‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 9 sur 154 · LA TUNISIE : LES CONDITIONS AGRICOLES · texte numérisé non relu

LA TUNISIE : LES CONDITIONS AGRICOLES

lement l'objet, sauf quelques districts restreints, que d'une exploitation rudimentaire.

On estime à 500,000 hectares l'étendue totale des forêts de la Régence, mais c'est là une étendue nominale. Les massifs forestiers effectifs, dont quelques-uns, les 100,000 hectares de bois de la Khroumirie,sont très productifs, et les superficies sérieusement plantées, ne s'étendent guère en tout sur plus de 150,000 à 200 000 hectares au maximum. Aux 100,000 superbes hectares de forêts de IaKhroumirie, susceptibles encore, cependant, d'amélioration, il n'y a guère à joindre, comme bois réels, que les 25,000 hectares des Nefsas, les 30,000 de la région de Maktar, les 50,000 de la forêt de Fériana (surtout des pins d'Àlep, bois de peu de valeur) enfin 15,000 hectares de thuyas et d'oliviers sauvages constituant la forêt de Cheba,entre Mehdia et Sfax.Ces 200,000 hectares de forêts tunisiennes réelles (la moitié encore de qualité inférieure) pourraient être aisément quintuplés.

La superficie plantée en oliviers, comprenant environ 11 millions d'arbres, peut être évaluée à 200.000 hectares environ. Nous parlerons plus loin avec quelques détails de cette branche de l'agriculture tunisienne, très importante, et dont les perspectives paraissent riantes.

Quant aux terres consacrées aux céréales qui constituent la nourriture de la masse de la population, elles atteignent difficilement 800 000 hectares par année. Les surfaces emblavées pendant l'hiver 1898-99, quoique des pluies survenues de bonne heure aient « permis de faire les semailles dans de bonnes conditions et de consacrer aux céréales une étendue d'autant plus considérable que l'année précédente avait donné un excédent de récolte », n'ont atteint que 367,690 hectares pour le blé, 403,409 pour l'orge, soit comparativement à l'année précédente, une augmentation de 9,228 hectares pour le blé et de 32,725 pour l'orge ; en outre, 6,480 hectares avaient été ensemencés en avoine (1), presque exclusivement par les Européens. Ce n'est encore pour ces trois céréales que 777,500 hectares en chiffres ronds.

11 semble que l'on fasse la part large à toutes les autres cultures, soit indigènes, soit européennes, à savoir les potagers et les jardins, les orangeries et citronneries, amandiers, etc., les pommes de terre et les maïs, les fourrages artificiels, la vigne (9,000 hectares en 1901), les oasis,en portant le tout à une centaine de mille hectares; de crainte de rester au-dessous, mettons 150,000, ce qui est sans doute fort exagéré : on arrive ainsi à 200 000 hectares de forêts effectives, 200,000 d'oliviers, 777,500 de céréales, 150,000 de cultures diverses, ensemble moins de 1,350 000 hectares de terres soit en bois, soit en cultures, c'est-à-dire presque exactement le dixième

(1) Rapport au Président de la République sur la situation de la Tunisie en 1899, p. 28*

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.

du territoire; c'est bien peu alors même que l'on admettrait que plus delamoitiédoitéternellementresteràl'étatde déserts ou de pâtures.

Il est vrai que l'agriculture tunisienne comportera très longtemps encore, peut-être toujours, pour une partie de sa surface, le régime des jachères ; néanmoins, on n'utilise actuellement que moins de la moitié et peut-être guère plus du tiers de la partie du territoire tunisien que Ton peut considérer comme utilisable pour la culture et les plantations. On voit quelle peut être l'extension en superficie de l'exploitation du sol delà Tunisie.

Les chiffres que nous venons de relater, si modiques qu'ils soient, représentent déjà un progrès considérable. On estime, en effet, que vers 1870, il n'y avait que 40,000 méchias en culture de céréales (la méchia, littéralement charrue, équivaut à une dizaine d'hectares), soit donc 400,000 hectares. Vers 1890, on arrivait à environ 60,000 méchias ; les terres ensemencées en blé, orge et avoine, dans l'année 1898-99, représentent 77,750 méchias environ, soit donc près du double de ce que l'on regardait comme la proportion habituelle vers 1870.

Du côté de l'intensité de la culture, il y a aussi de très grands progrès à accomplir. On n'a pas d'indications statistiques de la production agricole, comme pour l'Algérie. On dit seulement que, pour la culture indigène, le rendement normal en blé est d'environ 5 pour 1, soit de 7 hectolitres 1/2 à l'hectare, étant donné qu'on ensemence d'ordinaire à l'hectare 1 hectolitre 1/2 ; chez les petits cultivateurs, le produit baisse de près de moitié, soit 4 hectolitres à l'hectare ; on peut évaluer la moyenne à 5 hectolitres 1/2 ou 6. Pour l'orge, la production est d'un tiers plus considérable (1). On voit combien c'est peu de chose. Le bétail, mal tenu, sans abri, sans approvisionnements de réserve pour l'été, est peu abondant et, le plus souvent, famélique. Avec le temps, mettons trois quarts de siècle ou un siècle, on peut espérer qu'on aura approximativement triplé les étendues en culture ou en exploitation, et au moins doublé les rendements, ce qui fait, sans parler du développement des mines et de l'industrie, qu'on jouira d'une production agricole six fois plus abondante, pouvant nourrir avec un degré double d'aisance une population triple de celle d'aujourd'hui. En tenant compte de l'industrie et des mines, cette population triple, soit 4 1/2 à 5 millions d'habitants, pourra même jouir d'un niveau moyen d'aisance trois fois plus élevé que le niveau actuel. » La terre disponible ne manque pas en Tunisie : il n'est pas besoin d'y exproprier les Arabes, suivant la méthode sauvage appliquée pendant trop longtemps.

La constitution de la propriété et de la société tunisienne est

(1) Nous trouvons les éléments de ce calcul dans la publication officielle : La Tunisie, Agriculture, Industrie, Commerce, 1896, tome Ier, pages 76 et 81.

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