‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 27 sur 154 · LA TUNISIE : LES INSTITUTIONS DE CRÉDIT · texte numérisé non relu

LA TUNISIE : LES INSTITUTIONS DE CRÉDIT

ront, on pourra, dans un laps de peu d'années, entretenir des écoles françaises dans toutes les bourgades de la Régence. En y joignant des cours agricoles et industriels, on développera la production et on réveillera une industrie locale, qui eut autrefois de beaux jours et qui aujourd'hui sommeille ou languit. L'Alliance française peut aussi puissamment collaborer ici à la propagande de notre langue si, fidèle à sa mission et à l'esprit de son origine, elle évite toute dissidence intérieure.

C'est par sa langue qu'un peuple imprime son cachet à une terre et à une race. Les Français ne sont pas prolifiques ; c'est une raison de plus pour qu'ils s'attachent à répandre partout leur langue; elle est le seul instrument efficace pour étendre notre civilisation et pour assurer notre suprématie. Il convient que dans trois ou quatre générations la population arabe presque entière de nos pos sessions africaines parle le français, comme le font aujourd'hui les Bas-Bretons. Le résultat n'est pas difficile à atteindre. Il y faut de la résolution, de la méthode et du temps.

Quand nous aurons donné notre langue à plusieurs dizaines de milliers d'Arabes, en attendant que ce soit h plusieurs millions, nous trouverons dans les indigènes des instruments excellents pour étendre notre influence sur le Sahara et jusqu'au Soudan. Quels agents pourraient valoir ces néophytes ! Les anciens élèves du collège Sadiki accompagneront soit nos colonnes, soit nos explorateurs, soit nos commerçants.

Ramener autant que possible au modèle français les choses qui y sont assimilables et à l'empreinte française celles qui, sans inconvénient notable, la peuvent recevoir, ce doit être l'un des objets de notre politique.

Aussi, peut-on s'étonner que l'on ait remplacé la poste française par une poste beylicale, avec des timbres où rien ne rappelle la France et qu'également, en effectuant la réforme monétaire qui a remplacé la piastre par le franc, on ne soit pas préoccupé d'inscrire sur les pièces une mention de la France.

L'institution d'une banque d'émission à Tunis a été longtemps en discussion pour répandre le crédit à bon marché. On a pensé, d'abord, à créer une banque beylicale; mais, outre qu'elle aurait le défaut d'accroître le nombre des institutions qui ne porte pas suffisamment l'empreinte française, il est douteux que la Tunisie, avec ses 1,400,000 à 1,500,000 habitants, dont les dix-neuf vingtièmes sont des indigènes généralement très pauvres, soit un champ assez étendu pour qu'une banque d'émission y fût prospère. Il vaudrait mieux, disions-nous, que ce privilège fut conféré à la Banque d'Algérie, qui devra prendre alors la dénomination de Banque d'Algérie et de Tunisie. Quoique nous ne soyons nullement partisan d'une annexion, ni actuelle, ni môme lointaine, de

80 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX» SIÈCLE.

la Tunisie à l'Algérie, ce plan nous paraît, au point de vue financier et économique, le meilleur dans les circonstances actuelles. On a bien, dans le renouvellement, en 1900, du privilège de la Banque d'Algérie, conféré à celle-ci, en principe, le droit d'étendre ses opérations à la Tunisie, mais jusqu'ici (septembre 1900) cette faculté est restée lettre morte. Il faudrait la rendre réelle. Une mesure encore plus urgente peut-être et qu'on ne comprend pas qui n'ait pas été prise depuis longtemps, c'est l'introduction en Tunisie d'un régime hypothécaire perfectionné; nombre de colons auraient évité des désastres s'ils avaient pu emprunter sur leurs terres, pour des périodes de quelque étendue, à 5 ou 6 0/0 d'intérêt. Le «Crédit Foncier et Agricole d'Algérie » serait tout disposé à faire en Tunisie des prêts dans ces conditions si on le soumettait à une bonne législation. D'autres prêteurs privés lui feraient concurrence et maintiendraient un taux hypothécaire modéré. Déjà, outre des Banques propres à la Tunisie, plusieurs établissements importants de la Métropole, notamment la « Compagnie Algérienne » et le « Comptoir National d'Escompte », ont installé à Tunis et dans les principales villes de la Régence des succursales ou agences qui font beaucoup d'affaires et y ont fait notablement baisser le taux de l'intérêt.

Page 1