TROISIÈME PÉRIODE
SITUATION FINANCIÈRE DU BRÉSIL SOUS DON PEDRO 1er.
Jean VI qui , lors de son arrivée en 1808 , avait trouvé le Brésil
riche et prospère , le légua, en 1821 , à son fils Don Pedro Ier. ruiné et déchire' par des guerres intestines. Sans crédit extérieur, sans ressources intérieures, dès l'avénemcnt de Don Pedro Ier au trône, l'empire chancela sur sa base, et ne cessa, durant tout son règne, de se trouver à la veille d'une grande catastrophe. Tel fut l'héritage que reçut Don Pedro de l'imprévoyante administration de son père, et sous le fardeau duquel il devait succomber quelques années plus tard .
Ici deux faits dominent toute la situation financière. Le premier, c'est la diminution du revenu public par suite de l'insurrection des provinces les plus riches, insurrection plus ou moins justifiée par toutes les exactions et spoliations qu'elles avaient eues à subir. Le second, c'est la nécessité où l'on se trouvait de soutenir la lutte, avec les faibles ressources des autres provinces restées dans le devoir, qui, en outre, devaient subvenir aux besoins de l'administration générale. Tout cela était impossible, et, dans cette extrémité, on s'engagea dans les errements de l'ancien gouvernement. On eut recours à la fabrication du faux billon, dont l'émission alla toujours par la suite en augmentant jusqu'en 1829. Avec ce palliatif on marcha de 1821 jusqu'en 1823 ; mais la guerre ayant éclaté à cette époque entre le Brésil et l'ancienne métropole, cette ressource devint insuffisante et on profita d'une négociation alors ouverte pour établir la séparation du Brésil par la voie des traités, pour faire un emprunt dont la majeure partie devait servir à indemniser le Portugal pour les propriétés de la couronne, à payer le domaine que le vieux roi possédait encore au Brésil , et dont le surplus devait être employé à améliorer le système financier du pays, en payant à la banque une partie de ses avances, et en substituant des valeurs monnayées, et non altérées, à ses billets. On était donc rempli de bonnes intentions, et on cherchait
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déjà à réparer les désastres du règne précédent. Mais, malheureusement, en affaires publiques, le bon vouloir n'est pas toujours ce qui suffit, et la dette du trésor dépassait la somme de fr. 100,000,000 Enfin, en août 1824, on conclut un emprunt de fr. 25,200,000 à 75 pour cent, et en janvier 1825 un second de fr. 50,400,000 à 85 pour cent, ce qui permit de disposer de fr. 75,600,000 environ. Le traité avec le Portugal n'ayant pas été conclu, on retrancha d'abord de la somme empruntée fr. 15,120,000, que l'on remit à la banque en espèces et en billon, puis de mois en mois on continua les remises à raison de fr. 2,500,000 environ, jusqu'à concurrence de fr. 10,000,000; le reste fut affecté aux besoins du service public, et le change monta.
En août 1825 le traité de l'indépendance, déjà signé, fut ratifié. Mais , au lieu de payer au Portugal les fr. 50,400,000, pour les propriétés et pour le matériel des vaisseaux de guerre qu'il abandonnait au Brésil, il fut convenu que celui-ci prendrait à sa charge un emprunt de fr. 37,800,000, que le Portugal avait contracté en Angleterre en 1823, et dont seulement fr. 2,520,000 avaient été remboursés, et que, de plus, il s'engagerait à affecter une somme annuelle au payement de cet emprunt jusqu'à sa parfaite extinction.
Les fr. 15,120,000 restants devaient revenir au trésor particulier de Jean VI, en indemnité de ses propriétés privées au Brésil, et lui être versés en deux payements, dont un seul eut lieu, la mort ayant mis fin à l'existence de Jean VI avant l'échéance du second.
Ainsi , le montant intégral du premier emprunt fut laissé à la disposition du gouvernement brésilien , et , sauf la part qui fut versée dans les caisses de la banque, on le dissipa presque entièrement dans des missions diplomatiques et spéciales , dispendieuses et à peu près inutiles, aussi bien qu'en achats nécessaires à l'équipe-
ment de la flotte et de l'armée employées à la guerre qui venait d'éclater entre Buenos- Ayres et le Brésil.
Cette guerre terminée, survinrent les réclamations des États- Unis, de l'Angleterre et de la France, pour indemnités de navires et cargaisons illégalement détenus pendant le blocus de Rio de la Plata, et, pour cet objet, le Brésil fut obligé d'augmenter sa dette defr. 13 à 14,000,000.
Puis arriva l'usurpation de Don Miguel en Portugal. Dès lors le Brésil cessa de payer les intérêts de la dette qu'il avait contractée pour son ancienne métropole, et les dividendes furent dépensés, partie pour l'entretien et pour le transport des partisans de Dona Maria, et partie en frais extraordinaires que nécessitait le second mariage de l'empereur.
Tous ces événements influèrent d'une manière fâcheuse sur le crédit brésilien , et produisirent une baisse sur le change qui devint des plus onéreuses pour le trésor, à cause des remises qu'il avait à faire, tous les six mois, depuis 1825, pour solder en Angleterre l'intérêt et l'amortissement de la dette qu'on y avait contractée.
Le change était à cette époque à fr. 5,67 pour 1$000, ce qui était à 20 pour cent au-dessous du pair, et quoique l'emprunt avait été primitivement contracté à un taux avantageux pour un pays dont les finances se trouvaient si embarrassées (la moyenne de l'émission ayant été de fr. 82,50), l'intérêt à payer devenait trèslourd : en effet, le Brésil avait contracté une dette de fr. 92,887,200, dont il avait cédé les titres pour fr. 75,600,000 en numéraire. L'intérêt devant naturellement porter sur le capital nominal de fr. 92,887,200, et se trouvant aggravé, comme nous venons de le voir, de 20 pour cent, en raison de la situation du change, il s'en-
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suit que, pour servir à cette e'poque les intérêts de cette dette, il fallait d'abord
5 pour cent sur le capital nominal, soit. fr. 4,644.560 et 20 pour cent sur les fr. 4,645,600 ci-dessus. » 928.872
Soit. . . fr. 5,575,252
ou à peu près 7 1 |5 pour cent sur le capital effectif de fr. 75.600,000, non compris la perte qui résultait aussi de la dépréciation du change sur la partie qui était affectée à l'amortissement.
Une position pareille, pour un pays qui offrait de si grandes ressources, parut par trop onéreuse, quelque mauvaise que pouvait être l'administration de ses finances. On résolut donc d'y remédier, et à cet effet on se décida pour un nouvel emprunt dont la valeur nominale s éleva à fr. 1 9,578,800 à cause du taux de l'émission qui eut lieu à 54, c'est-à-dire qu'on échangea des titres pour une valeur nominale de fr. 19,578 800, contre un capital de fr. 10,080,000. Comme on voit, le remède était pire que le mal . Ceci se passait en 1 829.
Ce nouvel emprunt devait être exclusivement destiné au payement des intérêts et à l'amortissement de l'ancienne dette. On affecta à son extinction particulière le produit de l'exploitation des mines de diamants et celui du monopole des bois du Brésil. Mais la bourse de Londres ne voulut pas le reconnaître, ne pouvant pas admettre la création d'un nouvel emprunt pour le payement des dividendes d'un autre, et ce d'autant moins que le Brésil avait déjà rompu ses engagements quant à la partie de la dette portugaise qu'il avait prise à sa charge, pour des motifs dont elle ne voulait pas connaître.
Vers le même temps, la dette intérieure, aussi bien que la dette étrangère, s'accrut de 10.000 contos de reis. cequi au taux du change
de 1829. qui était en moyenne de fr. 2,66 pour 1$000, faisait en francs 26,640,000, et pour lesquels on délivra des inscriptions au grand-livre, à l'intérêt de 6 pour cent.
En 1828. sous l'administration de M. Calmon du Pin e Almeida. aujourd'hui vicomte dAbrantès et de nouveau ministre des finances, parut le premier budget qui a été présenté au Brésil, et on put voir un peu plus clair dans la situation financière du pays. On conçut quelque espoir.
Sans doute la haute capacité de M. Calmon du Pin était incontestable ; il avait utilement employé les années qu'il avait passées en Europe à l'étude des diverses administrations, et, en homme habile, il était parvenu à acclimater dans son pays quelques-uns des fruits de ses travaux et de ses méditations. Plein de bonnes intentions, il avait introduit un système plus régulier de comptabilité, ainsi que plusieurs autres améliorations. Mais les circonstances étaient telles, que ni lui, ni quelques hommes également estimables qui l avaient précédé, et parmi lesquels nous citerons 1 honorable vicomte d ltabayana, ne purent, malgré leurs efforts, parvenir à tirer le Brésil de la crise financière dans laquelle il était plongé.
En 1829, la charte de la banque expira, et la législature s'opposa à son renouvellement, à cause de sa mauvaise administration et des coupables facilités avec lesquelles elle avait toujours soutenu la cour et les ministres des finances dans les prodigalités sans exemple auxquelles il fallait remonter pour trouver l'origine de toutes les difficultés du moment.
Sans cette fatale complaisance qu'eut toujours la banque pour les exigences de la cour, et sans sa malheureuse connexion avec le gouvernement, cet établissement eût continué à prospérer; car. jusqu'au dernier moment, il paya de très-beaux dividendes.
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Une commission fut nommée dans le sein de la législature pour, conjointement avec la direction, en ope'rer la liquidation. L'or et l'argent qui, en 1825, avaient été déposés dans ses coffres, en furent extraits et rentrèrent dans la circulation par le payement d'une partie de ses billets. Le change, à cette époque (1829), était tombé à fr. 2,66 pour 1$000. Il fut reconnu que la dette du gouvernement envers la banque s élevait à 16,900 contos de reïs, produisant, au cours du jour, une somme de fr. 44,934,000, et qui, au pair, se serait élevée à fr. 117,483,000. Les billets de la banque qui la représentaient furent annulés et on les remplaça par des billets du gouvernement. C'est ainsi que se termina cette liquidation.
Dans le premier budget du Brésil, celui de 1828-29, les dépenses furent évaluées à 20,000 contos de reïs, et les recettes à 14,000 contos. Les chambres législatives refusèrent dadopter ces évaluations, et ce ne fut qu'après une discussion longue et orageuse que le ministre des finances fut autorisé à émettre 6,000 contos de reïs en inscriptions sur le grand-livre. Jusqu'alors les chambres n'avaient encore voté ni revenus ni dépenses, et le premier budget qui leur fut régulièrement soumis fut celui de 1851 à 1832.
Telle était la situation financière du Brésil en 1831 , lorsque survinrent les événements politiques qui amenèrent l'abdication de Don Pedro Ier en faveur de son fils, à peine âgé de cinq ans.
Don Pedro, arrivé au pouvoir à la suite du départ de son père Jean VI, gouverna d'abord d'une manière absolue en qualité de viceroi. Après la déclaration de 1 indépendance nationale, il prit le titre de défenseur perpétuel du Brésil. Bientôt il fut proclamé empereur, et inaugura son règne en dotant l'empire d'une constitution trèslibérale, ïl avait trouvé le Brésil à demi ruiné, dans un état de
désorganisation complète, et en proie à tous les déchirements de la guerre civile ; à peine assis sur le trône, il avait eu à soutenir une lutte désastreuse contre la république argentine, qui vint apporter de nouveaux embarras à tous ceux qui existaient déjà dans les finances. Et cependant sous son gouvernement l'ordre et l'organisation commencèrent à s'introduire dans les affaires publiques ; les revenus prirent un accroissement considérable, et nul doute que, sans les difficultés politiques du moment et sans les dépenses énormes de l'extravagante étiquette de l'ancienne cour de Portugal, que l'on eut le tort de maintenir dans un pays à peine émancipé, il n'eût rendu le Brésil heureux et florissant. C'est du moins ce que la simplicité de ses habitudes personnelles, la bonté et I honnêteté de son caractère et son génie naturel nous permettent de supposer.
Nous allons récapituler maintenant la dette brésilienne jusqu'à l epoque de l'abdication de Don Pedro Ier.
tu Emprunt fait en Angleterre en 1824-1825, en francs. 92,887,200 2° Emprunt portugais mis à la charge du Brésil par