têtes de bétail
Tous ces chiffres, sauf le dernier qui est infime et devrait êlre au moins décuplé, sont satisfaisants. Avec les matières pondéreuses, phosphates, minerais de toutes sortes, le mouvement maritime,en ce qui concerne les tonnes de marchandises tout au moins, doublera très rapidement. Tunis-La Goulette (1) vient en tête avec 1,237,000 tonneaux de jauge; puis Sfax, 630,000; Sousse, 575,000; Bizerte, 584,000; viennent ensuite Gabès, avec 431,000 tonnes de jauge; Média, avec 404,000 ; Monastir, 401,000; Djerba, 385,000; Tabarca, 161,000; Skira, 25,000; les six autres, Zarzis, Hammamet, Kélibia, Kerkenna, Nabeul, Porto-Farina, n'ont eu, tous ensemble, en 1899, qu'un mouvement de jauge (entrées et sorties résumées) de 30,755 tonnes, s'échelonnant par ordre décroissant, de 8,656 tonnes pour le plus favorisé des six, Zarzis, à 746 pour le plus délaissé, Porto-Farina.
Même pour les six ports plus importants, quoique secondaires encore, Gabès, Média, Monastir, Djerba, Tabarca, Skira, qui font assez bonne figure, les cinq premiers du moins, avec les chiffres qui précèdent, en ce qui concerne le tonnage de jauge des entrées et des sorties, il faut remarquer qu'ils doivent cette apparence d'importance aux escales que font sur toute la côte un certain nombre de bateaux; mais le tonnage de chargement dans ces cinq ports est assez faible, 28,004 tonnes de marchandises à Gabès, 20,392 à Média, 19,535 à Monastir, 8,997 à Djerba, 7,976 à Tabarca, 6,604 à Skira, ensemble 9 1 ,508 tonnes de marchandises et si l'on y joint 14,804 tonnes de chargements pour les six autres petits ports, on trouve que ces 12 ports secondaires ou tertiaires réunis n'ont eu, en 1899, qu'un tonnage de chargement de 106,312 tonnes sur 637,344 qui forment le mouvement total de la Régence, ce n'est donc que le sixième; plus des cinq sixièmes du tonnage des marchandises revient ainsi aux quatre grands ports: Tunis-La Goulette avec 274,019 tonnes de marchandises; Sfax, 129,660; Sousse, 83,034; Bizerte, 44,319. 11 ressort de cette décomposition du mou-
(1) Il serait plus naturel de mettre La Goulette à part, mais presque tout le mouvement classé dans cette rubrique revient au port même de Tunis.
74 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.
veraent maritime de la Régence qu'il ne serait pas raisonnable, prochainement du moins, de faire des dépenses importantes dans des ports autres que les quatre principaux, sauf peut-être à Gabès, qui, se trouvant au sud de la Régence, assez loin du port le moins distant, Sfax, pourrait être l'objet de quelques sacrifices.
Quelques personnes ont émis l'idée de faire de Gabès le point de départ du chemin de fer transsaharien, mais ce n'est pas là une conception sérieuse ; cette tête de ligne serait beaucoup trop à l'extrémité de nos possessions nord-africaines et Gabès n'offre, en outre, aucune des conditions requises pour cette fonction. On a parlé aussi d'aménager la mer ou le golfe de Eou-Grara, située entre l'île de Djerba et le continent et qui pourrait, en cas de guerre, servir de mouillage à notre flotte. Mais celte dépense, d'ordre uniquement stratégique et d'utilité problématique, nepeut être entreprise parla Régence, et il est même douteux qu'elle s'impose à la France. La grande œuvre qui s'exécute à Bizerte intéresse, au contraire, la puissance et la sécurité de la France au plus haut degré ; elle peut avoir aussi des avantages indirects pour la Tunisie; elle ouvrira d'abord à ses produits un marché de quelque importance; puis, il n'est pas impossible que, avec le temps, Bizerte, sans se substituer à Alger ou à Malte, vienne en partage avec ces deux ports pour l'escale et le ravitaillement en charbon et denrées diverses des navires de toute nationalité faisant le trajet entre Gibraltar et l'Orient ou l'Extrême-Orient. Il faudrait, toutefois, que l'administration maritime à Bizerte eût assez de souplesse pour que le port militaire n'entravât pas l'essor du port de commerce.
Après les travaux publics, le régime de l'instruction publique mérite aussi quelques explications : de ce côté, il n'y a guère que des louanges à distribuer tant à l'administration française qu'à la population tunisienne. Autant nous nous sommes montrés négligents pour l'instruction des indigènes en Algérie, autant nous avons fait, au début surtout, des efforts qui paraissent fructueux dans l'ancienne Régence de l'Est. L'initiative privée, celle des corporations religieuses, se joint aux sacrifices des pouvoirs publics.
J'ai dit que les Arabes tunisiens ont l'esprit plus délié, plus ouvert, que leurs frères d'Algérie. Les classes élevées et moyennes y sentent le prix de l'instruction, non pas seulement de celle qui consiste à épeler et à retenir ou à commenter le Coran, mais des éléments des sciences et de la littérature. L'espace me manque pour m'étendre sur cet important sujet. Quelques mots suffiront. La grande mosquée de Tunis, dite Djamaa Ezzitouna, compte 800 étudiants, 44 professeurs titulaires et 67 maîtres auxiliaires, avec une bibliothèque circulante (arabe) de 6,650 volumes. On recense, en outre, dans la Régence, 800 écoles primaires arabes. Toute loca-