DE LA CINQUIÈME ÉDITION
Nous eussions dû, depuis une demi-douzaine d'années déjài publier une ciiuiulème édition de La Colonisation chez tes peuples modernes, dont la quatrième édition, parue en 1891^ était alors épiiieée. •
Absorbé par d'autres travaux et habitué à remanier nos ouvrages de façon à les mettre au courant de tous les faiti nouveaux et à appuyer tonjonirs nos doctrines sur l'expérience incessante» nous avons dû ajourner ce long travail de reviaion.
Ce retard a été prolllable à notre œuvre. Le mouveiaenl coloj* nisateur des peuples contemporains, à la naissance et à l'essor duquel nous avons assisté et applaudi depuis trente-cinq and» en observateur attentif, en ap{)robateur persévérant et en conseiller désintéressé, s'est puissamment développé dans la dernière décade du xix* siècle. Aujourd'hui, il a embrassô tous \%% espaces restés' vacaflts sur le globe, ou habités soit pap dei peuples en^orn^LS et langui^^sauts, soit i)ar des peuplades incohérentes, dénuéas du sens du progrès et incapables d'exploiter les régions où le sfift les a placées.
L'appropriation de la planète entre les difTérents grands peu-. pies progressifs est presque complètement effectuée. De ce côté, il n'y a guère plus rim à chnnqer.
Celte prise de po^^scssion n'est, toutefois, qu'un premier
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II PRt^.FAGE DE LA CINQUIÈME ÉDITION
acte. Aux anciennes colonies, dont diverses sont devenues adultes, .se sont joints d'immenses embryons coloniaux. On n'en est encore, en ce qui concerne la plupart, qu'à la période d'exploration ou à celle de la cueillette ; c'est le cas, notamment, de toute l'Afrique, sauf, en des points très restreints, quelques étroites bandes de la périphérie de ce continent.
La colonisation de toutes ces étendues sera, à coup sûr, la principale œuvre du xx* siècle; celui-ci ne fera encore que Tébaucher et elle s'étendra sur les siècles suivants.
Si les colonies de peuplement peuvent, en un siècle ou en un siècle et demi, franchir les étapes de Tenfance et de Tadolescence, bien autrement lente et prolongée est la croissance des colonies soit mixtes, soit d'exploitation,et il ne reste plus guère que de ces deux là.
■^ Do bonnes méthodes, de l'esprit de suite et une infinie patience, sont les éléments de succès dans l'œuvre colonisatrice. Les Romains même, qui avaient une grande aptitude à cette besogne, ont eu besoin de trois siècles et demi pour porter à un haut degré de richesse ce petit pays, si voisin d'eux, qu'était la Province romaine d'Afrique, notre Tunisie actuelle.
L'accumulation et le transfert rapide des capitaux, les progrès des connaissances techniques, la facilité des communications, peuvent, dans une certaine mesure, avoir réduit la durée de ces étapes ; il n'en faut pas moins des séries de générations chez le peuple colonisateur et chez le peuple colonisé, pour que l'œuvre colonisatrice porte la plupart de ses fruits.
Cette pensée ne doit pas être un motif de découragement ; elle permet, au contraire, de se consoler, tout en les regrettant, des bévues et des mécomptes ; elle condamne aussi les critiques de l'opinion frivole qui s'étonne qu'un quart de siècle après sa fondation une colonie ne soit pas arrivée à sa maturité.
Il faut espérer que la concorde va maintenant régner entre les différentes grandes nations colonisatrices ; elles sont toutes si amplement pourvues de territoires que ce serait folie, de