IE CONGO FRANÇAIS ; LE REGIME COMMERCIAL
sur l'arrière-pays du Gabon, ainsi que, au nord, toute la contrée en deçà de la ligne de partage des eaux entre les affluents ou sousaffluents de l'Oubanghi et le bassin du lac Tchad, fait partie du « bassin conventionnel du Congo », et est assujettie à un régime dont nous avons déjà parlé à propos du Congo belge, régime d'égalité commerciale pour les produits de toutes les nations, avec des limites très strictes de droits (voir tome Ier du présent ouvrage, page 349). Les marchandises de toute origine y paient les droits de douane suivants : 70 francs par hectolitre pour les spiritueux et liqueurs de toutes sortes à 50° ; 10 p 100 ad valorem pour les armes, munitions, poudres, sel marin et sel gemme ; 6 p. 100 ad valorem pour toutes les autres marchandises, sauf les suivantes, qui sont exemptes : les navires, bateaux, machines à vapeur, appareils mécaniques servant à l'industrie ou à l'agriculture, outils d'un usage industriel et agricole, pendant une période de quatre ans ; cette exemption est aujourd'hui périmée ; les locomotives, voitures et matériel de chemins de fer jouissent de la franchise pendant la période de construction des lignes et jusqu'au jour de l'exploitation ; enfin les instruments scientifiques et de précision, les objets servant au culte, les effets d'habillement et bagages à l'usage personnel des voyageurs sont aussi indemnes.
Tels sont les droits qui ont été fixés par le protocole signé à Lisbonne le 8 avril 1892, en exécution de l'article 99 de l'Acte général de Bruxelles du 2 juillet 1890, par les représentants de la France, du Portugal et de l'Etat indépendant du Congo.
Comme nous l'avons fait remarquer au sujet du Congo belge, cette tarification est trop faible et n'apporte pas des ressources sulfïsantes à ces pays embryonnaires. Le droit sur l'alcool à 50 degrés devrait être élevé au moins à 100 francs, ou même à 110 ou 120 francs, les autres marchandises devraient payer 10 à 12 p. 100, ce qui constituerait encore un taux modéré.
Une notable partie des ressources de la colonie vient actuellement des droits de sortie, qui sont, d'ailleurs, sinon sur tous les objets qu'ils frappent, du moins sur plusieurs, très recommandables. Au Gabon ces droits, qui sont uniformément de 7 p. 100 de la valeur, frappent seulement l'ivoire, le caoutchouc, le bois d Okoumé, et la piassava. Au Congo français, d'après le tarif international, les droits de sortie sont à la fois plus élevés et plus nombreux : 10 p. 100 ad valorem sur l'ivoire et le caoutchouc; 5 p. 100 sur les arachides, le café, le copal rouge, le copal blanc, l'huile de palme, les noix palmistes, les sésames. On ne voit pas qu'il y soit question des bois divers d'ébénisterie ou autres, qui, avec le temps; formeront une des branches importantes de l'exportation de cette région et pourront parfaitement T. 11 13
supporter un droit, sinon de 10 p. 100 de la valeur, du moins de 5 p. 100.
Dans des pays primitifs et à administration lâche les droits de douane, tant à la sortie qu'à l'entrée, constituent pour l'Etat la principale et la moins nuisible branche de recettes.
Au point de vue administratif, le Congo français est encore à l'état d'embryon et d'embryon fort coûteux. A vraiment parler, la tâche administrative y est à peine ébauchée. Tout jusqu'ici ou à peu près s'est passé en explorations et en expéditions dans les prolongements septentrionaux.
La situation financière de notre colonie du Congo est actuellement peu favorable. Le gouvernement demandait pour elle au budget de 1901 une subvention métropolitaine de 2,078,000 francs ; la Commission du budget a réduit cette somme à 500,000 francs, réduction nominale, car la différence et même un peu plus, soit 1,650,000 francs, a été portée au budget militaire.
Le rapporteur s'exprimait ainsi : « Notre établissement du Congo français remonte à 1839 et, cependant, tandis que toutes nos autres possessions de la Côte Occidentale d'Afrique sont en pleine voie de prospérité, cette colonie végète misérablement. Malgré une subvention annuelle de plus de 2 millions de francs et d'énormes crédits supplémentaires, son budget se règle toujours en déficit (1). » Nous ne saurions souscrire à ce jugement sévère.
C'est le Gabon qui date de 1839, non le Congo français, qu'on ne peut faire remonter plus haut que 1885 ou, tout au plus, 1883; en outre, c'est à peine si la partie septentrionale du pays est aujourd'hui conquise. On a fait contribuer la colonie du Congo aux dépenses de l'expédition Marchand et à toutes nos entreprises dans la région du Tchad, ou, du moins, on s'est servi de son nom pour couvrir des crédits ayant pour objet ces expéditions.
Eût-elle toujours vécu en paix, que ce n'est pas en 15 ans, surtout avec les maigres tarifs douaniers imposés par l'Acte de Bruxelles et le protocole de Lisbonne, qu'une colonie de cette nature fut arrivée à se suffire. Le Congo belge, qui est son aîné et est infiniment plus développé, souffre encore de déficits notables (voir tome Ier de cet ouvrage, page 361). Nous ne saurions donc partager l'étonnement ni la sévérité du rapporteur de notre budget des colonies en 1901.
On doit, au contraire, adhérer à ses propositions quand il demande que l'on n'impute plus au budget local les frais d'expédition qui ont Brazzaville pour base, mais qui se font à plus de 3,000 kilomètres au Nord.
Quant à la division, également proposée, du territoire du
(1) Rapport de M. le Myre de Vilers sur le budget de 1901, page 186.
LE CONGO français; administration ET FINANCES 195
Congo en deux provinces indépendantes l'une de l'autre, au point de vue financier, à savoir d'une part le Congo proprement dit, y compris le Gabon, d'autre part le territoire et le protectorat du Chari, on ne saurait aussi que l'approuver. Le gouvernement est entré dans cette voie, en nommant d:abord M. Gentil lieutenant militaire du Chari, puis en transformant ce territoire en gouvernement du Tchad. La Commission a donc porté 1,650,000 fr. à un crédit pour les dépenses militaires du Chari, et réduit à 500,000 francs, ce qui est très peu et sera certainement insuffisant, la subvention métropolitaine au Congo. Quant aux dépenses militaires au Congo même, elles ne figurent pas directement au budget métropolitain; ou bien elles sont comprises dans les 12,677,000 francs du crédit des dépenses militaires de l'Afrique Occidentale, ou bien dans les 6 millions environ de dépenses militaires pour les colonies autres que l'Afrique Occidentale, le Tonkin, Madagascar et le Chari; elles ne doivent pas, d'ailleurs, dégagées maintenant du Chari, être bien considérables ; il est supposable qu'elles ne dépassent pas 1 ou 2 millions de francs, si même elles atteignent ce chiffre. Outre un petit effectif français, on a constitué une milice, composée d'indigènes, en partie des Sénégalais et des Dahoméens, mais aussi des Congolais, notamment des Pahouins qui, employés hors de chez eux, forment, dit le rapport colonial, un excellent élément, courageux et discipliné. En déduisant la région du Chari constituée en province à part, le nombre des miliciens du Congo français, y compris l'Oubanghi, était en 1899, de 1,125.
Les dépenses du Congo français, en y comprenant le territoire du Chari qui n'en était pas encore séparé, ont été de 5,009,000 fr. dans cette même année, dont 740,000 fr. environ incombaient au Chari; il restait, 4,260,000 francs, en chiffres ronds, pour le Congo à proprement parler ; les recettes propres à la colonie ne montaient qu'à 2,075,000 francs, ainsi réparties : 128,593 francs de contributions sur rôles, 741. 260 de droits à l'importation, 406,020 fr. de droits à l'exportation, 457,960 de taxes accessoires, en général des droits de consommation s'ajoutant aux droits de douane dans la région du Gabon, et de produits divers, 120,319 francs de produits du domaine et 221,516 francs d'autres produits. Tout cela est encore assez maigre, on le voit, et l'on ne doit pas s'en étonner ; les trois quarts de ces recettes, ce qui est naturel, sont fournies par des taxes de douane à l'entrée et à la sortie, principal et accessoires.
Il manque couramment- (Chari non compris) au moins 1,500,000 francs au budget du Congo et la subvention métropolitaine de 500,000 francs que l'on a vue plus haut devrait être au moins triplée. Pendant 15 ou 20 ans, sinon un peu davantage
DE LA COLONISATION AU XIXe ET XXe SIÈCLE
encore, cette immense contrée aura besoin de quelques subsides de la métropole, supposons 2 millions par an, en plus des dépenses militaires qui, pour le Congo sans le Ghari, sont peu de chose.
L'administration au Congo français est excessivement rudimentaire, et il n'est pas à souhaiter que, de longtemps, elle cesse de l'être. Outre le service de la sécurité, celui de la santé publique et celui aussi des postes et des télégraphes paraissent actuellement parmi les plus importants et d'ailleurs passablement dotés. Le gouvernement, en travaux publics, ne fait guère que des lignes télégraphiques. Il y avait de celles-ci 1,152 kilomètres en exploitation et 285 en construction, à la fin de 1899. Le vaste réseau de voies navigables sert, pour le moment, d'artère presque unique de communication. Le gouvernement, en 1899, a commandé un navire, l'A Ibert Dolisie, qui flotte maintenant sur l'Oubanghi et le Congo. Quant aux routes, le rapport colonial pour 1899 reconnaît (page 34) que non seulement on n'en fait aucune, mais que « les quelques kilomètres qui constituent l'unique réseau de Louis à Glass n'ont été depuis 15 ans l'objet d'aucun travail de réfection. La route de Sibangue, créée carrossable par la maison Woermann,n'a plus été entretenue que dans l'intérieur delà plantation. Le sentier pahouin a seul subsisté. » Encore le rapport dit-il qu'il est envahi par les herbes. Suivant le même document, « te manque d'eau potable aurait nécessité des adductions d'eau, mais on n'a pu se livrer encore à ces travaux; une prévision pour études figurera au budget de 1901 ».
Voilà donc un budget bien indigent, il serait désirable que la maigre subvention de 500,000 francs de la métropole fût triplée et que Ton obtint, en se joignant aux Belges à cet effet, l'autorisation de relever les droits de douane si minimes (voir plus haut page 193), autorisés par l'acte international de Bruxelles dans le bassin international du Congo.
Un service qui heureusement n'impose actuellement aucun sacrifice au gouvernement du Congo français et auquel, s'il est sage, il n'aura nullement besoin de contribuer, par des sacrifices en argent, d'ici à 15 ou 20 ans, c'est celui de l'enseignement.Il est, à l'heure actuelle, aux mains des missions ; les trois vicariats apostoliques du Gabon, du Congo français et du Haut-Oubanghi, d'une part, et la Société des missions évangéliques de Paris ainsi que l'Eglise presbytérienne américaine, de l'autre, s'en chargent et s'en acquittent d'une façon satisfaisante. Les trois vicariats apostoliques ont respectivement 19,7 et 15 écoles, ensemble 41 écoles, avec respectivement 1.307, 566 et 650 élèves des deux sexes, dont les deux tiers du sexe masculin, ensemble 2,523 élèves; le vicariat apostolique du Gabon occupe 13instituteurseuropéens,4indigènes