POSSESSIONS FRANÇAISES OUEST-AFRICAINES : LES CONCESSIONS
sont établis nos propres commerçants; il n'en résulte pas que l'on dût créer dans cette contrée, comme le demandent certains colons, « toute une ceinture de concessions », ni que Ton doive railleries maisons déjà établies à Kouroussa, Siguiri et Bammakou comme « de modestes huttes avec une pacotille plus modeste encore, d'une infime importance à comparer avec les immenses territoires de notre Soudan (1) ». Cela peut être vrai ; mais « ces modestes huttes » de commerçants français ne doivent pas être sacrifiées.
Le régime des concessions peut rendre des services au Soudan proprement dit et dans l'arrière-pays de nos colonies ouestafricaines, mais ce ne doit pas être là un régime général ; c'est, au contraire, un régime exceptionnel, qui ne doit être pratiqué qu'avec prudence et modération, dans les conditions indiquées ci- dessus, et la débauche des concessions du Congo a été une absurde curée. (Voir plus loin les pages consacrées au Congo Français).
Il n'est pas indispensable de recourir à de grandes concessions, surtout dans les régions côtières ou situées à 3 ou 400 kilomètres de la mer, pour introduire chez les noirs de meilleures méthodes de cueillette ou de culture. L'interdiction de couper les lianes du caoutchouc ou les bois d'un trop faible diamètre peut être rendue dans une large mesure efficace par d'autres procédés, par une surveillance et un aménagement des forêts. Pour les bois d'ébénisterie, notamment, l'interdiction à la Côte d'Ivoire de l'exportation des billes n'ayant pas 0 m. 45 d'équarissage est très recommandante. C'est une sage imitation de la prohibition qu'a édictée la Suède de l'exportation des bois n'ayant pas 8 pouces de diamètre à 5 pieds au-dessus du sol. D'autre part, les agents des commerçants pourront et devront obtenir des indigènes un traitement plus rationnel du latex, de manière à avoir toujours du caoutchouc à l'état sec et non du caoutchouc mêlé d'eau, y formant des flaques.
Il ne faut pas oublier que toutes nos colonies de la côte ouestafricaine, le Sénégal excepté, autant qu'elles ne constituent pas de simples comptoirs, ne nous appartiennent que depuis dix à douze ans (1888 à 1890) et que même la plus importante, la Côte d'Ivoire, n'est pacifiée que depuis 1898. Ce n'est pas, en ce court laps de temps, que l'influence initiatrice des blancs sur les indigènes peut avoir obtenu des résultats sérieux. Il y faudra, tout au moins, plusieurs décades d'années,
Une œuvre importante et assez urgente, quoi qu'il ne faille pas la gâter par trop de précipitation, c'est l'établissement du régime foncier, c'est-à-dire la constatation, faite avec beaucoup de loyauté
(1) Aspe Fleurimont, op. cit., page 59.
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et môme de générosité, des droits des indigènes, soit isolés, sali à l'état collectif, sur le sol qu'ils cultivent ou qu'ils exploitent d'une façon quelconque. Bu août 1900, le ministre des Colonies a soumis au président de la République un ensemble de décrets fixant les bases du Régime forestier, de la Propriété foncière, du Domaine public et des Terres domaniales. En soi, cette fixation est utile ; mais elle doit être faite avec le sentiment d'une très grande sympathie pour les indigènes, non seulement en respectant tous les faits acquis en ce qui les concerne, mais en leur accordant de très vastes réserves ; avec la paix, en effet, la population indigène est destinée à doubler ou tripler en une ou deux générations et il ne faut pas qu'elle soit privée de la jouissance du sol.
On doit donc se garder d'étendre, d'une manière exagérée, le domaine public et les terrés domaniales. Il y en aura toujours des étendues bien suffisantes pour que les entrepreneurs européens de cultures puissent soit en acheter, soit en obtenir des concessions là où ce sera utile. Il ne faut pas renouveler dans l'Ouest et le Gentre de l'Afrique les fautes commises en Algérie.
C'est surtout de la multiplication de la population indigène* laquelle finira bien avec le temps par s'initier à nos arts culturaux et industriels et qui, plus nombreuse, fournira de la main-d'œuvre, que dépend l'essor colonial de l'Afrique. Quand il y aura deux ou trois fois plus d'indigènes dans notre Ouest-Africain, l'essor de ces colonies sera splendide, à l'avantage, de tous genres, de la métropole.