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L'ALGÉRIE : LES CHEMINS DE FER TRANSSAHARIENS

entrain la propagande en faveur de cette œuvre patriotique et civilisatrice qui prime actuellement toutes les autres pour la France. Nous avons multiplié les articles (1) et les conférences à ce sujet à Paris, à Lyon, au Havre, à Nancy.

Au point de vue stratégique et politique, pour la défense de notre Empire africain, l'exécution de cette entreprise s'impose de la façon la plus évidente. Au point de vue économique, elle doit avoir les résultats les plus considérables. Le tracé, de beaucoup le préférable, est celui d'Alger et Philippeville à Zinder, avec embranchement vers le Tchad ; la longueur est de 3.000 à 3.200 kilomètres à partir de la Méditerranée, dont 2.700 à 2.800 à construire, sur lesquels 370, deBiskra àOuargla, sont reconnus devoir être faits en tout état de cause, même en dehors de l'hypothèse du Transsaharien ; ce chemin de fer, proprement dit, de l'Algérie à la région du Tchad, n'aurait donc que 2.400 à 2.500 kilomètres; on ne peut en évaluer la dépense à plus de 250 millions et il est possible que l'on reste au-dessous. Quant au trafic, après la paix rétablie, dans la région du Tchad, il deviendra certainement abondant: le sel, le sucre et les divers produits manufacturés de l'Europe, dans la direction de la Méditerranée au Tchad, puis, dans l'autre sens, le coton, le tabac, le millet, les dépouilles d'animaux, les métaux ; enfin, comme voyageurs, tous ceux, commerçants, colons, fonctionnaires, soldats, chasseurs et touristes, de toutes nations, qui voudront se rendre rapidement vers le centre de l'Afrique, puis les milliers de noirs du Soudan, qui iront chercher un salaire rémunérateur en Algérie et en Tunisie, tous ces éléments de trafic promettent, au bout de quelques années d'exploitation, une recette brute de 6 à 7.000 f r. par kilomètre, sinon de 8 à 9.000 fr. , avec des frais d'exploitation qui ne devrontguère excéder 50 à 60 0/0 de ce chiffre. Un tarif de 2 à 2 1/2 centimes par tonne kilométrique pour les marchandises très communes ne représente, pour les 3.000 kilomètres à franchir, que 60 à 75 francs la tonne ; presque toutes les marchandises, si elles sont produites à bon marché, peuvent supporter cette charge pour venir du Soudan en pleine Méditerranée.

Les difficultés paraissent très au-dessous de celles qu'ont rencontrées et surmontées les Américains, les Canadiens, dans leurs lignes transcontinentales, les Russes dans l'Asie septentrionale et méridionale, les Belges au Congo, les Anglais dans l'Afrique méridionale et orientale, les Australiens dans l'Australie de l'Ouest.

La construction dans le plus bref délai possible du Transsaharien, Algérie-Tchad, le Grand-Central Africain, est la condition sine qua non de la mise en exploitation de notre Empire d'Afrique.

(1) Voir notamment dans la Revue des Deux-Mondes du 1er juillet 1899, notre article sur le chemin de fer Transsaharien.

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Peut-être maintenant que nous nous sommes si tardivement décidés à occuper le Touat et que nous dirigeons une ligne ferrée vers cette contrée, voudra-t-on aussi la pousser jusqu'à Tombouclou et au Niger ; nous n'y verrions aucun inconvénient ; mais ce Transsaharien occidental et relativement secondaire ne devrait aucunement faire ajourner le Transsaharien vers le Tchad, de beaucoup le principal, celui qui mérite d'être appelé le Grand Central Africain. Nous aurions alors deux Transsahariens, mais ils ne se feraient nullement concurrence, leurs points de départ en Algérie étant éloignés de 600 à 700 kilomètres et leurs points d'arrivée dans l'Afrique du centre de 1.500 kilomètres.

Il importe surtout de se mettre vite à la besogne et de confier l'œuvre ou les œuvres à|une ou deux compagnies pour éviter les retards colossaux de l'exécution par l'Etat : le chemin de fer de Djénien-Bou-Resq et celui du Sénégal au Niger témoignent trop de l'incapacité de l'Etat en France pour construire des vo:es ferrées coloniales. Il est évident que ces chemins de fer transsahariens devraient jouir d'une garantie d'intérêt de l'Etat (1).

La situation qu'a la France dans l'Afrique du Nord est de beaucoup la plus avantageuse qu'ait une puissance européenne en Afrique. Qu'elle explore le Sahara, les rives du Niger moyen, les parties du Soudan qui lui sont reconnues, qu'elle prépare avec discernement dans ces contrées le genre d'intervention économique qu'elles comportent ; en même temps l'Algérie continuera à se développer (2), ainsi que cette nouvelle possession, toute jeune encore, hère d'un glorieux passé, dont il nous reste à parler, la Tunisie.

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