PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION HI
leur part, de chercher à se les arracher les unes aux autres ; bien loin de contrarier mutuellement leurs efforts, elles doivent chercher à les harmoniser, à exercer une action Commune sur les populations indigènes voisines, particulièrement dans ces régions où les colonies embryonnaires se touchent comme dans rOuest-Âfricain et le Centre africain. Cet accord entre les différentes puissances colonisatrices sera utile à chacune d'elles et rendra la colonisation au xx* siècle à la fois plus rapide^ plus efficace et moins onéreuse.
Il n'en importe pas. moins à chaque peuple, qui a assumé une mission colonisatrice, de multiplier les efforts, les réflexions et les soins, pour éviter les grosses fautes, même pendant les premiers jours de la colonisation : une colonie mal partie ou à laquelle s'attache une mauvaise renommée se ressent de ce vice ou de cette défaveur pendant des décades d'années.
Il y a une science et un art de la colonisation, des méthodes et des règles; nous nous "tommes efforcés de les dégager.
Cette édition se présente presque deux fois plus étendue que la précédente.
Nous avons dû augmenter un grand nombre de chapitres et en constituer de nouveaux. Dans la partie consacrée à Thistoire et à l'exposé des faits, les chapitres traitant des colonisations française, britannique, germanique, belge et russe ont été parfois doublés. Nous y avons ajouté un chapitre sur la jeune colonisation américaine, un chapitre, enfin, sur l'éventualité d'une colonisation par les peuples asiatiques. Sans parler du Japon, qui ronge son frein, un fait important s'esquisse, et le public européen n'y prend pas garde, c'est que la plupart des contrées de la Côte orientale d'Afrique pourraient bien se peupler d'Hindous de toutes classes, commerçants et travailleurs manuels.
Nous avons également accru la partie théorique de notre ouvrage,qui résume les enseignements de la partie descriptive.
Ih aussi) nous avons fait quelques chapitres nouveaux : l'un
!V PRÉFACE DE LA cmÛUIÈME ÉDITION
sur te main-d'œuvre aux colonies, particulièrement dans les contrées tropicales et équatoriales africaines, un autre sur la sociologie coloniale et le traitement des races inférieures. Nous avons, d'autre part, étendu les chaplti'es consacrés à la ges* lion financière des colonies et à leur administration et direetion politique, en distinguant très nettement, ce que Ton n'a guère l'habitude de faire, les colonies de peuplement, les colonies rtiiîctes et les colonies d'exploitation. Nous avons aussi tracé quelques règles précises pour les grands travaux publics et notamment pour les deux catégories si différentes de chemins de fer coloniaux, auxquelles on ne saurait aucunement aRpliquer le même régime : à savoir, d'une part, les courts chemins de fer de jonction entre deux voies de communication naturelles, comme le chemin de fer du Bas Congo, ou notre chemin de fer du Sénégal au Niger, et, d'autre part, les immenses lignes transcontinentales, comme le chemin de fer transsibérien, le transcontinental canadien et notre futur ou nos futurs, nous voudrions dire prochains, chemins de fer transsahariens. Ces deux catégories de voies ferrées, indispensables Tune et l'autre, doivent suivre, sous le rapport des tarifs et de rexploitalion, des régimes en quelque sorte opposés.
Nous nous sommes .ainsi efforcé d'extraire tout ce que peuvent contenir, en ce qui concerne la colonisation, et Texpénence paâsée et rexpérience actuelle des peuples, de transformer en méthode générale et en règles précises tous les conseils qui se dégagent de la multitude d'essais auxquels on s'est livré, à ce sujet, sur le globe.
Il est impossible, en terminant, de ne pas faire un retour sur notre paySj la France. Au moment où l'opinion publique semble se résigner à la situation qu'ont faite à la France européenne les tristes événements de 1870-1871, nous avons devant nous et à nous des étendues immenses, embryons encore bien informes d'un empire colonial.
Et ce futur, ce possible Empire colonial, par un inappré* Ciable bienfait du sort, le plus gros morceau, le plus suscep-