‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 45 sur 154 · CONSTITUTION DE L 'EMPIRE FRANÇAIS OUEST ET CENTRE AFRICAIN · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DE L 'EMPIRE FRANÇAIS OUEST ET CENTRE AFRICAIN

d'Afrique, du 21e degré nord au 5e degré sud, paraissent singulièrement disséminés.

Le spectacle change si nous les voyons de l'intérieur ; tous ces établissements, en effet, avec l'arrière-pays de chacun d'eux, forment un tout, un territoire continu qui regagne môme, sans aucune interruption, l'Algérie et la Tunisie. Du 5" degré de latitude sud, limite inférieure de notre colonie du Congo, jusqu'au 37e 1/3 degré nord où se trouve Bizerte, et du 20e degré de longitude ouest (Dakar) jusqu'au 23e degré environ de longitude êst, limite de nos possessions de l'Oubanghi, sur une longueur qui atteint 4.600 kilomètres du Nord au Sud, et une largeur à peu près égale de l'Ouest à l'Est, toutes ces immenses régions appartiennent à la France. Et ce ne sont pas seulement des possessions nominales ; à l'exception du Ouadai et du Tibesti, elles ont toutes été parcourues, non seulement par nos explorateurs, mais par nos colonnes militaires, et elles ont reçu, pour la plupart, une certaine organisation, quoique encore assez récente et en partie flottante. Aucune puissance européenne ne détient sur le continent africain une masse aussi cohérente de territoire, et venant juste, par notre front d'Algérie et de Tunisie, se placer en face de la métropole, à 24 heures, bientôt à 20 ou 18 heures, de distance par mer de notre plus grand port. Une ou deux grandes voies de communication, faciles d'ailleurs à établir et à exploiter, manquent seules pour tirer parti de tous les avantages de cette immense continuité de possessions, si voisines de la mère-patrie.

Tous ces territoires, certes, sont de valeur très inégale, et l'on peut admettre en principe que, sauf des surprises toujours possibles du côté minéral, la moitié, sinon les deux tiers, n'en seront jamais susceptibles d'une exploitation bien fructueuse ; mais l'autre moitié ou même l'autre tiers offre d'énormes possibilités de développement.

En s'en tenant pour le moment à celles de nos colonies comprises entre le Gap Blanc et la Nigéria, on voit que, tandis que toutes les colonies ou possessions des autres puissances dans cette région restent côtières,à savoir la Guinée portugaise, Sierra-' Leone, Libéria, la Côte d'Or britannique, le Togo allemand, leur arrière-pays étant écourté, toutes nos possessions, au contraire, notre ancien Sénégal, notre Guinée et le Kouta-Djallon, notre Côte d'Ivoire, notre Dahomey, ont des prolongements illimités dans l'intérieur. Toutes les quatre aboutissent au Niger et se rattachent kla partie du Soudan central qui nous y est reconnu.

Le Sénégal et le Soudan avoisinant ou Soudan Occidental, qualifié aussi parfois de Soudan français, à savoir la contrée qui borde les deux rives du haut Niger et du Niger moyen, ont été très diversement appréciés. Un général, qui y a guerroyé, a publié,

DR LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

à leur sujet, un livre assez décourageant ; c'était de sa part beaucoup de légèreté et de présomption. Les militaires, si intelligents qu'ils soient, n'ont pas tous les connaissances, historiques, géographiques, agronomiques nécessaires, ni surtout assez l'expérience des longues méditations et des longues études comparatives sur l'histoire et le développement de la colonisation, pour se rendre compte des « possibilités » d'une contrée que des conquérants barbares ont ravagée, et d'où la population a disparu. La solitude accidentelle, créée par les massacres et l'insécurité, leur paraît un fait inéluctable. 11 est clair que dans une région où ont passé des chefs momentanés d'Etats destructeurs, comme El Hadj Omar, Amahdou et Samori, l'aspect des lieux accuse à tort la nature de stérilité. Il faut savoir surmonter ces impressions.

Le Sénégal même, non seulement au nord, mais au sud du fleuve, subit en grande partie l'influence désertique, sinon sur les côtes et dans la partie montagneuse, du moins dans la tranche moyenne. La région supérieure qui s'étend entre ce fleuve et le Niger paraît ne pouvoir guère produire que de la gomme et les denrées des oasis. Mais il reste une vaste surface de pays qui, pacifiée aujourd'hui etserepeuplant graduellement, est susceptible d'une production agricole intense, où les plantes oléagineuses ont tenu jusqu'ici la plus grande place. L'essor de la contrée, quoique bien peu de capitaux encore y aient été importés d'Europe, est visible. Le chemin de fer de Saint-Louis à Dakar, presque côtier, traversant tout le Gayor, donne déjà des résultats très remarquables. Long de 264 kilomètres, il a encaissé successivement les recettes suivantes (1):

Recettes Recettes

brutes par

francs kilomètre

Années francs

Une recette de 7,325 francs par kilomètre en pareille contrée peut

(1) Rapport de M. Le Myre de Vilers sur le budget du ministère des Colonies

en 1901. page 198 et 199. D'après un numéro de la Dépêche Coloniale illustrée . consacré au Gouvernement général de l'Afrique Française, en date du 11 novembre 1901 (page 7}, les recettes du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis se seraient élevés, en 1900, à 2,131,268 francs, soit 8,072 francs par kilomètre. Ce chiffre, loutefoi--, n'étant pas officiel, nous ne le joignons pas au texte.

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