‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 4)Chapitre 30 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Colonies d'exploltetf on. — Coloolleo hoUandmlo Les ameiennea Ues teuolae» et snédolBes*

Décadence du commeroe des éploes. — Les HolUodais trouveat une lufst compensation dans le développement de leurs colonies des Iles de la Sonde. — Les gouverneurs généraux célèbres. I Organisation coloniale et agricole de Java. —Domination passagère dM Anglais dans cette île de 1811 à 1815. — Le système colonial du général Van den Bosch. —Les monopoles et les corvées. — Le régime administratif: les chefs indigènes, les résidents, les deuas. — La production, par voie de corvée, du café et du sucre. — Détails sur la culture du café et sa productivité. — Changements de la législation sur la production du sucre.

Lesystème Van den Bosch, maintenu presque intact de 1880 à 1850, a été depuis lors l'objet de beaucoup d'altérations. — Les réformes accomplies depuis i Si», et surtout depuis 1870. — Limitation et atténuation des corvées. — Les ba i jx emphytéotiques. —Tentatives pour l'émancipation économique graduello de la population indigène. — Essai de constitution delà propriété privée.

Suppression des droits différentiels et des surtaxes de pavillon. — Essor du commerce de Java. - Statistiques relatives à 1860, 1876, 1881 et 1896.

Énorme revenu net que Java a versé au budget métropolitain. — Les « bonis coloniaux»». — Leurs inconvénients. — Affaiblissement de ces «bonis» depuis 1870 et leur disparition depuis 1877. — Déficit actuel des budgets des Indes néerlandaises. —La guerre d'Atchin ou Atjeh.

L'étendue et la population des Indes néerlandaises. — Tentatives d'immlfcration européenne. — T&che qui incombe aux Hollandais dans leurs lies de Tocéan Indien. — Ce qai a déjà été fait sous ce rapport. — Louables dépenses pour l'enseignement chez les indigènes. — Les diverses natures d'avantages que la colonisation hollandaise produit à la métropole*

Les possessions hollandaises en Amérique.

Recrudescence de la colonisation hollandaise libre dans TAfriquè australe. ^ Avenir de la race hollandaise dans cette partie du monde.

Le^ petits Ilots danois et suédois dans les Antilles. — Vente de ces Ilots aux Etats-Unis ou à la France.

Malgré la prépondance maritime de r Angleterre, les Hollandais ont conservé presque toutes leurs anciennes possessions. Les guerres du premier empire, alors que la Hollande se trouvait momentanément réunie à la France, faillirent les leur faire perdre; elles ne leur enlevèrent définitivement que le cap de Bonne-Espérance, sans parvenir à en évincer le vivace élément néerlandais. Java leur fut rendue à la paix, et Ton peut dire que Toccupation anglaise de cette grande lie pendant quelques années, fut un très utile enseignement pour les Hollandais. Elle les niitsur la voie de la colonisation efficace et élargit leurs idées, juscfue-là trop étroites. Aujourd'hui les Hollandais continuent à occuper dans les mers d'Orient les Moluques, première source de leur richesse et de leur grandeur, ainsi que les magnifiques îles de la Sonde. Ils gouvernent au moyen d'une petite armée ce vaste empire de plus de 25 millions d'habitants oii l'émigration n'a porté que quelqued milliers d'Européens. On a vu quel

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était leui" systèfflô colonial et commercial au temps de leur plus grande splendeur; il reposait Sur le monopole; ce système avait reçu à la fin du siècle dernier de graves atteintes par suite de la chute de la célèbre compagnie des Indes orientales. La suppression de cette compagnie fut décrétée en 1798 et réalisée le 1*'' janvier 1800(1); il semblait que le moment fût venu de dégager le commerce des îles hollandaises des restrictions qui l'avaient entravé. La Hollande ne se décida pas à adopter une politique que Texpérience recommandait, mais qui était contraire à ses traditions Le vieux système persista longtemps encore ; il persiste aujourd'hui même, en partie du moins. Un économiste compétent, le colonel Torrens, dans son livre sur la Colonisation de V Australie du Sud, s'est arrêté avec complaisance sur la décadence du fameux commerce des épices. Les Hollandais ont maintenu jusqu'à une époque très récente le monopole des exportations des îles aux épices : ce commerce si vanté et défendu par le privilège n'occupait en 1840 que 708 tonneaux et 80 marins, et cependant « près de 1 million d'indigènes, écrivait alors Torrens, sont privés de tous les droits ordinaires de la nature humaine et gardés dans la servitude et la barbarie pour la sécurité de ce trafic indigne et méprisable ». L'économiste anglais comparaît, à l'époque dont nous parlons, ce commerce des épices soumis à tant de restrictions à une branche toute nouvelle du commerce anglais, la pêcherie de la baleine dans les mers du Sud, et il découvrait que cette industrie occupait 30,100 tonneaux et 3,210 marins, c'est-à-dire 43 fois plus de tonneaux et 40 fois plus de marins quele célèbre commerce des épices (Torrens, Colonisation of South Australia, p. 190). On voit que nous avions raison d'affirmer dans le premier livre de cet ouvrage que la Hollande avait attaché une importance exagérée au monopole des épiceries, et qu'elle s'était laissé entraîner, par le désir déraisonnable de s'assurer à elle seule et pour toujours le trafic de ces denrées, dans des guerres et des dépenses qui avaient gravement compromis sa position commerciale. Une loi du 8 septembre 1853 déclara libre la navigation aux îles Moluques ; mais cette loi n'était guère que nominale, puisque les produits presque uniques d'Amboina, les clous de girofle, et ceux de Banda, les noix muscades, devaient être Uvrés au gouvernement. En 1864 une loi détermina les conditions dans lesquelles les producteurs pouvaient se dispenser de l'obligation de livrer leurs produits au gouvernement. Le monopole û*a entièrement disparu qu'en 1870. Depuis le siècle dernier les profits sur les épiceries étaient devenus très faibles ; pour les

(1) Nous avons modifié dans ce chapitre différents passages des éditions précédentes, sur les renseignements qui uous ont étù libéralement fournis par M. le professeur Van der Lith, de l'Université de Leide. {JSote dêtad^ édiUan.)

clous de girofle ils s'étaient même changés en perte. Quant aux muscades, le profit net était seulement de 50,000 florins.

Si la prospérité des Moluques était si fragile et fut de si courte durée, les Hollandais trouvèrent une large compensation dans le développement rapide de leurs îles de la Sonde et spécialement de Java. L'essor de cette grande île ne se peut comparer qu'à l'essor de Cuba. Sous l'administration intelligente de gouverneurs célèbres, Daendels (180&-1811), Van der Capellen(1816), de Bus (1826), Yan den Bosch (18îî0), par l'introduction de cultures nouvelles et spécialement du café, Java vit son agriculture atteindre le plus haut degré de richesse et son commerce se multiplier. L'organisation tant intérieure qu'extérieure resta cependant très artificielle jusque vers 1S60, et ce n'est que dans les dernières années qu'on y a fait d'importantes modifications. L'esclavage rural n'a jamais existé dans les îles hollandaises; de bonne heure l'importation des esclaves orientaux à Batavia avait été défendue (1688); elle fut, il est vrai, permise de nouveau en 1722, moyennant une amende de 10 florins par tète : néanmoins, l'esclavage ne fut jamais pratiqué par les Européens aux îles de la Sonde comme système . général de travail. On n'avait d'ordinaire que des esclaves domestiques qui étaient en très petit nombre et qui furent affranchis définitivement par la loi du 2 septembre 1854, laquelle ordonnait l'émancipation pour le 1*' janvier 1860. Mais si l'esclavage rural n'existait pas dans les îles de la Sonde, on y trouvait et l'on y trouve encore une organisation qui se rapproche de la servitude (1).

Pour comprendre la situation de la population indigène et celle des Hollandais à Java, il faut remonter au commencement de ce siècle et suivre les modifications de la politique coloniale, on pourrait presque dire de la politique agricole des Hollandais aux Indes néerlandaises.

L'ancienne et célèbre Compagnie des Indes néerlandaises, créée au commencement du xvn* siècle (voir plus haut, p. 62), avait eu une politique très simple et toute mercantile. Toutes ses vues étaient tournées vers la production et le commerce, non vers la civilisation des habitants. Elle évitait soigneusement de s'immiscer dans les atTaires mêmes de la population indigène; elle instituait des agences et des comptoirs ; elle respectait toutes les auto- Ci) Nous parlons ici de Tesclavage pratique par les Européens, car dans la population indigène cette institution a existé plus longtemps et se retrouve même encore dans quelques districts. Dans certains, le gouvernement est lié par des traités avec les chefs indigènes avec lesquels il s*est engagé à ne pas se mêler de r administration intérieure. C'est ainsi que sur la c6te occidentale de Sumatra, Tepclavage n'a été aboli qu'en 1876, et encore a-t-on été forcé de faire en lâSO une exception pour certaines parties de ce territoire, où Peedavage est toléré.

(Note de ia 3« édilijn.)

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rites établies chez ses sujets; elle se contentait d'imposer aux princes et aux chefs des terres conquises la livraison de certains produits tels que le café, le riz, l'indigo, les épices, soit gratuitement, soit à des prix arbitrairement fixés d'avance. Ce système commode et en apparence recommandable lâchait la bride à toutes les injustices et toutes les oppressions auxquelles il plaisait aux chefs indigènes de se livrer; pourvu que ces oppressions ne fussent pas telles qu'elles provoquassent un soulèvement, la compagnie n'intervenait pas. Les Hollandais évitaient de se présenter en redresseurs des torts, en propagateurs d'une croyance religieuse ou en éducateurs ; c'était là une colonisation dépourvue de tout esprit élevé, de toute grande pensée; c'était, à vrai dire, une simple exploitation ; même dans le courant de ce siècle, le régime colonial hollandais à Java a conservé longtemps encore en partie ces caractères. On verra plus loin que depuis 1860 de grands efforts ont été faits pour se conformer à l'espritcivilisateur et aux tendances philanthropiques de notre temps.

Déjà lors de la suppression et de la débâcle de la grande compagnie des Indes, les gouverneurs nommés par l'Etat voulurent réagir contre cette incurie, cette routine et ce parti pris d'abstention. L'un d'eux, resté célèbre, Daendels (1808-1811), contint avec -vigueur les petits souverains indigènes, réprima leurs abus flagrants de pouvoir, construisit des routes et donna de l'impulsion à la mise en culture de l'île de Java. Un événement survint qui interrompit ses efforts et qui imprima une autre direction à la colonisation^e cette contrée.

L'annexion delà Hollande par la France mit ce pays, malgré lui, aux prises avec les Anglais. Ceux-ci, maîtres de la mer, s'emparèrent de Java en 1811 et, comme gouverneur, ils y installèrent un organisateur de mérite, élevé dans les principes de l'administration anglo-indienne, SirStamfordRaffles. Ce fonctionnaire, voulant se mettre au-dessus du concours des chefs indigènes, chercha à établir à Java un régime analogue à celui des présidences de Madras et de Bombay. Rattachant habilement le gouvernement européen aux traditions orientales qui accordent au souverain le domaine éminent du sol et qui font des détenteurs des terres de simples tenanciers puljlics, Sir Stamford Rafîles décréta que le gouvernement était le propriétaire légitime du sol, et que chaque indigène payerait directement une taxe variant de la moitié au quart du produit des terres qu'il cultivait. Les chefs indigènes n'eurent plus le droit d'imposer les habitants ; ils reçurent un traitement fixe et furent transformés en lonctionnaires du gouvernement.

Les circonstances étaient médiocrement propices à une trans-

tT8 DE LA COLONISATION AU XIX* SIÈCIK.

formation aussi radicale, les chefs indigènes s'y prêtant à contrecœur et Tadministration anglaise étant médiocrement assise parce qu'elle ne paraissait pas définitive. Quand les Hollandais reprirent possession de Java en 1816, ils hésiteront longtemps entre le maintien de Torganisation de Sir Staraford Raffles et le retow aux pratiques de leur ancienne Compagnie des Indes,

Après quatorze années de tâtonnements, un de leurs plus illustres gouverneurs, le général Van den Bosch proposa à Taoceptation du roi Guillaume ?s qui avait Tesprit ouvert aux affaires, un projet nouveau d'organisation coloniale. C'est la méthode de Van den Bosch qui a été appliquée aux Indes hollandaises, sans aucune variante, pendant vingt ans, et avec différentes corrections et un grand nombre d'infidélités à l'expiration de ces vingt années^

Le gouvernement néerlandais se substituait simplement aux chefs indigènes, et il percevait directement comme impôt ce que ces chefs avaient le droit de percevoir en vertu de la coutume {aciat) \ è savoir un cinquième des produits agricoles et un cinquième des journées de travail. Partant de ce principe, le gouvernement prescrivait qu'un cinquième des terres serait cultivé pour la production exclusive de certains produits appréciés sur le marché européen, comme le café, le sucre, le tabac, l'indigo, le thé, le poivre et la camnelle. Le travail des indigènes pour la culture était surveillé par le gouvernement et payé à un prix fixé d'avance. Les produits étaient déposés dans des magasins, puis transportés aux ports de mer et livrés h une société de commerce, intermédiaire entre le gouvernement et les consommateurs, Vffandels-Maafsehi^ppy, pour être, par ses soins, chargés sur des vaisseaux hollandais et portés à Amsterdam où à Rotterdam où on les mettait en vente. C'était le système des cultures forcées, des corvées et des monopoles.

Ce régime paraissait favorable à, toutes les parties. Il semblait soustraire les indigènes h Toppression des chefs ; il devait assurer la culture des produits]qui étaient les plus recherchés par les Européens ; les chefs seuls eussent pu se plaindre et trouver que le traitement fixe les dédommageait insuffisamment. Pour exciter leur «èle, le gouvernement leur alloua en outre un tantième sur le montant des produits. Pour l'indigo et le sucre, le général Van den Bosch passa des contrats avec des entrepreneurs européens auxquels il allouait des terrains, il fournissait de la main-*d'œuvre et môme il faisait des avances, k la condition d*ètre remboursé en produits fabriqués (1).

(1) On a fait remarquer, cependant, que, dan» rappUc&UQQ,le «ystème V{iQ dea Bosch avait été moins favori&le qu'en apparence à la masse de la population indigène. Ce système exigeait, en effet, le concours très actif et très âdèle des

ebel^ : pour ro])teatf. le gouveroemop^ m Immi a9tr«liier 4 («rUSor leur pou-

COLONIES d'exploitation. ~ COLONIES HOLLANDAISES. 270

Les Ghefg indigènes restaient toujours les intermédiaires entre le gouvernement hollandais et la population. Chaque région est sous les ordres d'un régent Javanais que nomme le gouvernement, en ayant soin de le prendre parmi les anciennes familles princières. Ce régent jouit d'un traitement fixe de 800 à J ,500 florins par mois, soit de 20,000 à d6,0tX) iï. par an, en plus de ses tantièmes sur le produit des cultures, et Jusqu^à ces derniers temps il avait la Jouis* sance de certains champs qui lui avaient été particulièrement alloués (1). Chaque régence est subdivisée en cinq ou six districts sous les ordres d'un fonctionnaire indigène, appelé tcedono. Celuici est parfois un chef ftdnéant, et il a auprès de lui une sorte de vizir ou maire du palais, qu'on appelle le « patti». C'est lui parfois qui est le vrai régent. Depuis 1874 on a joint aux wedonos, des « as8istent-*wedonos », pour donner plus de force à la police indi-* gène. Les districts à leur tour comprennent des villages ou oom« munes (cfeMo^), qui ont un chef, analogue à notre maire, élu par les indigènes, mais dont la nomination doit être confirmée parl'au* torité hollandaise. Le mode de propriété qui règne dans la plus grande partie de Java est la propriété communale dont quelques publidstes aujourd'hui, notamment M. Emile de Laveleye, célèbrent les prétendus mérites (2). Le chef du village doit percevoir la iand^rênt, une taxe sur la culture du riz, qui fut introduite par sir Stamford Haffles. D répartit les champs à cultiver, il est en outre chargé de la police.

Telle est la hiérarehie indigène au moyen de laquelle les Hol^ landais gouvernent Java. Quant à l'administration néerlandaise elle-même, elle se compose d'abord du gouverneur général qui est nommé pour cinq ans et responsable devant le roi. Auprès de lui est un conseil de cinq membres qu'il est tenu de consulter dans les grandes affaires. Sous ses ordres sont sept directeurs pour les divers services publics, la justice, les finances, l'intérieur, l'ins-^ truction et les cultes, l'industrie et les travaux publics, la guerre et la marine. Une cour des comptes composée de sept membres complète cette organisation supérieure.

L'Ile de Java est partagée en 22 résidences qui, outre l'administration indigène dont nous avons parlé, ont chacune à leur tète un résident européen, assisté d'un résident adjoint, d'un secré*

▼oir etf (iana beaucoup de eus, & leur laisser la malu Ubro 4 l'éffard de leur* subordonnés. Cest idors peut-être que le principe de ne pas se mdler des ln(U< gènes a été observé aveo le plus d'ezaotltudo. (Note de ia 3* édition,)

(1) Depuis 18^, on a cessé de donner des champs eux chefs, de peur (|u'il« n'abuseat de leur position pour ae faire allouer lea meilleurs terrains.

(Note de la 3« édition.)

(S) Nous donnons plus loin quelques détails sur oe mode de propriété et les sQEospttffQs q«11 oomports. Woif de iaf^ #4t<iofi.)

t^O DE LA COLOmSATION AU XIX* SIÈCLE.

taire et de contrôleurs. Ces derniers sont parliculîèrement chargés de Finspection des cultures du gouvernement. Tous ces agents hollandais se recrutent parmi les jeunes gens qui, soit en Hollande, soit à Batavia, ont passé un examen portant sur les connaissances administratives et sur les langues du pays. Avec beaucoup de prévoyance le gouvernement recommande à tous ces fonctionnaires de ménager soigneusement les susceptibilités des nobles javanais.

Fondé en 1830, le système colonial Yan den Bosch s'étendit et se développa pendant vingt ans. A partir de 1850 les critiques devinrent nombreuses et des modifications graduelles dans l'administration en furent la conséquence. Toutes les cultures gouvernementales ne donnaient pas également des bénéfices. Le café et le sucre primaient toutes les autres. La population indigène, que ses traditions et ses goûts portaient surtout à la culture du riz, voyait d'un mauvais œil l'extension des autres produits. Elle se plaignait de la lourdeur des corvées, de certains arrangements défectueux, de réloignement des magasins par exemple, et de beaucoup de détails d*économie rurale. La Hollande retirait de Java des bénéfices énormes. La vente du café à elle seule rapporta au trésor, de 1840 à 1874, une moyenne annuelle de 22 millions de florins net, soit 46 millions defirancs environ. Le produit du sucre atteignait le quart de cette somme. Le gouvernement n'attachait donc guère d'importance qu'à ces deux denrées. Aussi supprima-t-il la culture pour compte gouvernemental du thé, du tabac, de l'indigo, de la cochenille et de la cannelle. Ces produits furent désormais abandonnés à Tinitiative privée qui suffit à développer, dans des conditions plus rémunératrices, la culture du tabac et du thé.

Le gouvernement n'est plus resté producteur que de café et de sucre. Il n'est pas hors de propos de dire quelques mots de l'organisation qu'a donnée à ces deux grandes cultures l'administration hollandaise.

Au commencement du siècle et avant l'occupation anglaise, le gouverneur général Daendels avait décrété que tout le café devait être livré par les cultivateurs au gouvernement. Mais les trois commissaires généraux hollandais de 1816, qui administrèrent le pays après le départ des Anglais, voulurent introduire un travail libre et rémunérateur et décidèrent que les indigènes devaient fournir au gouvernement gratuitement, à titre d'impôt, les deux cinquièmes de leur récolte de café, et que pour les trois cinquièmes restants ils pourraient le vendre à des particuliers, à moins qu'ils ne préférassent le livrer au gouvernement à un prix fixe, lequel fut, à l'originet 25 florins (52 francs] par picol de 62

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kilog. et demi. Le gouverneur général Yan der Gapellen modiiia ees dispositions, de sorte qu'elles n'existèrent plus que nominalement. Le général Van den Bosch les abrogea complètement et décida que chaque famille entretiendrait 600 caféiers, que tout le café serait livré au gouvernement qui payerait douze florins net (plus tard quatorze florins) par picol sur toute la production, soit d*abord 40 centimes environ, puis 47 centimes par kilogramme. Comme il fallait 200 arbres pour produire un picol de café, chaque famille recevait ainsi 36 florins, aujourd'hui 42 florins par an. Mais il en fallait déduire la taxe sur le riz qui est de 1,000 florins par an et par cent bouws (le boute équivaut à deux tiers d'hectare) ; cette étendue de cent bouws est la superficie moyenne d'un village habité par cent familles. C'est donc environ 2,000 à 2,500 florin^ par an dont bénéficient en définitive cent familles d'agriculteurs javanais du fait du gouvernement, impôt déduit ; la rémunération moyenne de chaque famille est ainsi de 25 florins ou 54 francs, et elle a en outre la pleine et entière disposition des terrains qu'elle cultive pour son propre usage (1).

Le gouvernement apporta successivement dans la culture du café différentes réformes ayant pour objet de laisser au cultivateur plus de liberté. Ainsi on lui permH de s'exempter de tout travail dans les terrains désignés par le gouvernement à la condition de planter sur le terrain qu'il détenait en propre un certain nombre de caféiers. On veilla à ce que les terrains indiqués pour la culture du café ne fussent pas trop éloignés des dessus ou villages. Bref, le gouvernement néerlandais se conduisit comme le fait visà-vis dé ses métayers un propriétaire intelligent.

Beaucoup moins populaire que la culture du café est celle du sucre qui fut aussi, à Java, une culture gouvernementale. C'est le général Yan den Bosch qui l'introduisit et l'on n'eut guère au début à s'en féliciter. De 1837 à 1844, le gouvernement perdit sur cette culture une vingtaine de millions de francs. Dans les régions où on la pratiquait, un cinquième du terrain était planté en cannes et les quatre cinquièmes en riz. Le gouvernement payait des sonunes très faibles aux indigènes pour le sucre qu'ils lui livraient. Il passait aussi pour la fabrication de cette denrée des contrats avec des entrepreneurs dont beaucoup firent de brillantes affaires auxquelles ne pariicipait pas le gouvernement. Ce n'est qu'à partir de 1845 que la culture du sucre est devenue rémuné-

(1) Cet mIcqIs sont empruntés aux articles que M. A.-L.-H. Obreen a publiés dans VEeonomitU prançais dos 16 et 23 Juillet 1881. n faut, toutefois, faire remarquer que le rendement et les frais de culture variant suivant les terres, les caleuls qui précèdent ne peuvent senir qne d'Indication approximative.

{JSole de la 3« édUion.)

ratriee pour le Trésor. En 1850 les terrains plantés en cannes h sucre furent accrus d'une partie de ceux plantés jusque-là en iii« digo (1). En 1863 on fit un nouveau règlement de la culture du sucre. Les contrats passés avec les fabricants durent faire l'omet d'adjudications publiques. On stipula un minimum de prix gue les fabricants devaient payer aux indigènes sur le rendement par bouw (2/3 d'hectare); pour les premiers 45 picols (le picol vaut 62 kilog.) par bouw, 3 florins ou 6 fr. 30; pour chaque picol en plus, 1 fl. 50 (3 fr. 15), avec un minimum de 90 florins. La coupe et le transport de la canne devaient être aux frais de l'entrepre* neur. Une loi du 21 juillet 1870 a stipulé que, à partir de 1890, toute intervention du gouvernement pour la culture de la canne à sucre devrait cesser et que les fabricants n'auraient qu*à louer eux-mômes des terrains et à pourvoir à la culture par des fermiers ou des ouvriers. Beaucoup de personnes prétendaient qu'il en résulterait l'abandon de la culture du sucre, par raversloq qu'ont les indigènes pour toute autre culture que le riz. L'événement a démenti ces pronostics.

D'après le rapport colonial de 1806, voici les contenances alfeotées h la production du sucre à Java sous le régime de la corvée et sous celui du travail libre :

Cbaaips Am ipdigèBM à la diëpotition Chanpa des Uidlgènei lovât pir lat

du gtoiiyemamaB^ oédés pw lui wx fvIuricmU ayant oostraetd etm le

fgtbricanU et plantés en cannes gouvernement et plantés en cannes

•eus le régime da la corvée. aeua le régime du tnTaO Ubva.

1886 17,405 ÎÎ2.7Ç3

Ces espaces ne représentent pas la totalité des étendues consacrées à la culture de la canne à Java. Mais, même en s'en tenant à ces chiffres, on voit que la réunion de ces deux colonnes donne plus de 88»512 bouws en 1891 contre 42,500 en 1878. Il n'y a donc eu qu'une légère diminution. La réduction constante depuis 1879 des champs classés sous la première oolonneest due à la disposition de la loi de 1870 qui édictait que, à partir de 1879, lea champs oé-

(1) Quand il libéra une partie de la population de la culture forcée de Tindigo, le gouyerpeixieat n'utilisa pas à la culture du sucre tous les terraiiis rendus ainsi disponibles, \ine grande partie fut alfectée à la culture du riz. qpi constitue la nourriture de la population. {Note de la S* édition.)

(2) Annuaire Statistique des Pays-Bas^ Colonies ^ i896 et années antérieures^ paru en 1898. Nous rappelons que le bouw vaut environ deux tiers d'hectares.

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dés par les indigènes et placés sous le régime de la corvôei diminueraient chaque année â*un dixième. A partir de 1892, les indigènes purent disposer de toutes leurs terres.

Outre les fabricants de sucre qui avaient des contrats avec le gouvernement, il s'en rencontrait beaucoup d'autres qui travaillaient pour leur propre compte, sans lien aucun avec rstai. et qui louaient des terrains aux indigènes pour la culture du sucre- Voici les étendues totales cultivées en sucre à Java à diverses époques, par des entrepreneurs sous le régime des contrats libres avec les indigènes :

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