bonws en 1887 95.989 bonwa en
On voit que la suppression de l'action gouvernementale, en ce qui concerne la culture du sucre, n'apparait nullement comme ayant été défavorable : et ici, encore, éclate une fois de plus, en dépit des pessimistes, la force bienfaisante de la liberté du tra* vail, sinon immédiatement, du moins h la longue, même chez les races non européennes.
Le système des corvées, que les mesures précédentes ont déjà entamé, ne régissait pas, d'ailleurs, tout le travail à Java» C*est ainsi que les grands travaux publics, notamment les obemins de fer, sont faits sous le régime du travail libre. On se procurait pour ces grandes entreprises des ouvriers indigènes dont le salaire va* riait de 80 eeniê h 1 florin, soit de 48 centimes h 2 fr. 10 par jour.
La législation de 1870 a pourvu à d'autres réformes d'une égale importance : elle a pris des dispositions pour que les fabriques de sucre mues par la force hydraulique ne nuisissent pas, comme c'était trop fréquemment le cas, à la culture du riz, qui est pour la population de Java la culture vivrière et nationale par excellence.
Parmi les réformes qu'à introduites la loi de 1870, il faut si« gnaler encore Fabolition de Tobligation, à laquelle étaient autrefois assujettis les fabricants en contrat avec l'Etat, de livrer aM
gouvernement la plus grande partie du sucre fabriqué. Avant cette date, les industriels devaient céder à TEtat, en moyenne, les deux tiers du sucre qu'ils avaient produit et n'en recevaient que des prix assez minimes. Le sucre était transporté aux Pays- Bas pour le compte de l'Etat. Aujourd'hui les fabricants doivent payer à l'Etat une redevance fixe, mais ils ont la libre disposition de tout le sucre qu'ils fabriquent. Cette mesure, qui a émancipé la production sucriëre, n'est pas restée sans influence sur les exportations de Java à destination de la métropole.
La môme loi a eu aussi pour conséquence l'élévation de la ré tribution des indigènes pour les champs qu'ils- cèdent et la maind'œuvre qu'ils sont encore contraints, dans certains cas, de fournir. La moyenne annuelle de l'ensemble de ces rétributions aux indigènes montait à 5,413,762 florins de 186S à 1870; dans les années suivantes elle s'est élevée à 6,339,659 florins. Les indigènes ont actuellement le droit de porter plainte devant le tribunal indigène, quand il leur semble que le dédommagement pour la cession de leurs champs est trop faible.
Toutes les mesures qui précèdent sont autant de modifications partielles et de corrections au fameux système du général Yan den Bosch; une atteinte plus considérable, au moins en principe, lui a été portée dans la même année. Tout le régime agricole de Java a été remis en question par la loi agraire de 1870 qui autorise le gouvernement à louer par bail emphytéotique pour soixantequinze ans les terres incultes. Le gouvernement se réserve néanmoins celles de ces terres qui lui semblent le plus propres à la culture du café. Dans les neuf années qui ont suivi 1870, il a été ainsi concédé par bail emphytéotique 100,000 bouws, environ 66,000 hectares. En 1896, le total des terres cédées à bail ou en emphythéose à Java, par le gouvernement, s'élevait à 484,688 bouws (environ 324,000 hectares), dont 465,387 bouws cédés à des Européens ou à des sociétés anonymes, 17,569 bouws à des Chinois et 1,732 à des indigènes.
Le législateur n'a pas cessé de s'occuper de l'importante question de la cx)nversion de la possession précaire du sol en une propriété personnelle et permanente. Il n'a pris encore aucune mesure pour la transformation de la propriété collective communale en propriété individuelle. Mais la propriété collective communale admet, à Java, on l'a vu, la possession personnelle. Or, aux termes de la loi de 1870, tout possesseur individuel a le droit de faire convertir cette possession en propriété individuelle. Quant à la manière de convertir la propriété communale en possession individuelle, elle n'est pas encore réglée. Néanmoins quelques conversions de ce genre ont eu lieu, sous la pression, dit-on, des fonctionnaires qui estimaient que cette transformation était conforme aux intérêts
COLONIES d'exploitation. — COLONIES HOLLANDAISES. 285
des indigènes. Pendant quelque temps, le gouvernement agit dans ce sens. En 18S0, toutefois, il voulut dégager cette transformation agraire de toute pression officielle ; une circulaire prescrivit qu'elle ne s^eiïectuât plus que surTinitiative libre du laboureur. On a prétendu que celte circulaire avait pour but, et qu'elle eût en tout cas pour conséquence, de contrarier la constitution de la propriété privée, parce que les indigènes pensèrent que le gouvernement y était opposé. Aussi le 3 mai 1882, la deuxième Chambre des Pays-Bas émit sur cette circulaire un vote de bl&me, déclarant qu*elle pouvait avoir pour effet d'empêcher la population indigène de choisir librement Torganisation agraire qu*elle préfère. On s'occupe depuis lors de rédiger un projet de loi qui règle cette matière délicate.
La propriété collective reste encore le régime habituel pour les indigènes à Java : les domaines particuliers s*étendent^ toutefois, en 1896, sur 1.568,337 bouws (plus de 1 million d'hectares), dont 1,170,706 bouws aux Européens, 368,818 aux Chinois et 19,813 seulement à d'autres orientaux et aux indigènes. Il y faut joindre les 484,000 bouws de terres données en bail ou en emphythéose par le gouvernement et 60,000 bouws de terres cédées par les princes indigènes, en tout, plus de 2,100,000 bouws ou de 1,400,000 hectares. Le total du terrain en cultures indigènes pour Java etMadura est, en 1896, de 3,720,765 bouws (environ 2.500,000 hectares^; il a augmenté graduellement de 25 p. 100 depuis 1880 où il n'atteignait que 2,974,000 bouws. Le pays contenant plus de 13 millions d'hectares, les superficies culturales peuvent encore s'étendre.
C'est le café qui est le principal produit officiel de Java. Voici des chiffres concernant cette denrée, d'après M. Obreen jusqu'à 1879 et d'après M. Van der Lith pour les années suivantes :
Nombre de picols (1) Prix de revient da pieol Produit net par picol de oaM
lirrés aa de café venduenHoilanoe, tous frais
gouvernement au gouvernement à Java de transport déduits
Années. Floriiu (3) FUMi$u
C'est donc une somme nette de 25 à 60 millions de florins que la vente du café produisait au gouvernement suivant que la récolte était bonne ou mauvaise et les prix plus ou moins élevés. Depuis
(1) Le picol vaut 62 kilogrammes et demi. l'Zi Le florin holiandaïB vaut 2 fr. 10.
266 DB LA GOLONISATTON AU XIT^ SIÈCLE.
1862 une partie du café qui appartient au gouvernement n'est pas transportée en Hollande, elle se vend sur place.
Dans ces dernières années, la production du café par le gouvernement a sensiblement diminué^ et celle des particuliers s'esl accrue comme le montrent les chifn^es suivants :
Production en pioolt da Mfé à J«nu
Annéw Ptt le gouvernAment P«r les piftiCttliers
D'une façon générale, on voit que la part tant absolue que relative de la production gouvernementale, pour le café, comme pour les autres denrées^ diminue (1).
D'autres réformes s'accomplirent dans le régime commercial extérieur de cette colonie. On a vu, dans de précédents chapitres, combien était restrictif le vieux système colonial hollandais. En 1850, on a diminué le monopole de navigation ; une ordonnance de 1858 ouvrit seize ports au commerce général; les droits différentiels et les surtaxes de pavillon que la Hollande avait abandonnés pour ses ports d'Europe furent quelque temps encore conservés à Java, mais atténués. G*est en 1874 seulement que les droits d'entrée différentiels qui protégeaient le pavillon hollandais à Java furent complètement supprimés, et qu'on inaugura un régime de douanes tout à fait libéral.
La prospérité de Java s'était merveilleusement développée. Le café, dont on produisait seulement 8 millions de kilogr. en 1790, figurait, dans les tableaux d'exportation, en 1840, pour 70 millions de kilog. La canne à sucre prit un développement qui était dû en partie aux efforts du gouvernement, et en partie à une circonstance particulière. Considéré comme produit par le travail libre, le sucre de Java eut entrée en Angleterre, sous le régime intermédiaire qui distinguait les sucres émanant des pays à esclaves des sucres émanant des pays libres, distinction qui prohibait les sucres de Cuba.
En 1^60, le mouvement des importations et des exportations pour nie de Java seule, non comprises les autres possessions hollandaises orientales, montait à 178 millions de florins, soit 371 millions de francs environ qui se décomposaient comme il suit :
(1) 11 « n est de même pour le quinquina, dont le gouvernement produisait 351. Omj kilog. en 1887 et les particuliers 872.000, tandis que, en 1896, le premier D'en a produit que 293.000 kilogr., et les particuUers 3 504.000 kii.
GOLOMIBS û'£Xl>L0ttAîtON. — COLONIES HOLLANDAISES. tel COMMERCE DE JAVA fiN 1860,
d'après le rapport colonial officiel
Importations en florins
Manhandiaes Espèces (or, arg., eto.) Total
Par les particuliers 44.173.801 1 .726.594 45.900.395
Par le gouTernemenU 5.676.017 17.765 000 23.441.017
Total 49.849.818 19.491.594 69.341.4)2
Exportations en florins
Marehandiaes EapècM Total
Par les particuliers 47. 185.515 4 790.706 51 .976.221
Par le gouvernement 47.478.957 5.001.301 52.480.258
Total 94.664.472 9.792.007 104.546.479
On voit que le gouvernement faisait la moitié des exportations et le dixième seulement des importations. C'était là une situation très défavorable au commerce^ car pour avoir toute liberté d'allures et pour combiner avec efficacité ses opérations, il est souvent utile que ce soit la môme personne, le même commissionnaire, qui pourvoie à l'importation et à l'exportation. On voit, en outre, que les exportations de marchandises étaient doubles des impor^ latioQS. Tout ce trafic employait 400,000 tonnes de navires dont 100,000 seulement sous pavillon étranger.
Depuis 1860, il y eut un développement énorme du commerce des Indes orientales hollandaises, comme le prouvent les chiffres suivants qui ne sont pas, il est vrai, complètement comparables à ceux cités plus haut. Les statistiques de 1860 ne s'appliquaient^ en effet, qu'à Java, qui est de beaucoup la principale des possessions hollandaises des Indes; les statistiques postérieures à 1874, s'appliquent, au contraire, à tout l'ensemble des possessions hollandaises orientales.