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LE RÉGIME COMMERCIAL ET FINANCIER

Après le régime administratif, ce qu'il y a de plus important pour une colonie, c'est le régime commercial. Selon que ce régime est restrictif ou libéralla colonie est soutenue ou arrêtée dans sa croissance. L'Algérie subit la répercussion de la politique ultra-protectionniste de la France. Jusqu'en 1851, elle fut sevrée de la liberté d'exportation : ses produits ne pouvaient entrer dans la métropole qu'en payant des droits ; mais le détriment qu'en éprouvaient les colons, sauf dans les dernières années, fut peu considérable. La colonie était si peu peuplée que l'exploitation du sol sur une échelle un peu vaste, n'avait pas encore commencé. Presque tous les colons étaient de petits trafiquants, suivant nos régiments et nos colonnes, et qui trouvaient dans l'alimentation des troupes la source principale, presque unique, de leurs profits. Quant à ceux qui se livraient au défrichement et à la culture, l'approvisionnement de notre armée d'Afrique suffisait amplement au placement rémunérateur de leurs produits. Dans cette période d'enfance et dans les conditions spéciales où se trouvait l'Algérie jusque vers 1850, la liberté d'exportation est de moindre nécessité que la liberté d'importation. Les colons algériens, en effet, n'avaient guère de produits à offrir à la France, pendant les vingt premières années de la conquête ; ils avaient, au contraire, beaucoup à lui demander, particulièrement des ustensiles de culture et de production. Mais, après avoir traversé cette première époque de l'enfance, la liberté d'exportation, qui n'était qu'utile auparavant, devenait impérieusement né-

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cessaire. La colonie, qui avait pu se former sans jouir du droit naturel de vendre ses produits en franchise à la métropole, ne pouvait grandir et faire des progrès considérables si ce droit lui était longtemps refusé. La loi du 11 janvier 1851 , qui fut due aux efforts des députés algériens et dont M. Charles Dupin fut le rapporteur, vint à point pour favoriser l'essor de la colonie : la libre entrée des produits algériens en France fut dès lors un fait accompli. Depuis 1851, année où ce nouveau et bienfaisant régime commercial fut inauguré, les importations de l'Algérie ont presque doublé en treize ans et ses exportations ont plus que décuplé dans le même temps.

Francs. Francs.

Valeur des marchandises importées 72.692.782 136.458.793

— — exportées 10.262.383 108.067 354

« Les États-Unis, a dit avec raison M. Charles Dupin, en présentant le rapport de la loi sur la convention Fremy et Talabot (Sénat, 7 juillet 1865), les États-Unis, l'Australie et le Canada, dont on fait de si grands et si justes éloges, entre les années 1850 et 1863, sont bien loin de présenter un si merveilleux progrès. »

Le mouvement de la navigation a également augmenté avec rapidité et le progrès se soutient tous les ans. En 1864, l'Algérie recevait à l'entrée 3,561 vaisseaux tant français qu'étrangers, jaugeant 465,845 tonneaux et employant 45,808 marins : c'était sur l'année 1863 une augmentation de 621 navires, 66,149 tonneaux et 6,221 hommes. Sous le rapport du tonnage, la France entrait dans le mouvement de la navigation pour 78.76 p. 100, l'Espagne pour 7.28, l'Angleterre pour 5.03, l'Italie 4.84, l'Autriche 1.05.

De 1864 à 1898 le développement du commerce général de l'Algérie a été ininterrompu, quoique, en ce qui concerne du moins l'exportation, un peu plus lent que pendant les quatorze années de la période antérieure. Voici, d'après les dernières statistiques officielles, quelles ont été les sommes du commerce général et du commerce spécial de cette colonie. On entend par commerce spécial celui qui comprend uniquement les marchandises importées consommées dans le pays et les marchandises exportées qui ont été produites dans le pays. Le commerce spécial exclut donc le mouvement des entrepôts que comprend, au contraire, le commerce dit général. Mais l'Algérie n'étant pas, comme l'Angleterre, la Hollande ou la Belgique, un pays d'entrepôt ou de transit, les chiffres du commerce spécial y suivent de très près ceux du commerce général.

i/ALGÉRIË : LE RÉGIME COMMERCIAL.

Com'merce général. Commerce spécial

Importation. Exportation. Importation. Exportation.

Années. Franci. Francs Francs. Francs.

De 1864 à 1883, l'importation a beaucoup plus que doublé; l'exportation, au contraire, ne s'est accrue que d'environ 30 p. 0/0. La première a marché à pas de géants. Cette inégalité d'accroissement s'expliquait par différentes causes : des récoltes médiocres, en outre le prix des minerais et de l'alfa, qui comptent parmi les principaux produits algériens, avait baissé; mais il y avait une raison plus générale : l'Algérie étant un pays neuf où la France entretient et paie une armée, où elle fait de grands travaux publics, et où l'initiative privée apporte de nombreux capitaux, il est naturel que importation y dépasse l'exportation. Ce n'est nullement la preuve que le pays s'appauvrit; les Français, dans un laps d'un demisiècle, apporteront en Algérie et y immobiliseront plusieurs milliards de francs; l'excédent des importations sur les exportations représente en partie l'afflux du capital de la mère-patrie. De 1883 à 1898, l'essor de l'exportation a été considérable.

En Australasie, jusqu'à ce que ces colonies eussent près d'un siècle d'existence, l'importation dépassait l'exportation. En 1890 encore, la première, pour l'ensemble des colonies australasiennes, montait à 68.045,011 liv. sterl., 1,713 millions de fr., et la seconde à 64,819,632 liv., soit 1,632 millions de francs seulement. Depuis 1891, ces colonies ayant vieilli, les exportations l'emportent; mais l'écart en faveur des importations était tout à fait énorme il y a vingt ou trente ans : ainsi, en 1882, les importations des colonies australasiennes montaient à 1,596 millions de francs et les exportations à 1,266 millions seulement, soit 330 millions d'écart. Les importations sont restées à peu près stationnaires et les exportations se sont notablement accrues. Le même phénomène se manifeste en Algérie, depuis une quinzaine d'années les importations n'y augmentent plus guère, et les exportations, au contraire, s'y développent notablement. Aujourd'hui, grâce surtout à la production viticole, celles-ci arrivent à atteindre presque le niveau de celles-là. Mais pendant la première enfance elles étaient restées fort au-dessous. 11 est naturel qu'il en soit ainsi : comme un enfant à la mamelle, une jeune colonie vit du lait de sa mère. Les vieilles colonies, au contraire, telles que l'Inde, ont des importa-

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tions beaucoup plus faibles que leurs exportations : 90,006,329 liv. sterl., environ 2 milliards 1/4 de francs en 1&98, contre 120,212,002 liv. sterl., soit plus de 3 milliards 20 millions de francs.

Un commerce extérieur qui oscille entre 550 et 600 millions de francs constitue déjà pour l'Algérie un mouvement de trafic considérable. Les principales marchandises importées sont naturellement des objets manufacturés; les tissus de coton pour 29 millions defrancsen 1898; lesvêtements confectionnés, pour 13millionsl/2; les peaux préparées et ouvrées pour 7 millions 1/4; les tissus de laine pour 7 millions 1/2; ceux de chanvre pour 1,700,000 fr., de jute pour 3 millions 1/2 ; le sucre pour 4 millions et quart; la fonte, le fer et l'acier, 3 millions 1/4; lesouvrages enmétaux,plus de 10 millions ; les machines, plus de 8; les bois communs, 6 millions ; les meubles et ouvrages en bois, 11 millions; la houille 10 millions et le pétrole 1,300,000 fr. ; le café, 6 millions. On trouve aussi parmi les principales marchandises importées quelques denrées de consommation que l'Algérie produit en grande quantité, mais de qualité différente, ainsi le vin dont elle achetait au dehors pour 9 millions en 1888 (133,455 hectolitres) et pour 3,852,000 fr. seulement en 1898; les tabacs (2,800,000 fr. en 1898) et les farines dont elle importait pour 13 millions en 1897 et 21 en 1898. Une trentaine de millions étaient formés par les colis postaux, c'est-à-dire, en général, des articles de luxe ou de demi-luxe.

L'exportation algérienne se compose principalement de denrées alimentaires et de matières brutes : des céréales pour 32 millions en 1898; des bêtes à laine pour 23 millions, des bêtes bovines pour 14 millions ; plus de 10 millions de peaux brutes ou préparées ; 8 millions de laines en masse; 2 millions de poisson frais, sec ou salé; plus de 5 millions de fruits de table ; 2 millions 1/2 de tabac en feuille ; 11 millions 1/2 de tabac fabriqué ; plus de 2 millions de légumes frais ou secs ; 745 000 fr. d'huiles d'olive ; parmi les produits bruts destinés à l'industrie 7 millions 1/2 de francs d'alfa ou sparte; 4 millions 1/4 de liège brut et 480,000 fr. de liège ouvré; 1 million d'écorces à tan ; 1,290,000 fr. de crin végétal. Les produits minéraux forment un chapitre de plus en plus grossissant de l'exportation de l'Algérie; 10 millions de francs de phosphates en 1898, richesse nouvellement découverte et appelée à se développer; 4 millions de minerai de fer ; 388,000 fr. de minerai de plomb et 2,323 .000 fr.de minerai de zinc, susceptible de beaucoup d'accroissement. Après avoir paru longtemps médiocrement dotée, sauf en fer, de richesses minérales, l'Algérie semble maintenant en être largement pourvue : phosphates et zinc surtout. Un autre article figure pour un chiffre élevé dans l'exportation, c'est la houille à bord des navires (6 millions 1/2 de francs en 1898); mais il s'agit ici de houille britannique. Enfin, le plus gros article actuel

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