LA TUNISIE I LE COMMERCE EXTÉRIEUR
et l'Algérie, celle-ci, toutefois, dans une proportion modeste, sont arrivées à participer ensemble pour 59.70 p. 100 en 1898 et 64.72 en 1899 dans les importations en Tunisie. Leur part est tout aussi considérable dans les exportations de la Tunisie à savoir: pour la France, 22,179,000 francs en 1897, 24,991,600 en 1898 et 26,714,000 en 1899, soit respectivement pour chacune de ces trois années 60.38, 56.54 et 54.04 p. 100 des exportations tunisiennes totales, et pour l'Algérie 4,078,000 francs en 1897, 5,137,000 en 1898 et 4.245.000 en 1899, ou 11.10,11.62 et 8.59 p. 100 des exportations tunisiennes ; la France et l'Algérie réunies ont reçu ainsi dans ces trois années respectivement 71.48, 68.16 et 62.63 p. 100 de l'ensemble des exportations de la Tunisie. Ce résultat, est, certes, satisfaisant et la légère décroissance de 1897 à 1899 n'a rien d'inquiétant. L'idéal d'une colonie, en effet, n'est nullement qu'elle ne fasse de commerce qu'avec la mère patrie ; il est très utile à son développement et à son rayonnement qu'elle ait la moitié de son commerce, sinon davantage, avec le reste du monde.
Les autres contrées qui font le plus d'échanges avec la Tunisie sont l'Italie, si voisine et qui compte tant de ses nationaux dans l'ancienne Régence, 4,505,000 fr. à l'importation ou 8.08 p. 100 du total et 9,386,000 à l'exportation de la Tunisie, ou 18.98 p. 100; cette dernière proportion, toutefois, est exceptionnelle, les deux années précédentes n'avaient donné à l'Italie dans les exportations tunisiennes, que 8.85 p. 100 et 13.13 ; la proportion des importations de l'Italie en Tunisie est restée, au contraire, de 7.77 à 11 p. 100, dans les sept dernières années, de 1891 à 1899; ces échanges entre l'Italie et la Tunisie n'ont donc rien d'alarmant pour la France; ils pourraient même sensiblement s'accroître sans danger. Vient ensuite l'Angleterre qui, en 1899, a importé pour 5,757,000 francs de marchandises en Tunisie ou 10.33 du total des importations de ce pays et en a reçu pour 3,096,000 fr., soit 6,26 p. 100 des exportations tunisiennes ; Malte, précieux débouché à cause de ses besoins, notamment de victuailles, figure pour 1,843,000 francs, ou 3.73 p. 100 de l'ensemble dans les exportations de la Tunisie et seulement pour 295,000 francs ou 0.53 p. 100 dans ses importations. Enfin les pays divers non dénommés sont inscrits, en 1899, pour 9,107,000 francs ou 16.31 p. 100 et 4,149,000 francs ou 8.40 p. 100 dans les importations et les exportations de la Tunisie. Au total, les relations commerciales de cette colonie, tout en faisant une part prépondérante à la métropole, sont très variées et l'on doit s'en féliciter.
L'exemple de la Tunisie a montré, d'une manière éclatante, du moins jusqu'à 1899, que pour qu'une métropole ait un commerce considérable et même prépondérant avec une colonie, il n'est pas toujours nécessaire que les produits de la première jouissent de
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.
grandes faveurs dans le tarif des douanes coloniales : jusqu'à la fin de Tannée 1897, en effet, les produits français ont été soumis en 7uoisie exactement aux mêmes droits que les produits étrangers ; néanmoins, plus de la moitié des importations en Tunisie était d'origine française; le lien des habitudes, des mœurs, des goûts, la communauté des lois, de la langue, ont, en effet une grande influence. Désormais, tout en accordant un traitement de faveur aux produits français, il ne faudrait pas introduire en Tunisie notre excessif tarif général métropolitain, et il conviendrait de permettre à cette colonie de soumettre nos produits à des droits de douane modérés, de moitié inférieurs à ceux grevant les produits étrangers.