LE CANADA
l'augmentation de la population canadienne a été très rapide jusqu'en 1891, mais elle s'est ralentie de 1891 à 1901 :
Populat
ion.
(Total pour le
Bas-Cai:ada
Haut- Canada
Bas et le Haut-Canada
(Province do
(Province
jusqu'à 1861 et tout le
Québec).
d'Ontario).
Dominion depuis 1871),
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Après le régime politique et le mode d'appropriation des terres, la grande question pour une colonie, c'est le régime commercial. Pour une colonie tout agricole comme le Canada, c'est là un point de moindre importance. Il ne pouvait être question dans la Nouvelle-Bretagne de fonder des manufactures, et personne n'y pensa; on eût pu se heurter dans l'origine contre les règlements rigoureux et injustes de la métropole, qui interdisaient aux colons la pratique de l'industrie ; mais la nature des choses rendait ces règlements superflus. Quant à l'importation des marchandises anglaises, elle était franche de droits; mais cette importation était limitée par le peu de produits d'exportation que fournissait alors le Canada ; on n'importe qu'à la condition d'exporter, on ne peut se procurer des marchandises étrangères qu'en offrant un équivalent en échange. Or,le Canada n'avait que des produits agricoles, céréales et bois. La législation anglaise s'appliqua à favoriser l'ex-
(1) Les statistiques pour 1871 ne distinguent plus le Haut et le Bas-Canada ; le chiffre de 2,*i2,000 âmes est donné en bloc pour les provinces d'Ontario et de Québec. L'ensemble de la population du Dominion of Canad'i, comprenant le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, le Manitoba, l'île du Prince-Edouard, la Colombie britannique et les N>>rth-\\ est Térrilnries, auxquels s'est joint récemment le Yukon (Klondyke), était de 3,635,000 âmes en l»71.Le recensement de 1901 a fixé à 5,338, dOO âmes la population de l'ensemble du Dominion et a causé une vive déception aux Canadiens. L'émigration aux Etats-Unis, en est, en partie, la cause. La province d'Ontario, ou Haut-Canada proprement dit, n'a augmenté que de 53,000 âmes, ou 2,5 p. 100 en ces dix années ; celle de Québec (Bas-Canada) a gagné encore 132,000 âmes ou 8,3 p. 100. D>ns le même laps de temps la Colombie britannique a gagné 92,000 âmes ou 98,5 p. 100 étant passée de 98,173 âmes en 1891 à 190,000 en 1901). Le gain du Manitoba est de i>4,000 âmes ou 61,8 p. 100; 246,00» en 1901, cootre 152,505 en 1891); celui des territoires du Nord-Ouest, de 78,000 âmes ou 116 p. 100 (145.000 âmes en 1901, contre n6,799 en 1891). Par contre, le N.mveau-Brunswick n'a gagné que 10,000 âmes avec une population de 331,093, la Nouveile-Ecosse, que 9,000, avec 459,000 âmes de population, et l'île du Prince-Edouar I, avec 103,000 habitants, en a perdu 5,000. La découverte de nombreuses mines d'or de 1898 à 1899 a beaucoup profité au Nortfi- West Terriionj et a la Colombie britaunique.
336 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
portation de ces produits canadiens. On a déjà vu que les Indes
occidentales furent obligées après l'émancipation des États-Unis d'attendre toutes leurs subsistances des provinces canadiennes ; ce fut là un grand préjudice pour les Indes occidentales et ce ne fut pas un avantage équivalent pour le Canada. En effet, ce que consomment principalement les Antilles, ce n'est pas du blé, que la Nouvelle-Bretagne fournit en abondance, c'est du riz ou du maïs pour les nègres : or, ce maïs et ce riz, même après l'interdiction de s'approvisionner aux États-Unis, venaient toujours de la Pensylvanie et des États voisins de l'Union; seulement, au lieu d'être expédiés directement vers les Indes occidentales, on les envoyait au Nord à Montréal, d'où on les dirigeait sur les îles. Ainsi ces règlements que la métropole croyait excessivement utiles à ses colonies du nord de l'Amérique ne leur procuraient aucun avantage sensible : ils ne faisaient que restreindre et renchérir la consommation des subsistances aux Antilles sans développer la culture au Canada ; c'était un inconvénient considérable pour les planteurs des îles sans avantage équivalent pour les propriétaires de la Nouvelle-Bretagne. Aussi l'on dut renoncer à ce système défectueux , et le Canada ne souffrit en aucune façon de l'autorisation qui fut accordée aux Indes occidentales de s'approvisionner aux Etats-Unis.
Le principal produit d'exportation de la Nouvelle-Bretagne était alors le bois de construction : l'Angleterre, voulant développer cette industrie coloniale, la protégea par des droits différentiels très élevés qui imposèrent de grands sacrifices à la métropole. Il ne paraît pas cependant qu'à l'origine ce fût seulement par intérêt pour la colonie qu'on adopta les droits différentiels au profit des bois de construction du Canada contre les bois de construction étrangers. D'après Mérivale, ces droits différentiels auraient été dus à des règlements commerciaux très modernes, adoptés en 1808, dans un temps où l'Angleterre était en querelle avec les nations de la Baltique ; la cause première de ces tarifs eût donc été une pensée de jalousie et une boutade de mauvaise humeur : mais l'esprit protectionniste survint bientôt pour s'emparer de cette législation nouvelle et la défendre comme un droit acquis. En 1821 on abaissa légèrement la disproportion qui existait entre la taxe sur les bois du Canada et la taxe sur les bois de la Baltique, mais on la maintint assez élevée pour contrebalancer,disait-on, la différence de prix provenant de la différence du fret par suite de l'inégalité des distances. Il ne paraît pas que le Canada ait tiré grand profit de ces droits différentiels qui grevaient considérablement les constructeurs anglais. Mac Gulloch a fait observer que c'était un cas fréquent et que l'on peut regarder comme usuel de
vclr des navires se charger dans la Baltique et porter leurs cargaisons au Canada pour les rapporter ensuite en Angleterre en ne payant que le droit colonial. Telle était la supériorité naturelle des bois de Norwège sur les bois du Nord-Amérique. Ainsi ces tarifs qui devaient être si utiles aux colons du Canada n'avaient dans la pratique pour résultat habituel que d'imposer un grand circuit aux bois de la Baltique et d'enchérir d'une manière générale en Angleterre les bois de construction. Ces règlements que l'on croyait protecteurs étaient même, dans un certain sens, nuisibles aux colonies, car, même le droit sur les bois de construction coloniaux, quoique inférieur à celui qui portait sur les bois de construction étrangers, était néanmoins très élevé, ce qui avait des inconvénients graves pour les colons. « Le prix du bois au Canada est une bagatelle, dit un auteur compétent, mais de hauts droits l'augmentent tellement en Angleterre qu'il est cinq fois plus cher qu'au lieu de production, d'où une fluctuation de 20 p. 100 dans le prix en Angleterre équivaut à une perte totale pour le Canadien : d'où le moindre resserrement dans notre marché est complètement ruineux pour le colon. » [Murrays British America, v. II, p. 31. ) Suivant un autre calcul, fait en 1839 à la Chambre des Communes, une fluctuation de 5 p. 100 en Angleterre entraînait une baisse de 30 p. 100 au Canada. Si l'Angleterre avait voulu favoriser l'exportation des bois de construction du Canada, il eût été plus expédient d'abaisser considérablement les droits d'une manière générale, même en ayant recours à un tarif unique, que de maintenir des tarifs différentiels avec des droits élevés. Il n'en fallut pas moins des luttes longues et vives pour triompher de cette législation surannée; nous avons déjà esquissé, dans le chapitre des colonies à sucre, l'histoire de la réforme commerciale en Augleterre : nous n'y reviendrons pas. Quand on supprima les droits différentiels sur les bois de construction, le Canada n'en souffrit guère : l'exportation de ces bois, ainsi que Mérivale l'a très bien prouvé, n'avait pas l'importance qu'on lui attribuait. On s'imaginait généralement, et Smith donne dans cette erreur, que l'abattage des bois de construction favorisait beaucoup le défrichement, mais il n'en était rien ; on ne choisissait, en effet, que les beaux arbres de distance en distance et l'on encombrait plutôt le sol de leurs débris qu'on ne le débarrassait : le défrichement n'en recevait aucune impulsion. Le vrai marché du Canada, pour les bois, ce n'est pas l'Angleterre placée si loin, c'est l'Amérique dont les forêts, du moins dans les États du Nord, sont à peu près épuisées : et, d'une manière générale, c'est moins le commerce de l'Angleterre qu'il importe d'assurer au Canada, que le commerce de l'Amérique qu'il est nécessaire de lui ouvrir. La complète ré-
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forme commerciale que nous avons racontée plus haut, l'abolition de l'acte de navigation, le droit, désormais reconnu aux colonies, de fixer elles-mêmes sans la surveillance de la métropole leurs tarifs de douanes, toute cette organisation nouvelle va permettre à la Nouvelle-Bretagne, arrivée actuellement à un haut degré de culture, de pratiquer aussi l'industrie, qui est indispensable au développement régulier d'une société adulte. Depuis vingt ans de grandes maisons commerciales se sont fondées à Ottawa, à Québec, à Montréal, à Halifax : une nouvelle impulsion est donnée à la colonie, plus libre, plus tranquille et par conséquent plus prospère que jamais; on peut compter sur un accroissement rapide et ininterrompu de population et de richesse.
Ainsi, pour le passé, le système commercial auquel fut soumise la Nouvelle-Bretagne, quoique émanant des principes du vieux système mercantile, n'avait rien dans la^pratique de bien oppressif: au contraire, il instituait des faveurs considérables au profit des colons, faveurs, nous l'avons montré, plutôt imaginaires que réelles, et qui ne produisirent pas les résultats qu'on croyait pouvoir en espérer. Dans le présent, la liberté commerciale la plus complète est établie par la métropole et il ne dépend que de la colonie, maîtresse de ses règlements douaniers, de la maintenir pour l'avenir. C'est ainsi que la situation de la Nouvelle-Bretagne s'est dégagée peu à peu de ses embarras momentanés. Le mode d'appropriation des terres, qui avait excité tant de plaintes, est devenu, sinon aussi parfait qu'aux États-Unis et en Australie, du moins bien préférable à ce qu'il avait été pendant le premier tiers de ce siècle, et à ce qu'il est encore dans toutes les colonies européennes non anglaises. Quant au régime politique, qui avait causé tant de murmures, de pétitions, de départs et d'émigrations, qui avait même produit une révolution, il est devenu un modèle de libéralisme, et on peut dire que la métropole a presque abdiqué ses pouvoirs, ne conservant qu'une direction honoraire. Toutes les institutions, si vieilles et si respectables qu'elles fussent, qui pouvaient entraver les progrès de la colonie, ont été abolies avec le consentement du gouvernement de la métropole. Lord John Russell pouvait rappeler, il y a une quinzaine d'années, à la Chambre des Lords, dans la discussion du bill sur l'église d'Irlande, que l'église établie ou officielle avait été supprimée au Canada. Tout ce qui peut favoriser le développement a été généreusement accordé, alors même que des susceptibilités légitimes et des craintes naturelles pouvaient être éveillées: c'est ainsi qu'une loi du 29 mars 1867 (30 Victoria, ch, 3) a approuvé l'Union entre les deux Canadas, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau- Brunswick en un état colonial appelé Dominion, ayant un vice-roi et un parlement autonome. Ainsi se trouvent réparées toutes les
fautes, car il y en eut, et l'enfant qui put fournir une si merveilleuse croissance, malgré les erreurs de direction qui entravèrent son développement, que ne peut-on attendre de lui, aujourd'hui qu'il est adulte et que tout se réunit pour faciliter sa tâche et favoriser ses progrès?
Voici les chiffres pour lesquels les colonies de l'Amérique du Nord (Dominion of Canada et Terre-Neuve) figuraient dans les états de douane anglais à l'importation et à l'exportation lors de la formation du Dominion of Canada, et un certain nombre d'années plus tard.
Importations en Angleterre de provenance coloniale :
Colonies du Nord-Amérique. 171.732.525 fr. 251.000.000 fr. 522.390.000 fr.
Exportations de l'Angleterre à destination des colonies
Colonies du Nord-Amérique (1). 170.751.000 fr. 207.000.000 221.000.000 fr.
On voit que ce sont là des chiffres considérables, et surtout pour une colonie agricole : c'est, en effet, un commerce cinq à six fois plus étendu que celui des Indes occidentales anglaises, où, cependant, toute la production est dirigée en vue de l'exportation. Quant au commerce total des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, il s'élevait en 1899 à 875 millions de francs (34,741,552 livres sterling) à l'importation dans ces colonies (dont 842 millions de francs pour le Canada et 33 millions de francs pour Terre-Neuve), et à 858 millions de francs (34,075,319 livres sterling) à l'exportation de ces colonies (dont 823 millions de francs pour le Dominion of Canada et 35 millions de francs pour Terre-Neuve), soit en tout, 1.733 millions de francs (68,816,871 livres sterling) : le commerce avec la métropole représente ainsi 43 p. 100, un peu moins de la moitié, du commerce total.
Dans ces colonies anglaises du Nord-Amérique rentrent encore différentes possessions dont il est bon de dire quelques mots. Ce sont d'abord les immenses espaces qui se développent à l'est et au nord des deux Canadas, et qui étaient connus jadis sous le nom de territoire de la compagnie de la baie d'Hudson. Le climat y est excessivement âpre et rude, le sol est encore couvert de forêts épaisses : l'on ne trouvait naguère que sur quelques points favo-
(1) Ce chiffre est tiré du Statistical Abstract métropolitain; le Statistical Abstract colonial donne, pour 1899, 520 millions de francs à l'exportation des colonies de l'Amérique du Nord pour l'Angleterre et 202 seulement à l'importation d'Angleterre dans ces colonies. Celle-ci a sensiblement décru depuis 20 ans, en partie par la baisse des prix, mais surtout par l'extension des relations entre le Canada et les Etats-Unis. ^Note de la 5« édition.)
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risés des tentatives de défrichement. Vers l'année 1870 l'on a commencé à distraire quelques-uns des districts les plus rapprochés du Haut-Canada pour en mettre les terres en vente, mais on pouvait alors considérer comme probable que pendant longtemps encore, si ce n'est même toujours, la plus grande partie de cette Amérique septentrionale resterait à l'état de forêt et ne pourrait être utilisée que pour la chasse et la récolte des pelleteries. L'honorable Compagnie de la baie d'Hudson avait un privilège qui datait de loin et qui, parmi les économistes même les plus rigides, n'avait guère trouvé de détracteur. Il paraît que des circonstances spéciales ont justifié l'établissement du privilège et expliqué son renouvellement. La compagnie de la baie d'Hudson en imposait beaucoup plus que des particuliers à ces légions de sauvages, traitait avec eux à des conditions plus avantageuses, maintenait des relations plus amicales, en même temps protégeait avec plus de facilité ces indigènes contre le trafic toujours équivoque des aventuriers européens, contre l'importation excessive des liqueurs fortes, contre les abus et les injustices qui pouvaient exciter des haines dangereuses. Enfin, on pensait que l'abolition du monopole de la compagnie imposerait à la couronne ou à la colonie des frais de surveillance et de justices considérables. Cette puissante corporation occupait 200 forts que gardaient environ 12,000 aventuriers de race blanche, dont l'immense majorité était d'origine française; ils trafiquaient avec les sauvages, dont le nombre dépassait 300,000. Il arriva sur quelques points que ces stations de chasseurs et de traitants devinrent des petits centres de culture : c'est ainsi qu'à la rivière Rouge, au-delà des grands lacs, a surgi une colonisation agricole et commerciale, qui s'étendait sur un vaste territoire où l'on comptait, vers l'année 1870, environ 8,000 blancs (1).
L'expérience montra bientôt que ces régions, en apparence si désolées et longtemps si dédaignées, étaient douées d'une admirable fécondité. C'est dans ces plaines si septentrionales que l'on produit surtout ces abondantes moissons de blé qui se déversent depuis quelque temps sur l'Europe. Un nom de contrée, jusque-là inconnue, a bientôt acquis une universelle célébrité, c'est le nom de Manitoba. L'immense territoire qui porte ce nom, et qui en 1870 n'avait encore que 12,000 habitants, en possédait 65,954 en 1881, puis 152,505 en 1891 et 246,463 en 1901; dans un siècle, il se rapprochera peut-être en richesse du Haut et du Bas-Canada.
(1) La révolte des Indiens et notamment des métis d'origine française sous les ordres de Riel, en 1885, témoigne que dans ces derniers temps le gouvernement britannique n'a pas montré à l'égard de ces populations du Far- West canadien toute la prudence et toute l'humanité nécessaires. {Note de la 4e édit.).
Vers 1840, un écrivain et théoricien colonial, Merivale, indiquait, pour un prochain avenir, la colonisation du territoire situé sur la rivière Colombie et sur le bord du Pacifique : le climaty est supérieur à celui de la côte orientale sous le même parallèle et d'admirables forêts y abritent le sol. Les prédictions de Mérivale se sont justifiées, bien que leur réalisation soit due à un fait que le savant économiste d'Oxford ne pouvait prévoir, à la découverte de mines d'or dans ces parages. C'est en 1858 que l'annonce de l'existence de gîtes aurifères sur les bords du Frazer, à l'ouest du Canada, attira en quelques semaines plus de 30,000 aveiK turiers dans ce désert. La plupart y subirent toutes les douleurs de la misère, delà faim et de la maladie ; il n'en résulta pas moins un centre distinct de colonisation qui, sous le nom de Colombie britannique, fut détaché du territoire de la baie d'Hudson. Le gouvernement anglais entoura le berceau de cet établissement des institutions les plus libérales ; il renvoya, il est vrai, l'octroi d'une législature à une époque où la colonie serait plus adulte et mieux assise ; on ne saurait l'en blâmer; mais les institutions municipales furent aussi larges que possible; naturellement, le plus grand nombre des premiers colons étaient des mineurs, les femmes manquaient ; il se forma à Londres une société pour faciliter l'émigration de femmes industrieuses pour la Colombie. Ainsi, les forêts du Nord-d'Amérique, malgré l'âpreté du climat, sont entamées par la colonisation, . d'un côté par les habitants de la Colombie et, de l'autre, par les défricheurs delà rivière Rouge. Dans un avenir, qui n'est peut-être pas éloigné, les uns et les autres finiront par se rejoindre : le Canada a son Far-West, et il s'étend, comme les Etats-Unis, d'une mer à l'autre. Comme les'Etats-Unis aussi, il a construit sa grande ligne ferrée, le Canadian Transcontinental Pacific, qui joint les deux Océans (1).
La grande île de Terre-Neuve se rattache aussi à ce groupe des possessions anglaises : l'importante industrie des pêcheries et quelques mines de cuivre ont donné un certain développement à cette terre ingrate. On y compte 208.000 habitants, et une immigration continue y apporte chaque année quelques centaines de recrues. Située à cinq ou six jours des côtes d'Irlande, elle est précieuse aux pêcheurs britanniques. En face de Terre-Neuve est le Labrador, terre désolée, d'un climat excessivement âpre ; les émigrants, cependant, commencent à s'y porter, non pas des émigrants européens, mais des émigrants de l'Acadie ; il s'établit dans cette rude nature un centre de colonisation et de commerce;
(1) Les nouveaux gisements de mines d'or, découverts depuis 18% tant dans la Colombie britannique que dans le N rt'i West Territory (le Kiondyke ou Yukon) vont donner une grande impulsion à ces contrée». En 1901,1a Colombie britannique comptait 190.000 habitants et le North West Territory 145,000.
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c'est ainsi que nos vigoureuses races européennes prennent possession, parle travail, de ces froides régions, d'où tout semblait devoir les éloigner. Elles prouvent chaque jour, par leurs actes, qu'il n'est pas de nature si sauvage que ne puisse dompter l'énergie de l'homme civilisé, et qu'il ne se rencontre pas de côte si inculte et si désolée qui ne présente au pionnier des ressources cachées, mais abondantes.
Nous empruntons aux publications officielles de 1869 et de 1899 et au recensement de 1901, quelques détails statistiques sur les colonies anglaises du Nord-Amérique (1). Le Dominion of Canada, constitué le 1er juillet 1867, ne comprenait d'abord que les provinces d'Ontario et Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. En juillet 1870, on y annexa le Manitoba et le North-West-Terrilory. En juillet 1871, on y joignit encore la Colombie britannique et l'île de Vancouver, et enfin, en 1873, l'île du Prince Edouard. Le Dominion, tel qu'il a été formé par ces annexions successives, a une étendue de 3.048.711 milles carrés (2), près de quinzefois la superficie de la France. Cette étendue est de 219,(550 milles pour la province d'Ontario, 344,450 pour celle de Québec; 28,100 milles carrés pour le Nouveau-Brunswick; 20,550 pour la Nouvelle-Ecosse; 64,066 pour le Manitoba; l'île du Prince- Edouard comprend 2,000 milles ; la Colombie britannique et l'île de Vancouver réunies 382,300; le Yukon, 196,300; le North-West-Territory , en grande partie inhabitable, il est vrai, 1,791,295 milles carrés. La population de cet ensemble était de 3,171,418 habitants en 1861, et de 3,676,096 en 1871. En 1881, elle montait à 4,325,000 âmes, à 4,833,000 en 1891 et à 5.338,000 en 1901. L'île de Terre-Neuve, qui n'est pas comprise dans ces chiffres, y ajouterait 210,000 habitants et 42,734 milles carrés. En quarante ans, la population de l'Amérique du Nord britannique s'est accrue de 2.160.000 âmes et de 68 p. 100.
Au 31 décembre 1867, le Dominion of Canada comptait 2,477 milles de chemins de fer ayant coûté près de 155 raillions de dollars à établir, transportant 2,849,000 voyageurs et 2,430,000 tonnes de marchandises, faisant enfin une recette brute de 11,845,377 dollars, et une recette nette de 3,600,000 dollars. En 1899, l'étendue des voies ferrées dans le Dominion était de 17,250 milles, soit 27,700 kilomètres environ, les deux tiers de l'éten-
(1) Voir les Statistical Tables relating to ihe Colonial and other Possessions of tke United Kingdom, publiées en 18^9, et le Statistical Abstract for the colonial and other possessions in each year from 1885 to 1899, publié en 1900.
(2) Le mille anglais carré égale environ 2.6 kilomètres carrés. Ces chiffres et les suivants présentent certaines différences avec ceux des précédentes éditions de cet ouvrage ; la cause en est que les derniers documents anglais donnent pour ces contrées, en partie mal connues, d'autres superficies que les documents antérieurs.
due du réseau français àla même époque. La valeurtotale des importations en 1870 était de 15,102,408 livr. sterling. La valeur des exportations était,pourlamême année, de 14,298,858 livres. En 1899, les importations se sont élevées à 33,444,721 livres sterling, soit 842 millions de francs, et les exportations à 32,650,490 livres sterling, soit823 millions de francs. Le commerce extérieur de cette colonie a plus que triplé en moins de 40 ans : en 1860, en effet, les importations ne s'élevaient qu'à 10,227,373 livres sterling, et les exportations à 9,356,451 livres sterling. Le mouvement de la navigation en 1870 offrait un tonnage total (entrées et sorties réunies) de 5,084,873 tonnes : l'augmentation avait été assez faible comparativement à 1860, où le mouvement total de la navigation était de 4,400,468 tonnes. En 1899, le mouvement maritime du Dominion of Canada, sans y comprendre le cabotage, montait à 13,237,000 tonnes, dont 8,517,913 sous pavillon britannique.
L'immigration dans les provinces d'Ontario et de Québec avait été, en 1865, de 21,355 individus, et en 1866 de 28,648, outre quelques centaines d'immigrants pour le Nouveau-Brunswick. On l'évaluait à 59,939 en 1881-82, à 72,281 en 1882-83, à 79,169 en 1885. Ce courant a, depuis, diminué ; de 1894 à 1899, le nombre annuel des émigrants britanniques pour les colonies anglaises de l'Amérique du Nord a été en moyenne de 16.500 seulement.
Le tableau suivant indique la quantité de terres publiques vendues dans les provinces d'Ontario et de Québec en 1865 et en 1860: