‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 85 sur 154 · INDOCHINE FRANÇAISE : COCHINCHINE, CAMBODGE, ANNAM, TONKIN · texte numérisé non relu

INDOCHINE FRANÇAISE : COCHINCHINE, CAMBODGE, ANNAM, TONKIN

On nous permettra, avant d'examiner la situation actuelle de notre empire Indo-Chinois et ses perspectives d'avenir, de reproduire d'abord purement et simplement les observations que nous consacrions aux diverses provinces qui le composent dans la précédente (4e) édition de cet ouvrage parue en 1891. Le jugement que nous portions alors n'est pas sans intérêt actuel et aidera à la compréhension des problèmes Indo-Chinois.

«Il semble que nous ayons voulu, dans ces dernières années, disions-nous, compenser la perte de l'Hindoustan par de grandes acquisitions territoriales dans l'Asie orientale A la suite delaguerre de 1858, que nous avons faite, de concert avec l'Espagne, contre l'Empereurd'AnnamTu-Ducpour la protection des chrétiens et des missionnaires,nous avons pris pied dans ce pays ; à la conclusion de la paix, nous avons gardé plusieurs provinces. Actuellement le territoire quicompose notre colonie de Cochinchine est considérable : il comprend 5,945,000 hectares ; il était peuplé, en 1888, de 1,916,000 habitants, dont 2,537 Français, la plupart, il est vrai, fonctionnaires ou soldats (1). Le nombre des Français a plus que doublé depuis 1867. Le pays est doué d'une grande fertilité et, comme toutes ces régions asiatiques, il est traversé par des fleuves et des canaux,navigables aux plus grands navires. La Cochinchine pourra offrir un jour un vaste débouché ànos produits, en échange desquels elle nous fournira en abondance du riz, des écailles, des dents d'éléphant, des soies, des bois de teinture et d'ébénisterie,

(1) Cette population renferme 55,000 Chinois et 153,000 Cambodgiens. Presque tout le reste est Annamite. (Note dela4a édit.)

COLONIES DE LA FRANCE : FONDATION DE L'iNDO- CHINE FRANÇAISE 245

des poissons salés, des peaux, des huiles. La capitale de nos possessions cochinchinoises, Saigon, quoique éloignée de 60 milles de la mer, est accessible aux navires du plus haut tonnage. Quelques publicistes ont porté l'exagération de leurs louanges jusqu'à prédire à Saigon une prospérité égale, supérieure même à celle de Singapore : il est vrai qu'ils ont mis à ce développement une condition dont la réalisation n'est pas impossible, quoique lointaine, le percement de l'isthme de Tenasserim qui ferme la longue presqu'île de Malacca. Quoi qu'il en soit de ces rêves d'avenir, Saigon a pour le moment 20,000 habitants : le Comptoir d'escompte de Paris y a établi une agence ; d'autres maisons de banque françaises s'y sont constituées. Il forme une des escales de nos Messageries maritimes ; il eût été à souhaiter qu'on lui laissât cette franchise entière de droits qui fut l'origine de la grandeur de Singapore. L'administration s'est mise au travail avec une grande ardeur; on a créé des lignes télégraphiques, ouvert à la circulation des routes de terre, des tramways, élevé des phares, construit des églises, organisé la justice, l'instruction et les finances : mais ce qui manque encore, quoique moins qu'aux premiers jours, à notre colonie de Cochinchine, comme à nos autres colonies, ce sont les colons. Yoici le mouvement des échanges en 1866, 1879 et 1887 :

Francs. FraDcs. Francs.

Importation 39.332.375 68.037.406 56.424.968

Exportation 39.399.900 62.099.318 66.775.901

Totaux 79.231.275 130.936.724 123.200.867

« Les chiffres de 1879s'appliquant seulement au mouvement du port de Saigon et aux transports par navires européens, d'après un travail fait par la Chambre de commerce de cette ville, il convient d'y joindre, pour avoir l'ensemble du mouvement commercial du pays, d'abord les transports opérés à Saïgon par les jonques chinoises, soit 1 million et demi de francs environ, puis

(1) Les chiffres donnés pour 1866 sont tirés de ï Annuaire de statistique; ceux pour 1879 sont empruntés à une Pétition à MM. les Membres de la Chambre des députés et du Sénat, présentée par divers habitants de la Cochinchine française en 1881. Le chiffre donné pour 1879 concerne le port de Saïgon seul. Les chiffres pour 1887 sout extraits des documents officiels publiés, en 1888, sous le titre de Tableaux de population, de culture, de commerce et de navigation, statistiques coloniales pour l'année 1887. Comme nous l'avons fait remarquer dans notre précédente édition de cet ouvrage, nos documents statistiques coloniaux officiels se contredisent sans cesse. On nous disait jadis, sur leur couverture, qu'ils ont obtenu une médaille d'argent à l'Exposition de Paris en 1867 et une « lettre de distinction » à celle de Venise en 1881 ; ce sont a peine là des témoignages de politesse; nos documents coloniaux ne méritaient pas mieux. 11 y a eu, cependant un peu d'amélioration dans ces statistiques depuis quelques années, mais edHs manquent encore de méthode et ne facilitent pas les recherches. (Note do la 4° édit.)

DE LA COLONISATION AU XIX ÉT AU XXe SlfcuUo

ceux effectués par les barques annamites et évalués à plus de 15 millions. Le trafic du port de Saigon s'est élevé ainsi à plus de 146 millions pour l'année 1879. Les autres ports, Mytho, Rach Gia, Camau, Hatien, ont avec l'extérieur un mouvement d'environ 4 millions de francs. Enfin, le commerce parle Mékong avec le Cambodge et le Laos monte à 5 millions et demi environ. D'après ces éléments, la Chambre de commerce de Saigon estime à 155 millions de francs (30,113,159 piastres) le commerce extérieur delà Cochinchine. C'était un progrès considérable sur 1866. Nous ne savons à quelle cause attribuer le recul de 1879 à 1887 et nous doutons môme qu'il soit réel.

« Un certain progrès est constaté pour la navigation. Malheureusement, les chiffres ici ne sont pas complètement comparables par le défaut des statistiques. Le tableau suivant donne le total des entrées et sorties pour 1866, en distinguant les navires français et les navires étrangers ; pour 1879, nous n'avons que les entrées sans la distinction du pavillon :

Navigation,

Page 1