LÀ COLONISATION ANGLAISE : L'EST-AFRICAIN BRITANNIQUE
de l'énorme altitude à laquelle il fallait s'élever, du manque de main d'oeuvre et des fièvres. Il aura été très coûteux : 101 milles (162 kilomètres) ont été ouverts au trafic le 15 décembre 1897 ; a la fin de 1899, la longueur en exploitation était de 362 milles, soit 583 kilomètres environ ; les recettes avaient monté en 1899 à 5,780,000 francs environ (3.853.081 roupies) et les dépenses à 5,208,580 francs laissant un excédent de recettes de 570.000 fr. en chiffres ronds. Ces résultats seraient relativement très beaux ; mais il est probable qu'ils ont été influencés par les travaux de la continuation de la ligne et les transports qu'elles exigeaient ; néanmoins, on peut espérer que, avec le temps, cette ligne aura un assez important trafic propre.
Les Anglais seront aidés, en cette région, dans leur œuvre colonisatrice, par leurs sujets les Hindous. L'Hindoustan, dont la population devient surabondante, commence à faire essaimer une partie de ses enfants, non seulement de la dernière classe,maisde celle des commerçantset peut-être même de celledes agriculteurs, sur toute la côte orientale d'Afrique, depuis Natal jusques et y compris Zanzibar. Les affaires directes avec l'Inde entrent pour une forte part dans le commerce de Zanzibar : soit, en 1899, pour 491,548 liv. st. (environ 12 millions et demi de francs) à l'importation et 129,896 liv. st. (3 millions un quart de francs) à l'exportation ; c'est près du tiers de l'importation totale, et le douzième, il est vrai, seulement de l'exportation (voir plus haut page 359). Dans les documents anglais les statistiques commerciales du Protectorat britannique de l'Afrique Orientale sont libellées en roupies, et de même pour l'Ouganda et la Côte des Somalis (1) .
La perspective que les régions tropicales sud et équatoriales de l'Afrique orientale soient en partie colonisées par les Hindous, sous le drapeau britannique, peut-être aussi un peu sous le drapeau allemand et, d'une façon un peu moins certaine, sous le drapeau du Congo Belge, apparaît comme assez vraisemblable à un observateur perspicace. L'Hindoustan aura bientôt d'énormes excédents de population, aptes à l'acclimatation dans ces contrées et n'éprouvant pas une insurmontable aversion pour la domination blanche. Cela hâterait la colonisation du continent africain.
Nous neferons que mentionner le protectorat anglais de l'Afrique centrale (Brilish Central Africa Protectoraie) qui s'étend sur 42,217 milles carrés (110,000 à 112.000 kilomètres carrés) et compte une population officielle de 688,000 âmes, parmi lesquels 350 Européens en 1898 ; il s'étend aux bords du lac Nyassa et sur les rives du Ghiré, affluent septentrional du Zambèze. Les importations y
(1) Voir le Statistical Abstract pour 1899, paru en 1900, page 303 à 306.
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
montaient en 1899-1900 à 159,435 livres sterling (4 millions de francs) et les exportations à 79,349 livres (2 millions de francs).
Cette contrée se rattache au territoire administré par la Compagnie anglaise de l'Afrique du Sud, connu aussi parfois sous le nom de Zambézieou Rhodésia, lequel est évalué à 750,000 milles carrés, soit 1,950,000 kilomètres carrés environ ou plus de trois fois et demie rétendue de la France, avec une population de 13,346 blancs, en 1898, et quelques millions de noirs.
Une contrée voisine, britannique aussi, est le Bechuanaland Protectoràte, qui comprend une surface immense, mais est surtout constituée par le stérile désert de Kalahari.
Toutes ces contrées paraissent médiocrement douées au point de vue du sol ; mais leur sous-sol semble renfermer d'immenses richesses. C'est ainsi que, au moment où nous revoyons ces lignes (février 1902), on annonce la découverte de magnifiques mines de cuivre et de charbon au nord du Zambèze et sur la rive sud du lac Tanganyika, avec, en outre, des gisements d'or dont l'importance est encore difficile à évaluer.
Si l'on admettait, ce qui jusqu'ici peut être contesté, que l'Egypte soit une colonie britannique, que le lac Tanganyika est une mer neutre intérieure, les possessions britanniques dans l'Afrique orientale iraient de l'extrémité sud, le Cap, à l'extrémité nord, Alexandrie, sauf une interruption sur 3 ou 400 kilomètres entre le lac Tanganyika et les environs du lac Albert-Edouard ou du lac Victoria. En se faisant céder une bande de terrain par l'Allemagne ou par l'Etat du Congo, comme il en a été question, les Anglais réaliseraient la jonction entre leurs possessions sur l'Océan Austral et Alexandrie d'Egypte sur la Méditerranée.
Mais, au point de vue politique, l'Egypte n'est pas encore une possession anglaise définitive. En second lieu, lalamentable guerre que la Grande-Bretagne fait en ce moment (1899-1902) aux deux petites Républiques de l'Afrique du Sud, le Transvaal et l'Orange, risque de faire éclater,vers le milieu ou la fin du xxe siècle, l'Empire anglais dans l'Afrique Australe(voir plus haut page 356) . Enfin la jonction entreles possessions d'au-dessous de l'Equateur et celles d'audessus, dans ce continent, n'a aucun intérêt ni politique ni économique.Il n'est pas impossible que, avec le temps, des soudures de chemins de fer régionaux fassent une ligne ferrée du Capà Alexandrie d'Egypte, interrompue peut-être par quelques transports sur les lacs intérieurs ;mais cette immense ligne du nord au sud n'aura jamais aucun grand intérêt général. Il ne peut guère se former aucun courant actif d'échange de produits ni de transports de voyageurs entre l'Egypte et l'Afrique Australe ; la mer, pour un trajet d'aussi grande étendue, aux deux tiers sous les tropiques et l'Equateur, offrirait aux voyageurs beaucoup plus de commodités,
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presque autant de rapidité, et aux marchandises infiniment plus de bon marché. En outre, l'Egypte et ses dépendances, contrées tout agricoles, ne produisent presque rien à l'usage de l'Afrique Australe et réciproquement, sans compter que l'Egypte est déjà assez éloignée de l'Occident de l'Europe, ce qui la place, comme tête de transit vers le centre de l'Afrique, dans des conditions très inférieures à celles de notre Algérie et de notre Tunisie.
En résumé, l'Angleterre sur la Côte occidentale, à la pointe méridionale jusque fort loin dans l'intérieur et sur la plus grande partie des côtes orientales, possède détient et administre une notable partie de l'Afrique ; laissant de côté l'Egypte où ses droits sont contestés et sa situation précaire, il est, cependant, douteux que les colonies britanniques africaines vaillent un jour les colonies françaises, si nous savons développer celles-ci et les souder par un ou deux chemins de fer Transsahariens. L'or et les diamants s'épuisent ; quand il ne s'y en trouvera plus dans l'Afrique anglaise, apparaîtra l'infériorité du sol pour la culture. Il dépend de la France d'être la première puissance africaine.