LA TUNISIE : L'INSTRUCTION PUBLIQUE
lité de quelque importance en possède plusieurs. Les jeunes gens des écoles recherchent les occasions d'apprendre le français et suivent avec zèle les cours de notre langue qu'on leur fait le soir par surcroît. Dans plusieurs institutions indigènes de Tunis, on a institué des cours supérieurs de français. Le collège Sadiki et l'Ecole normale indigène sont les deux établissements où l'enseignement de notre langue est le plus développé. Le collège Sadiki est une institution indigène très richement dotée : on estimait son revenu à 400,000 piastres, soit 240,000 francs; mais une partie en a été dilapidée par Mustapha ben Ismaïl, le ministre qui a précédé l'occupation française. Il contient 200 élèves. L'étude de la langue française comprenant non seulement la lecture, la grammaire et l'écriture, mais encore notre littérature, y est obligatoire. On y enseigne aussi l'arithmétique, la géométrie, les sciences physiques, la chimie, l'histoire et la géographie générale. On y enseignait aussi l'Italien. «Quelle que soit l'utilité de cette dernière langue, écrivions-nous dans la précédente édition de cet ouvrage, il y aurait avantage à en rendre l'étude facultative et non obligatoire, pour faire du français la base principale de l'enseignement. Ce n'est pas à nous à propager la langue italienne ». Il semble que l'on ait suivi notre conseil, car nous ne voyons plus figurer l'Italien dans les matières enseignées. L'Ecole normale indigène, ou collège Allaoui, a été fondée en 1SS4 dans un vaste bâtiment superbement placé ; il s'y trouve 115 élèves ; on y a joint une annexe, qui comptait 433 élèves en 1899 ; on y a fort sagement introduit outre les cours généraux, parmi lesquels figure la langue française, des cours professionnels, de dessin, de travail du bois, de modelage, d'ajustage etmême d'agriculture. J'ai visité tant le collège Sadiki que le collège Allaoui, dans les premières années de notre protectorat (1*85 et 1886). J'ai parcouru les devoirs des élèves. J'ai causé avec les professeurs, soit français, soit indigènes, et l'impression la plus heureuse m'en est restée. Les jeunes gens écrivent très correctement en français, composent en français ; les maîtres ont de l'entrain et de la confiance. Ils me disent que les indigènes des classes élevées tiennent l'instruction en grand honneur, et qu'on en voit doués de fortune qui veulent se vouer à l'enseignement par goût et pour relever la considération dont ils jouissent.
Dans les premiers temps de notre protectorat, on s'était appliqué avec zèle à créer des écoles arabes françaises dans toutes les localités d'une certaine importance ; sur les représentations d'un groupe de colons, animés d'un esprit des plus étroits et qui ne conçoivent la colonisation que sous la forme de la domination par la force, on a fermé dix de ces écoles dont certaines étaient fréquentées par 50, 70 et jusqu'à 80 élèves. On argue que les indigènes
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
une fois instruits veulent devenir fonctionnaires, mais cela n'est pas exact toujours, et il dépend de nous qu'il en soit autrement. On n'a qu'à accompagner l'enseignement de notre langue de quelques cours professionnels élémentaires, et notamment de quelques cours agricoles très simples, sur l'usage de la charrue, de la herse, du rouleau, du fumier, etc. Ne pouvant peupler la Tunisie, il faut que nous y propagions notre langue, d'abord parmi les populations agglomérées, ultérieurement parmi même les tribus des campagnes.
L'enseignement pour les Européens ne laisse quasi rien à désirer. Il a pour clef de voûte le lycée Carnot, à Tunis, ancien collège Saint-Charles, créé en 1880 par le cardinal Lavigerie et qui comptait 622 élèves en 1899, dont 388 français, 69 italiens, 15 maltais, 10 musulmans, 160 israëlites et 30 divers; l'enseignement, tant littéraire que scientifique et secondaire spécial ou moderne, y est conforme aux programmes officiels français : des laboratoires de physique et chimie, etc., y ont été installés et l'on y fait aussi des conférences d'arabe parlé.
On a établi également à Tunis une école secondaire de jeunes filles fréquentée par 593 élèves en 1899, dont 319 françaises, 58 italiennes, 4 maltaises, 7 musulmanes, 175 israélites et 30 diverses.
On a créé dans les villes importantes des écoles primaires supérieures, notamment à Sfax. L'ensemble des écoles primaires et professionnelles de la Régence, autres que les petites écoles arabes, étaient fréquentées, en 1899, par 16,990 élèves, dont 10,899 garçons et 6,091 filles; parmi les garçons on comptait 1,766 français, 3.786 musulmans, 2,615 israélites indigènes, 1.856 italiens, 759 maltais et 117 divers; parmi les filles, 1,371 étaient françaises, 34 musulmanes, 2,139 israélites indigènes, 1,670 italiennes, 763 maltaises et 114 diverses ; le sixième environ pour les garçons et le tiers pour les filles fréquentaient des établissements privés, les autres des établissements publics. Les deux catégories d'instituteurs, les congréganistes et les laïques, ont chacune leur utilité qui est différente: les congréganistes attirent beaucoup plus, comme on va le voir, les étrangers, surtout les Italiens, qui aiment moins nos écoles laïques; quant aux instituteurs laïques, ils ont le mérite d'avoir des familles, ce qui, dans certains cas, permet de faire souche de colons.
Les Italiens font de grands efforts pour nous disputer la jeune population; leur gouvernement les soutient par des subventions abondantes. Outre une école technique avec classe de commerce, ils eurent à Tunis, dès le premier, jour, un gymnase ou établissement d'instruction secondaire, un collège dit Convitto Italiano, une école primaire de garçons, une école mixte, une école primaire supérieure de filles, deux « jardins d'enfance », dénommés l'un