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LA TUNISIE : LES CONDITIONS AGRICOLES

la culture do la vigne doit donc se répandre en Tunisie, et dépasser notablement les 9,000 hectares existant en 1901, il est désirable, cependant, que les colons, surtout ceux qui placent toute leur fortune ou la plus grande partie de leur fortune dans une exploitation agricole, ne se fient pas uniquement, ni peutêtre principalement, à cette culture si séduisante et si aléatoire. Il conviendrait aussi que les colons ne se missent pas à produire presque uniquement des vins rouges communs, mais qu ils s'efforcent aussi de faire quelques vins de choix notamment des vins blancs dans le genre de ceux de Sicile, ces qualités étant très appropriées au climat et la vinification en étant plus facile.

Dans le Sud, du côté de Gabès, de Tozeur, des compagnies européennes peuvent aussi foncer des puits artésiens, à l'imitation de ce qui s'est fait dans l'Oued-Rir' et planter des dattiers, le débouché des dattes s'augmentant, depuis quelques années en Europe, soit pour la consommation directe, soit pour la production de l'alcool. 11 faut rappeler, toutefois, qu'il faut bien une dizaine d'années pour que le dattier commence à produire, et une quinzaine pour qu il soit dans toute la force de la production.

L'abolition en 1890 des droits à l'entrée en France sur les céréales, le bétail, l'huile et certains autres produits de Tunisie, rabaissement à 60 centimes du droit sur le vin, ouvrent des perspectives nouvelles aux colons qui, outre les mécomptes inévitables que s'attire l'inexpérience des débuts d'une colonisation, étaient découragés par l'absence d'un débouché extérieur pour leurs produits. Il est regrettable que l'on n'ait pas accordé aussi l'exemption de droit, à l'entrée en France, aux eaux de vie tunisiennes; c'est une erreur à réparer. D'autre part, quelques remaniements dans le régime fiscal intérieur ou douanier de l'ancienne Régence viendront en aide à la colonisation.

Nous disions plus haut que sur les 13 millions d'hectares de la Tunisie, on peut conjecturer qu'il s'en trouve environ 5 millions susceptibles de cultures plus ou moins analogues à celles de l'Europe ou du Midi de la France. D'après une publication officielle (1), les 13 millions d'hectares du sol tunisien se répartissent ainsi :

Hectares

1° Roches, schistes, etc 4,000,000

2° Terres légères 3,000,000

3° Terres franches, généralement argilo-

calcaires, rarement siliceuses. . . 2 000,0^0 4° Terres argileuses compactes . ,. . 1,000,000 5° Dunes, sebkhas, rivières, routes. . ^000,000

(1) La Tunisie. Agriculture, industrie, commerce, tome Ier, 1896, Berger- Levrault, éditeurs.

18 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.

Les deux catégories intermédiaires, à savoir les terres franches et les terres argileuses, soit 3 millions d'hectares, conviennent parfaitement à la culture, et probablement aussi plus de la moitié des terres légères l olivier notamment s'y plaît) et un bon tiers des dunes ; le reste des terres légères et des dunes, ainsi qu'une partie des terrains rocheux, peut servir aux pâturages ou être boisé. Dans toute la partie septentrionale du pays, les pluies sont assez abondantes, quoique irrégulières, atteignant 900 millimètres dans la région de Tabarca, dépassant 600 dans celle de Bizerte, des montagnes des Mogods et de la Khroumirie, ainsi que sur le plateau central du Kef et de Maktar, montant encore au-dessus de 500 millimètres dans toute la région des environs de Tunis et ne s'abaissant à 400 millimètres que dans la partie orientale du Gap Bon, dans le Sahel du Nord (Sousse et Média) et dans la tranche dirigée de là sur l'Algérie en passant au nord de Kairouan et en entourant Kassérine; on tombe à 300 ou 350 pour la région de Sfax et Kairouan ainsi que la tranche intérieure y correspondante; on arrive ensuite entre 200 et 300 millimètres pour l'île de Djerba et la tranche continentale inférieure à Sfax ; puis on n'a plus que 100 à 200 millimètres d'eau à Gabès ou à Gafsa, pour descendre au-dessous de 100 dans la région des chotts. Si, comme terme de comparaison, l'on tient compte de ce que dans le bassin de Paris, la quantité d'eau tombée annuellement oscille de 490 à 580 millimètres, on peut considérer comme convenant à la plupart des cultures de la France toute la zone tunisienne où il tombe annuellement plus de 450 millimètres d'eau, sans oublier, toutefois, que l'eau tombe en Tunisie par plus grandes masses, en un moindre nombre de jours (73 jours de pluie à Zaghouan contre 137 à Paris en 1894) et avec plus d'évaporation, deux désavantages. Quoi qu'il en soit, toute la zone constituée par une ligne partant d'un peu au-dessous de Nabeul, ausud de la presqu île du cap Bon, et passant à une trentaine de kilomètres au sud de Maktar, pour rejoindre la frontière algérienne un peu au nord de Tébessa, paraît apte aux cultures européennes ; c'est bien le tiers de la Tunisie, sans compter que presque tout le littoral plus méridional jusqu'à Gabès et une partie de la zone centrale dans la latitude de Sousse et de Sfax, ainsi que l'île de Djerba, conviennent à l'olivier, aux cultures arbustives et souvent aux pâturages (1).

Les 13 millions d'hectares environ du territoire tunisien, dont 5 millions au moins peuvent être considérés comme cultivables, le reste pouvant être utilisé comme pâtures ou bois, à l'exception des sebkhas, sables, rivières et routes, qui ne doivent pas s'étendre sur plus de 1 million 1/2 ou 2 millions d'hectares, ne sont actuel-

(l)Se reporter pour plus de détails à notre ouvrage: L'Algérie et la Tunisie,

2e édition, pages 343 à 351.

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