‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 96 sur 154 · L'AFRIQUE ORIENTALE ANGLAISE · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE ORIENTALE ANGLAISE

L'Angleterre, depuis 1890, s'est encore adjugé de vastes territoires dans la partie centrale de l'Afrique de l'Est, l'importante île de Zanzibar d'abord et la petite île voisine de Pemba, puis le protectorat britannique de l'Est de l'Afrique (Impérial British East Africa Protectorats, dénommé souvent par abréviation /. B. E. A.), auquel il faut joindre le protectorat de l'Ouganda (Uganda Protectorat) et celui de la Côte des Somalis.

Les îles de Zanzibar et de Pemba sont très petites ; elles n'ont ensemble que 1,020 milles carrés (environ 2,650 kilomètres carrés) ; par contre, ce sont des centres de distribution de produits pour toute une partie de l'intérieur de l'Afrique, sur le versant de la mer des Indes; aussi leur commerce s'est-il élevé, en 1899, à 1,596,000 liv. st. à l'importation et 1,513,407 à l'exportation (40 et 38 millions de francs respectivement); le mouvement de la navigation a été dans la même année de 325.000 tonnes à l'entrée seulement, ce qui n'est pas énurme.

Le British East Africa Protectorate est porté dans la statistique britannique comme ayant 280,000 milles carrés, environ 728,000 kilomètres carrés ou près de 40 p. 100 de plus que la surface de la France ; la population n'est toutefois évaluée qu'à 2,500,000 âmes, dont 25,000 asiatiques (Indiens ou Arabes)

DE LA. COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

et 450 Européens et Eurasiens. Aucun chiffre ni de population ni de superficie n'est indiqué pour le protectorat de l'Ouganda et celui de la Côte des Somalis.

Quant au commerce de ces possessions, il est très embryonnaire ; celui de Y Impérial British Africa Protectorate monte à 10 millions de francs environ à l'importation et 2,700,000 francs à l'exportation en 1899-1900 ; mais le chiffre de l'importation dans cette année paraît avoir été exceptionnellement enflé par les travaux du chemin de fer de Mombaz au lac Victoria. Le mouvement maritime a atteint 332,882 tonnes à l'entrée seulement dans la même année. Le commerce de la Côte des Somalis est beaucoup plus important : environ 8 à 9 millions de francs à l'importation et une dizaine de millions à l'exportation.

L'ensemble de ces territoires parait, néanmoins, d'une qualité modique, autant qu'on en peut juger. Ce n'est pas à dire que, avec le temps, ils ne puissent prendre du développement. L'installation d'une domination européenne éclairée chez un peuple barbare — et c'est là un des grands mérites et une des justifications de la colonisation — procure des bienfaits presque immédiats : la paix, la suppression de l'esclavage et des tyrannies locales, la sécurité des propriétés et des transactions, un système fiscal non oppressif,des lois bien comprises pour la mise en œuvre de richesses naturelles, notamment des forêts et plus encore des mines. Les premières conditions à elles seules suffisent pour accroître la population et les exploitations. Qu'il s'y joigne, en outre, un apport de capitaux et de capacités techniques, mêmedes contrées médiocrement ou à peine moyennement douées, comme plusieurs parties de l'Australie et la plus grande fraction de l'Afrique Australe, en éprouvent, après quelques décades d'années, un véritable épanouissement.

Il est probable qu'il en sera ainsi de l'Afrique Orientale britannique ; peut-être, toutefois, y faudra-t-il plus de temps que d'habitude, parce que l'attention des Anglais, leurs capitaux, l'effort de leurs techniciens se portent actuellement sur des pays plus facilement et avantageusement exploitables à l'heure présente. La célèbre loi de Ricardo sur Tordre de mise en culture des différentes terres s'applique non seulement aux solsdivers d'un même pays, mais, dans une certaine mesure, aux diverses contrées du globe (1).

Le chemin de fer de Mombaz à l'Ouganda, actuellement en construction, indique, toutefois, dès maintenant que le gouvernement britannique ne veut pas reculer indéfiniment, en ce qui le concerne, la mise en valeur de cet Est Africain. Ce chemin de fer a demandé beaucoup d'efforts à cause de la disposition des lieux,

(1) Sur cette loi de Ricardo voir notre Traité théorique et pratique d'économie politique, tôme Ier, pages 703 à 775.

Page 1