LE CONGO FRANÇAIS ; LE COMMERCE
au-dessous de la réalité, le Congo français n'a jusqu'ici qu'un commerce assez restreint. Voici, comme il se résumait pour Tannée 1898, la dernière sur laquelle, par les fâcheuses habitudes de notre administration, nous ayions des renseignements officiels et détaillés (1), au moment où nous revoyons ces lignes (juillet 1901):
Commerce extérieur du Congo français en 1898
j de France 1 274.366 Fr. C
Importations ' des Colonies françaises 8.134 ) 4 844 234 Fr
| de l'Etranger * 3.561.734 (
r Pour la France L. 487. 887 t
Exportations \ - les Colonies françaises.. . . 2.847 ) 5.6X> ?04 Fr. r ) — l'Etranger 4.204.570 )
Total général 10. 539 . 538 Fr.
Ce sont là, évidemment, des chiffres bien mesquins, surtout ceux du commerce avec la France, 1,274,366 francs à l'importation (le quart de celle-ci) et 1,487,887 à l'exportation (le quart environ également), en tout 2,762,000 francs. Il est clair que, si l'on ne devait pas attendre infiniment mieux et surtout si les colonies avaient pour unique ou même pour principale utilité le commerce avec la métropole, ce ne serait pas la peine pour la France d'occuper d'aussi énormes espaces. Mais, suivant toutes les vraisemblances,le commerce entre la France et le Congo français, s'il n'arrive pas à centupler au cours du siècle actuel, décuplera plusieurs fois; puis les colonies florissantes et bien conduites ont, pour une métropole, une utilité qui dépasse de beaucoup l'importance de la part de celle-ci dans le commerce extérieur de celles-là.
Les principaux produits exportés sont : en premier lieu, comme toujours pour les colonies encore peu développées de la Côte Occidentale d'Afrique, le caoutchouc, à concurrence de 578,201 kilogrammes pour une valeur de 2,775,000 francs ; en second lieu, comme toujours également, matière bien plus facilement épuisable, l'ivoire pour 102,407 kilogrammes et 1,536,000 francs. Viennent ensuite : les bois, pour 473, 000, les fruits et graines pour 201,000 fr., deux articles énormément extensibles avec le temps et les voies de communication; les denrées coloniales de consommation pour 169,000 fr., dont 57.660 kilogrammes de café valant 141,267 fr. et 15.569 kilogrammes de cacao, évalués à 22,886 francs ; les boissons pour 162,000francs représentent de simples réexportations ainsi que les tissus pour 191,000 francs, et différents autres menus articles. Il résulte de ce court examen que, si l'on déduisait à l'importation et à l'exportation ces marchandises qui ne font qu'entrer et sortir, le commerce du Congo, en 1898, serait sensiblement infé-
(1) Voir plus loin, page 191, les chiffres globaux du commerce et ceux de l'ivoire, du caoutchouc et des bois, pour 1899.
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
rieur à 10 millions de francs (un peu moins de 9,700,000 francs).
Parmi les marchandises du Congo français exportées pour la France, on remarque le caoutchouc, à concurrence de 155,006 kilogrammes et de 744.028 francs (un peu plus du quart de l'exportation de cet article) et l'ivoire pour 19,625 kilogrammes et 294,376 francs (un peu moins du cinquième de l'exportation de cette matière). Avec le temps, étant donné surtoutle développement de l'automobilisme en France, le premier, tout au moins, de ces articles pourrait être dirigé directement sur la métropole en proportions beaucoup plus considérables. Quant au caféetau chocolat, malgré les énormes détaxes à l'entrée de la métropole, il n'en venait en France, en 1898, que pour 35,000 francs, le cinquième de l'exportation totale ; la métropole recevait en revanche un peu plus de la moitié de l'exportation totale des bois du Congo français, soit pour 232,708 francs sur une exportation totale de 472,778 francs.
A l'importation, les marchandises principales étaient, toutnaturellement, les fils et les tissus pour 1,897, COO fr., dont 205,932 fr. provenant de France ; puis les ouvrages en métaux pour 548.000 fr., dont 232,000 francs provenant de la métropole. Venaient ensuite les boissons pour 464,000 francs, dont 211,000 francs de la mère-patrie; la modicité de ces deux derniers chiffres est réjouissante et prouve que les populations de cet immense territoire ne sont pas alcooliques. Les armes, poudres et munitions, figurent pour391, 000 fr., dont 165,000de chez nous: les produits et dépouilles d'animaux, pour 242.000 fr. dont 79,000 francs de la métropole ; les farineux alimentaires pour 189,000 francs, dont un tiers de France; les denrées coloniales pour 175,000 francs, dont 37,268 francs de la métropole ; les métaux pour 120,000 francs, dont 7,195 francs seulement de chez nous.
Des renseignements, plus généraux, provenant de la colonie, témoignent qu'il y a eu en 1899 un essor assez marqué du commerce du Congo français (1); en 1899 les importations se sont élevées à 6,690,263 francs (dont 2,463,855 francs de France), le chiffre total s'étant accru depuis 1898, de 1,850,000 fr. environ et le chiffre des importations de France de 1,160,000 franc?, celui-ci a presque doublé; quant aux exportations, elles ont monté à 6,625,6 11 francs en 1899 (dont 1.608.173 francs à destination de la France), ce qui représente une augmentation d'un peu moins de 1 million sur les exportations totales et de 120.000 francs seulement de celles pour la France.
Voici un tableau résumant depuis 1894 les importations et les exportations du Congo français :
(1) Les renseignements qui suivent sont extraits de la notice intitulée : Congo Français, rapport général pour 1899, Libreville 1900.