LA TUNISIE : ^INSTRUCTION PUBLIQUE ; LES ITALIENS
Garibaldi, l'autre Grispi. A La Goulette, à Sousse, et dans diverses autres localités, ils entretiennent aussi des écoles primaires, et le nombre même s'en est accru ; ces établissements, chose grave, dépendent du ministère de l'Instruction publique d'Italie.
Dans ce duel engagé entre l'instruction française et l'instruction italienne à Tunis, il n'y a plus de doute cependant, si nous procédons habilement, que le succès ne nous reste, même en ce qui concerne l'élément italien.
Il y a une quinzaine d'années, sous les ministres Crispi en Italie et Goblet en France, il y eût un dissident sérieux entre les deux pays, au sujet du droit d'inspection de ces écoles italiennes en Tunisie, que M. Crispi revendiquait pour les fonctionnaires italiens. Le ministère français craignit de pousser le différend à fond ; mais des conventions nouvelles, coïncidant avec le nouveau traité de commerce italo-tunisien en 1897, ont fort amélioré la situation au profit de la France. 11 a été stipulé que le statu quo serait maintenu pour les établissements d'instruction publique italiens existant dans la Régence, que ces établissements même pourraient être agrandis, mais qu'il n'en serait pas créé d'autres. Cette distinction est, d'ailleurs, naturelle, car les seuls italiens établis en Tunisie avant notre occupation, pouvaient légitimement prétendre avoir un droit à faire donner à leurs enfants une instruction officielle italienne; ceux qui viennent dans le pays depuis le protectorat doivent accepter le régime nouveau.
Il résulte de cet arrangement que, les Italiens se répandant aujourd'hui dans nombre de localités de la Régence où il ne s'en trouvait pas autrefois, ne peuvent recourir qu'à une école française. En outre, même à Tunis, Sousse, Sfax, et autres anciens lieux de séjour des Italiens, leurs écoles officielles deviennent trop étroites et ne peuvent pas toutes être agrandies; on ne peut, en tout cas, en établir dans les quartiers nouveaux. Aussi, même dans ces villes où l'élémentitalien avait quelque importance avant notre occupation,beaucoup d'Italiens, par choix ou par nécessité, fréquentent les écoles françaises. Ainsi, à Tunis même, en 1900,868 garçons italiens et 663 filles italiennes suivaient les écoles primaires publiques françaises; on comptait, de plus, 11 élèves italiens au collège Allaoui, 63 au lycée Carnot, 48 à notre Ecole secondaire de jeunes filles. Il en était de même dans les principales villes de la Régence; les établissements scolaires français comprenaient: à La Goulette, 156 garçons italiens et 134 filles italiennes; à Bizerte, 151 et 186; à Sfax, 131 et 125; à Sousse, 86 et 70 ; à Béja,25 et 31 ; dans les autres écoles françaises de Tunisie, on recensait 498 garçons et 454 filles de nationalité italienne, soit, pour toute la Régence, 3,700 enfants italiens dans les établissements français d'instruction. Si l'on se rappelle que le nombre des Italiens en Tunisie, en
DE LA COLONISATION AU XIX* ET AU XXe SIÈCLE.
1900, pouvait être de 80,000 à 85,000, que la population scolaire, de 6 à 12 ans (1), représente environ 14 à 15 0/0 de la population, soit une douzaine de mille âmes pour le cas qui nous occupe, mais que les Italiens du sud et de basse condition sont, en général, très ignorants et ont un souci peu prononcé de l'instruction pour leurs enfants, on peut admettre que dès maintenant plus de la moitié des petits italiens, qui suivent une école, fréquentent les établissements français; il dépend de nous, en augmentant le nombre de nos écoles et en y attirant par de bons procédés la jeunesse italienne, d'accroître rapidement cette proportion et d'arriver graduellement à instruire les trois quarts, puis les quatre cinquièmes, finalement les neuf dixièmes des enfants italiens, tout d'abord à leur apprendre complètement notre langue. C'est là le procédé le plus sûr de francisation et le principal moyen de surmonter ce que l'on appelle, avec tant d'exagération, en Tunisie, le péril italien.
La conclusion que l'on peut tirer de l'examen de ces ressources intellectuelles, encore restreintes, mais qui s'accroissent chaque jour, c'est qu'il se produit dans la Régence un mouvement des plus remarquables pour le développement de l'instruction parmi les étrangers, les israélites et les indigènes. En ce qui concerne les israélites, il est peut-être à craindre qu'ils ne fassent, une fois instruits, une grande concurrence aux Européens dans toutes les carrières commerciales, les emplois de bureaux et les professions libérales; c'est une concurrence inéluctable à laquelle il faut se résigner. Quant à l'instruction parmi les indigènes, sans la répandre prématurément à outrance dans les campagnes, elle a, en y procédant graduellement, plus d'avantages que d inconvénients. Avec les maîtres que les collèges Sadiki et Allaoui fourni-
(1) Ces chiffres, sur la fréquentation des écoles, sont tirés d'un article de fond de la Dépêche Tunisienne du 3 décembre 1900, intitulé : « Les Italiens et les écoles en Tunisie. » D'une communication un peu postérieure, parue dans le même journal tunisien (n° du 10 décembre 1900), il ressortirait que pour La Goulette les chiffres seraient m^me plus élevés que ceux ci-dessus. Voici, en effet, pour cette ville de La Goulette, où l'élément italien est particulièrement important, la répartition de la population scolaire :
École laïque École congréganiste École congr^ganiste des garçons des garçons des filles
Français 4 39 38
Italiens , 1 160 147
Maltais » 36 29
Israélites indigènes 71 41 68
Arabes 14 7 6
Divers » »
Total ~9Ô 283 29Ô"
On voit la prédilection des éléments italiens et maltais pour les écoles congréganistes et celle des éléments israélites et arabes pour les écoles laïques.