L'ALGÉRIE I LE ROLE DE L'ADMINISTRATION
pour les colons qu'un accroissement de charges. Si le nombre et la difficulté des affaires, qui proviennent dune réglementation trop minutieuse, ne sont pas réduits, le petit nombre et l'éloignement des fonctionnaires chargés de les résoudre n'amènent pour les colons qu'une augmentation de frais et de délais. Ce qui importe, c'est de dégager l'administration de toutes les fonctions délicates qui seraient mieux remplies par les colons eux-mêmes, ou, du moins, par les municipalités et les conseils généraux. C'est seulement ainsi que l'on peut arriver à une simplification véritable, à une plus grande rapidité dans les transactions, à un essor fécond de l'initiative et de la responsabilité privées. De même que les lois commerciales présentent une simplicité plus grande et sont d'une application plus rapide que les lois civiles, de même il importe que l'administration coloniale soit moins compliquée, plus alerte et plus prompte que l'administration métropolitaine; car une colonie, c'est une société où la vie doit être active, ar dente, sous peine de langueur et de mort ; tout ce qui tend à arrêter ou même à régler avec trop de précision ce mouvement spontané et incessant des sociétés nouvelles est pour elles une cause de stagnation et d'affaissement. Qu'on laisse fermenter sans crainte cette sève vigoureuse et nourricière, qui est le signe de la jeunesse et le gage de l'avènement à la maturité. Qu'on ne s'étudie pas à enchaîner cette vivacité juvénile, à limiter cette expansion naturelle, qui sont les preuves et en même temps les conditions de la croissance et de la santé du corps social. Malheureusement l'on a voulu traiter pendant quarante années cette colonie naissante comme une société décrépite; au lieu de l'abandonner à la rapidité de sa marche, on lui a imposé les béquilles administratives, et ce système mauvais n'a commencé d'être sérieusement modifié qu'après 1870. Depuis lors que les pouvoirs des municipalités sont plus considérables, que les conseils généraux sont élus par les citoyens et que l'Algérie est représentée dans l'Assemblée nationale de la métropole, on pouvait espérer que la colonisation deviendrait plus active ; mais encore faudrait-il que les colons se préoccupassent plus de leurs affaires algériennes que des questions générales de politique ; encore conviendrait-il qu'ils se gardassent d'une hostilité démesurée contre l'élément arabe : il n'y a de colonie prospère qu'à la condition que les colons soient des gens pratiques, laborieux, prudents et uniquement absorbés par le commerce, l'agriculture et l'industrie.
Le rôle de l'administration est immense, plus encore dans les colonies que dans la métropole. Mais il faut qu'elle se restreigne aux grands services d'intérêt collectif. Elle y trouvera une tâche considérable et pour laquelle elle aura besoin d'activité, d'inteîli-
DE LA COLONISATION AU XIXe SIÈCLE.
gence et de dévouement. Les services des forêts, des ponts-etchaussées, du cadastre, sont complètement indispensables à l'Algérie et doivent être grandement perfectionnés ; le personne) doit être augmenté dans une large mesure; de l'efficacité de ces services dépend en grande partie l'avenir de la colonisation. On sait quelle importance les Anglo-Saxons, nos maîtres en matière de fondation et d'entretien de colonies, attachent aux preparatory expenses, routes, canaux, dessèchements ; non moins indispensables sont les dépenses conservatrices d'un intérêt général, conservatory expenses. Les unes et les autres de ces dépenses incombent à l'État et ne peuvent être bien faites que par lui. La grande mesure conservatrice, en Algérie, c'est l'entretien des forêts; deux millions d'hectares de forêts à préserver ou plutôt à restaurer, c'est une lourde tâche, et cependant si on ne le fait avec soin, la colonisation est en péril. Le maintien des forêts est indispensable pour sauvegarder le pays du sirocco et de la sécheresse et régulariser les eaux.
D'après YExposé de la situation générale de V Algérie en 1899, la superficie des forêts de toute nature était évaluée à 3,075,264 hectares, dont 2,518,558 hectares étaient des forêts domaniales et 76,583 des forêts communales soumises au régime forestier. Les 480, 123autres hectares étaient des boisements appartenant aux particuliers. Sur les 2,518, OOOhectares de forêts domaniales, 1,724,000 constituaient les forêts du Tell définitivement classées dans le domaine de l'Etat ; 794,000 hectares étaient des forêts confiées à la surveiliancede l'autorité militaire en territoire de commandement. Sur toute cette étendue, on compte environ 200,000 hectares de chêneslièges, le double de chênes verts, 50,000 de chêneszéens, 580,000 de pins d'Alep, 35,000 de cèdres, le reste de thuyas et d'essences diverses. Malheureusement plusieurs de ces forêts sont dépourvues d'arbres; elles n'offrent que des broussailles. On jugera de ce que ces forêts valent, en constatant que le montant des produits recouvrés pendant les trois années de 1885 à 1887 inclusivement a varié d'un minimum de415,792fr. en 1885, à un maximum de 941, 947 fr. en 1887. Ce n'était pas 55 centimes de revenu brut par hectare. Cependant, parmi ces forêts domaniales, il y aune vaste étendue de chênes-lièges. Depuis quelques années, toutefois, les efforts de l'administration et les effets successifs de l'opération du démasclage pour les chênes-lièges ont relevé le produit des forêts domaniales algériennes. Le montant des produits recouvrés en argent s'est élevé à 1,203,723 fr. en 1896, 1,556,000 en 1897, 1,595,000 en 1898, non compris 300,000 fr. de produit des amendes et des réparations civiles. Le service des forêts en Algérie coûtant 3 millions de fr., les produits restent encore de 40 p. 100 au ■ dessous des dépenses ; c'est le contraire, on le verra plus loin, en Tunisie.