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LES COLONIES FRANÇAISES : LE DAHOMEY

et au Grand-Popo et avions établi un protectorat sur le petit royaume de Porto-Novo et Kotonou. En 1865, nous avions même quasi renoncé à celui-ci; en 1878 et 1883 nous le rétablîmes, moins pour l'intérêt que nous y avions que par opposition aux Allemands qui, ayant dans ces régions le célèbre explorateur Nachtigal pour consul général, érigeaient alors leur colonie de Togo. Un traité avec l'Allemagne fut conclu par nous le 24 décembre 1885 pour sanctionner nos anciens titres. Puis un autre compétiteur, celuilà très faible, mais de vieille noblesse en ces parages, le Portugal, se montra et fut évincé. En 1886, nos modestes installations au Dahomey ou dans le voisinage reçurent le titre d' « Etablissement Français du golfe du Bénin » et un administrateur, subordonné au gouverneur du Sénégal, leur fut envoyé. En août 1880 nous concluions avec l'Angleterre un traité pour fixer la frontière de notre embryonnaire possession de Porto-Novo et de l'importante colonie britannique de Lagos, devenue aujourd'hui la Nigéria. Des difficultés s'élevèrent avec le Dahomey ; le lieutenant gouverneur Bayol ne réussit pas à les aplanir. Une première expédition armée fut nécessaire en 1890; on ne la poussa pas à fond; on se contenta, par le traité du 3 octobre 1890, d'arracher au roi Béhanzin, moyennant une subvention annuelle de 20.000 fr., qu'on s'engageait à lui payer, la reconnaissance des droits de la France sur Porto-Novo. Gomme toujours, cette modération fut prise pour de la peur et cette subvention passa aux yeux du tyran barbare pour un tribut. De nouvelles attaques qu'il dirigea contre nos établissements nous forcèrent, en 1892, à une guerre sérieuse qui se termina par la prise et l'annexion de tout le Dahomey, et par la capture de Béhanzin lui-même. En soi cette acquisition, quoique recommandable parla bonté du sol et les qualités d'énergie et d'aptitude au travail de la population, était d'importance restreinte; mais les traités du 23 juillet 1897 avec l'Allemagne et du 14juin 1898 avec l'Angleterre améliorèrent beaucoup ce domaine et en accrurent la valeur, en y rattachant tout l'arrière-pays jusqu'au Niger, ce qui le reliait au Nord-Ouest, par derrière la colonie allemande du Togo et la colonie anglaise de la Côte-d'Or, à notre possession du Mossi et à tout notre vaste empire Ouest- Africain (1).

Notre colonie du Dahomey et dépendances s'est trouvée dans de très bonnes mains : un gouverneur expérimenté et intelligent, M. Ballot, qui a fait toute sa carrière dans ces régions, au Sénégal d'abord, puisa Porto-Novo en 1889, a, pendant les dix années qui ont suivi, constitué en colonie très prospère ce siège d'un des despotismes les plus sanguinaires qui fussent au inonde. Il a porlé

(1) Voir Die Kolonial Politik Frankreichs von Dr Alfred Zimmennann, Berliq 1901, pages 388 à 390.

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

le budget, sans écraser ni irriter les habitants, de 500.000 fr. à 3 millions, le commerce de 8 ou 9 millions à 17 millions 1/2 en 1898, et à 25 millions en 1899.

En nous en tenant aux seules statistiques officielles, malheureusement toujours fort arriérées, voici le tableau des importations et des exportations du Dahomey pour 1898 et 1899 :

Importations k

De France Francs 1.923.781 1.793.161

Des colonies françaises » 20

De l'étranger..., 8.070.786 10.555.790

Totaux Francs 9.994.567 12.348.971

Exportations.

Pour la France i Francs 2 . 177 . 946 3 . 433 . 705

Pour les colonies françaises 9.088 8.090

Pour l'étranger : 5.351.724 9.277.394

Totaux Francs 7.538.759 12.719.189

Totaux des importations et exportations réunies.Fr. 17.533.326 25.068.160

La part de la France n'est guère que du cinquième de l'ensemble.

Parmi les principaux articles d'importation le premier rang, il est regrettable de le dire, appartient aux boissons, pour 4.116.508 fr. en 1898, dont 2.400.000 sont fournis par l'Allemagne et 407. 500, chose singulière, par les Etats-Unis, la part de la France dans cet article étant seulement de 1.103.000 fr. ; le chiffre d'ensemble monte à 4.553.980 fr. en 1899, dont 632.597 fr. seulement de boissons françaises. Il serait très désirable que l'on augmentât considérablement les droits sur cette denrée, ce qui aurait le double mérite d'accroître promptement le revenu, tout en diminuant sensiblement la consommation parmi les noirs. Les autres principaux articles, beaucoup plus recommandables, sont : les tissus de coton pour 1.873.000 fr. en 1898, dont 8.000 fr. seulement proviennent de France, et 1.677.953 fr. en 1899, sur lesquels la France fournit 10.757 fr. ; les « denrées coloniales de consommation » pour 1.106.000 fr., dont 126 000 fr. de France en 1898, et 1.092.000 fr., dont 87.208 fr. seulement de France, en 1899; les ouvrages en métaux pour 574.000 fr., dont 67.225 fr., de France en 1898, et 1.711.000 fr., dont 98.000 fr. de France, en 1899 ; les produits chimiques pour 271.000 fr., en 1898 et 544.000 en 1899, dont la France fournissait 97.000 fr. et 91.534 respectivement dans ces deux années, etc,

COLONIES FRANÇAISES : LE DAHOMEY j COMMERCE ; CHEMIN DE FER 1 5 t

Parmi les exportations, les fruits et les graines, pour 4 231.000 fr., dont 825.000 à destination de la France en 1898,et 6.918.000 fr. dont 1.033.000 pour la France, en 1899, forment le principal article; puis les huiles et sucs végétaux (ceux-ci jusqu'ici insignifiants), pour 2.765.000 fr., dont 1.163.000 pris par la Métropole, en 1898, et 5.066.293 fr. en 1899, la destination n'était pas indiquée pour cette année ; l'huile de palme formait la quasi totalité de cet article* le caoutchouc exporté ne représentant que 38.413 fr. en 1898 et 57.320 en 1899; les autres articles sont peu importants.

Tout ce commerce est susceptible d'un grand développement, et l'on pourrait augmenter la part de la France. Le pays est fort bien doué et a la chance d'être habité par une race laborieuse.

Le Dahomey, comme toutes nos colonies de la Côte Occidentale d'Afrique, a son projet de chemin de fer, aboutissant au moyen Niger. Il est même commencé et M. Etienne, à Bordeaux, dans sa conférence de janvier 1901, prétendait qu'il avance « avec une rapidité surprenante » ce qui pourrait être une exagération oratoire. Il part de Kotonou, port en lui-même médiocre, mais où l'on a fait une estacade utile, se dirige, à travers le pays d'Allada, propre à toutes les cultures tropicales, vers Abomey, où commence la région des collines, susceptibles de productions plus variées et aptes à l'élève du bétail ; puis il doit s'enfoncer dans les savanes des Mahis, dans le Borgou, par ou près Garnotville et Nikki, et atteindre le Niger, à un point que l'on suppose devoir être Madicalé ou Madécali, presque à l'extrémité méridionale de notre frontière sur le Niger.

Sur les 750 à 800 kilomètres environ qu'aurait cette voie, les études n'étaient, au commencement de 1901, un peu avancées que sur 360kilomètres,Le chef de la mission, qui les a faites, le commandant Guyon, grâce à la facilité de se procurer une bonne maind'œuvre, n'en estimait le coût qu'à 65.000 fr. le kilomètre. Il s'agit d'une ligne à la voie d'un mètre, largeur qui paraît préférable à celle de Om. 60 (semblable à la voie du Congo); une puissante maison marseillaise avait fait des propositions pour un petit chemin de fer de ce dernier type, de Kotonou à Abomey. Il est assez vraisemblable que la deuxième section de cette ligne, qui a d'ailleurs de belles perspectives, ne sera pas achevée avant une dizaine d'années au plus tôt. Les 800.000 francs environ d'excédent de recettes du budget de la colonie (1) ne permettraient de gager en ce moment qu'un emprunt d'une vingtaine de millions qui pourrait difficilement conduire l'entreprise à plus de 300 ou 350 kilomètres

(1) Les recettes de la colonie pendant l'exercice 1900 ont été de 3 1/2 millions de francs. L'impôt indigène a produit 205. OHO IV. d.-ms cette année et 3H3.59Ôf*» dans le seul premier semestre de l'exercice 190L(Voir le Bulletin du Comité (te l'Afrique Française, livraison d'octobre 1901* na^e 345»)

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de la côte, et là France a, sur d'autres points de son domaine, même africain, d'autres lâches plus pressantes ou plus impérieuses. Néanmoins, une ligne ferrée, reliant à la côte le Moyen Niger, au dessus des rapides de Boussa, a des chances d'être productive, et c'est bien, le Dahomey qui paraît offrir les conditions les plus favorables à sa construction et à son exploitation (1).

(1) Nous lisons dans les journaux financiers, au cours de l'été de 1901, qu'une société a été fondée au capital de 8 millions de francs sous la dénomination de « Compagnie Française des chemins de fer du Dahomey » pour la superstructure et l'exploitation d'une ligne ferrée entre Kotonou etKémo par Allada, avec embranchement sur Ouida, et la possibilité de prolonger la ligne jusqu'au Niger. La concession a été transférée à cette compagnie par un financier auquel un décret du 26 juin 1900 l'avait accordée. Aux termes de cet arrangement,l'infrastructure devra être faite par la colonie. Cette société paraît composée d'éléments solides. Cette concession a été fort attaquée par la raison que de vastes étendues de terres avaient été concédées à la Compagnie ; cela ne serait, toutefois, critiquable que si ces terres se trouvaient dans la zone côtière ou qu'elles occupassent de trop vastes espaces dans l'arrière- pays ; car des concessions de terres modérées comme celles faites à la Compagnie de Chemin de fer Belge du Congo sont parfaitement acceptables. (Voir, tome I de cet ouvrage, page 355.)

La livraison d'octobre 1901 du bulletin du « Comité de l'Afrique Française », donne, d'autre part, des renseignements assez détaillés sur la concession et l'état actuel d'avancement du chemin de fer du Dahomey. La concession, dont le décret et le cahier des charges ont paru au Journal officiel (de la Métropole) du 30 août 1901, à la « Compagnie française des chemins de fer du Dahomey », comprend la construction de la superstructure seulement et de l'exploitation d'une voie ferrée de Kotonou à Tchaourou, avec embranchement de Pahou à Ouida. Tchaourou, situé à la hauteur de Carnotville et fort au-dessus d'Abomey, la capitale, paraît être à près de la moitié de la distance de la côte au Niger,soit à environ 360 ou 3S0 kilomètres de la Côte. La colonie construira l'infrastructure. La Société concessionnaire reçoit une certaine étendue de territoires (300.000 hectares), sur lesquels elle pourra exercer tous droits de jouissance et d'exploitation. Le droit de jouissance se transformera en un droit de propriété au furet à mesure de l'achèvement et delà mise en exploitation régulière des diverses sections de la ligne. Elle a la faculté de rechercher, sans payer aucune redevance, les mines dans les territoires dont la jouissance lui est allouée. Les 300.000 hectares de terrain ne forment pas une masse compacte ; ils sont répartis par lots dans les diverses régions parcourues par la ligne; ils ne pourront jamais sur uq même point occuper les deux côtés du chemin de fer, ni entourer complètement les stations. Ces précautions sont àages. Outre ces territoires, il est accordé au concessionnaire une subvention de 2,000 fr. par an par kilomètre pendant chacune des huit premières années de l'exploitation de chaque section de la ligne. Par contre, la Colonie entrera au partage de l'excédent de la recette brute réelle moyenne d'exploitation (subvention non comprise) au-delà de 6.000 fr. par kilomètre; sa part sera du tiers de cet excédent, tant qu'elle n'aura pas été remboursée du montant total des subventions annuelles versées par elle.Aprèsce remboursement,1a colonie percevra un quart de la partie de la recette nette inférieure à 4,000 fr. par kilomètre, un tiers entre 4,000 et 10,000 fr. de recette nette et moitié au-delà de 10.000 fr.

Les tarifs sont fixés, pour les voyageurs en première classe, à 50 centimes par kilomètre jusqu'à 125 kilomètres, 40 centimes entre 125 et 250 kilomètres, 30 centimes par kilomètre au-delà de 250. En troisième classe, ces mêmes tarif* seront abaissés à 7,6 et 5 centimes respectivement par kilomètre pour les mêmes

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