans la même baie par trois embouchures, dont la plus grande a 110 mètres de large sur 3m30 de profondeur à l etiage. A trois lieues de son embouchure, à Itaupaba, en remontant, cette rivière a une cataracte d une hauteur remarquable, au delà de laquelle elle est encore flottable sur une assez longue distance. C'est tout près

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dltaupaba que se trouvent les sources d'eaux thermales auxquelles on attribue beaucoup de vertus, et où rassemblée provinciale se propose de faire construire un nouvel hôpital.

Le Macembu est alimente' par la Serra do Taboleiro et par celle de Cambirola. Il est navigable pour de petites embarcations jusqu'à sept ou huit lieues de son embouchure, laquelle est très-large et n'a pas plus de 0m 80 de profondeur à 1 etiage.

L'Embau tire ses eaux des versants du Taboleiro et de quelquesuns de ses rameaux. A quatre lieues de la mer, en le remontant, on arrive à la lagune de ce nom, qui peut avoir une lieue de superficie. L'Embau a beaucoup de profondeur, très-peu de courant, et il est par conséquent navigable. Mais malheureusement son embouchure non-seulement est obstruée par un banc de sable, mais elle se déplace quelquefois pendant les grandes crues. C'est ainsi qu'un explorateur qui déterminerait aujourd'hui sa position d'une manière rigoureuse, serait bien e'tonné, après quelques années, d'y trouver des monticules de sable déjà envahis par la végétation, et un nouveau dégorgement à une ou deux lieues de là. Mais ces inconvénients, graves sans doute, ne sont pas sans remède 5 et bien que nous n'ayons pas pu étudier suffisamment cette rivière, toujours est-il que nous croyons pouvoir avancer qu'il serait assez facile d 'y obvier. La largeur de cette rivière est d'environ 70 mètres, sa profondeur est de 6 à 8 mètres sur une assez grande longueur, mais son entrée est impraticable.

Le Garupaba et le Biraquera sont de bien moindre importance, quoique tous deux navigables pour de petites embarcations, et partant très-avantageuses pour les communications avec l'intérieur. Ils ont leurs sources dans la Serra do Taboleiro et ses contreforts, ainsi que dans quelques petites chaînes toutes dépendantes de la

première. Leurs embouchures sont également obstruées par îe sable; elles ne peuvent même pas être visite'es par le petit cabotage.

VUnna descend de la Serra do Taboleiro, et non loin de là devient navigable. C'est une rivière profonde et presque sans courant. Elle se jette dans la laguna de Villa Nova.

U Aretincjtiaba est un autre affluent delà Laguna, qui n'est pas sans importance pour les communications avec l'inte'rieur. Elle est profonde, et son courant est presque nul.

Le Capivari s'alimente dans la Serra Gérai; son lit est profond et peu embarrasse'. On le remonte d'abord jusqu'à sa première chute; puis au delà, jusqu'à sa seconde chute, c'est un des principaux affluents du Tubarào.

Le Braço do Norte, autre affluent du Tubarào, a son lit trop embarrasse' d'énormes blocs de granit pour qu'on puisse de longtemps songer à le rendre navigable; ce qui. du reste, serait de fort peu d'utilité, parce qu'à son confluent avec le Tubarào celui-ci n'est déjà plus navigable.

Le LaranjeiroS; un des bras du Tubarào, n'est qu'un torrent, qui a ses sources dans la Serra Gérai, connu sous la dénomination particulière de Serra de Imarui. C'est le long de ses berges et dans son lit que passe la route de la Laguna à Lages par Imarui.

Le Passa-dois ou Passa-dous n'est que le prolongement du Tubarào. C'est un torrent, dont le lit est rempli de gros galets, qui a ses sources dans la partie de la Serra Gérai appelée Serra do Tubarào. C'est dans son lit et le long de ses berges que passe la roule de h villa de la Laguna à Lages par le Tubarào. 11 reçoit par la rive droite six affluents, qui ne sont pas sans importance. JNous reviendrons sur ce torrent, qui creuse son lil dans un gisement houiller

GÉOLOGIE

Nous l avons remonté jusqu'à ses sources, à trente lieues dans l'intérieur des forêts désertes.

Le Tubarâo. qui commence au confluent du Laranjeiras et du Passa-dois, est torrentueux jusqu'à l'Arroio das Pedrinhas, et les rapides y sont si rapproches, qu'en un jour nous en avons descendu trente-trois en canao, non sans de grandes peines et beaucoup de dangers, et dont quelques-uns avaient plus de 6 mètres de chute. Cette rivière reçoit par sa rive droite huit affluents principaux, et quatre par sa rive gauche. En jetant les yeux sur la carte, on sera frappé du grand nombre de sources qui l'alimentent, et on ne sera pas étonné d'apprendre que dans les grandes pluies qui. au dire des habitants, arrivent à des intervalles de cinq à six années, et qu'ils désignent sous le nom si expressif de diluvio (déluge), les eaux s'élèvent, dans les endroits où le lit est resserré ou embarrassé par d'énormes blocs de granit , à 26 mètres au-dessus de Fétiage; mais nous reviendrons sur cette intéressante rivière, que nous avons étudiée avec beaucoup de soin, et dont nous ferons connaître le levé et le sondage.

U Arraringua a ses sources dans la Serra da Pedra> qui est une partie de la Serra Gérai. Les principaux affluents sont : le Rio de Mai-Lucia, le Rio dos Porcos, le Rio de Manoel Alves, et l'Itapeva . Tous ces affluents sont navigables pendant quelques lieues au delà de leurs confluents, et l'Arraringua n'a pas moins de 8 mètres de profondeur en étiage. C'est une superbe rivière, dont le courant fort tranquille ne met aucun obstacle à la navigation. Malheureusement des bancs de sable mobiles en obstruent l'entrée, et son embouchure change de place presque à chaque crue un peu forte de ses eaux. Par le plus faible vent, la mer y brise sur cinq étages de lames. Assis dans un canao. nous avons été reconnaître le

gisement de ces bancs. La commission e'tait loin d'être agréable, car quelques semaines auparavant des Brésiliens, mus par le même désir qui nous animait, celui de voir si aucune passe de cette embouchure ne présentait assez de fond pour la navigation du petit cabotage, faillirent payer de leur vie leur généreux dévouement. Une lame vint prendre leur canao en travers, et ils furent jete's à quelque distance de là sur la plage, sans trop savoir à quel coup du hasard ils durent cette bonne fortune. Plus heureux qu'eux, nous arrivâmes sain et sauf de l'autre côte' de l'embouchure, ayant acquis la conviction que pour longtemps encore cette rivière sera inutile pour la navigation maritime.

Le Mambituba est alimenté par les lagunes de Morro do Forno. da Serra , da Cabira^ de Morro Sombrio, et par deux affluents, le Rio Forquilha et le Rio Verde. Cette rivière, dont le lit est profond et le courant tranquille, a son embouchure encore plus obstruée que celle de l'Arraringua. Elle se jette à la mer par 29° 20' de latitude méridionale, et termine au sud la province de Sainte-Catherine.

Plusieurs autres petites rivières arrosent la partie de la province qui se trouve au levant de la Serra Gérai : mais nous croyons inutile de nous y arrêter, et pour compléter Ihydrographie de cette partie , il ne nous reste plus qu'à faire connaître ses principales lagunes.

La plus considérable est celle connue sous la dénomination de la Laguna. Elle se subdivise en trois fractions, celle de la Villa Nova, celle dlmarui et celle de la Villa de la Laguna. Sa plus grande longueur est d'environ 30 kilomètres; sa plus grande largeur, de 8 kilomètres et demi. Sa superficie peut être estimée à environ sept lieues carrées de vingt au degré. Sa profondeur est variable. Des embar-

cations de 150 tonneaux peuvent la parcourir jusqu'à Villa Nova. Elle communique par le sud avec les lagunes de Santa-Martha, de Garopava et de Camaxo. Ce dernier a un dégorgeoir dans l'Océan, mais il est impraticable pour les embarcations. Toutes ces lagunes sont navigables. La superficie de ces trois dernières peut s'élever à environ deux lieues carrése.

Les quatre lagunes du Morro, do Forno da Serra, da Cabria et do Morro Sombrio, qui alimentent le Mambituba , sont très- profondes. Leur superficie totale ne dépasse guère quatre lieues carrées.

Il existe encore quelques autres lagunes, telles que celles de Bixo, de Corentes, de Garupaba, de Biraquera, de YEmbau, etc., mais elles sont fort peu importantes.

Transportons-nous maintenant sur le versant occidental de la Serra Gérai: là, l'orographie et l'hydrographie changent complètement d'aspect.

Dès qu'on a descendu de deux cents mètres, toutes les rivières deviennent navigables, et la séparation de leurs bassins se fait à peine sentir par les faibles ondulations de la plaine dénommée Campos da Vaeearia, Campos da Cima da Serra. La direction générale de toutes ces rivières, ainsi que leur navigabilité, est à peu près connue ; mais c est tout ce qu'on en sait, et il y a une telle confusion dans les noms qu'on donne à quelques-unes d'entre elles, dans tous les documents qui existent et que nous avons pu consulter, car on les fait remonter quelquefois vers la Serra Gérai au lieu de les en faire descendre, qu'il est trèsdifficile parfois de s'y reconnaître. Quoi qu'il en soit, si par une circonstance fortuite il existait dans la province de Sainte- Catherine une déchirure dans la Serra Gérai, de deux cents

m CHAPITRE QUATRIÈME.

mètres ou au delà , on pourrait passer facilement d un versant à l'autre, et peut-être y organiser pour les transports la navigation continue jusqu'au Paraguay d'abord , puis par le Pilcomayo et le Vermeijo jusqu'aux pieds des Andes ; enfin , rejoindre la grande voie navigable dont nous avons déjà parlé, entre le Rio de la Plata et l'Amazone, par le portage de Villa Belia de Mato- Grosso. Or, selon les ingénieurs et les explorateurs portugais, cette circonstance existe aux sources de l'Itajahi Grande, et bien que de nos jours on ne puisse compter sur un résultat aussi colossal, toujours est-il que pour l'avenir on peut l'espérer, et que toutes choses égales d'ailleurs, tous les efforts devraient être dirigés vers ce but: car nous avons la conviction que la navigation sur le Rio de la Plata, dont les deux rives sont occupées par deux peuples indépendants et rivaux, sera toujours assujettie à beaucoup d'entraves, et que dans tous les cas il sera tout aussi difficile de remonter ce fleuve jusqu'au Paraguay que de remonter l'Itajahi et descendre de là par 1 Uruguay jusqu'au Parana, qu'il serait facile d'aller rejoindre par un canal très-court.

Ile de Sainte-Catherine. — L'île de Sainte-Catherine, située entre les parallèles de 27° à 28° sud, est une terre assez haute qu'on aperçoit, par un beau temps, de quinze lieues en mer. Vue de l'est, elle paraît être composée de deux îles, mais dès qu on s'en approche, on voit que les deux groupes de montagnes qui forment les extrémités nord et sud de l'île sont réunis par une terre plus basse qui s'était confondue d'abord avec l'horizon. Dans quelque direction qu'on se présente, elle paraît très-accidentée : et, en effet, au nord on distingue quatre groupes différents : le premier qui commence à la pointe Rapa et finit à la pointe das Fléchas; le second, au levant qui fait face à l île Xavier; le troisième, qui est le plus long.

GÉOLOGIE

qui commence à la paroisse de San-Francisco et finit à celle de Riberào ; le quatrième, qui embrasse la capitale, et forme avec le troisième la délicieuse valiéc qui se trouve entre Nossa Senhora do Desterro et Nossa Senhora das Necessidades ; au sud, on ne remarque qu'un groupe, mais plus ëlevë que ceux au nord; il a plusieurs contreforts, qui lui donnent une apparence très-hachée.

L'île de Sainte-Catherine peut être contournée entièrement par des bâtiments n'ayant pas plus de douze pieds de tirant d'eau , mais en quelques endroits ils doivent alors attendre la haute marée. Toute la côte est saine et offre de nombreux mouillages, parmi lesquels on en trouve au nord et au sud, pour les bâtiments du plus fort tirant d'eau.

L'île de Sainte-Catherine a plusieurs petites rivières qui ne tarissent jamais. Elle a deux lagunes dont l'une, connue sous le nom de Lagoa, se trouve au pied du troisième groupe de montagnes déjà décrit, et dont l'autre, la Lagoinha, se trouve dans le groupe du sud.

4. Ports et Baies. — L'ancrage du port de San-Francisco, dont nous avons déjà parlé , est mal choisi , et bien que le fond y soit de bonne tenue, il n'en est pas moins ouvert aux vents de N.-E. et de N.-N.-E., qui sont les vents dominants. C'est sans doute par erreur que M. le baron Roussin dit, dans son Pilote du Brésil, que cette rivière est peu profonde. Nous sommes, au contraire, d'opinion que par la suite elle deviendra un des ports les plus fréquentés de la côte, parce qu'il est plus que probable que l'emplacement de la villa de San-Francisco changera et que le chef-lieu de ce district s'établira dans toute autre position , où il pourra prendre le développement que semble lui réserver l'avenir de cette province.

Iles Gardas. — Nous avons déjà fait connaître qu'il existait entre

ces îles un très-bon mouillage pour les navires du plus fort tirant d'eau.

La baie d'Itapacoroia est un bon abri contre les vents de l'ouest au sud-est ; le mouillage est près de l'île Liria , où l'on peut faire aiguade. Ce port était autrefois très-fréquente'. Du temps de la pêche de la baleine, il y avait un armaçâo (établissement particulier destiné à l'exploitation de cette industrie).

Après la baie d'Itapacoroia, et plus au sud, se trouve le port d'Itajahi, dont nous avons déjà parlg. Entre la pointe de Cabeçuda et celle de Cabeçuda Grande, tout près de son entrée, se trouve une petite baie très-bien abritée contre les vents du sud et sudest ; mais il serait dangereux d'y mouiller par les vents du nord à l'est, lorsque ceux-ci soufflent avec violence.

Camburiu. — A l'embouchure de cette rivière se trouve un autre port, peu fréquenté et peu connu. On dit que c'est un bon mouillage, même pour les navires d'un très-fort tirant d'eau; mais il faut se méfier de quelques brisants qui forment le prolongement de la pointe du Camburiu, et dont on se servira par la suite, sans aucun doute, pour y construire un môle; alors ce port deviendra très-important.

Dans la superbe baie de Garopas se trouve le port de Porto-Bello, parfaitement abrité contre tous les vents, et où les navires de haut bord peuvent mouiller le beaupré contre les rochers. Par 15 à 20 mètres d'eau, de grandes flottes peuvent y jeter l'ancre en toute sécurité. Le fond y est de très-bonne tenue. Accompagnés de M. Fontaine, délégué de la société de Commerce de Bruges, nous l'avons parcouru et sondé dans toutes les directions ; il n'y a aucun écueil à craindre.

Plus au sud, se trouve la baie de Tijucas; mais bien moins pro-

GÉOLOGIE

fonde, elle n'admet point de navires de guerre. Pour les navires de deux à quatre cents tonneaux, elle présente un bon abri au nord contre les vents qui viennent de cette direction , dans la Bahia do Zimbo> et au sud, contre les vents de ces rumbs, dans la Bahia do Inferninho. Cette baie n'a pas encore été bien explorée.

Nous ne décrirons pas la baie de Sainte-Catherine ; après le beau travail qui a été publié en 1835. sous le ministère de M. le comte de Rigny, par M. Barrai, capitaine de corvette, il ne reste presque plus rien à faire. (Voir le n°.J780 de X Hydrographie française.) Cependant, sans avoir la prétention de corriger celte œuvre, nous avons cherché à la compléter, et on trouvera à la fin du volume le plan hydrographique de cette baie magnifique, qui peut presque rivaliser avec celle de Rio de Janeiro, la plus belle connue. Nous y avons ajouté le relèvement de la partie de la côte comprise entre le 27e et le 28e degré de latitude australe, dans lequel se trouve le port de Porto-Belio, dont nous donnons le sondage; et nous ferons encore remarquer que la côîe orientale de l'île peut être rasée de très-près par tous les bâtiments, sans aucun danger, et qu'elle offre trois mouillages, dont un au nord, à la Praia do Jugiez , derrière les îles Molèques; un au centre, à la Praia da hagoa, entre les îles Aranhas et la pointe de Gatheta, et un autre au sud, dans la baie de Pantano.

Au sud de l'île, on trouve la baie de Garopaba. Elle est peu connue, peu fréquentée, et on y voit encore les restes d un établissement de baleiniers qui n'était pas sans importance.

Plus loin, se trouve la baie de Imbituba, qui paraît être meilleure que celle de Garopaba. il y a également un établissement de baleiniers. Elle est peu connue, peu fréquentée, et abritait, il y a quelques années, une petite escadre brésilienne, qui appuyait l'armée

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impériale lors du siège delà Villa de Laguna, dont les révolte's de Rio Grande s'étaient empare's.

Enfin , la Laguna est le dernier port au sud du littoral de cette province. Son entrée, obstruée par un banc de sable très-dur, le rend fort dangereux pour les bâtiments qui ont plus de deux mètres de tirant d eau. Nous l'avons levé, sondé et étudié, et nous croyons qu'il serait possible de l'améliorer et de lui donner plus de dix mètres d'eau ; mais pour cela il faudrait adopter d'autres dispositions dans la Laguna, dont il serait nécessaire de rectifier tous les courants. C'est un travail assez considérable, sur lequel nous reviendrons peut-être plus tard, et qui, dans tous les cas, ne peut être queTobjet d'un mémoire spécial.

5. Géognosie. — La géognosie de cette province est fort peu connue C'est à peine si on peut se hasarder à quelques généralités. A la vérité, trois opuscules ont été publiés récemment sur cette matière , dans lesquels on a tranché toutes les difficultés avec un aplomb inouï; mais ces écrits, conçus dans un but spécial, ne supportent pas le moindre examen sérieux. Nous nous dispenserons donc de les analyser.

En émettant notre opinion particulière sur la géognosie de cette province, nous n'entendons l'imposer à personne. Nous voulons seulement ouvrir la route à ceux qui ne tarderont guère à nous suivre ; heureux si nous parvenons à planter quelques jalons par lesquels ils puissent se diriger.

La base de tout le gisement brésilien paraît appartenir à la division non stratifiée des formations cristallines ou hypogènes; division connue indifféremment sous les dénominations de terrains primitifs ou de roches plutoniques. Telle est la constitution de la partie de la Serra Gérai qui traverse la province de Sainte-Catherine, du

grand rameau qui se termine au Cambirola, de l'île, de tous les îlots et de presque toutes les chaînes secondaires, et de tous les monts qui se trouvent à l'orient de la Serra Gérai. Depuis le nord jusqu'à la Villa da Laquna, toute la côte est granitique. Plus au sud, au Morro de Santa-Martha, le granit devient porphyroïde et bientôt après disparaît. En allant toujours au sud, et au delà du Morro Santa-Martha, les roches plutoniques sont remplacées par des dunes, dans lesquelles on trouve en plusieurs endroits deslimonites qui recouvrent des sables très-ferrugineux, ainsi qu'on peut le vérifier avant d'arriver à la Laguna de Correntes, et des psammites, qui forment quelques monticules le long de la côte, tel est le Morro dos Conventos.

Au delà de ce point, nous n'avons pas fait d'exploration : mais en 1826 nous avons parcouru une partie de la république de l'Uruguay, et d'après nos observations d'alors, confrontées avec celles que nous venons de faire, nous sommes d'opinion que cette formation ne change pas beaucoup de nature jusqu'au cap de Sainte- Marie. Quoi qu'il en soit, indépendamment des roches plutoniques et de quelques roches métamorphiques , on trouve dans cette province des roches sédimentaires ou stratifiées, dont le gisement et la nature de plusieurs d'entre elles ne seront pas connus de longtemps encore, non-seulement à défaut de toute espèce de voies de communication, mais encore à cause de l'absence de tout défrichement et de toute population. Cependant aujourd'hui on en connaît quelques-unes, et incomplètement leur gisement. On est parvenu naturellement à leur découverte en internant dans la province; or, si pour y entrer on prend la route du Tabarào, on voit disparaître les roches plutoniques aux environs du Poso do Raposo, près du Rio Armazum. affluent du Tubarào, et on entre dans la

formation sédimentaire, qu'on ne voit disparaître qu'au pied de la Serra Gérai. C'est dans ce bassin qui, en ligne droite, peut avoir de cinq à six lieues de largeur moyenne, et à peu près au milieu de sa largeur, que se trouve une formation carbonifère , déjà connue depuis près d'un demi-siècle, et dont la découverte, due au hasard, paraît devoir être attribuée à un muletier qui, ayant fait chauffer sa marmite posée sur deux morceaux de charbon de terre qu'il avait pris pour des pierres, fut fort étonné de les voir brûler. Ce gisement carbonifère, qui sans doute n'est pas le seul qui doit se trouver au Brésil, puisque la formation brésilienne affecte au nord et au sud une disposition symétrique très-remarquable , ainsi que nous avons pu l'observer à Bahia , et plus loin à Pernambouc : ce gisement, disons-nous, se fait remarquer jusqu'à ce jour par Tabsence complète de calcaire ; il traverse une des berges du Passadois ou Passa-clous^ torrent qui n' est que le prolongement du Tuburào (la berge de la rive gauche), où il repose à fleur d'eau sur un banc de grès houiller d'une contexture très-serrée. Sa puissance en cet endroit est à peu près de 0m50 ; sa qualité y est mauvaise et semble appartenir à l'espèce connue sous la dénomination de houille schisteuse et luisante [schiefer und glanz kôhle), sa stratification est à peu près horizontale, et elle se trouve comprise entre deux couches de schiste bitumineux. C'est du moins ce qu'on peut remarquer dans une légère excavation à ciel ouvert d'environ un mètre de profondeur , sur autant de largeur et de hauteur , qu'on avait pompeusement décorée du nom de galerie. Cette excavation laisse apercevoir la pauvreté de la mine; mais il ne faudrait pas en conclure que la puissance et la qualité de cette formation ne s'amélioreront pas avec la profondeur et la compression. C'est là une question que l'avenir ne lardera guère à résoudre.

GÉOLOGIE

Si maintenant on veut se rappeler la constitution orographique de cette province, et l'absence complète du calcaire dans cette stratification sédimentaire (ce qui nous force à admettre que ce gisement repose immédiatement sur les formations hypogènes), n'est-on pas fondé à craindre que ces couches ne s étendent que sur des espaces très-limités, comme en France celles de Saint- Etienne et de Brassac, ou en Silésie celles de Sarrebruck, et est-on en droit d'avancer que cette disposition doit nécessairement se prolonger sans interruption dans toute cette province, comme on s'est permis de le hasarder sans données ni faits d'observation ou d'expérience? Cette première induction du moins est plus naturelle et plus conforme à la science , et elle a encore l'avantage de prémunir contre des exploitations téméraires, toujours présentées sous la séduction ou l'appât de gros bénéfices. Le gisement carbonifère du Passa-dous , dont nous venons de parler, n'est pas le seul qui soit connu. Pendant que nous parcourions cette province au nord, le major du génie Coelhe, député de Sainte-Catherine à l'assemblée générale, explorait au sud les rives du Mai-Lucia, avec M. Guillaume Bouliech, à l'obligeance duquel nous devons quelques beaux échantillons des productions minérales de cette partie du Brésil. Ils y découvrirent une formation houillère qui probablement est celle du Passa-dous, et nous devons au savant et modeste directeur du musée brésilien, M. Custodio Alvez Serrào, un beau spécimen de charbon maigre, qui alterne avec du charbon bitumineux, et qui fut rapporté de Sainte-Catherine par M. Manoel Mendez de Carvalho, en 1838.

Il paraît que dans le Campo do Gobernador ou dans la Varzia do Pai Garcia, il y a également quelques indices qui feraient suspecter la présence de ce précieux combustible ; mais jusqu'à présent

rien de positif n'est parvenu à notre connaissance, malgré les nombreuses informations que nous avons prises et les recherches auxquelles nous nous sommes livre'. Nous reviendrons plus loin sur la question d'exploration , son opportunité' et ses chances de succès dans les circonstances actuelles.

Pour mieux connaître la géognosie de cette province, nous avons remonte' dans sa partie septentrionale la rivière qui a le plus grand développement, l'Itajahi Grande. Tout près de son confluent avec le Luiz Alves, disparaissent, sur la rive gauche, les roches plutoniques, qui y sont remplacées par les roches sédimentaires et are'nace'es (pedra de amolar, pierre meulière); mais bientôt après, celles-ci disparaissent à leur tour, et on voit de nouveau le granit percer les deux berges de la rivière ; en avançant toujours vers l'ouest , la formation cristalline disparaît de nouveau et est remplacée par des strates de psammites schisteux et de schiste argileux. Enfin, tous les galets ramasses dans le lit de la rivière, aux atterrissements de l'île Belchior, sont des de'bris de roches plutoniques, et les collines de la rive droite en aval du grand salto (chute) sont de nouveau de formation granitique. Nulle part on ne trouve du calcaire. Si donc au nord de cette province on parvient à découvrir une formation carbonifère, il est probable qu'elle repose immédiatement sur les roches hypogènes et qu'elle sera nécessairement très-bornée.

Nous avons dit plus haut que le système brésilien affecte au nord et au sud une disposition symétrique très-remarquable ; en effet , pendant notre trop court séjour à Bahia, nous avons été frappé de la ressemblance qui existait entre la formation sédimentaire sur laquelle cette ville est bâtie, et celle de l'intérieur de la province de Sainte-Catherine. Pour en être mieux convaincu, suivons M. d'Or-

GÉOLOGIE

bigny dans son excursion de Bahia au pays des mines, et remontons le Perua-guassu jusqu'à la villa de Caxoeira. En cet endroit la rivière n'étant plus navigable, il faut suivre par terre un des derniers rameaux de la Serra Gérai, la Serra de Cimoro. Jusqu'au delà de Pedra Branca, la route passe sur des formations sédimentaires; bientôt après, on rencontre les roches plutoniques, et à Maracos on est déjà entièrement dans la région granitique. On y reste pendant les vingt lieues qui séparent Maracos de Cimoro. Indépendamment du granit, on y trouve du schiste amphibolique, du schiste argileux, de la diorite schisteuse, et on dit même que, sur la pente orientale de cette chaîne, se trouvent des diamants. Cette même circonstance a lieu à Sainte-Catherine. Après avoir descendu la délicieuse vallée du Rio Cimoro, on franchit la Serra das Lagas , qui laisse entrevoir çà et là des couches puissantes de minerai de fer, et on arrive à la villa do Rio das Contas , où l'on exploite quelques roches et quelques sables aurifères, dans lesquels on a trouvé parfois des pépites qui pesaient jusqu'à quatre kilogrammes. Dans les environs de cette ville, en descendant le Rio S. Antonio, on trouve des restes d'animaux fossiles. En poursuivant vers l'ouest, on traverse la Serra de Joazeiro, qui est un pays aride et brûlé , et . après trois jours de route , on arrive à Villa Nova do Principe, qui doit sa richesse à ses plantations de coton. A dix lieues de là , sur le chemin du Rio Pardo , on trouve de magnifiques améthystes d'une teinte foncée , dont on fait un commerce assez actif avec des marchands de pierres fines de Minas Geraes. En quittant la Villa do Principe on passe la Serra de Caïteto, dont la végétation riche et vigoureuse contraste singulièrement avec l'aspect âpre et sauvage de la Serra da Gammelheira , qu'on gravit bientôt après. Enfin, on atteint les sommets de la

Serra dos Montes Altos, formation plutonique et point d'attache de tout ce système. En descendant de là dans le bassin du Rio San- Francisco, on retombe dans la formation sédimentaire, et, après cinq jours de route , pendant lesquels on ne fait que monter et descendre, on arrive dans une plaine de grès ferrugineux, puis dans une plaine calcaire et parfois crayeuse. « Enfin, dit M. d'Orbite gny dans son intéressant voyage en Amérique, accompagne' de « l'un des membres de notre petite caravane , je fis une excursion « vers le Carynhanha, dont le cours sert de limite septentrionale à « la province de Minas Geraes. Cette rivière baigne le pied des « montagnes qui forment le rameau le plus occidental de la chaîne « calcaire, qui accompagne le Rio San-Francisco , mais qui, sous « ce parallèle, s'éloigne beaucoup de ses bords. Ces montagnes « offrent des masses de rochers isolées , carrées , allant en pente «vers l'ouest, tantôt boisées sur tous les points, tantôt nues, « sillonnées de ravins profonds et de cavités, ou hachées de la « manière la plus singulière ; élevées comme les parois d'un mur « sur les bords du fleuve , elles dressent pittoresquement vers le « ciel leurs aspérités irrégulières. »

Nous venons de traverser la Serra Gérai, sur le 14e parallèle, avec M. d'Orbigny, et nous venons de rencontrer à peu près les mêmes formations qu'on trouve dans la province de Sainte-Catherine.

A la vérité, jusqu'à présent , on n'a trouvé le long de cette route aucun surgisement carbonifère, mais, en revanche, on y rencontre le calcaire en abondance. Or, par rapport à une superficie explorable de quelques mille lieues, qu'est-ce que la surface d une route comme celle que nous venons de parcourir? Il nous manque ici le muletier du Passa dous, ou plutôt le gisement est tout trouvé, car si on se transporte dans la province d'AIagoas. sous le iOe parallèle,

la formation carbonifère y apparaît à fleur de terre comme au Passa dous, et à Pernambuco, dont les roches sédimentaires sont les mêmes que celles de l'intérieur de la province de Sainte-Catherine, on trouve de la houille à peu de distance de la côte. Du moins cela nous a-t-il e'te' affirmé par M. de Rego-Barros, député et ancien ministre de la guerre, à l'obligeance duquel nous nous plaisons à rendre hommage en toute occasion. Ami sincère de son pays, M. de Rego-Barros ne néglige rien pour le faire progresser, et sans ses puissants encouragements, peut-être n'aurions-nous pas accepté la tâche difficile que nous avions à remplir.

Naguère encore, régnait un préjugé qui tendait à établir que dans la zone torride il ne pouvait exister des mines de houille ; mais aujourd'hui cette opinion n'est plus admissible , car on en trouve dans le Venezuela, à Chiriqui près de Tampico, à la Havane, et dans beaucoup d'autres endroits intertropicaux.

Nous nous sommes un peu étendu sur cette formation carbonifère, parce que c'est là une question vitale pour le Brésil, et qu'on a récemment cherché, à ce sujet, à dénaturer notre pensée, en en scindant l'expression avec une mauvaise foi dont il était facile de saisir le but, mais qui ne pouvait pas nous atteindre. Lorsque des intérêts aussi graves que l'avenir des familles et la prospérité d'un pays sont en jeu, nous ne pouvons avoir d'autres prétentions que celles d'émettre des opinions consciencieuses, dans lesquelles notre intérêt particulier est toujours subordonné à 1 intérêt général.

6. Géogénie. — Les phénomènes géologiques qui se manifestent actuellement dans cette province n'ont pas encore été étudiés. Ils se réduisent probablement à quelques formations polypeuses, tourbeuses ou arénacées. On n'y connaît aucune source qui contienne de l'acide carbonique, et conséquemment il n'est pas surpre-

nant que, jusqu'à présent, on n'y rencontre aucune formation de tufs. Jamais phénomène mécanique spontané ny fut observé, mais, en examinant bien les côtes, on ne sait sil faut admettre un soulèvement lent et insensible ou un surgisement partiel et instantané.

La laguna de Villa Nova se comble tous les jours par les sables que rejette la mer, et que le vent chasse presque immédiatement dans cette direction. Ce port qui admettait, il y a deux siècles , de grands vaisseaux, n'est plus fréquenté que par de petits navires de 150 à 200 tonneaux. Les atterrissements y sont considérables. Sans doute tous les affluents y apportent tous les jours leur tribut ;, mais comment expliquer les amas de coquilles et les débris de poissons qui forment , aux environs de cette ville , des couches de plusieurs mètres d'épaisseur, et dont quelques-unes gisent à plus de vingt mètres au-dessus du niveau actuel des eaux? Comment expliquer la dénudation des roches jusque bien au-dessus des points où les vagues peuvent atteindre aujourd'hui , dans un pays où le climat est si favorable à la végétation , que le granit le plus dur, dès que la surface s'écarte de la verticale, se trouve partout ailleurs paré de la plus riche verdure, et sans traces visibles de différentes périodes de soulèvement, ainsi qu'on peut les observer le long de la côte du Chili et du Pérou ? Ces amas de coquilles sont si nombreux aux environs de la laguna, et si symétriquement arrangés, presque toujours sans mélange de terre ou de sable, qu'on peut au moins en induire qu'ils ont été déposés tranquillement au fond de la mer , assez loin de la côte pour n y être pas mélangés avec les particules terreuses que pouvaient, à cette époque, charrier les rivières. Nous laisserons au temps et à la science le soin d eclaircir ces questions, dont la solution, du reste, est de fort peu d'importance pour l'avenir de cetle province.

GÉOLOGIE

7. Minéralogie. — Dans un pays aussi peu connu, et où à peine trois sentiers traversent une étendue de quatre-vingts lieues de longueur, on ne peut avoir que des notions très-imparfaites sur les formations minéralogiques. Aussi sommes-nous loin de pre'tendre à une description complète du règne minerai, dont grand nombre de productions sont, faute d'explorations, encore enfouies dans le sein de la terre.

Toutefois on peut affirmer qu'à plusieurs endroits de cette province on trouve du fer, du plomb, de l'or, du cuivre, du cristal de roche , des améthystes , des diamants , de l'ocre rouge , plusieurs espèces d'argile , du charbon de terre de différentes qualités , du grès, des pierres meulières ; et on dit également qu'on y trouve du calcaire, mais nous n'en avons pas vu. Nous donnons à la fin de ce mémoire, aux pièces justificatives, un catalogue des spécimens recueillis sur les lieux et qui sont en notre possession.

Nous devons ajouter qu'il existe, dans cette province, trois sources d'eaux thermales, l'une à Itaupaba sur le Cubatào, l'autre au delà de Piedade, le long du Tubarào, et la troisième le long de la petite rivière Gravata qui se jette dans le Capivari : mais leurs eaux n'ont point encore été analysées.

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