COLONIES DE LA FRANCE EN AFRIQUE : LA GUINÉE
des fers, alors très élevé, l'estimation de la dépense à 90.000 fr. le kilomètre. La Guinée Française, qui non seulement ne coûte rien à la Métropole, sauf l'entretien des troupes,mais réalise encore des excédents de recettes, a consacré une annuité de 408.000 fr., pendant 40 ans, à gager un emprunt de 8 millions, pour construire les 120 premiers kilomètres. Un peu après on y a joint un autre emprunt de 4 millions, en tout 12 millions, applicables aux 135 premiers kilomètres. L'oeuvre, sans doute, n'atteindra toute son utilité et sa productivité que lorsqu'elle sera achevée jusqu'au Niger. Les 680 kilomètres devaient coûter une soixantaine de millions,mais on espère pouvoir réduire la longueur à 600 ou 620 kilomètres et la dépense à 50 ou 52 millions ; ce pourrait encore être au delà du crédit d'une aussi jeune colonie; il serait alors nécessaire que la Métropole lui allouât une garantie d'intérêt qui, sans doute, sauf peut-être pendant une demi-douzaine d'années au début, serait presque assurément nominale. L'entreprise pourrait être achevée en sept ans (1).
La colonie anglaise voisine de Sierra-Leone a construit, de son côté, une voie ferrée, à largeur de 76 centimètres, qui n'a encore qu'environ 130 kilomètres, de Free-Townà Falaba, et qui, par les difficultés naturelles du pays, est revenue à plus cher,soit 120.000 à 125.000 fr. lekilomètre ; mais les colonies anglaises de cette région, Sierra-Leone et la Côte d'Or, n'ayant pas d'arrière-pays et n'aboutissant pas au Niger,sauf l'importante et beaucoup plus méridionale colonie de la Nigéria proprement dite, se trouvent dans des conditions très inférieures à celles des colonies françaises. Il est vrai que les Anglais peuvent pousser leur chemin de fer sur le territoire de l'Etat Indépendant de Libéria (2), mais cette petite République noire, quoiqu'on lui ait reconnu une part d'arrière-pays trè.-. exagérée et qu'elle n'occupe pas réellement, s'arrête ellemême à mi-chemin entre la mer et le Niger ; nos lignes ferrées dans cette région auront donc toujours, si nous sommes prévoyants et habiles, une supériorité sur les lignes concurrentes.
Outre les produits mentionnés plus haut, le caoutchouc notamment dont il faudrait surveiller le bon aménagement et le repeuplement, la Guinée française peut cultiver sur une grande partie de son étendue le caféier, le bananier, le cacaotier.
(1) Voir le Rapport d'ensemble sur la Situation générale de la Guinée Française en 1899, publié àParisen 1900, pages DO à 1.31. Nous y ajoutons ci-dessus des renseignements que nous tenons d'une déposition même faite en novembre 1901 parle capitaine Salesses devant le Comité de l'Afrique Française, dont nous faisons partie. L'œuvre serait tout a fait en très bonne ypfe.
(2) Voir l'ouvrage intitulé : De la Côte d'Ivoire au Soudan cl « la Gi>i'ic<\ p ir le capitaine d'Ollone, un des explorateurs de l'arrière pays de Liberia. Paris, Hachette, 1901.
144 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
Dès maintenant, le commerce de la Guinée Française n'est nullement négligeable. En voici les chiffres pour 1898 et 1899 :
Importations.
De France 1.453.392 3.980.004
Des colonies françaises 32.159 145.893
De l'étranger 7.534.320 11.318.813
Total 9.019.871 15.441.701
Exportations.
Pour la France 420 . 690 747 . 373
Pour les colonies françaises 133.919 214.475
Pour l'étranger 7.245.359 8 499.648
Total 7.799.968 9.461 .496
Total des importations et des exportations . 16.819.839 24.903.206
Ces chiffres paraissent appelés à doubler rapidement, et ultérieurement à quadrupler. Les sucs végétaux, à savoir le caoutchouc, forment jusqu'ici les quatre cinquièmes des exportations, soit 6,256,779 fr. sur un total de 7,799,968 en 1898 et ils atteignent 7,277,605 fr. en 1899. Le commerce avec la France est faible, il est vrai, formant seulement le quart des importations et guère plus du douzième des exportations; mais cette situation pourra sensiblement s'améliorer; et, d'ailleurs, l'utilité d'une colonie pour une métropole est très loin de consister uniquement ou principalement dans le montant des échanges entre l'une et l'autre, comme on le verra plus loin, dans la partie purement doctrinale de cet ouvrage (1) .
(1) Les plus récentes statistiques officielles publiées en 1901 sur le commerce des colonies concernent, nous Pavons dit, l'année 1899; mais nous trouvons, au moment où nous revoyous ces lignes (novembre 1901) dans le Bulletin Mensuel du Comité de V Afrique Française (livraison de juin 1901, page 404) le tableau du commerce de notre colonie de la Guinée Française en 1900 :
En voici les chiffres :
France Colonies françaises Etranger Totaux
francs francs francs francs
Importations 4.282.998 55.028 9.937.426 14.275 452
Exportations 1.013.629 231.381 8.534.762 9.779.772
Totaux 5.296 527" 286.409 18.472.188 24.055 221
On voit que le commerce de cette colonie dans l'intervalle de deux ans (1898 1900) a augmenté de 45 p. 100 environ. Les importations de France notamment ont triplé; les exportations en France, quoique dans une moindre mesure, ont aussi augmenté. Parmi les produits importés on constate, outre 5.325.000 fr. de tissus de coton grossiers, dont 200.681 fr. seulement provenant de France, de la monnaie d'argent pour 1.808.006 fr., dont 1.396.496 de Frauce ; c'est là évidemment une importation d'une nature particulière; il est remarquable que, quoique produisant de l'or, les noirs de cette région préfèrent l'argent. Le continent africain pourra absorber, à la longue, une grande partie de la monnaie d'argent, qui est surabondante en France et qui encombre notre Banqu \
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