‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 69 sur 154 · LE CONGO FRANÇAIS ; ADMINISTRATION ET FINANCES Î · texte numérisé non relu

LE CONGO FRANÇAIS ; ADMINISTRATION ET FINANCES Î

et 8 institutrices européennes; celui du Haut- Oubanghi, 14 instituteurs européens, 7 indigènes, 4 institutrices européennes et 1 indigène ; on ne donne aucun renseignement sur le personnel enseignant du vicariat du Congo français. Tous ces instituteurs sont naturellement des religieux et des religieuses. Quant aux deux sociétés démissions protestantes, celle des Missions évangéliques de Paris est portée au document administratif pour 3 écoles,3 instituteurs européens et 51 maîtres indigènes, lesquels, sans doute, sont de simples moniteurs, avec 281 élèves; on ajoute que la même société possède, en outre, 25 écoles (d'un degré inférieur) réparties dans divers villages et comptant 382 élèves ; c'est un chiffre total de 663 élèves pour cette mission protestante française. La mission de l'Eglise presbytérienne américaine, dont il n'y a pas lieu de souhaiter une très grande extension sur notre territoire, compte 4 écoles avec 1 instituteur blanc, 2 maîtres indigènes, 1 institutrice blanche et 1 indigène et 136 élèves.

En réunissant tous ces nombres, on a 73 écoles et 3,322 élèves, dont 2,523 dans les missions catholiques et 799 dans les missions protestantes Le chiffre tant des maîtres que des élèves, surtout en formant des moniteurs indigènes, pourra s'étendre avec le temps. Dès maintenant, si peu considérable qu'il paraisse pour l'énorme étendue du territoire et une population évaluée à environ 8 millions d'habitants, il est déjà très satisfaisant. Il ne s'agit pas, en effet, de conquérir, en quelques années, à notre langue et à nos idées ou nos mœurs, toute cette population; il suffît de donner notre langue et d'initier un peu à nos méthodes quelques milliers, graduellement quelques dizaines de milliers d'indigènes, qui puissent nous servir d'auxiliaires, d'interprètes, de guides, parfois de contremaîtres et qui constitueraient ainsi les cadres inférieurs de notre effectif colonisateur. Les écoles des missions pourront pendant quasi un quart de siècle, sinon même beaucoup plus longtemps, suffire seules à cette tâche, ainsi qu'à l'instruction dont auront besoin les très rares enfants européens. Ce serait un gaspillage que de substituer un organisme plus compliqué et beaucoup plus coûteux à celui-là qui est très simple et très économique. Quelques dons de terre et des concessions d'étendue modérée pourront indemniser ces missions de leurs efforts et de leurs sacrifices, tout en créant de petits centres agricolesmodèles.Dans très peu de cas, d'ici à fort longtemps, lacolonie sera obligée de donner des subventions en argent pour l'enseignement. Elle serait folle si elle ne profitait pas de cette aubaine.

Elle en a une autre, très précieuse, dans la navigabilité des grands cours d'eau, quoique parfois ceux-ci soient interrompus ou gênés par des rapides ou entravés, vers leur embouchure, par des bas-fonds et des marécages.

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L'importante compagnie française des Chargeurs-Réunis consacre à la navigation fluviale sur l'Ogpué et le Fernan-Vaz trois navires à vapeur,dont deux subvention nés ; tous les trois ont leur port d'attache dans la colonie; ils jaugent respectivement 72,51 et 47 tonnes. On a vu que les missions catholiques entretenaient depuis longtemps sur le Congo un navire, le Léon Xlll ; d'autre part le gouvernement du Congo a acheté et armé en 1899, pour le service du Congo et de l'Oubanghi, un navire, \ Albert Dolisie. En outre, les nombreux concessionnaires du Congo français, dont il va être parlé tout à l'heure, sont tenus, par leur cahier des charges, d'entretenir des bateaux sur les rivières qui baignent ou longent leur territoire et de les mettre, dans des conditions fixées, àla disposition éventuelle de l'administration. Tout semble donc promettre que, non seulement le Congo et l'Oubanghi, mais la Sangha,leM'Bomou et les autres cours d'eau de notre colonie deviendront l'objet d'une navigation intérieure importante. Il est prouvé aujourd'hui que cette navigation peut s'effectuer par bateau à vapeur ou par chaland de Stanley-Pool, où aboutit le chemin de fer belge du Congo, jusqu'à Bangasso sur le M'Bomou ou même un peu plus haut jusqu'à Rafaï, c'est-à-dire presque à l'extrémité nord orientale de nos possessions : peut-être y aurait-il quelques petits transbordements par terre de M'Bomou à Bangasso. D'après une étude faite sur les lieux à ce sujet, ce voyage d'aller, de Stanley- Pool à Bangasso, prendrait de 32 à 37 jours, et le retour, à la descente, la moitié seulement de ce temps. L'auteur de la dite étude citait plusieurs navires français : YAlima, le Ballay, le Jacques d'Uzès, pour ne pas parler du Faidherbe, de la mission Marchand, comme ayant l'habitude de naviguer sur l'Oubanghi (1). Avec quelques travaux, faciles à faire à la dynamite, la navigabilité de plusieurs de ces rapides, ou seuils encombrés de rochers, s'amé- ^. liorera sensiblement et les transbordements de petits vapeurs sur chalands deviendront parfois inutiles.

La navigation extérieure du Congo français et du Gabon est jusqu'ici très modique, non seulement par le peu de développement actuel de la colonie, mais encore parce que le chemin de fer belge du Congo et par conséquent les ports du Congo belge servent d'issue ou d'entrée à tout le commerce de la partie de notre colonie, de beaucoup la plus considérable, qui se trouve baignée par ce fleuve et ses affluents; il n'y a guère d'exception, et encore bien minime, que pour la Haute-Sangha.

Notre vaste colonie du Congo est jusqu'ici à l'état d'exploration et d'ébauche. Pour la faire entrer dans une phase nouvelle, celle, sinon encore des cultures généralisées à la mode européenne, du moins d'une exploitation méthodique des richesses spontanées du

1(1) Comité deV Afrique française, Bulletin mensuel, janvier 1900,pages 23 à 26.

sol el de la faune, et de leur aménagement en vue de leur perpétuité, on a recouru à un instrument social et économique, souvent efficace, la grande compagnie de colonisation, non pas la compagnie à charte, armée de droits régaliens, suivant le mode britannique, mais la société anonyme, pourvue de capitaux assez abondants, à laquelle on concède, pour quelques décades d'années et à des conditions déterminées, de très grands territoires, non seulement quelques dizaines de mille hectares, mais quelques centaines de mille, sinon même plusieurs millions.

Nous consacrons plus loin, dans la partie théorique de cet ouvrage, un chapitre spécial aux compagnies de colonisation. Nous y renvoyons le lecteur. C'est là un outil qui peut être excellent quand il est en bonnes mains. Il peut, pour la première mise en œuvre d'un pays primitif et la première façon en quelque sorte à lui donner, beaucoup plus que l'effort dispersé de commerçants peu nombreux et concurrents, ne pouvant ou n'osant risquer, en l'absence d'une situation garantie pendant un certain nombre d'années, aucun capital important et dont la rémunération ne pourrait être que lointaine ou indirecte.

Rien n'est donc plus légitime que la concession de vastes territoires indéveloppés, surtout inexplorés, à de grandes compagnies de colonisation. Nous avons nous-même chaudement recommandé ce projet. En France, on l'a longtemps combattu, par des raisons juridiques diverses; puis, on s'est décidé à l'adopter et, suivant notre habitude, on en a fait, tout à coup, un usage illimité, précipité et certainement abusif.

Au lieu d'accorder une demi-douzaine ou une douzaine de concessions, on a dépecé en une seule année tout le vaste territoire du Congo français en quarante concessions diverses, si bien que, maintenant, il n'y reste presque plus de réserves de terres, soit pour les nouveaux arrivants, soit pour le commerce libre. On a tout aliéné pour 30 ans, sauf, il est vrai, les cas de déchéance ou de résiliation qui ne laisseront pas, sans doute, de se produire.

Le rapport colonial du Congo français pour Tannée 1899, paru en 1900, s'exprime ainsi, à ce sujet : « Dans le but de coloniser et de mettre en valeur les terres domaniales du Congo français, trois décrets, en date du 28 mars 1899, ont constitué le droit nouveau et ouvert la voie aux énergies désireuses de s'employer en terre française. Le premier décret organise le régime forestier, le second le régime foncier, le troisième le régime des terres domaniales. Cette législation a servi de base pour répartir en 40 nouvelles grandes concessions presque tout le territoire du Congo français. Deux grandes concessions, celle du Haut-Ogooué et celle du Kouilou- Niari, avaient été consenties plusieurs mois auparavant. Le reste du territoire, comprenant la région au nord de l'Ogooué et

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celle de Loango-Brazzaville, jusqu'à la Léflni, a été spécialement réservé aux concessions dites agricoles, de 10,000 hectares an plus. De vastes territoires ont été ainsi concédés à des capitalisé -s français avec obligation, pour eux, de se substituer des sociétés constituées selon les lois françaises, avec des capitaux calculés sur l'importance de la concession elle-même. Les cahiers des charges annexés aux décrets de concession respectent les droits des tiers, ceux des indigènes et les stipulations des actes généraux de Berlin et de Bruxelles, en date des 26 février 1885 et 2 juillet 1890. La mise en valeur du Congo français, activée par l'apport des grandes compagnies concessionnaires, a servi de point de départ en quelques mois, à partir de juin 1899, à un mouvement commercial important qui a doublé les recettes des douanes. Brazza\ille a pris un certain développement et est devenu le siège de direction des Sociétés, le point d'attache des vapeurs et le centre des approvisionnements. La population européenne de cette ville qui ne comptait que les agents de l'administration, quelques missionnaires et employés de factoreries, comprend plus de 150 personnes, en majorité Français et Belges. Le décret du 28 mars 1899 ayant réservé au commissaire du gouvernement la faculté de délivrer des concessions inférieures à 10,000 hectares, l'octroi de ces concessions a été réglementé par un arrêté du 14 avril 1900 (1). »

Ainsi, voilà qui est entendu, tout le sol du Congo français, à quelques parcelles près, est aujourd'hui concédé pour trente ans, et ce prodigieux dépècement, qui donne à chacune des 40 compagnies, non compris les deux du Haut-Ogooué et du Kouilou-Niari, des territoires grands en moyenne comme un et demi ou deux de nos départements français, s'est effectué par une série de décrets qui ont paru du 31 mars 1899 au 6 décembre de Ja même année.

On a publié une carte de ces concessions (2), chacune ayant son territoire numéroté ; elles forment quasi un damier qui couvre tout le territoire, sauf un étroit couloir autour de Loango et un carré un peu plus étendu dont l'un des côtés est formé par Brazzaville et le cours du Congo jusqu'à moitié chemin entre la rivière Léflni et l'Alima. Ces quelques espaces réservés sont à peu près négligeables, car ils n'ont pas beaucoup plus d étendue que la moyenne de ces 40 concessions et en ont sensiblement moins que les plus vastes de celles-ci. Au bas mot, en tout cas, ce sont les dix-neuf vingtièmes du Congo qui sont concédés à de grandes compagnies ; encore le vingtième réservé est-il destiné à des concessions dites agricoles de moins de 10.000 hectares, et est-il loin d'être intact à l'heure actuelle. C'est une orgie de concessions.

(1) Congo français. Rapport général pour 1899, page 39.

'%) Comité de V Afrique française, Bulletin mensuel, mars 1900, page 100

Elles ont été accordées sur l'avis de la « Commission des concessions coloniales », constituée par un décret du 19 juillet 1898, laquelle comprend des conseillers d'Etat, des conseillers référendaires à la Cour des Comptes, de hauts fonctionnaires et des membres des principales Chambres de commerce. L'assiduité aux commissions qui ne comportent pour leurs membres non administratifs ni honneur ni profits étant fort rare, c'est l'élément des fonctionnaires qui a, naturellement, dans un cas surtout comme celui dont il s'agit ici, la prédominance. Aussi, en parcourant la liste des concessionnaires, on voit que, sauf un très petit nombre qui avaient une connaissance soit du commerce en général, soit des lieux, la généralité ne se recommandait ni par une compétence quelconque, ni par les moyens d'action. C'est évidemment l'intrigue qui a obtenu les trois quarts de ces concessions.

Le cahier des charges est très minutieux ; les sociétés doivent avoir leur siège social en France et leur conseil d'administration doit être composé de citoyens français pour les trois quarts de ses membres, ce à quoi l'on ne peut rien objecter; on a voulu sinon évincer l'élément belge, du moins ne pas lui laisser la prédominance dans des organismes privilégiés qui ont une sorte de fonction politique et administrative. Des clauses analogues et un peu trop restrictives peut-être s'appliquent au personnel. La durée est uniformément trentenaire. Les concessionnaires n'ont droit qu'à des actions d'apport, qui ne peuvent être négociées dans les deux ans de la constitution de la société. Outre les clauses relatées cidessus sur le respect des droits des indigènes et des tiers (page 200), l'Etat se réserve la faculté d'exproprier à tous moments les parcelles dont il aurait besoin; il stipule à son profit des participations dans les résultats, notamment 15 p. 100 dans les bénéfices; il assujettit à diverses natures de redevances, oblige à l'achat, la construction et l'entretien de chaloupes ou de vapeurs dont il pourra user dans des conditions déterminées pour ses propres services; il prend des précautions pour la conservation des richesses naturelles, exigeant que des lianes à caoutchouc soient plantées ou ensemencées à mesure qu'il s'en trouvera de détruites par l'exploitation. Il prévoit divers cas de déchéance, et, en somme, comme on l'a dit, ces sociétés sont « sous la surveillance permanente de l'Etat quia la hauie main surtout ce qui concerne leur formation et leur fonctionnement ».

Cette surveillance, toutefois, dans l'état actuel et pendant longtemps, sera toute nominale ; car, quels seront les agents de l'Etat, assez nombreux et assez compétents, pour vérifier si les concessionnaires plantent bien autant de lianes à caoutchouc qu'ils en détruisent? L'intérêt permanent des Sociétés, dira-t-on, doit les y

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engager, et cela est certain; mais l'intérêt immédiat ou prochain des actionnaires et même des administrateurs peut différer de l'intérêt permanent de la Société ; le premier peut, en effet, pousser à une exploitation hâtive et déprédatrice, donnant pendant quelques années de beaux résultats pécuniaires qui facilitent une hausse des actions.

Ce ne doit pas être là une objection à la constitution de grandes sociétés de colonisation en choisissant les concessionnaires parmi les commerçants ou les capitalistes honorablement connus, ayant de la compétence et une situation déjà ample. Mais c'était une raison pour ne pas mettre, en six mois de temps, tout le Congo en concessions; il eût suffi de concéder d'abord le quart ou le cinquième du pays et graduellement une étendue plus considérable, tout en réservant toujours au domaine le tiers au moins du pays. Ajoutons que, manifestement, la majorité des concessionnaires a été prise parmi les gens dépourvus de toute surface.

On a dit que, par la rétrocession qu'ils ont faite de leurs concessions à des sociétés, les capitaux engagés par celles-ci dans cette œuvre de première mise en valeur du Congo français atteignent une cinquantaine de millions de francs.Ce serait un beau chiffre, mais il faut en enlever la moitié, sinon les deux tiers, car la généralité des actions n'est pas libérée et, s'il arrive malheur, comme c'est probable, à quelques sociétés, il est à craindre que la liquidation complète de toutes ces actions ne soit pas possible et laisse beaucoup de déchet.

La société la plus en vue qui s'est ainsi constituée et qui occupe le nord de la colonie est connue sous le nom de « Société des Sultanats du HautOubanghi »; elle paraît aujourd'hui de toutes les sociétés du Congo français la plus vaste territorialement, la plus importante financièrement et aussi, semble-t-il, la mieux pourvue d'éléments compétents. Peu de temps après sa constitution, on en poussa les actions, à la Bourse de Paris, par des moyens très artificiels, aux cours de 750 ou 800 francs, soit 50 à 60 0/0 de prime sur le pair qui est de 500 fr. et 200 à 220 0/0 de prime sur le capital versé; puis, depuis le milieu de 1900, les moyens artificiels d'animer et de soutenir la cote ayant disparu, elle n'a plus donné lieu que très rarement à des cours entre 500 et 600 fr. Nous avons sous les yeux le bilan de cette Société au 31 décembre 1900. Le capital se compose de 18,000 actions de 500 francs, soit 9 millions de francs, sur lesquels 2,250,375 fr. seulement, soit le quart à une insignifiante fraction près, c'est-à-dire le minimum exigé par la loi générale sur les sociétés, sont versés, ce qui justifie pleinement l'observation que nous avons faite plus haut. Il y a, en outre, 18,000 parts bénéficiaires portées au bilan pour mémoire. Les apports figuraient

au bilan pour 200,000 francs, outre les parts bénéficiaires ; les frais de constitution, pour 55,000 francs; les frais de premier établissement, ^33,000 fr. ; le mobilier à Paris, 13,600 ; le matériel en Afrique pour moins de 15,000, chiffre bien insignifiant; les approvisionnements pour plus de 277,000 francs; les cautionnements à l'Etat français, à l'Etat indépendant du Congo et à la Compagnie du Chemin de fer du Congo, pour 150,796 fr.; les fonds en reports pour 652,500 fr.; le portefeuille, 716,200 fr.; les banquiers, 28,500 fr.; les débiteurs divers, 58,400 fr.; l'encaisse, 2,400 fr.; des coupons à encaisser, pour 4,500 fr.: soit un ensemble de ressources liquides, pour ces six derniers articles, de 1,462,000 francs environ, ou, déduction faite des 58,000 francs de débiteurs divers, sur lesquels il pourrait y avoir de la perte, 1,404,000 francs; il faudrait déduire encore de ce chiffre lG6,200fr. de créditeurs divers figurant au passif; l'ensemble des ressources disponibles de la plus grande société du Congo français était ainsi, quinze à seize mois environ après sa fondation, de 1,238,000 francs ; cela n'estpas insignifiant, mais c'est peu de chose pour unterritoire égal à une demi-douzaine tout au moins de départements français ; il est vrai qu'il faut y joindre les 6,749,625 francs de capital non versé; avec cet ensemble de ressources on pourrait avoir une action sérieuse; mais il est douteux que la Société se décide à appeler prochainement le capital encore dû par les actionnaires.

Il est à craindre que, voulant ménager leurs capitaux et éviter les appels de fonds, les Sociétés concessionnaires du Congo français, toutes beaucoup moins importantes que celle des « Sultanats du Haut Oubanghi » et ne disposant pour la plupart que de 6 à 700,000 francs effectifs, quelquefois même de moins, si l'on ne considère que le capital versé, ne se résignent à ne s'occuper que de la cueillette des produits naturels; tout au moins, faudrait-il qu'elles l'aménageassent avec prévoyance.

Il s'est formé, dans ces derniers temps, entre plusieurs de ces sociétés, occupant des territoires voisins, des fusions qui peuvent n'avoir pas d'inconvénients à la condition d'être limitées; car, si toutes les sociétés du Congo fusionnaient, elles constitueraient un monopole gigantesque quiétreindrait complètement la colonie et risquerait de l'étouffer. Un syndicat ou entente pour des objets particuliers, les prix de vente, la main-d'œuvre, les transports, les voies de communication ou la navigation, aurait moins d'inconvénients et pourrait même présenter certains avantages (1).

Depuis près de trois ans (mars 1899 à janvier 1902), que ces concessions ont été accordées, nombre de contestations ont déjà été soulevées entre les concessionnaires, les tiers, les indigènes

(1) Ce syndicat est actuellement constitué»

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et l'Etat. Les commerçants étrangers, anglais, hollandais et autres qui trafiquaient déjà dans notre Congo se sont plaints que les concessionnaires missent obstacle à la liberté de leur trafic; leurs plaintes ont été portées devant le tribunal de Libreville qui leur a donné tort; mais elles cherchent aussi à s'exercer par voie diplomatique. Il n'y a pas d'opposition absolue entre des concessions territoriales et la liberté du commerce; et les actes de Berlin et de Bruxelles (1885 et 1890), qui proclament la seconde n'interdisent pas les premières; dans la pratique seulement, il peut se présenter, à cette occasion, des questions assez délicates.

Quant aux plaintes des concessionnaires, elles portent surtout sur trois points, en dehors de la grande question de la maind'œuvre indigène. Ces trois points, les voici: 1° la réclamation anticipée par l'Etat, c'est-à-dire au début et non à la fin de l'exercice, de la redevance fixe annuelle qui est due par les concessionnaires ; 2° les conséquences du paiement de l'impôt en nature de la part des indigènes, ce qui porterait ceux-ci, pour s'acquitter envers l'Etat, à faire la maraude pour le caoutchouc et l'ivoire, aux dépens des droits territoriaux des concessionnaires, et même à piller les convois de ces denrées ; 3° les réquisitions abusives de bateaux pour les services publics (1).

Pour que l'expérience des concessions de colonisation au Congo soit faite d'une manière tout à fait probante et que ce système produise ses résultats naturels heureux, il faut que l'Etat montre, surtout dans la période des débuts, beaucoup de bienveillance, même de condescendance, envers les sociétés, sauf en ce qui concerne l'ordre public et les droits des indigènes que l'Etat a pour mission de protéger avec le maximum d'efficacité possible (2).

(1) Voir sur ce point de nombreux articles ou des notes dans le Bulletin du Comité de V Afrique Française, notamment en l'année 1900, pages 372 et 396, en Tannée 1901, pages 17, 145 et 154. Dans le Bulletin de la même société, livraison de novembre 1901, pages 377 à 382.1a liste des réclamations des concessionnaires est beaucoup plus étendue, et il en est qui sont certainement justifiées, comme celles-ci : la diminution du nombre et de l'effectif des postes de milice ; la contribution demandée pour des postes de douane non créés. Le droit de 6 p. 100 dont sont frappées les monnaies françaises à l'entrée dans la colonie: le retard à la délimitation des réserves indigènes, à l'application, du code forestier,etc.

(2) M. Guillain. ministre des Colonies, quand se fit toute cette orgie de concessions, avait formulé des instructions assez judicieuses, dans une circulaire en date du 24 mai 189J : « Il importe, disait-il, que l'administration ne néglige rien pour faciliter cette réussite (des entreprises congolaises), non seulement par l'observation franche et loyale de ses engagements, ce qui ne serait qu'un concours passif, mais encore en donnant aux entreprises toutes les facilités compatibles avec les intérêts publics dont elle a la garde ». (Bulletin du Comité de V Afrique Française, novembre 1901, page 377.) 11 semble que l'administration au Congo ait absolument perdu de vue ces instructions du ministre de 1S99, auteur du rigoureux cahier des charges qui régit toutes ces concessions.

CONGO FRANÇAIS,* COMPAGNIES DE COLONISATION ; LES CONCESSIONS 20b

Ainsi opinons-nous que l'Etat ne devrait réclamer qu'à l'expiration de l'exercice la redevance fixe du 3 par les concessionnaires; qu'il peut renoncer à percevoir l'impôt en nature sur les indigènes, et lui substituer une taxe en argent très modérée, de façon, sans aucunement opprimer ceux-ci, à les inciter un peu au travail, et qu'enfin il doit limiter ses réquisitions des bateaux des sociétés, de même que des pirogues indigènes ou des pagayeurs. Il serait même plus sage, de la part de l'Etat, de renoncer, sauf pour les transports de la poste et des cas tout à fait exceptionnels, à des réquisitions tant à l'endroit des bateaux des Européens que de ceux des indigènes.

Quant à la grave question de la main-d'œuvre, nous la traitons plus loin (voir le chapitre spécial qui est consacré à ce sujet vers la fin de ce volume). Trop de colons en pays noir sont enclins à prendre une âme de négrier; ils ne rêvent que de contrats à long terme avec les indigènes, comportant la sanction de la force publique, la prison ou les sévices personnels ; ou bien encore ils imaginent tout un système de corvées, de réquisitions ou de prestations, rétablissant l'esclavage sous un nom plus doux. Ce sont là des rêves dangereux et coupables. L Etat doit s'y opposer résolument. Tout l'avenir de la colonisation et de la civilisation de l'Afrique serait, non pas seulement compromis, mais absolument perdu, si l'on entrait dans cette voie. L'Etat doit s'y opposer absolument. Les noirs ne doivent travailler que librement; la main-d'œuvre sera peut-être ainsi un peu plus rare au début, mais elle deviendra infiniment plus ample avec le temps.

Tous les noirs, quoi qu'on en dise, ne fuient pas le travail. Nous en ferons la démonstration plus loin. Pour le Congo français, voici, à ce sujet, des déclarations administratives formelles. Le rapport colonial pour 1899 sur notre colonie du Congo, parlant d'une des tribus qui entourent Brazzaville, les indigènes Bakougos, dit : « Cette race excellente pour tous les travaux » ; il ajoute au sujet des miliciens indigènes : « Dans tous les centres importants de la colonie, où il existe des garnisons permanentes de milice, sous les ordres d'un inspecteur ou d'un garde principal, des plantations de bananes, de patates, d'arachides, de maïs, etc., ont été créées par les propres moyens de la milice. Quelques résultats ont déjà été obtenus ; avant longtemps, ces plantations auxquelles les miliciens sont employés en dehors du service donneront un rendement suffisant pour assurer la nourriture des hommes un jour sur deux et peut-être davantage, ce qui permettra de réaliser une économie notable sur les dépenses de vivres de la milice (1) ». Or si ce travail agricole répugnait aux miliciens, on ne pourrait plus en recruter. Les noirs du Haut Oubanghi sont

(1) Congo Français. Rapport général pour 1899, pages 36 et 37.

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regardés comme des pirogueurs de premier ordre. D'autre part, la mission Fourneau-Pondèze en 1899 a reconnu que les indigènes Bakotas,à l'est des monts de Cristal entre l'Atlantique et la Sangha, entretiennent de belles plantations (1). Un journal spécial belge, au mois de septembre 1901, parlant de l'une des grandes compagnies récemment constituées, « TAlimaïenne» déclarait que «dans les factoreries la main-d'œuvre indigène se trouve en abondance (2). » D'autres concessionnaires du Congo le reconnaissaient également.

Le noir du Congo, et il en est ainsi, d'ailleurs, de presque tous les autres noirs, n'a donc pas pour le travail l'aversion invincible que lui prêtent des colons trop pressés ou trop avides. Seulement,il aime à travailler aux cultures qu'il connaît, et, somme toute, ses goûts sont en harmonie avec l'intérêt permanent de l'Afrique. L'avenir de la colonisation dans ce pays ne dépend pas de la création artificielle de caféieries, cacaoyeries ou vanilleries; elle réside, tout entière ou presque tout entière, dans l'extension des cultures vivrières et dans le bon aménagement des richesses forestières et

(1) Lorin, Afrique Française à l'entrée du xxe siècle, page 69.

(2) Journal Anvers Bourse du 16 septembre 1901. Nous croyons devoir reproduire tout le passage consacré à cette Compagnie dans cette feuille adonnée aux études des valeurs coloniales africaines :

« On l'a déjà annoncé, l'Alimaïenne a terminé son organisation sur la rive gauche de la rivière l'Alima, où elle possède actuellement 12 factoreries ; elle est entrée résolument dans sa période de production. Le steamer « Philippeville » arrivé dernièrement en notre port, a apporté, pour elle. 5.500 kilogrammes de beau caoutchouc et 575 kilogrammes d'ivoire (et non 4.003 kilogrammes de caoutchouc comme les journaux l'ont annoncé par erreur) ; de plus, 10 tonnes de caoutchouc font actuellement route vers l'Europe et 1 1/2 tonne de ce même produit a été remboursée par les assurances, cette marchandise ayant péri en cours de route dans le Congo. De l'ivoire est attendu également, et des envois mensuels de produits vont être faits régulièrement. Ces nouvelles sont excellentes, surtout si l'on considère que l'Alimaïenne ne travaille que depuis un an et demi et que seulement la moitié du capital de 1 million de francs a été appelée jusqu'ici : les rentrées attendues suffiront fort probablement pour les besoins futurs, de sorte que la société dispose d'une forte réserve non appelée. Le personnel en Afrique, après quelques remaniements, est de premier ordre et, point capital, dans les factoreries la main-d'œuvre indigène se trouve en abondance; on voit par là, que les mauvaises nouvelles qui ont été publiées récemment sur la situation du Congo français ne sont pas générales et que quelques concesssions sont privilégiées sous ce rapporl. Le commerce local avec les indigènes et les autres concessions voisines, est devenu important et donne de fort beaux résultats financiers, à tel point que certaines factoreries couvrent par là leurs frais ; à N'Torîgo, un poste de culture a été établi dans d'excellentes conditions, sous la conduite de notre jeune concitoyen, M. Albert Courboin, bien connu ici par son intéressant voyage en Amazonie ; il est très satisfait de ses pépinières de caoutchoutiers et des résultats obtenus en si peu de temps. » On dira peut-être qu'il y a là un peu de réclame ; c'est possible, probable même, mais si ces éloges sont exagérés, les plaintes le sont également.

minérales ; le reste est, pour le moment du moins, de l'expérimentation ou de la fantaisie.

Les Sociétés concessionnaires du Congo français, beaucoup moins à cause du manque de main-d'œuvre, qui n'est nullement général, que par leur direction insuffisante et les charges excessives dont les grève leur charte et ie défaut de concours intelligent et bienveillant de l'administration, traversent, à l'heure actuelle (janvier 1902) une phase difficile, sinon critique. Plusieurs des concessionnaires demandent à être déchargés de leurs concessions, moyennant une indemnité en terrains ; par exemple, la Compagnie Franco-Congolaise du bassin de la Sangha prie le ministre des Colonies de la délier de son contrat en lui allouant « en compensation des efforts faits et de l'argent dépensé par la dite société une toute propriété de 20,000 hectares en plusieurs parcelles (1). » Cette étendue de 20,000 hectares représenterait une minime partie du territoire qui aurait été concédée à cette Compagnie.

Il est possible que, dans certains cas, l'administration puisse avoir intérêt à consentir envers les Compagnies concessionnaires des résiliations dans ces conditions. Il serait regrettable, néanmoins, que toutes les concessions disparussent. Il serait bon qu'il en restât un tiers ou un quart. L'administration devrait leur faciliter la vie, en établissant des postes de police et de douane, en supprimant les réquisitions à leur égard, en faisant respecter par les étrangers et les indigènes leurs droits d'aménagement et d'usage des forêts, en dehors des réserves, des villages ou des tribus, et enfin en ajournant la perception des redevances (2). L'homme qui a donné le Congo à la France et qui l'a administré pendant de longues années, M. deBrazza, sortant d'un silence où il s'était maintenu pendant plusieurs années, a cru devoir, en novembre 1901, -publier une sorte de manifeste pour désavouer toute l'orgie de concessions de 1899, ainsi que les rigueurs du cahier des charges imposé aux concessionnaires avec des promesses,peu observées, d'atténuation dans la pratique. M. de Brazza se référait à un programme qu'il avait proposé au ministre le

(1) Bulletin du Comité de V Afrique Française, novembre 1901, page 377 à 380.

(2) Il faudrait s'inspirer des sages instructions ministérielles du 24 mai 1899, que nous avons relatées plus haut, page 204, note, et aussi de celles du 30 novembre 1900, ainsi conçues :« Vous devez considérer, en ce qui vous concerne, que le succès des exploitations projetées intéresse au plus haut degré l'avenir de la colonisation Je considère qu'il est de l'intérêt absolu de l'administration locale de venir en aide, dans la plus large mesure, aux entreprises <l< s concessionnaires dont le sort est intimement lié à la prospérité de la colonie. » On peut comparer les instructions bien plus formelles encore, et plus favorables aux concessionnaires, qui figurent dans les chartes coloniales britanniques. (Voir plus loin le chapitre consacré aux Compagnies à charte.)

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX* SIÈCLE

6 mars 1891, en tant que gouverneur général, et qui consistait dans la fondation d'une grande compagnie privée d'exploration, laquelle aurait fait pour tout le Congo français une œuvre préparatoire précédant toutes les concessions partielles (1).

Il est malheureux que le programme de M. de Brazza n'ait pas été suivi en 1891 ; maintenant la situation est tout autre. Il sera intéressant de prolonger, quoi qu'elle se fasse dans des conditions assez anormales, ainsi qu'on l'a vu par les développements qui précèdent, l'expérience des grandes concessions coloniales au Congo. Espérons que quelques-unes des Sociétés réussiront; celles qui échoueront restitueront au domaine une partie du territoire qu'il avait imprudemment et précipitamment aliéné en totalité et lui constitueront des réserves. Ce que l'on peut attendre d'elles, c'est surtout, d'ailleurs, une œuvre d'exploration plus complète du pays, de reconnaissance de ses ressources, d'aménagement de la cueillette, de première amorce de la colonisation. Mais cette sorte d'œuvre préparatoire peut avoir des résultats. Quant à la mise en culture du Congo français tout

(1) Voici le programme de 1891 de M. de Brazza, tel qu'il résulte de sa lettremanifeste parue dans Le Temps du 12 novembre 1901 :

« Libreville, le 6 mars 1891.

« Je vous ai déjà signalé la nécessité de mettre notre ligne de politique en concordance avec les intérêts nouveaux avec lesquels nous devons compter dans l'avenir, aussi bien au point de vue de l'utilisation du futur chemin de fer belge pour notre occupation politique que de la mise en valeur des territoires de 1 intérieur du Congo français...

« D'un autre côté, au point de vue économique, les intérêts commerciaux, industriels et financiers belges sont déjà puissamment organisés au moyen de plusieurs compagnies solidaires dont le nombre augmente chaque jour. 11 sera difficile aux intérêts français, s'ils sont isolés et sans cohésion, de résister à leurs empiétements, même sur les territoires du Congo français. Dans cette situation ils devront capituler devant la puissante organisation des intérêts belges, et ils seront forcément absorbés

« Tel est l'avenir qui se prépare dans ces contrées, pour nous qui, avec le Sergent-Malarnine, avons occupé d'une manière effective, pendant dix-huit mois, Kinchassa qui devient le point terminus du chemin de fer belge.

« Je rappelle cette situation pour que nous nous mettions en mesure de nous garder de semblable éventualité dans les questions économiques, et pour que nous prenions des mesures en vue de l'utilisation à venir du chemin de fer belge, tant pour les besoins de notre occupation politique et administrative qu'au profit du commerce et de l'industrie nationaux.

« Ce moyen consiste, à mon avis, dans la constitution pour le Congo français d'une compagnie pouvant agir dans le même ordre d'idées et par les mêmes moyeus que la compagnie initiale belge, qui a donné naissance à toutes les autres compagnies secondaires, lesquelles constituent, actuellement, l'ensemble des intérêts belges.

« Le rôle de cette compaguie peut se définir ainsi qu'il suit :

« 1° Dans la région du Congo intérieur, occupée par nos postes et desservie

entier, les Compagnies pourront à peine l'ébaucher ; il y faudra non seulement un siècle, mais sans doute plusieurs siècles.

On peut espérer, toutefois, qu'au bout d'une vingtaine d'années de cette œuvre préparatoire, moins incohérente et dispersée que ne le furent nos efforts depuis 1883 ou 1885, nous aurons donné à ce magnifique domaine une direction qui commencera à porter des fruits. Alors seulement, il pourra être temps de songer à des travaux publics importants, comme le chemin de fer de Libreville à Ouasso ou d'autres analogues. On épuiserait notre jeune colonie en s'y mettant trop tôt.

Le Congo français complète le splendide empire colonial que la France s'est constitué sur le Continent africain ; on peut dire que nulle puissance, pas môme l'Angleterre, malgré le prestige actuel des mines d'or sur lesquelles elle règne, n'a sur ce continent un domaine réservé à autant d'avenir ; il a, en outre, le mérite d'être aux portes mêmes de la France, pour peu que nous fassions une voie ferrée impériale, le Grand Central Africain, de Philippeville et Alger au Tchad et à l'Oubanghi, l'œuvre capitale et nécessaire de notre colonisation africaine.

par nos canonnières, le rôle de la compagnie serait de faire les dépenses préalables d'étude des diverses branches de richesse, qui peuvent être mises en exploitation, soit dès à présent, soit au moment de l'ouverture du chemin de fer belge, et de permettre ainsi à l'élément financier, commercial, de la métropole, d'apprécier en connaissance de cause les conditions dans lesquelles ils peuvent s'engager et les résultats qu'ils peuvent espérer, et enfin, de provoquer la fondation de sociétés ou de compagnies ayant pour but la mise en valeur de ces territoires ;

« 2° Dans la région située au nord de la Sangha et au nord de rOubanghi,son rôle consisterait dans la fondation de sociétés auxquelles pourraient être accordés certains avantages et certaines prérogatives, et qui seraient destinées à précéder l'action directe du gouvernement dans ces régions réservées à notre expansion vers le Tchad et le Soudan;

« 3° Dans la question du chemin de fer belge, avec laquelle nos intérêts seront obligés de compter, la compagnie devrait étudier les conditions économiques de sa réussite.

« Au moment où l'œuvre, actuellement commencée, du chemin de fer belge, devra, pour assurer l'achèvement des travaux, faire appel à de nouveaux concours, la Compagnie française pourrait, en pleine connaissance de cause, intervenir dans la question, de manière à acquérir, par ce fait, pouvoir et qualité pour représenter et défendre les intérêts du Congo français, dans la Compagnie du chemin de fer belge...

« 11 y a donc lieu de poursuivre la fondation d'une compagnie française qui continuerait, aux divers points de vue mentionnés plus haut, son intervention pour garantir notre avenir dans la question.

« La colonie est prête à faire les sacrifices nécessaires pour que cette compagnie soit établie d'après la convention ratifiée par le décrc1 du 2o janvier 18(J0, ou qu'elle soit établie sur des bases nouvelles

« 6 mars 1891. de Brazza.

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