‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 51 sur 154 · LA CÔTE D'IVOIRE · texte numérisé non relu

LA CÔTE D'IVOIRE

En descendant vers l'Equateur et après avoir passé devant la colonie côtière britannique de Sierra-Leone et le pays indépendant, également côtier, de Libéria, nous rencontrons une plus jeune encore et plus vaste possession française, moins développée jusqu'ici, mais s'ofîrant également avec les plus belles perspectives : la Côte d'ivoire.

Nous y possédions d'ancienne date quelques modestes, quasi insignifiants, comptoirs, qu'il avait même été question jadis d'abandonner: Assinie, Grand-Bassam ; cela s'est transformé en une magnifique colonie. L'Angleterre nous offrait, en 1876, de les échanger contre sa petite colonie de la Gambie. L'inertie administrative, plus que notre perspicacité, nous préserva de ce déplorable marché. Il vaut mieux posséder quelques petits ports avec tout un vaste pays incohérent derrière qu'une étendue un peu plus grande sans possibilité d'extension.

Nos traitants étendirent graduellement leurs relations dans l'intérieur et dans la région occidentale, bornés qu'ils étaient, à l'est, parla colonie britannique du pays des Achantis, dénommée Côte d'Or ouCapeCoast; ils ne s'arrêtèrent qu'à la rivière Cavally,limite du petit Etat de Libéria. La colonie, toutefois, toute embryonnaire, restait côtière, quand un lieutenant d'infanterie de marine, officier d'ordonnance du général Faidherbe, auquel est due la grande conception de la pénétration politique et administrative de la France dans l'intérieur de l'Afrique Occidentale, Binger, réalisa une superbe et très fructueuse exploration en 1888et 1889. Parti de Saint-Louis, sans escorte que quelques laptots (soldats indigènes), il traversa le Soudan Occidental, franchit leNiger,descendit sur Grand-Bassam, en visitant la très intéressante ville de Kong,qui comptait alors 12.000 à 15.000 habitants, en général des musulmans tolérants, industrieux et à l'esprit ouvert. Il passa avec eux un traité de protectorat pour la France. Malheureusement, c'est dans cette région, que

de France (1.117.738.957 fr. d'encaisse d'argent, contre 2.457.883.984 d'encaisse d'or à la Banque de France d'après le bilan du 6 juin 1901). Ce sera pour nous un excellent débarras et un très utile emploi de cette monnaie, dépréciée chez les peuples civilisés.

Gomme principaux articles d'exportation figuraient le caoutchouc pour 7.321.708 fr., les bœufs et veaux pour 1.000.525, les peaux brutes de bœufs pour 220.553, les amandes de palmes pour 476.900 fr., les arachides en coques pour 118.520 fr.,la gomme pour 230.000 fr., la kola pour 168 000 fr.Nous ne trouvons aucun chiffre pour l'acajou ni les bois.

Nous maintenons que d'ici à un quart de siècle le commerce de la Côte d'Ivoire a de grandes chances de s'élever à 60 ou 70 millions et de dépasser 100 millions daus un demi-siècle. La baisse récente du caoutchouc ne doit pas décourager, car les emplois de ce produit sont très extensibles et la baisse des prix contribuera à lui ouvrir de nouveaux débouchés.

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le potentat nègre, Samory, pendant dix ans, établit son Empire et exerça ses ravages. Cependant nos officiers, agissant plus sous leur inspiration individuelle qu'en vertu d'un plan concerté, se répandirent dans toute la branche du Niger. Les capitaines Voulet et Chanoine, réservés à une fin si sinistre et si indigue, prenaient, en 1890-97, possession de la vaste et belle région du Mossi, d'environ 100,000 kilomètres carrés, peuplée, disaient-ils avec quelque exagération, de 4 millions d'habitants. En mai 1898, nous nous emparions de Sikasso, voisin du Mossi, riche marché de 10,000 habitants,sur le frère et successeur, révolté, de Tiéba, notreancien allié.

La même année, Samory, notre ennemi de quinze ans environ et le ravageur de toute cette contrée, tombait en notre pouvoir et son empire s'écroulait. La paix française allait enfin régner dans toute cette boucle du Niger, permettre aux habitants de retourner aux champs, à moitié abandonnés, à cette industrie de Kong, tissus de coton, étoffes teintes, ferronnerie, vannerie, que décrivait Binger dix ans auparavant; elle allait permettre surtout à la population de multiplier.

Graduellement, les traités du 10 août 1889, du 26 juin 1891, du 12 juillet 1893 et du 14 juin 1898 avec l'Angleterre, et celui de 1892 avec Libéria, nous attribuaient tout le haut de la Boucle du Niger et arrêtaient à une distance modérée de la côte les colonies britanniques et l'Etat de Libéria, transformant nos anciens petits comptoirs de la Côte d'Ivoire en une très vaste possession de 325.000 kilomètres carrés et de plusieurs millions d'habitants, susceptibles de devenir plus tard plusieurs dizaines de millions.

C'est un territoire très bien doué, surtout le Mossi, arrosé non seulement par les affluents du Haut Niger, mais par des fleuves importants, le Bandama, le Comoë et les cours supérieurs des deux Volta, la Volta Noire et la Volta Blanche, dont les cours moyens et inférieurs appartiennent à la colonie britannique, presque uniquement côtière, de la Côte d'Or et des Achantis.

Le Mossi est considéré comme une des régions les plus peuplées de l'Afrique ; il jouit d'une civilisation que l'on a comparée à celle du Sokoto (1). Les indigènes sont agriculteurs; ils cultivent le maïs, le tabac, le coton et diverses plantes textiles. Ils ont jusqu'ici, pour la plupart, échappé à la propagande musulmane, si active dans l'Ouest de l'Afrique. Le bétail y est nombreux; les chevaux aussi s'y trouvent et y prospèrent.

Une ressource précieuse, qui est certainement échue aussi à notre colonie de la Côte d'Ivoire, c'est l'or. Le pays de Kong est « traversé par des coupures à bords abrupts, dans lesquelles coulent le Comoë et le Bandama; les alluvions aurifères y sont nombreuses... La poudre d'or est une monnaie ordinaire des

(1) L'Afrique à rentrée du XX* siècle, par Henri Lorin, Paris 1901, page 271.

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indigènes (1). » On sait que, en 1900 et 1901, on a découvert dans la colonie voisine, la Côte d'Or britannique, de vastes gisements aurifères, des conglomérats dont l'aspect et la régularité rappellent, dit-on, le célèbre district de Wittwatersrand au Transvaal, lequel contient 20 milliards d'or.

Notre partie des montagnes de Bondoukou est reconnue très riche en ce métal. « Là, l'or est particulièrement abondant; les indigènes sont tous munis d'une petite balance pour peser la poudre et d'un aimant pour en extraire les parcelles de fer (2) ».

La Côte d'Ivoire, riche en or et en produits variés, a devant elle de splendides perspectives. Elle aussi a ses projets de chemins de fer étudiés en 1898, par la mission du capitaine Houdaille, l'un de Grand-Bassam, la capitale, à Kong, un autre plus important, de Grand-Bassam au Bagwé, sous-affluent de la rive droite du Niger, en passant par Sikasso, le grand marché dont nous avons parlé; on peut fondre en un seul ces deux tracés.

Le commerce de cette vaste colonie dont la pacification ne date que d'hier, n'est pas négligeable, mais il ne donne qu'une faible idée des proportions qu'il pourra prendre à la longue. Voici les chiffres relatifs à l'année 1898, qui vit s'effectuer la capture de Samory, le grand perturbateur de toute cette région, et à l'année 1899 :

Importations.

De France - 1.045,146 1.510.695

Des colonies françaises 8.973 111.461

De l'étranger , 4 . 544 . 623 4 . 767 . 730

Totaux 5.598.742 6.389.886

Exportations.

Pour la France 1.935.075 2.696.729

Pour les colonies françaises 516 30.648

Pour l'étranger 3.111.565 3.135.878

Totaux 5.017.156 5.863.256

Totaux des importations et exportations réunies. 10.645.898 12.253.141

(1 et 2) Lorin : L1 Afrique à Ventrée du XXe siècle, page 274. On peut juger, par la production actuelle et future de l'or dans toutes les parties de l'Afrique, de l'absurdité des gémissements des deux grands protagonistes du double étalon, de 1880 à 1887, MM. Emile de Laveleye et Cernuschi; l'un et l'autre écrivaient dans ces années qui ont marqué le point le plus faible de la production de l'or dans le monde (moias de 500 millions en 1883) que l'humanité allait manquer d'or. Nous répliquions en ce moment, dans notre journal l'Economiste français, que, au fur et à mesure que l'Afrique serait plus connue et plus exploitée, elle déverserait des quantité- d'oj? sur le monde. On a rarement vu une preuve plus décisive de parti pris et de manque d esprit d'observation que celle qu'ont, donnée les deux auteurs précités. Voir notre Traité théorique et pratique ^Economie politique, tome III, page 160 à 332.

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Ces maigres chiffres, même en n'admettant qu'une modique production annuelle de l'or, devraient, non pas seulement décupler, mais vingtupler d'ici au milieu du siècle actuel. La part de la France dans ce mouvement d'échanges, 1 million 1/2 de francs aux importations ou 25 p. 100 de celles-ci, et 2 millions 1/2 aux exportations ou 40 p. 100 de celles-là, est jusqu'ici modique. Nous avons fait la même réflexion pour la Guinée Française (voir plus haut, page 144). Nous ne croyons pas que ce soit irrémédiable, et quand même ce le serait, nous répéterons que ia colonisation offre d'autres avantages que le développement du commerce.

Ce sont les huiles pour 1.745.000 fr. en 1898 et 1.824.000 en 1899, le caoutchouc pour 1.304.000 et 2.854. OOOfr. respectivement dans chacune de ces deux années, le bois d'acajou pour 1,142.000 fr. en 1898 et 603.000 fr. seulement en 1899, qui formaient le gros bloc de l'exportation de la Côte d'Ivoire. L'importation se montrait beaucoup plus variée, les principaux articles étant : 1.460.000 fr. en 1898 et 1.383.000 en 1899 d'ouvrages en métaux; 1.197.000 et 1.751.000 fr. de tissus; 760.000 et 921.000 fr. de boissons ; 429.000 et 535.000 fr. d'armes, de poudre et de munitions. L'accroissement notable de ces deux derniers articles est peu désirable; celui des deux premiers l'est, au contraire, ainsi que des ouvrages en bois (202.000 francs en 1898 et 216.050 en 1899), des denrées coloniales de consommation (277.000 et 341.861 fr.dans les mêmes années), le sucre sans doute en formant la base, etde la plupart des autres articles.

Une des causes qui font que le commerce de la Côte d'Ivoire et de ia Guinée s'effectue particulièrement avec l'étranger, c'est que les marchés principaux des deux plus importants produits de ces régions sont Liverpool, pour le caoutchouc et le bois d'acajou, et aussi Anvers pour le caoutchouc. Les commerçants de Bordeaux s'efforcent de créer un marché important pour ces articles.

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