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fil'
890 DE LA COLONISATION AU XIX0 ET AU XXe SIÈCLE
Etendue des colonies australasiennes (1).
Milles carrés.
Nouvelle-Galles du Sud 310 367
Victoria 87.884
Australie du Sud 903.690
Australie de l'Ouest , 975 920
Tasiuanie 26.215
Queensland 668.497
Total de l'Australian Commonwealth. . . 2.971.573 Nouvelle Zélande 104.471
Total de l'Australasie britannique 3.077.044
La population de l'ensemble des colonies australasiennes a pi esque quadruplé en vingt et un an, de 1850 à 1871, et plus que doublé de 1850 à 1861. De 1871 à 1888, l'accroissement absolu a été très considérable, 1.760.000 âmes en dix-sept ans ; mais l'accroissement proportionnel a été un peu plus faible que de 1850 à 1861. L'attrait exercé par les mines d'or qui eut tant de force dans la période de 1851 à 1861 est devenu moins ?if dans les années suivantes. De 1888 à 1899 l'accroissement a été beaucoup moins important, soit de 835,364 âmes, presque exactement 2 p, 100 par an. Vers 1893, l'Australie a été secouée par une crise financière des plus intenses. Diverses autres causes que nous mentionnerons plus loin ont rendu l'immigration presque insignifiante de 1891 à 1899. La proportion des deux sexes dans ces colonies, 1'A.ustralie de l'ouest exceptée, dont le développement est tout récent, tend d'autre part à se rétablir sur un pied normal. Il y a maintenant près de 9 femmes contre 10 hommes, tandis qu'en 1861 il n'y avait guère que 7 femmes contre 10 hommes. Quoique la natalité soit assez faible dans les colonies australasiennes, la mortalité l'est encore bien davantage et c'est par son mouvement propre que la population de l'Australie s'accroît aujourd'hui ; l'immigration n'y contribue plus que dans une porportion infinitésimale; en effet l'immigration nette dans l'ensemble des colonies australasiennes (2), en laissant de côté les déplacements intercoloniaux, qui était de 613,353 âmes dans la période de 1851-1860,
(1) Ces chiffres sont tirés du Colonial Statistical Abstract pour 1899 (publié en 1900). Les précédents Abstracts donnaient des chiffres différents ; ainsi dans la première édition de cet ouvrage les colonies australasiennes figuraient pour une superficie de 2,582,000 milles carrés, chiffre officiel d'alors. Ces variations tiennent d'abord à ce que les superficies de ces pays ne sont pas exactement connues, ensuite à ce que celles de ces colonies qui sont sur le continent ont avec le désert des frontières variables. Le mille carré vaut 2 kilomètres 6,
(2j II est extraordinaire que les Colonial Statistical Abstracts ne donnent aucune indication sur l'immigration aux colonies. Les chiffres que nous donnons pour les départs d'émigrants à destination de l'Australasie sont extraits de Qoghlaa ; The seven Colonies of Australasia, 1899-1900, p. 254.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l'AUSTRALASIE 391
de 291,340 dans celle de 1861-1870, de 336,297 dans la période 1871-1880 et de 386,018 dans celle de 1881-1890, est tombée à 61.824 pour les neuf années 1891-1899, soit moins de 7.000 âmes par an, malgré la découverte dans ces années des riches mines d'or de l'Australie de l'ouest.
Le commerce a pris depuis 1851 un énorme développement qui, toutefois, s'est ralenti après la crise des banques à partir de 1891.
Tableau des importations.
Liv. st. Liv st. Liv. st. Liv. st. Liv. st.
Nouvelle-Galles du Sud. 1.563.931 6.391.555 7.213.291 25 383.397 25.594.315
Victoria 1.056.437 13.532.452 12.455.758 21.771 608 17.952.894
Australie du Sud 690.777 1.976 108 2.029.794 10.075.992 7.016.238
Australie de l'Ouest... 56.598 147.913 213.259 1.280 093 4 473 532
Tasmanie 641.609 954.517 793.916 2.091.964 1 769 324
Queensland » » 967.951 1.536.799 5.079.004 6.764.097
Auftralian Gommon-
vealth 4 012.352 23.970.406 24.242.817 65.582. 058 63.570.400
Nouvelle-Zélande 346.540 2.493.811 4 639.015 6.503.849 8.739-633
Totaux pour FAustra-
lasie 4.358.892 26.464.217 28.881.832 72.085.907 72.310.033
Il ressort de ce tableau que l'importation dans les colonies australiennes s'est colossalement développée de 1851 à 1861, période de la grande production de l'or; au contraire, dans la période décennale suivante, l'accroissement n'a plus porté que sur la Nouvelle-Zélande et la colonie toute neuve de Queensland. Dans les années quis'écoulentde 1862 à 1866 l'importation avait atteint des chiffres infiniment plus élevés qu'en 1870 : en 1864, notamment, elle avait monté à 37,569,369 livres sterling. Il nefautpas s'étonner de cette diminution temporaire des importations de 1864 à 1870. Après le grand arrivage des émigrants qu'attiraient les mines et lorsque la fièvre de l'or régnait dans les colonies australiennes il fallait tout tirer de l'Europe : cette nouvelle population avait de grands besoins et peu de moyens de les satisfaire à l'intérieur. Avec le temps les occupations manufacturières ont commencé à s'introduire en Australie, et le pays, quoique jouissant d'une population et d'une richesse supérieures, a eu un moindre besoin des articles européens. Puis, à partir de 1870, l'élan a repris : en vingt et un ans, le chiffre des importations a augmenté de 150 p. 100, faisant plus que tripler dans la Nouvelle-Galles et quintuplant presque dans l'Australie du Sud. Ce développement commercial était, toutefois, en partie factice ; il était obtenu par les énormes prêts que faisaient les banques Australiennes qui avaient en dépôt près de 2 milliards de francs de capitaux métropolitains. Une grave crise des banques survint en 1893 ;
39 2 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
la plupart de ces établissements ne purent rembourser leurs dépôts et durent prendre des arrangements échelonnant les échéances sur un grand nombre d'années. La mauvaise administration financière des gouvernements coloniaux, le socialisme d'Etat et des sécheresses s'y joignant, il en résulta une grave perturbation de la production, la chute des importations à environ 1.650 millions de francs en 1S97 et leur faible relèvement à 1.830 millions de francs en 1899, malgré l'énorme développement de l'Australie de l'Ouest. Ainsi, les importations enl899pour l'ensemble de l'Australasie dépassent à peine celles de 1891 ; elles sont même un peu plus faibles si l'on ne considère que l'Australian Commonwealth.
Tableau des exportations (y compris les métaux précieux) (1).
Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl.
Nouvelle-Galles du
Sud 1.796.912 5.594.839 5.852.765 25.944.020 28.445.466
Victoria.. 1.422.909 13.828.606 12.470.014 16.006.743 18.567.780
Australie du Sud.. 602.087 3.032.311 2 419 488 10.656.446 8.547.046
Australie de l'Ouest 26.870 95.789 200.985 799.466 6.985.642
Tasmaoie 665.790 905.463 648.709 1.440.818 2.577.475
Queensland » » 709.599 2.006.635 8.305 387 11.942.858
Australian Commonwealth 4.514.568 23.163.607 23.598.496 63.152.880 77.066.267
Nouvelle-Zélande. 84. 150 1.370.247 4.822.856 9.566.397 11.938.335 Total pour l'Australasie 4.598.718 24.536.854 28.421.352 72.719.277 89.004.602
On remarque ici un développement inouï des exportations de 1851 à 1861, une stagnation relative de 1861 à 1870, une augmentation nouvelle et énorme de 1870 à 1891 ; puis en 1897 on tomba à un chiffre légèrement inférieur à celui de 1891 ; mais on reprit bientôt, grâce à l'essor aurifère de l'Australie de l'Ouest. L'accroissement dans la période de 1861 à 1870 ne porte guère que sur la colonie toute neuve de Queensland, sur la Nouvelle-Zélande et l'Australie de l'Ouest. Les autres colonies, les plus vieilles et les plus importantes, restaient, sous le rapport de l'exportation, stationnâmes, ou même étaient en décroissance. Les exportations avaient été notablement plus considérables dans les années qui s'écoulent de 1864 à 1868 qu'en 1860; elles s'élevèrent alors audessus de 30 millions et elles atteignirent même 33 millions sterling en 1868. Le mouvement a repris avec une très grande énergie depuis 1870, quoique plus lentement pour Victoria. Le point cul-
(1) Dans un pays qui a des mines d'or les exportations de métaux précieux, en tant qu'elles ne dépassent pas comme moyenne annuelle la production des mines, doivent figurer parmi les exportations de marchandises.
minant a été atteint en 1891 jusqu'en 1897 inclusivement. Pendant la crise même des banques (1892 à 1896) les [exportations avaient beaucoup fléchi, étant tombées au-dessous de 63 millions sterling en 1894 et ne s'étant relevées au plus haut, pendant cette période de cinq années, qu'à 66 1/2 millions de livres sterling en 1896. En 1897, l'exportation de l'ensemble de ces colonies atteint 1.825 millions de francs et en 1899 elle monte à 2 milliards 244 millions de francs. La Nouvelle-Zélande n'a pas été atteinte par la crise de 1891, spéciale à l'Australie proprement dite. Il ne faut pas oublier que l'exportation de l'or est comprise dans les chiffres ci-dessus ; cette exportation a diminué pour l'ensemble des colonies australasiennes depuis 1856; elle a même baissé de près de moitié pour la colonie de Victoria. Elle s'est relevée considérablement pour l'ensemble des colonies australiennes à partir de
Les Statistical Abstracts étant assez confus à ce sujet, nous empruntons le tableau suivant à un ouvrage australien (1) :
Exportation nette de l'or de VAustralasie. (Importations déduites)
Colonies Périodes d'années
Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl. Liv. sterl.
Nouvelle-Galles.
du Sud 8.337.067 13.656.650 5.248.994 277.509 6.016.499
Victoria 86.342.134 62.609.042 37.222.632 23.106.371 19.240.042
Queensland.... » 1.768.575 9.430.137 11.540.245 19.503.180
Australie du Sud 1.900.955 * 395.633 * 1.100.309 * 673.548 1.070.758 Australie de
l'Ouest » 19.586 * 38.000 * 44.320 13.717.100
Tasmanie 843.029 * 34.255 165.040 872.754 1.420.71*
Nouvelle-Zélande 48.981 20.294.822 14.215.143 7.637.381 8.341.159
Excédent des exportations d'or sur les importations du
môme métal.. 97.472.166 97.918.787 65.143.637 42.716.392 69.309.452 372.560.435
Moyen, annuelle 9.747.217 9.791.879 6.514.364 4.271.639 7~7Ô 1.050 7.603.274
* Les chiffres précédés de ce signe représentent l'excédent des importations d'or sur les exportations dans certaines colonies et certaines périodes.
Ainsi l'Australasie, de 1851 à 1899, a exporté pour 372,560,000 liv. st. (environ 9 milliards 400 millions de francs) d'or de plus qu'elle n'en a importé. Après la première période de grande production de 1851 à 1870, où la moyenne de l'exportation de l'or approchait de 10 millions sterling (252 millions de francs), on a fléchi gra-
(1) Coghlan, TheSeven Colonies of Australasia, 1899-1900, page 354.
Total de la
période
Liv. sterl.
804 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.
duellementàunemoyennede4.271,639 1. st., moins de 110 millions defrancs,dans la décade 1881-90, puis on s'est relevé considérablement, grâce surtout aux découvertes de l'Australie de l'Ouest, et, à l'heure actuelle (1901) on a retrouvé les chiffres de production et d'exportation les plus élevés; la production se rapproche aujourd'hui pour toute l'Australasie du chiffre de 450 millions de francs annuellement (411 millions de francs en 1899). Cet essor de la production aurifère est venu très opportunément, à partir de 1897, compenser les fâcheux effets de la crise des banques, de la sécheresse, des gaspillages gouvernementaux et du socialisme d'Etat.
Toute réduction considérable et définitive de la production de l'or aurait des conséquences très graves pour le développement des colonies australiennes. Etant donnée, toutefois, l'immensité de ce continent, et quoiqueles mines d'or de l'Australie de l'Ouest, très exploitées depuis 1897, apparaissent surtout comme des poches dont chacune s'épuise assez rapidement, on peut espérer que les richesses métalliques seront, dans l'ensemble de l'Australie, sinon inépuisables, du moins d'une très grande importance et d'une durée très prolongée. En dehors des métaux précieux à proprement parler, les métaux communs, comme le cuivre, peuvent avoir une importance notable pour l'avenir du continent australien, d'autant qu'il s'y trouve aussi de la houille. Il serait désirable que la grande industrie pût, à la longue, prendre quelque -essor sur cette terre immense qui, au point de vue agricole, n'est pas très bien pourvue et ne comporterait pas, même dans la région du littoral, une grande densité de population. La Nouvelle- Zélande, au contraire, a de grandes possibilités agricoles.
Le mouvement de la navigation de l'Australasie s'est rapidement élevé jusqu'en 1863 : pendant les sept années qui suivent, l'augmentation a été beaucoup plus lente, puis elle a repris avec énergie à partir de 1870.
Tonnage {entrées et sorties réunies) .
Nouvelle-Galles du Sud. 657.782 1.326.182 1.461.762 5.694.236 6 995.551
Victoria 1.076.971 1.180.324 1.344.862 4.715 109 5.341.415
Australie du Sud 230.390 357.290 287.989 2.749.188 3. 619. 251
Australie de l'Ouest... 53 285 104 152 138 446 1.045 555 2.638.648
Tasmanie 314.222 2U4.494 212.910 1 044.605 1.318 117
Queensland » » 340 380 261.284 997 118 1.461063
Austral ian Common-
weallh 2.362.660 3.512.822 3 702.243 16 245.811 21.S77.275
Nouvelle-Zélande 138 739 578 645 538.f>58 1.242 321 1 619.049
Total pour l'Australasie 2,501.399 4.091 467 4. 2..KSU 17.488.132 22.996 324
Pouravoir une idée plus exacte de la prospérité et du développement des colonies australasiennes, on doit jeter un coup d'oeil sur leur agriculture. Il s'en faut de beaucoup, en effet, que le mouvement de la navigation et du commerce extérieur soit une mesure toujours exacte de la richesse et des progrès d'un pays. Il se peut que les importations diminuent précisément parce que la production intérieure devient beaucoup plus considérable, il se peut aussi que l'exportation s'affaiblisse précisément parce que la consommation dans le pays s'accroît. Dans le mouvement mari^ time de l'Australie, il y a des double?, des triples et des quadruples emplois, le même navire faisant escale souvent dans les principaux ports de trois ou quatre des colonies voisines, par exemple à Adélaïde, Hobart-Town, Melbourne et Sydney, et étant ainsi compté quatre fois.
Voici, d'après les derniers documents anglais, une série de tableaux sur la production agricole en Australasie.Pourune ou deux colonies, les derniers chiffres s'appliquent à une année un peu moins récente que l'année 1899, ceux-ci manquant.
Etendue des terres ensemencées en blé (wheat).
Nouvelle - Galles Acres(i). Anrea. Acres. Aerea. A.-res. Acres
du Sud 106.124 128.829 175.033 147.997 233.2531*426.166
Victoria 80.154 161.252 2US.5S6 284.167 691.62^2.165.693
Australie Un Sud.. 102.011 273.672 45Ï.628 604.761 1.305.851 1.821.137
Australie île l'O. 9.712 13.584 25.187 26.640 23.008 84.316
Tastnanie 65.731 66.450 71.348 57.382 48.392 64.328
Non ve1 le -Zélande » » » » » » 77.843 264.577 269.749
Queensland » » 197 2.566 2.892 9.618 52.227
Totaux.... 423.73g 643.984 940.350 1.201.682 2.576.321 5.884.116
(1) L'acre égale 41 ares.
Nombre de bêtes à cornes (1)*
Nouvelle - Galles
du Sud 2.023.418 2.271.923 1.728.427 2.195.096 2.771.583 1.967.081
Victoria 646.613 628.093 650.592 721.096 1.184.843 1,833,900
Australie du Sud. 272.746 265.434 122.200 136.832 251.802 526.524
Australie de l'O. 23.207 33.795 45. %2 45.213 56.158 296.267
Tasmanie 88.608 87.114 ^6.59S 101.459 126.276 160.204
Nouvelle-Zi'landti 91.9ii8 193.285 312.835 436.592 578.430 1.210 439
Queeuslaud » >. 560.196 940.354 1.076.630 2.433.567 5.053.836
Tot&u*.... 3. 146. 520 4.039.839 3.886.968 4.712.918 7.402.659 11-048. 251
(1) Les chiffres pour Victoria sont ceux de 1894, cette colonie n'ayant pas produit de statistiques postérieures,
396 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
Nombre de moutons (1).
Nouvelles-Galles du Sud. 7.736.323 13.909.574 16.308.585 23.967.053 36.213.541
Victoria 4.641.548 9.532.811 10.761.887 9.379.276 13.180.943
Australie du Sud 1.962.460 4.477.445 4.400 655 6.377.812 5.721.443
Australie de l'Ouest.... 177.717 537.597 60*. 892 869.325 2.273.246
Tasmanie 1.614.987 1.742.914 1.349.775 1.838.831 1.672.068
Nouvelle-Zélande 990.988 8.418.579 9.700.629 13.069.338 19.348.506
Queenslaod » » 8.665.757 8.163.818 5.564.465 15.v26.479
Totaux 17.124.023 47.284.677 51.294.241 61.066.100 93.636.199
On voit le prodigieux développement de la production agricole en Australasie : l'étendue des terres ensemencées en blé a plus que quadruplé de 1870 à 1899; elle avait déjà augmenté de 90 p. 100 dans les dix années de 1860 à 1870 ; elle embrasse maintenant 2.410.000 hectares, soit environ le tiers de la culture analogue de France ; la moyenne de la production des deux bonnes annéesl898 et 1899 n'est, toutefois, que d'une quinzaine de millions d'hectolitres,ce qui indique une très faible production à l'hectare. Le nombre des bêtes à cornes a augmenté de 135 p. 100 depuis 1870. C'est la race ovine qui a pris surtout possession de ces contrées : elle y a triplé de nombre en quinze années, de 1856 à 1870 et doublé presque depuis lors ; encore doit-on dire que le chiffre de 1899 s'applique à une période de très grande sécheresse où les troupeaux étaient réduits par la mortalité: en 1891,1e chiffre des moutons s'était élevé à 124,286,000; il a décrû avec continuité depuis lors, mais il reprendra, sans doute. A partir de 1870, l'accroissement du nombre des bœufs est relativement plus considérable que celui des moutons. C'est le signe d'un progrès dans la culture.
Le développement n'est pas égal pour toutes les colonies; ainsi, il est relativement lent pour la Tasmanie: de 1860 à 1888, sa population n'a augmenté que de 45 p. 100 ; de 1888 à 1899, il est vrai, elle a gagné 17 à 18 p. 100 ; sa production a décru de 1856 à 1870 : le commerce extérieur et le mouvement de la navigation de cette colonie ont aussi éprouvé, dans la même période, un sensible amoindrissement. Toutefois il y a de l'amélioration depuis 1870, et on y a découvert, à partir de 1894, de riches mines de métaux, ' notamment de cuivre. La Nouvelle-Zélande, au contraire, et Queensland, les deux colonies les plus neuves, font des progrès rapides, tout en restant encore loin de Victoria et de la Nouvelle- Galles. 11 est intéressant de remarquer que la Nouvelle-Galles a notablement dépassé depuis 1891 Victoria ; cette constatation est précieuse parce que la première de ces colonies a pratiqué, jusqu'à la fondation de l'Australian Commonwealth en 1900, une
(1) Voir la Bote de la page précédente.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l'AUSTRALASIE 397
politique libre-échangiste tandis que la seconde en appliquait une très protectionniste.
Pour terminer ces données statistiques, nous reproduisons le tableau des revenus et celuv des dettes des différentes colonies au*tralasiennes.
Livres sterl. Livres stert.
Livres sterl.
Nouv.-Galles
du Sud.. ..
Victoria
Australie du
Sud
Australie de
l'Ouest. . . .
Tasmanie .. .
Queensland .
Au stralian
Gomm o n -
wealth
Nouvelle-Zé-
Totalp.VAus-
Revenu public des colonies.
tralasie.... 6-347.338 6.773.998 10.143.637 » »» 17.357.31-5 33.353.562
On voit que l'ensemble des colonies australasiennes a un budget de près de 33 1/2 millions sterling, soit 840 millions de francs, environ 186 francs par tête; c'est énorme; il faut, toutefois, tenir compte de ce que ces colonies possèdent et exploitent leurs chemins de fer. Voici maintenant les dettes publiques :
Dettes publiques 1856 1861 1867 1870 1878 1899
Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl.
Nouv. -Galles
du Sud.... 2.097.400 5.802.980 6 917.630 9.681.130 11.688.119 61.580.482
Victoria 648.100 7.992.740 9.480.800 11.924.800 17.022.065 48.354.277
Australie du
Sud 287.900 853.300 1.077.750 1.944.600 5.329.600 24.672.810
Australie de
TOuest.... 8.688 1.750 ». » » »» 184.556 8.938.363
Tasmanie.... » » 486.500 1.018.900 1.268.700 1.738.500 8.253.912
Queensland . » » 323.800 3.344.000 3.509.250 8.935.350 35.226.664
Aust r al i a n
Gomm o n - „ , , ,
wealth .... » »» 15.261.070 21.839.080 28.328.480 44.898.190 187.026.508
Nouvelle-Zélande 77.174 836.000 5.781.191 7.841.891 22.608.311 47.874.452
Total p. l'Aus-
tralasie.... ~ T 16.097.070 27.620.274 36.170.371 67.506.501 234.900.960
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
Ainsi les colonies australasiennes ont une dette de 5,920 millions de francs. Ces jeunes sociétés non seulement ont hérité des habitudes de prodigalité du vieux monde, mais y ont joint des entraînements nouveaux et des fantaisies nouvelles- Leur gestion pendant les vingt dernières années (1880-1900) a été pleine d'imprévoyance et de présomption.
En face de cette dette de près de 6 milliards, les colonies australasiennes ont deux actifs importants : leurs chemins de fer qu'elles exploitent toutes directement sauf d'insignifiantes exceptions et leurs réserves de terres. L'ensemble de ces lignes ferrées d'une longueur de 12.970 milles pour l'Australian Commonwealth, environ 21.000 kilomètres) et 2.271 milles (3.656 kilomètres) pour la Nouvelle-Zélande rapportaient, en 1899, aux gouvernements coloniaux de la future Australian Commonwealth, 3,830 8ti0 livres sterling de recettes nettes (dépenses d'exploitation déduites (l),età la Nouvelle-Zélande 571,533 livres sterling également de recettes nettes, ensemble 4,402,393 livres sterling ou environ 111 millions de francs ; en capitalisant le revenu à 4 p. 100, on obtient une valeur de 2.777 millions de francs, ce qui ramène à 3 milliards 143 millions de francs la dette australasienne non couverte par l'actif; il n'y a pas lieu, en effet, détenir compte des réserves de terres, parce que les prix de vente en sont annuellement dépensés.
Voici à quelles sources puise le trésor de ces colonies : depuis de longues années, les douanes constituent de 26 à27 0/Odes recettes, soit pour l'ensemble, en 1899, 8,758,976 liv. sterl. (220 millions de fr.) sur un revenu total de 33,353,562 liv. (840 millions de fr.) ; la vente et la location des terres avaient produit, en 1882, pour toutes les colonies autralasiennes, 5,269,378 liv. st. (133 millions de fr.), mais en 1900, elles n'ont fourni que 3,722,517 liv. sterl. (94 millions de francs environ) dont 3,460,288 liv. sterl, pour la Commonwealth of Australia et 262,229 liv. sterl. seulement pour la Nouvelle-Zélande. Le produit de la vente des terres entre pour un peu plus de la moitié dans ces chiffres, soit-1,960,211 liv. st., dont 90,831 pour la Nouvelle-Zélande; les locations de terres et droits d'occupation n'atteignent que 1,764,0 i0 liv. sterl., dont 171,398 pour la Nouvelle-Zélande (Goghlan, The Seven Colonies of Àustralasia, page 789). Les terres domaniales constituent actuellement 10 p. 100 du revenu des colonies australasiennes ; mais comme un peu plus de la moitié vient de ventes, c'est une ressource qui doit finir par s'évanouir et, de fait, elle décline graduellement, quoique d'une façon appréciable, et l'on a tort de verser
(1) Encore doit-on dire que, d'après les journaux britanniques, notamment The Economist (de Londres), les sommes portées comme revenu net des chemins de fer dans les comptes des colonies australasiennes apparaissent comme très majorées, beaucoup de dépenses normales et annuelles de réfection n'en étant pas déduites et étant défrayées par des emprunts.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l'AUSTRALASIE 3 99
dans le budget annuel le produit des ventes qui devrait servir à l'amortissement de la dette. 11 est vrai que certaines locations anciennes à long terme reviendront graduellement aux gouvernements coloniaux et pourront faire l'objet soit de baux nouveaux à des prix plus élevés, soit de ventes dans des conditions avantageuses ; mais ce sont là des exceptions qui ne pourront compenser l'aliénation déjà consentie ou en train de se consentir chaque année des terres les mieux situées (Voir plus loin, page 402). En définitive, le domaine des gouvernements coloniaux tend à perdre une parcelle de sa productivité chaque année On a vu plus haut que les divers gouvernements coloniaux australasiens avaient retiré 4,402,393 liv. sterl. nette- de leurs chemins de fer; le revenu brut en avait été de 11,286.902 liv. st., dont 9,663,011 liv. sterl. pour les colonies constituant la Commonwealth of Australia et 1,623,891 liv. sterl. pour la Nouvelle- Zélande, 243 millions de francs pour celles-là et 41 millions de francs pour celle-ci.
Ainsi l'Australasie tire actuellement 26 p. 100 de ses revenus publics des droits de douane, 10 p. 100 des ventes et locations de terres, 33 1/2 des recettes brutes des chemins de fer et le reste des revenus divers, soit impôts, soit postes, télégraphes, etc.
L'immense essor de l'Australasie, malgré beaucoup de fautes et de crises, a enthousiasmé les hommes d'Etat métropolitains. Dans un banquet donné à Londres pour le 71me anniversaire des colonies de l'Australie, sir Edward Buîwer Lytton, ministre des colonies, portait un toast en ces termes : « Il y a soixante et onze ans que la première colonie australienne a été fondée ! Seulement soixante et onze ans ! C'est juste la vie d'un homme et celte période, qui peut être parcourue par le premier paysan venu dans un village obscur, a permis à l'Australie de posséder plus d'un million clc sujets britanniques, d'avoir un revenu de plus de 5 millions de livres sterling, d'importer pour plus de 27 millions de livres sterling et d'exporter pour plus de 22 millions sterling. Et . tandis que son progrès matériel et sa prospérité se développaient si étonnamment, quel a été le progrès de l'Australie dans tout ce qui ennoblit et élève l'homme ! A la place d'une colonie pénitentiaire, premier spectacle qu'a présenté l'Australie, nous trouvons des sociétés arrivées au plus haut degré de moralité, jouissant de la plus grande liberté et prouvant par leur loyauté et leur bon ordre qu'elles apprécient et méritent les bienfaits dont elles jouissent.il n'y a pas. je pense, de partie du monde civilisé où l'on comprenne mieux l'importance de l'instruction, etc. » Il y a déjà quarante-quatre ans que sir Edward Bulwer tenait ce langage : car nous sommes en 1902, dans la 115° année de la fondation des colonies australiennes et
400 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX0 SIÈCLE
leur progrès, tout en s'étant ralenti à partir de 1890, a été encore considérable depuis que le ministre des colonies d'Angleterre s'exprimait avec cet enthousiasme.
Tels sont les résultats de la troisième époque de la colonisation australienne : cette prospérité inouïe, on l'a vu par le tableau des cultures, n'est pas éphémère, elle est essentiellement durable et susceptible de nouveaux développements. Chaque année accroît la richesse et la population de ces opulentes provinces. Ces divers éléments, si variés, si turbulents, que l'immigration soit pénitentiaire, soit subventionnée, soit libre, lui avait apportés. l'Australie se les est assimilés : elle a profité de l'or de ses placer s pour développer son agriculture et son industrie ; en même temps qu'elle jouissait du présent, elle a consolidé son avenir ; cette collection de convicts, d'immigrants racolés dans les Trois Royaumes et transportés à grands frais, d'aventuriers de toute nation, elle l'a convertie, autant que possible, en une société régulière.
Les institutions politiques sont venues couronner cet édifice de splendeur, que le travail de l'homme et la libéralité de la nature avaient construit en commun. C'est à cette troisième époque de leur existence que les diverses colonies australasiennes ont acquis la plénitude des institutions libres. Jusque-là elles n'avaient eu que des libertés municipales, dans toute leur intégrité et toute leur sincérité, il est vrai; mais elles restaient privées de la vie parlementaire pour la gestion de leurs intérêts généraux : elles avaient été subordonnées aux vues de la métropole et à l'arbitraire, d'ailleurs sensé et réservé, de gouverneurs habiles, aidés par un conseil de notables, sous la haute surveillance du ministre des colonies et du parlement métropolitain. On sentit le besoin, en les voyant adultes, de les émanciper de cette tutelle : la mère patrie ne pensa pas un instant à retenir des pouvoirs qui cessaient d'être des droits en cessant d'être nécessaires. La concession de législatures électives fut faite, à différentes époques, aux diverses colonies suivant leur importance : la première, la Nouvelle-Galles, après un régime mixte en 1843, comportant une certaine représentation élective, obtint, en 1856,1a plénitude du régime parlementaire; en dernier lieu, l'Australie de l'Ouestjouit du même privilège en 1890. Les conditions d'élection et d'éligibilité sont dans toutes ces colonies devenues de plus en plus démocratiques ; en Nouvelle- Zélande, on a même conféré aux femmes exactement les mêmes droits électoraux qu'aux hommes en 1891, et de même dans l'Australie du Sud en 1895. Ces petites sociétés constituent actuellement les communautés les plus démocratiques qui existent dans le monde entier. Gomme les diverses colonies du Nord-Amérique,
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l\\USTRALASIE 4 01
les différentes colonies de l'Australie ont, de très bonne heure, pensé à constituer une confédération. Le 23 avril 1858, un comité de rassemblée législative de Victoria se présentait devant le secrétaire du Colonial Office, M. Labouchère, pour lui demander la présentation d'un bill qui autoriserait toute? les colonies australiennes à former une assemblée fédérale. La demande fut repoussée. « Mais l'on a vu, disions-nous dans la précédente édition de cet ouvrage (1891), qu'un bill du 29 mars 1867 approuvait l'Union entre le Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, et leur formation en un État colonial ayant un parlement autonome : dès lors la question semble être tranchée pour les colonies de l'Australie, qui ont au moins les mômes droits à faire valoir que les colonies d'Amérique. En 1883 et 1884, le projet de formation d'une confédération australienne a repris faveur. Divers événements ont fait surgir dans ces jeunes sociétés un sentiment particulier de chauvinisme. Les menaces, d'ailleurs, bien innocentes de prise de possession des Nouvelles-Hébrides par la France, le bruit de la déportation de récidivistes français à la Nouvelle-Calédonie, ont provoqué, dans les colonies australiennes, un mouvement d'opinion qui, quelque superficielle qu'en fût la cause, a acquis de l'intensité. Les colonies australiennes ont déclaré s'annexer la Nouvelle- Guinée. Une terre qui n'a encore qu'une faible partie des habitants qu'elle peut nourrir aurait eu ainsi pour annexe d'autres territoires énormes. Cette annexion n'a pas été sanctionnée par la métropole, et les Allemands ont pris possession d'une fraction de la grande île.
« Divers obstacles, notamment la différence de politique douanière, les divergences d'intérêts et les rivalités d amour-propre entre la Nouvelle-Galles et Victoria, ont jusqu'ici empêché !a constitution de cette fédération ; mais il est probable qu'un jour prochain on trouvera une formule qui ralliera tous les suffrages, et que les diverses colonies britanniques de l'Australasie ne seront plus politiquement isolées les unes des autres Les ambitions annexionnistes des colons mont pas laissé que d'inquiéter un peu la mère-patrie ; aussi, en 1884, s'est-elle empressée de prendre possession, pour elle-même, de la partie la plus considérable de la Nouvelle-Guinée. Il est regrettable que cette île ne soit pas échue à une population de race latine; les Italiens n'auraient pas dû hésiter à s'y établir, comme ils en eurent un instant l'intention il y a sept ou huit ans. La France aurait dû faciliter la fondation d'une grande colonie italienne dans ces parages. »
Ainsi nous exprimions-nous dans la 4° édition de ce livre, en 1891 ; depuis lors, la fédération australienne s'est constituée sous le nom û'Austrâlian Commonwealih ; elle comprend les cinq T. II. 26
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
colonies continentales et la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande se tenant jusqu'ici à l'écart. Les conventions de délégués parlementaires et les votes populaires à ce sujet se sont échelonnés de 1896 au 31 juillet 1000, jour où l'Australie de l'Ouest, la plus résistante des colonies, s'est décidée la dernière à adopter le projet. La proclamation de l'Australian Gommonwealth s'est faite le 1er janvier 1001 ; malheureusement, elle a coïncidé avec une explosion d'impérialisme et d'esprit agressif.
Les colons australiens pourraient se contenter pendant longtemps encore de leurs vastes domaines. Yoici quels étaient en 1899, pour ces diverses colonies, les totaux des terres déjà aliénées et de celles qui restaient dans le domaine public.
Terres domaniales aliénées
Terres restant en
depuis l'origine
réserve
jusqu'à la fin de 1899
à la même date
Acres (1)
Acres
Nouvelle-Galles du Sud
Australian Gommonwealth . .
Total pour l'Australasie. .
Aux 92 millions d'acres aliénés, soit 38,7 millions d'hectares, superficie dépassant les deux tiers du territoire de la France, il faut joindre 41,547,843 acres (plus de 17 millions d'hectares) de terres concédées condHionnellement, et dont une partie reviendra aux Etats. Quant aux 1.498 millions d'acres, ou 614 millions d'hectares en chiffres ronds, soit plus de onze fois l'étendue de la f'rance, qui restent disponibles, il ne faut pas se dissimuler que les neuf dixièmes, peut-être même les dix-neuf vingtièmes, sont et resteront toujours des déserts.
Plusieurs publicistes seraient partisans que les colonies, au lieu de vendre les terres incultes, les concédassent par bailemphythéotique pour 50, 75 ou 99 années. Nous parlerons plus loin de ce système; malgré toutes ses séductions, il offre de considérables inconvénients. On peut consulter à ce sujet notre Essai sur ta répartition des richesses et surtout notre livre sur le Collectivisme.
« Nous en avons fini avec l'étude de cette colonisation rapide et brillante ; nous avons montré que cette prospérité jusqu'alors inouïe n'est pas due au hasard; sans doute la nature y a contribué par ses faveurs, par les facilités pour la production de la laine et surtout par les riches gisements d'or. Mais la sagesse de la métro-
(1) L'acre égale 41 ares.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — i/ AUSTRAL ASIE 403
pôle, l'aménagement savant et pratique de la colonisation, la déportation, l'assignement des convicts, le régime des terres, la création et l'entretien du fonds d'immigration, enfin les institutions libres, qui sont venues à point, sans se faire attendre, ce sont là des œuvres humaines, marquées au coin de l'esprit de progrès et de civilisation.
« Ces colonies si opulentes ne portent presque plus la trace de leurs vices originaux : formées d'éléments en grande partie malsains, des criminels, des aventuriers sans aveu, elles ont à peu près réussi à se purifier complètement et leur tempérament ne subit plus guère ces influences pernicieuses. La débauche, l'ivrognerie, l'agiotage, l'inhumanité contre les indigènes et les races laibles se rencontrent encore en Australie, mais de moins en moins. N'est-ce pas beaucoup que d'avoir constitué aux antipodes, avec des moyens défectueux, des colonies si prospères, qui s'amendent chaque jour, qui, nous l'avons vu, font de l'instruction une grande affaire (1), qui poursuivent le développement des sciences en môme temps que l'accroissement des richesses et qui, se perfectionnant d'année en année, feront bientôt oublier leur origine?
« Lacolonisation de l'Australie, est, en définitive, le chef-d'œuvre de l'Angleterre ; au nord de l'Amérique, les fautes de la mère patrie furent beaucoup plus nombreuses et plus persistantes ; en Australie seulement, au milieu de difficultés infiniment plus grandes, la colonisation poursuit sa marche initiale sans interruption et presque sans défaillance. »
Ainsi parlions-nous dans la précédente édition de cet ouvrage (1891); depuis lors un changement de direction gouvernementale s'estaccompli qui risque d'entraver cette ascension des colonies australiennes.Cette étude serait incomplète sinous n'ajoutions quelques réflexions au sujet du courant ultra- démocratique qui, depuis une douzaine d'années, entraîne les colonies australasiennes vers une législation sociale, que les Anglais appellent grand-maternelle et qui, en réalité, incline au socialisme. Toutes ces colonies, même la plus sage, la Nouvelle-Galles du Sud, ont cédé à ce courant; mais c'est la Nouvelle-Zélande qui est allée le plus loin dans cette voie. L'Etat, sous la domination des Trades- Unions, s'est mis à réglementer le travail et le commerce à outrance ; il a établi également de lourds impôts progressifs sur le revenu, sur ïa propriété et sur les successions. Il a mis aussi en Nouvelle-Zélande des conditions restrictives à l'étendue des domaines.L'Australasie du Sud, Victoria et les autres colonies du Continent australien ont plus ou moins copié la Nouvelle-Zélande. Sans doute, les
(1) D'après le Times, lors de la publication du dernier poème de Tcnnysou 10,000 exemplaires furent immédiatement expédiés en Australasic. (Note de la 2° édition, 1882.)
404 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX0 SIÈCLE.
énormes ressources qu'offrent ces pays neufs, à population encore très faible, les immensités déterres disponibles font que ces mesures y ont des inconvénients moins manifestes et moins immédiats qu'elles n'en auraient dans les vieilles sociétés d'Europe. Elles sont, néanmoins, très préjudiciables; elles ralentiront l'essor de ces colonies, en y rendant le capital moins productif, et leurs fâcheux effets éclateront, avec le temps, d'une façon chaque jour, plus évidente (1).
Dès aujourd'hui, d'ailleurs, ces effets commencent à être visibles. On a vu plus haut (pp. 390 et 391) que l'immigration, malgré l'attraction exercée par les mines d'or de l'Australie de l'Ouest, est presque suspendue en Australasie. Sans doute, ce peut être en partie la conséquence de plusieurs années de sécheresse et de la crise des banques, quoiqu'elle soit déjà lointaine (1893). Mais la législation socialiste et fiscale y est aussi pour beaucoup. Malgré les pensions de retraites, que plusieurs de ces colonies allouent, sans aucun versement de leur part, aux ouvriers d'un certain âge et qui, d'après certaines évaluations, coûteront au moins dix millions par an, dans une vingtaine d'années, à la Nouvelle-Zélande (2), malgré aussi les salaires minima législativement fixés à un taux élevé dans plusieurs de ces colonies et une réglementation des plus minutieuses du travail, parfois aussi du commerce, dans le prétendu intérêt des travailleurs manuels, les colonies australasiennes souffrent d'une crise de main d'œuvre, en même temps que du manque de capitaux et de déficits budgétaires, encore plus considérables en réalité qu'en apparence, beaucoup de dépenses courantes étant rejetées sur l'emprunt.
Un journal spécial anglais des plus compétents et des plus réfléchis, The JEconomist (de Londres), signalait en 1901, ce fait inouï dans l'histoire coloniale, que « des capitaux britanniques se retiraient de l'Australie et que une certaine quantité de capital australien allait chercher des placements à Londres (3). »
Les deux gouvernements de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud, celui-ci, cependant, le plus raisonnable des Etats australiens, avaient fixé un minimum de salaire de 7 schillings (8 fr. 75) par journée de manœuvre, capable ou non capable, (for unskilled labour , whether compétent or incompétent). L'appli-
(1) Voir, sur ce sujet, le livre de mon fils Pierre Leroy-Beaulieu : Les Nouvelles Sociétés anglo-saxonnes, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique Australe.
(2) Voir dans notre Traité théorique et pratique d'économie politique, 3e édition, tome IV, page 403, un calcul à ce sujet, extrait de The Economist (de Londres) n° du 10 mars 1900.
(3) « Bristish Capital is still being withdrawn and a certain amount of Ausiralian Capital is stil Igoing to London for investment » Lettre de Melbourne, du 28 juin 1901, publiée dans The Economist du 10 août 1901, p. 1208.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l'AUSTRALASIE 405
cation de ce minimum de salaire (mininum wage) avait produit ses effets naturels : un grand nombre d'ouvriers lents ou peu capables ayant été congédiés se trouvaient sans emploi ; la demande du travail, môme de bonne qualité, s'était, d'autre part, réduite, et il se trouvait à Melbourne et à Sydney des milliers d'ouvriers et d'artisans sans ouvrage.
Toute cette politique soi-disant sociale grève aussi lourdement les budgets. En 1901, le déficit officiel de Queensland, qui n'est pas, cependant, une des colonies les plus mal conduites, s'élevait à 550,000 liv. st. (près de 14 millions de francs). Les autres colonies sont aussi plus ou moins dans une situation difficile, les dépenses y marchant d'un pas plus rapide que les recettes; et, parmi ces dépenses nouvelles, la plupart proviennent d'expérimentations sociales onéreuses. Ainsi, en 1900-1901, les retraites ouvrières avaient coûté, pour moins d'un semestre, 135,000 liv. st. , près de 3 1/2 millions de francs à la seule colonie de Victoria (1).
La législation sociale des colonies australasiennes a donc ce triple résultat : elle écarte les capitaux; elle alourdit les budgets, par conséquent augmente les impôts et elle ne profite pas à l'ensemble des ouvriers, la demande de main-d'œuvre se raréfiant. Aussi nedoit-on pas s'étonner du ralentissement de l'essor de ces colonies depuis dix ans; elles prennent plaisir à entraver leur développement (2).
La constitution delà fédération, la Gommonwealth of Australia, aura pour elles certains avantages, moins cependant que la constitution du Dominion of Canada n'en a eu pour les provinces qu'il a englobées. Il ne faut pas oublier, en effet, que la masse centrale du Continent Australien paraissant inexploitable et inhabitable, ces colonies ne pourront jamais former un Etat vraiment compact; ce seront toujours des établissements côtiers, dispersés sur des rivages infinis et n'ayant que des points de contact restreints. Néanmoins, en matière de douanes, par exemple, les colonies y gagneront d'être moins entravées par des droits inégaux et d'avoir un marché intérieur beaucoup plus étendu. La Commonwealth pourra aussi conclure des traités de commerce, ce qui était très difficile, sinon impossible, aux colonies particulières. The Economiste de Lond es, faisait remarquer notamment que les produits australiens soit taxés en France
(1) The Economiste August 10, 1901.
(2) En dehors des Nouvelles Colonies Anglo-saxonnes, (\q M. Pierre Leroy-Beaulieu, qui font une critique très justifiée de la législation à tendances socialistes des colonies australasiennes, il a paru en France, de 1S98 à 1902, un grand nombre d'ouvrages de jeunes voyageurs qui se livrent plutôt à l'apologie de cette législation aux antipodes ; mais ces jeunes auteurs paraissant sacrifier a -priori aux goûts socialistes et manquer complètement, non seulement d'expérience, mais de connaissances économiques.
406 DE LA COLONISATION AU XIXe ET XXe SIÈCLE
plus haut que les produits britanniques, parce qu'ils ne bénéficient pas du traité anglo-français; la Commonwealth of Australia pourra, par une convention avec la France, améliorer cet état de choses (1). Au point de vue commercial, il est donc très probable que la fédération rendra de grands services aux colonies australiennes; le tarif des douanes, s'il est moins libéral qu'actuellement dans la Nouvelle-Galles du Sud, sera presque assurément moins restrictif qu'aujourd'hui à Victoria. En dehors des relations avec l'étranger, la constitution d'un vaste marché intérieur, comptant à l'heure présente (1002) près de 4 millions d'habitants (la Nouvelle-Zélande ne fait pas partie de la Commonwealth) et pouvant en avoir 8 à 9 millions vers le milieu du siècle et 15 à 16 millions vers l'an 2000, sera certainement un énorme avantage.
D'autre part, la Commonwealth of Australia, se superposant aux divers Etats coloniaux confédérés, imposera des charges que l'on estime à une dizaine de millions par an dès ce jour. Elle a, en outre, l'inconvénient de susciter l'impérialisme, c'est-à-dire l'esprit de prépotence et d'agression. Déjà, il est question de constituer un embryon d'armée, tout au moins une milice australienne, et une flotte également (2).
On ne peut aucunement s'attendre à ce que les colonies britanniques de l'Australasie fournissent au monde civilisé un nouvel exemplaire du splendide développement qui a caractérisé au xixe siècle les Etats-Unis d'Amérique. La nature des lieux, d'abord, ne s'y prête pas, la périphérie seule du continent Australien, et encore pas sur tous ses contours, paraissant susceptible d'une exploitation régulière et d'un peuplement un peu dense. La Nouvelle-Zélande, il est vrai, se trouve dans de meilleures conditions physiques et peut être tout entière, ou à peu près, densement peuplée ; mais elle n'a que 104,471 mille carrés de superficie, soit environ 270,000 kilomètres carrés, la moitié de la superficie de la France. Il est, d'autre part, un grave obstacle, celui-ci d'ordre moral et social, qui ne permettra pas, en Australie et en Nouvelle-Zélande, un aussi splendide et rapide épanouissement de la civilisation au xxe siècle que celui des Etats- Unis au xixe siècle. Les colonies australasiennes ont adopté une conception industrielle et économique absolument contraire à la conception économique et industrielle des Etats-Unis jusqu'ici. La pierre angulaire des Etats-Unis jusqu'à l'heure présente, c'est la liberté, la liberté absolue; c'est là le pivot de tout leur déve-
(1) The Economiste n° du 24 août 1901, page 1283.
(2) Sur la direction très critiquable que prend la Commonwealth of Australia, on peut consulter une lettre de Sidney,due à un observateur des plus compétents, qui a paru dans VEconomiste Français du 1er mars 1902, sous ce titre : Lettre d'Australie ; les débuts de la Fédération.
LA COLONISATION BRITANNIQUE. — l'AUSTRALASIR, 407
loppement.Ils ne se sont fiés qu'à la spontanéité individuelle et à l'association libre pour créer toutes les organisations industrielles et économiques; la Fédération et les Etats n'y possèdent ni chemins de fer, ni même télégraphes ; la législation du travail y est des plus simples et l'on n'a pas prétendu y protéger l'ouvrier et le traiter en mineur, y garotter le capital et le traiter en vampire. C'est ce que font, dans une certaine mesure du moins, les sociétés australiennes ; elles se sont engouées de la réglementation, de l'intervention législative à outrance dans l'exercice des industries, du socialisme d'Etat le plus intrusif et le plus systématique; elles en ont fait leurs principes directeurs et leurs moyens d'action. Aussi leur développement s'est-il singulièrement ralenti ; il ne s'arrêtera sans doute pas complètement, parce qu'il y a encore dans ces contrées un énorme excédent des ressources naturelles relativement au nombre des habitants ; mais si les colonies australasiennes ne renoncent pas à leur conception socialiste et à leurs pratiques socialistes, les capitaux et même les immigrants n'y afflueront pas, comme ils ont afflué aux Etats-Unis et même comme ils affluent dans l'Amérique du Sud, malgré l'instabilité politique de cette dernière région.
En l'an 1800, les Etats-Unis d'Amérique ne comptaient que 5,306,000 âmes de population, un septième de plus seulement que l'Australasie actuelle. En 1900, ils recensaient 77 millions d'âmes, ayant augmenté de 1 à 14 dans le courant d'un seul siècle. On ne peut attendre rien de semblable de l'Australasie; en 1900 elle possédait plus de 4,600,000 âmes (Nouvelle-Zélande comprise). On devra s'estimer heureux si, vers 1950, elle approche d'une dizaine de millions d'habitants et d'une vingtaine vers l'an 2.000; ce sera encore un très bel essor; si les colonies renonçaient à leur socialisme d'Etat, il est probable que le progrès serait beaucoup plus rapide.
Les colonies australasiennes ont maintenant franchi la période proprement coloniale; elles sont émancipées delà mère patrie, à laquelle des liens presque uniquement moraux les rattachent ; elles sont devenues une nation. Elles commettent, depuis 12 ou 15 ans, des imprudences et des fautes ; mais il ne faut pas oublier que la Grande-Bretagne, tant qu'elles ont été sous sa tutelle effective, les a admirablement élevées, et nous n'avons nullement à retirer l'expression dont nous nous sommes servi que l'Australasie a été le chef-d'œuvre de la civilisation moderne. Les fautes qu'elle accumule aujourd'hui, ce n'est pas comme colonie, c'est comme Etat indépendant qu'elle les commet (1).
(1) Sur le Socialisme d'Etat dans les Colonies Australasiennes consulter le livre de mon fils Pierre Leroy-Beaulieu : Les Nouvelles Société Anglo-saxonnes nouvelle édition, Colin 1901,
408 DE LA COLONISATION AU XIX0 ET AU XXe SIÈCLE
Possessions britanniques diverses dans la Malaisie et le
Pacifique.
L'Angleterre met de plus en plus la main sur tout ce qui, en Océanie, vaut la peine d'être occupé. Nous avons dit comment elle a pris possession d'une partie de la Nouvelle-Guinée. Le gouvernement britannique a de plus reconnu et protège une société privée qui a l'ambition de coloniser de vastes régions à Bornéo. Il y a un quart de siècle un Anglais, le rajah Brookes, s'était taillé une principauté dans cette grande île.
Depuis quelques années, les documents anglais consacrent quelques tableaux statistiques à ces petites dépendances qui peuvent être des embryons de futures et importantes possessions. Le territoire administré par la Compagnie Britannique du Nord de Bornéo {British Norlh Bornéo Company),û\eç, quelques îles adjacentes, s'étend sur 31,106 milles carrés, environ 81,000 kilomètres carrés, soit un peu moins du sixième de la France ; c'est encore respectable. Aucun renseignement n'est fourni sur la population; quant au revenu, on l'estime à 546,000 piastres, environ 1,200,000 francs,pour 1899,et les dépenses, y compris certains travaux publics, à 568,000' piastres, soit environ 1,300,000 francs. Le commerce est porté pour 2,451,000 piastres à l'importation et 3,439,000 à l'exportation, soit respectivement environ 5 3/4 et 81/2 millions de francs en chiffres ronds. L'exportation, on le voit, ne laisse pas que d'être importante ; ces chiffres, quoique, secondaires en eux-mêmes, méritent d'autant plus l'attention que, en 1884, l'importation s'élevait seulement à 481,414 piastres et l'exportation au chiffre exigu de 262,759 ; le développement a donc été énorme en ces dix-neuf ans ; celle-ci a plus que décuplé;
Le territoire de Sarawak ne relève pas de la Compagnie de Bornéo, quoique situé sur la côte nord-ouest de cette grande île ; mais, d'après les cartes, il atteindrait à la région qu'administre celle-ci et il est, depuis 1888, une dépendance britannique. La superficie en est évaluée à 50,000 milles carrés, soit 130,000 kilomètres carrés. On évalue à 500,000 habitants, ce qui est bien peu, sa population. Quant à son commerce, dans la dernière année sur laquelle on ait des renseignements, à savoir 1899, on l'estime à 3,281,609 piastres (7,800,000 francs) pour les importations et 4,467,000 piastres ou 10,720,000 francs pour les exportations, ensemble plus de 18 millions de francs, ce qui, tout en étant modeste, n'est pas insignifiant ; l'ensemble du commerce a triplé environ depuis 1*88. Le budget de Sarawak se présente avec un chiffre de 851,000 piastres, un peu plus de 2 millions de francs, en recettes, et un chiffre à peu près équivalent en dépenses.