‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 4)Chapitre 41 sur 69 · L'ALGÉRIB : LE PEUPLEMENT, L* ACCLIMATATION. 98S · texte numérisé non relu

L'ALGÉRIB : LE PEUPLEMENT, L* ACCLIMATATION. 98S

espagnols se sont élevés à 10.217. Le recensement du 31 décembre 18S1 ayant constaté la présence de 114,320 Espagnols dans la colonie, on peut conjecturer que la population espagnole moyenne a été dans ces trois années au-dessous de 110.000. On peut dire, il est vrai, que la mortalité a été un peu accrue par les massacres de Bou-Amama, mais ces massacres n'ont fait qu'un nombre restreint de victimes. Pendant les trois années 1885, 1886 et 1887, la mortalité s'est élevée & 12,524 pour un nombre moyen d'Espagnols que Ton peut évaluer k 140.000 ; le taux de la mortalité annuelle était ainsi de 30 p. 0/0 environ. Or, dans les trois années 1807-1809, les décès espagnols ont présenté une moyenne annuelle de 3,582 ; le recensement de 1896 ayant constaté 157,560 Espagnol s dans notre colonie, on peut penser que le chiffre moyen dans les trois années suivantes atteignait 160,000, ce qui faisait ressortir une mortalité de 22,38 p. 1,000. Quant à la natalité chez les Espagnols de notre colonie, elle est' un peu plus élevée que celle des colons de notre nationalité. Dans les premières années, elle se tenait au chitfre énorme de 47,5 pour 1000. Dans les trois années 1879, 1880 et 1881, le chiffre des naissances parmi cette catégorie d'habitants a été de 13,565, ce qui donne une moyenne annuelle de 4,521. Si l'on rapproche ce chiffre de celui de 110,000 représentant la population espagnole moyenne, on a un rapport de 41 pour 1000. Dans les trois années 1885, 1886, 1837, le même calcul a fait ressortir un rapport de 40,55 pour 1000. Dans les années récentes, 1897, 1808 et 1899, la natalité espagnole paratt être de 34 p. 1000 ; en y joignant la part proportionnelle de cet élément dans les naissances de père inconnu, elle doit atteindre 35,5 p. 1000. L'élément espagnol s'accrott chaque année en moyenne de près de 2,000 &mes environ par l'excédent des naissances sur les décès, si on néglige l'effet des naturalisations; c'est aussi à 2,000 environ par année que ressort approximativement, du chef de l'excédent des naissances sur les décès, l'accroissement de l'élément français, cependant bien plus nombreux. Les Italiens et les Maltais ont une natalité de 40 et 25 pour 1000 et une mortalité, respectivement, de 25 et 22,5 p. 1000. Il est naturel que les Allemands, hommes du Nord, soient moins aisés à acclimater que toutes ces races du Midi. Leur mortalité a atteint dans les premiers temps le chiffre effrayant de 55 pour 1000 et leur natalité n'était que de 31 p. 1000. Dans les années 1897-90, la mortalité dépasse encore, parmi eux, 43 pour 1000, et la natalité est très faible, environ 14 pour 1000. S'ensuit-il que l'on doive dire, comme certains publicistes, que les Allemands et, ce qui nous intéresseplus, les Alsaciens-Lorrains, ne doivent pas immigreren Afrique? Quelques personnes seraient tentées de parler de même des Français du Nord. Il y a là une grande exagération. La nature humaine est beaucoup plus élastique qu'on ne se le figure. La

faible natalité des Allemands vient d'ailleurs, en grande partie, de ce que le nombre de femmes parmi eux est beaucoup plus faible que celui des hommes : 1.235 de celles-là contre 2,084 de ceux-ci, d'après le recensement de 1896. Quant aux Suisses, qui sont au nombre de 3,200, parmi lesquels 1,868 hommes et 1,332 femmes, la mortalité parmi eux est de 22,5 et la natalité de 15,1 pour 1000. S'il était plus prolifique, ce serait là un excellent élément.

On sait que les colons anglais, irlandais, écossais, sortis de climat^ humides et plutôt froids, se sont assez bien acclimatés dans les régions méridionales des Etats-Unis,les Garolines, la Louisiane, leTexas,dans la partie de l'Australie voisine desTropiques,Queensland et la Nouvelle Galles et que les paysansboUandaisse sont supérieurementacclimatésauTransvaal. Ces exemples sont plusprobanls que tous les raisonnements. Avec le temps et l'hygiène, il y a peu de doute que les Français du Nord, les Alsaciens-Lorrains, même les Allemands et les Suisses, ne parviennent à prospérer en Afrique.

De tous les éléments que l'on rapproche de la population européenne d'Algérie, celui qui a présenté longtemps à la fois la plus forte natalité et la plus faible mortalité, c'est l'élément des Israélites naturalisés ; mais il s'agit là de véritables indigènes. Leur natalité oscillait jusqu'à ces dernières années entre 43 et 57 p. 1000, proportion énorme, et leur mortalité entre 24 et 28. Un statisticien, doué d'imagination et tirant de la loi des nombres toutes ses conséquences logiques, en conclurait que, dans quelques siècles, l'Algérie sera principalement peuplée de Juifs ; il ne nous paraît pas que ce résultat soit fort à craindre, mais Télément Israélite exercera une influence profonde sur les destinées algériennes. Depuis quelques années, les conditions si favorables des Israélites indigènes se sont un peu modifiées. La natalité est restée tout aussi forte. Si l'on considère les trois années 1897, 1898 et 1899, le nombre des décès parmi les Israélites naturalisés monte à 3,758, soit une moyenne annuelle de l,253ou23 1/2 p. 1000 environ, lenombre des Israélites indigènes étant de 53,103 d'après le recensement de 1896. Dans ces mêmes trois années les naissances ont atteint le chiffre de6,364, dépassant de 2,606 celui des décès. Pour les mêmes trois années, l'excédent des naissances sur les décès parmi les Israélites marocains et tunisiens habitant l'Algérie a été de 547. L'excédent annuel des naissances sur les décès est ainsi, pour les Israélites d'origine africaine, déplus del,OOOâmesparan, chiffre qui dépasse la moitié de l'excédent des naissances sur les décès parmi la population française (V. plus haut, p. 379) ; cependant, celle-ci, prise dans son ensemble, est en Algérie près de six fois plus considérable que la population Israélite indigène.

La multiplication du nombre des Espagnols inspire des craintes à beaucoup de publicistes et de politiques. On est

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tenté de nous appliquer le fameux dicton : Sic vos non vobis. Les conquêtes que nous faisons, les capitaux que nous prodiguons, d'autres en profitent, les Espagnols, les Italiens. L'Espagnol, a écrit un statisticien, est avant tout le colon né de notre Algérie. A Tappui de ces observations pessimistes on fait remarquer que, de 1872 à 1876, le nombre des Espagnols s'est accru de 21,144, tandis que celui des Français gagnait seulement 26,764. Or le chiffre initial des Français était presiiue double de celui des Espagnols. Dans la période de 1876 à 1881, si les massacres de Saïda n'étaient intervenus qui ont fait refluer en Espagne une partie des immigrants de cette contrée, il est possible que l'augmentation du nombre des Espagnols eût atteint celle du nombre des Français. Les chiffrés du recensement de 1876 justifiaient pour certains esprits les prévisions alarmantes. Dans le territoire civil de la province d'0ran,le8 Français ne comptaient que pour 43,516, tandis qu'il ne s'y trouvait pas moins de 69,131 étrangers. En localisant encore davantage, dans l'arrondissementd'Oran, il y avait 45, 107 étrangers, en grande majorité espagnols, contre 22,717 Français. L'écart était encore plus fort dans l'arrondissement de Sidi-bel-Abbès, qui comprenait 10,360 étrangers contre 4,343 Français. Nous ne partageons pas cependant, à ce sujet, les anxiétés de beaucoup de nos compatriotes . 'Il n'y aurait de péril sérieux de ce côté que si l'Espagne possédait le Maroc et, malgré l'envie qu'elle en peut avoir, nous ne pensons pas qu'elle soit de force en ce moment à tenter une pareille entreprise ou du moins à y réussir. Quand elle sera en état de le faire, il est probable qu'une forte partie de l'élément espagnol algérien se sera déjà fondue dans la population française (1).

D'après le recensement de 1896, le nombre des Espagnols dans toute l'Algérie est de 157,500, dont, chose curieuse, 81,506 femmes et 76,054 hommes seulement; la population française municipale est, d'après le môme recensement, de 318,137, mais il est probable que les Espagnols naturalisés y comptent bien pour une vingtaine de mille. Dans la province d'Oran, le nombre des Espagnols de nationalité en 1896 est de 108,438 contre une 'population civile municipale française de 97,260 âmes, comptant elle-même vraisemblablement une quinzaine de mille Espagnols naturalisés ou descendant d'eux; Télément français d'origine représenterait donc dans cette province 82,000 à 83,000 âmes seulement contre 123,000 &mes d'origine espagnole. Evidemment, il vaudrait mieux que les proportions fussent inverses. Néanmoins, pour peu que notre politique soit intelligente, il ne nous pa-

(1) Si, dans un temps plus on moins éloigné, les Espagnols tentaient la conquête du Maroc, cet empire devrait être divisé ; la moitié orientale et une partie méridionale touchant la mer devraient revenir à la France. {Note de la 3* édiH<m.y

raît pas que la pairie française soil condamnée à couver en Algérie un œuf espagnol elen Tunisie un œuf italien. Les divers modes de naturalisalion,Ies mariages mixtes, récolesurlout. lecullemêrne^devront faire que nos ef[orts niaient pas cette lamentable conclusion.

Nous avons donné plus haut des renseignements sur les naturalisations (page 380). Le nombre des mariages mixtes augmente dans une proportion importante: dans les trois années 1882,1883, 1884,il y a eu 1,127 unions entre des Français et des femmes étrangères,et 403 unions entre des femmes françaises et des étrangers. Dès que Tun des époux est Français,il est bien vraisemblable que les enfants léseront aussi. Dans les trois années 1885, 1886, 1887, le nombre des mariages mixtes s*est élevé à 1 ,250 entre Français et étrangères et 423 entre étrangers et Françaises. Les deux réunis atteignent près de la moitié des mariages entre étrangers et étrangères. En 1887 seulement les mariages mixtes des deux catégories s'élevaient à 590 contre 1 ,248 mariages entre étrangers et étrangères. Les mariages mixtes sont donc dans le rapport de 47 p. 100 avec les mariages entre étrangers. D'autre part, les mariages entre Français et Françaises ayant été au nombre de 1,482 en 1886, et de 1,500 en 1887, les mariages mixtes représentent avec ces chiffres un rapport de 40 p. 100 environ. Si Ton réfléchit, en outre, que la population dite française est déjà un peu bigarrée, on se rendra compte de la proportion de plus en plus forte d'alliage que subit l'élément français en Afrique.On ne doit d'ailleurs pas le regretter ; en s*alliant aux Espagnols, aux Italiens et aux Maltais, la race française, si elle perd sa pureté, accroît sa force de résistance au climat. Les unions mixtes doivent être recommandées au simple point de vue physiologique. Dans les années citées plus haut, le nombre des naturalisés étant encore peu considérable, ces unions mixtes avaient bien lieu, en général, entre vieux Français et étrangers. Dans la période 1897-09, il peut n*en être pas tout à fait de même. Sur 11,852 mariages dans la population européenne en ces trois années et sur 7,959 mariages où le mari était Français, il y en avait 1,682, soit plus de 20 p. 0/0» où la femme était étrangère; la proportion des naturalisés au total des Français de nationalité devait être alors d'environ 15 p. 0/0. Le statisticien Bertillon soutenait que les Français risquent de ne pouvoir s'acclimater définitivement en Afrique. Il alléguait l'échec des Romains qui tient à d'autres causes qu*à leur incapacité à supporter le climat. Les unions entre les Français et les races plus méridionales rendront racclimatation définitive plus aisée et plus prompte.

Quant aux mariages entre Européens et Musulmans, ils restent

(1 ) La Démographie figurée d ' VA Igérie^ par le D' Ricoux, avec préface du D^'BertIlion,Paris,18 0, p.ll. Li'aprës 1eD'Bertitlon,les femmes frAnçAises s*aoclimateraieat en AIriqae beaucoup mieux que le* hommes. {Noté de la 9^ édition.)

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toujours fort exceptionnels ; dans les trois années 1897-99, on n'a compté que 10 unions entre Européens et Musulmanes, et 12 entre Musulmans et Européennes. Il est infiniment probable que les unions irréguliëres entre ces deux éléments sont nombreuses ; elles donnent aussi naissance à un élément noixte.

G*est Técole surtout qui pourra exercer une grande influence sur Tassimilalion des éléments étrangers à l'élément français; c*est elle qui devra propager notre langue et nos idées ; c'est elle qui préparera un plus grand nombre de naturalisations. Les tribunaux et Tadminist ration devront aussi lui venir en aide ; il dépend de nous que les Espagnols, nés en Afrique, si près qu'ils soient de leur patrie d'origine, finissent par se franciser, et l'Algérie ne sera pas plus une colonie hispanique que les Etats-Unis ne soni une colonie irlandaise ou allemande. II n'y a nullement lieu de regretter la loi de 1889 qui a constitué la naturalisation automatique (Y. plus haut, page 381).

Le culte aussi pourrait nous amener peu à peu les Espagnols, les Italiens et les Maltais. Si l'on avait soin d'entretenir, pour ces populations religieuses, un clergé recruté uniquement dans l'élément français et qui se servît de notre langue dans les sermons, les homélies, les confessions, on contribuerait indirectement à la fusion des étrangers algériens avec nos nationaux. Mais la triste majorité de sectaires, d'ignorants et déniais qui régnait dans noire Parlement de 1881 à 1885, a stupidement supprimé les trois quarts des crédits pour le clergé algérien, et notamment aboli toute subvention pour les séminaires. C'était, en quelque sorte, décréter que le clergé algérien ne se composerait plus que dltaliens et d'Espagnols. Quand une nation a le malheur de composer son Parlement d'imbéciles et d'ignorants, elle transforme en instruments de ruine les moyens même qu'elle aurait d'assurer sa prospérité.

Le principal colon de l'Algérie restera, d'ailleurs, toujours le Français, parce qu il est plus entreprenant, parce qu'il a plus de ressources d'esprit et de caractère, parce que c'est lui qui apporte les capitaux et qui s'entend le mieux à tirer parti de la terre et des hommes. Les Italiens, les Espagnols, les Maltais sont des auxiliaires utiles ; mais on ne peut dire, sans méconnattre les conditions actuelles du travail et de la production en Algérie, que le premier rôle leur appartienne. Quant aux obstacles physiques, qui s'opposaient à la prompte acclimatation des Français, à savoir l'élévation fréquente de la température, le stroco ou vent du désert, les émanations telluriques ou paludéennes, leur importance tend à diminuer pour trois raisons. D'abord plusieurs de ces causes morbides disparaissent grâce aux progrès de la colonisation : les

émanations paludéennes deviennent plus rares et moins dangereuses par les dessèchements, par la bonne culture des terres, par un système convenable de distribution des eaux, par la plantation d'eucalyptus; le siroco lui-même est atténué par un bon régime forestier. En second lieu, les tempéraments se forment à la longue au milieu qui les entoure ; la génération créole offre plus de résistance que celle qui Ta précédée. Enfin Thygiëne fait des progrès rapides et les souffrances des premiers arrivés sont des enseignements qui servent aux colons nouveau-venus. Tous ces prétendus obstacles insurmontables ne sont donc, les faits le prouvent, que des difficultés passagères.

Une autre objection de principe que Ton a adressée à la colonisation de l'Algérie par la France, c'est que notre pays n'a plus d'accroissement de population propre ; cela est regrettable, mais on n'en doit pas conclure que la France ne peut coloniser. Il faut tenir compte du mouvement d'immigration belge, allemande, italienne et suisse qui s'effectue sur notre territoire continental. Si nous recevions tous les ans 40 ou 50,000 habitants nouveaux provenant du dehors, nous pourrions fort bien pourvoir à une émigration de 20,000 ou 30,000 &mes. Les arrivées compenseraient les départs. L'émigration est, en outre, souvent un stimulant à la fécondité des familles.

Quelques statisticiens, M. Jacques Bertillon entre autres, pensent que la France devrait fournir à l'Afrique une immigration de 100,000 habitants par an. Le dixième suffirait. Supposez 10 à 12.000 Français s'établissant chaque année dans notre Afrique du Nord, et autant d'Européens étrangers ; ajoutez-y l'excédent normal des naissances sur les décès, l'Afrique française, c'est*à-dire l'Algérie et la Tunisie, avec leurs prolongements, contiendrait vers l'année 1030 plus d'un million et demi d'hommes de race européenne (1) et 7 ou 8 millions d'Arabes, non pas sans doute francisés, mais coopérant à notre œuvre économique. Ce serait là une société beaucoup plus importante comme population et peut-être aussi florissante que l'Australasie actuelle, et l'Afrique française en 1930 serait de trois ans plus jeune que ne Test aujourd'hui TAustralie. Une colonie ne sort guère de l'enfance qu'à Tàge de cent ans. Ces résultats seraient très glorieux pour la France, très féconds pour l'avenir de la race française. Si de légères difficultés, les unes d'ordre économique, les autres d'ordre politi que ou administratif, ne nous découragent pas, il est fort probable que l'Afrique française arrivera, avant sa centième année, à la solide et splendide situation que nous

(1) Nous n^espéroQs pas que la po pulation d'origine européenne, en Algérie et en Tunisie, en 1930, atteigne ce chiffre de 1 million 1/2 d'&mes, mais elle devrait approcher de 1,200,000, ce qui serait encore un grand suoeéi»

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venons d'indiquer. Le phylloxéra, pendant trente ans, a merveilleusement servi l'Algérie en l'épargnant et en dévastant la France. L'insecte microscopique, chassant nos vignerons de la vallée du Rhôneetdenosdépartementsméditerranéens,Ies a poussés à franchir la mer. Ainsi les maux de la métropole ont été, comme toujours, utiles à notre colonie naissante. Si le régime administratif et économique n'est pas plus contraire h notre fondation africaine que les agents physiques, le succès de notre œuvre colonisatrice est assuré (1).

Voici la composition delà population algérienne en 1891 et 1806:

El^menU de U population Annéw AngoMii- Dimi-

îiSr Tiw Ution

Français d'oriffine ou naturalisés (armée

non comprise) 271.101 318.137 47.086 » »

Israélites naturalisés ou descendants 47.564 48.763 1.199 » >

Musulmans algériens (sujets français).. 3.554.067 3.764.076 210 009 » »

Espagnols 151.859 157.560 5.701 » »

Italiens 39.161 35.339 » » 3.822

Anglo-Maltais 14.677 12.815 • » 1.862

Allemafids ou Alsaciens-Lorrains 3. 189 3.319 130 > »

Autres étrangers (en général Européens). 9.415 2.547 » » 6«868

Ksrns::::::::::::::::::::::::::::! i««' "«^^ • • 1.595

Population comptée à part (prisons, hônitouxeni891et,enplus,i'arméeenl896). 16.745 69.843 53.098

Total 4.126.395 4.429.421 317.173 14.147

Augmentation 308. OS

Quoique par certains détails, les deux recensements ne soient pas comparables (2) , ils le sont dans l'ensemble et pour les principaux articles. L'augmentation de 303,000 âmes frappe tout d'abord ; il en faut déduire les 53.000 hommes de troupe ; il reste un accroissement réel de 250.000 âmes ; il tient en partie à Texcédent des naissances sur les décès, en partie à l'immigration; les statistiques des naissances et des décès indiquent, pour- la population algérienne dans son ensemble, un excédent moyen de 45^000 âmes environ par année (3) et l'immigration paraît être de 7 à8,000 âmes annuellement. En mettant de côté les musulmans sujets français et les Israélites naturalisés,il reste, dans la population municipale, par conséquent sans l'armée, les prisonniers, etc., 318,137 Français et 211,580 étrangers européens en 1896, soit ensemble 530,000 européens en chiffres ronds contre 271,101 Français et218,301 étrangers européens,ensemble 489,000 européens,en 1891 .

(1) En 1885, le phylloxéra a été découvert aux environs de Tlemcen et ultérieuremeot sur divers autres points, mais les progrès en sont lents.

(2) Les statistiques algériennes sont très grossières; notamment, tantôt elles comprenoent, tantôt elles ne comprennent pas Tarmée dans la population européenne; le» chifTreSf en outre, sont rarement concordants.

(3) En 1897, 1898 et 1899 le total dfs naissances officiellement constatées a été de 39?,2'>7 et le total des décès de 257,179. cegui donne un excédent total des naissances de 135,068 ou un peu plus de 45,000 par année.

890 DE LA GOLOmSATION AU XIX* ET AU XX* SI&GUt.

On calcule que les naturalisés européens et leurs descendants étaient. en 1896,au nombre de 50 à 55,000; joints aux211,Û00étrangerseuropéens,celafait266,000au plus. d'autre part, sironretranche ces 50.000 à 55,000 étrangers des 318,000 Français recensé8,en 1896, il restait 263,000 Français d'origine; les deux nombres s'équivalent donc, mais il ne faut pas oublier que parmi les naturalisés, il y a plusieurs milliers d'Alsaciens-Lorrains (Y. plus haut, p. 380). de sorte que les vieux Français dépassent encore sensiblement le chiffre des étrangers, soit ayant gardé leur nationalité, soit naturalisés; enfin, parmi les naturalisés, les Suisses, Belges, Luxembourgeois, éléments se rapprochant des Français, constituent un nombre important; les Espagnols et les Italiens ne forment guère que la moitié du chiffre total des naturalisés français (V. plus haut,p. 380). A l'heure actuelle (1901). la population civile d*origine européenne doit approcher de 600,000 âmes, dont les 8/5«"**» au moins Français d'origine ou par naturalisation et un peu plus de la moitié vieux Français. L'excédentdesnai8sancessurlesdécès,dansla population européenne, a été, pour les trois années 1897, 1898 et 1899, de 15 675 (53.047 naissances contre 37,372 décès), soit un excédent annuel moyen de 5,225 naissances. D'autre part, le mouvement des voyageurs et des passagers civils entre l'Algérie et l'extérieur, par terre et par mer, s'est élevé, pour les mêmes trois années, & 282,500 entrées contre 259.127 sorties, soit un excédent de 23,373 entrées pu 7,791 par an. Dans cette période triennale, la population européenne d'Algérie se serait donc accrue de 13,016 &mes par an, dont 5,225 par l'excédent des naissances et 7,791 par Timmigration. Sans être merveilleux, ces chiffres sont satis faisants , et Ton doit souhaiter qu'ils se soutiennent.

D'après le dénombrement de 1896 sur les 566,280 Européens recensés, y compris l'armée, 195,606 Français et 111.552 étrangers, ensemble 307,158 étaient nés en Algérie, 138,169 en France ou dans une colonie française; enfin, 14,093 Français et 106,960 étrangers étaient nés à l'étranger. Ainsi, en 1896, près des d/Si"'* de la population civile de race européenne étaient nés sur le sol algérien. En l'an 1901, cette proportion doit approcher des 2/3. A ceux qui nient Tacclimatation, il suffit d'opposer ces chiffres.

D'après le recensement de 1866, soigneusement analysé par le D' Ricoux, parmi les 122,119 Français établis en Algérie à cette époque, 36,979 étaient nés en Afrique, parmi lesquels on constatait 1,454 mariés. D'un autre côté, parmi les 95,871 étrangers européens, 35,529, dont 1,548 mariés, étaient nés en Algérie. C'était en tout 72,508 individus de race européenne qui avaient reçu le jour en Afrique. Trente ans après, en 1896, le nombre des personnes de cette catégorie s'élevait à 307,000, ayant plus qne quadruplé. Aujourd'hui non seulement près des 3/5"** de la population de race

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européenne établie en Afrique y est née, mais encore il doit se ren'^ontrer une très forte proportion d'hommes de race européenne nés en Afrique de parents qui eux-mêmes y étaient nés.

On a fait la remarque que les Européens du sexe féminin résistent mieux au climat de l'Afrique que ceux du sexe masculin ; elle paraît jusqu'ici fondée. Elle est loin, toutefois, d'avoir la portée que lui attribue feu leD' Bertillon. D'après la StatUiique gérer aïe de r Algérie ^ publiée en 1900, l'ensemble des naissances parmi les Européens, pour les trois années 1897, 1898, 1899, comprend 27,276 garçons et 25,776 filles ; il y a donc heureusement ici comme chez toutes les populations saines un excédent des naissances de garçons. Par contre, les décès européens dans les trois mêmes années, atteignent le chiffre de 21,851 du sexe masculin et de 15,521 seulement du sexe féminin. II y a là un avantage énorme au profit du sexe féminin qui, dans ces trois années, gagne plus de 10,000 tètes par l'excédent des naissances sur les décès, tandis que la population masculine n'en a gagné, de ce chef, que 5,425; néanmoins, il y a là encore un gain qui s'est beaucoup accru depuis vingt ans.

Cette proportion beaucoup plus forte des décès masculins, on ne peut l'expliquer uniquement parles deux causes qui se présentent d'abord à l'esprit, à savoir, d'une part, les travaux plus durs auxquels se livrent les hommes, notamment la vie extérieure que beaucoup d'entre eux doivent mener ; d'autre part, dans une population qui se recrute en partie par Timmigration, l'excédent du nombre total des hommes sur le nombre total des femmes. Ces deux causes contribuent certainement à la différence de mortalité qu offrent les Européens des deux sexes en Afrique. Mais elles ne sont ni les seules, ni vraisemblablement les principales. Ce n'est pas, en effet, seulement parmi les hommes faits, c'est aussi parmi les garçons que la mortalité sévit plus que parmi les femmes ou les filles. Dans les trois années 1897-1899, il est mort 8,183 garçons au-dessous de 10 ans contre 7,061 filles au-dessous du même âge. Indépendamment de ce que la vie même des jeunes garçons est. d'ordinaire, plus extérieure que celle des petites filles, il doit y avoir dans l'organisme masculin une moindre souplesse et une moindre facilité d'acclimatation, mais cet écart n'est pas actuellement énorme et il a beaucoup diminué (i). L'expérience prouve que l'acclimatation du sexe masculin peut s'effectuer comme le démontre l'excédent des naissances masculines, si léger qu'il soit. La

(l)Dan8 une précédente édition de cet ouvrage, nous analysions les statistiques des cinq années 18*77 à 1881, qui faisaient ressortir, pour cette période quinquennale, 32,260 naisiiances maifCuliDes contre 30,732 naissances féminines et 31,222 décès masculins contre 21,748 décès féminins ; en ces cioq années 16 nombre des tôles masculines ne s'était accru que de 1,038, ^ère plus de'^OUpar an, du chef de Texcédent des naissances sur les décès, temdis que le uoaibre des tètes féml* nines, par la mêojc cause, s*était accru de 8,984, ou de plus de 1,796 par an. La situation s'est fort améliorée pour le sexe masculin.

89 s DE LA COLONISATION AU XIX* ET AU XX* SIÈCLE.

population masculine d'origine européenne, abstraction faite de l'immigration, fait plus que couvrir ses pertes.

Dans les colonies où rimmjgration fournit plus d'hommes que de femmes, il n'y a pas un grand inconvénient à ce que lexcédent des naissances sur les décès soit plus fort pour le sexe féminin que pour le masculin. Gela rétablit Téquilibre. On ne trouve pas dans Ja Statistique générale de f Algérie (années 1894,1895 et 1896), qui contient le résumé du recensement de 1896, Tindication du nombre d'hommes et de femmes dans la population française ; chose bizarre, on ne la donne que pour l'ensemble de la population algérienne et, à part, pour la population européenne étrangère. Pour Tensemble de la population européenne les deux sexes ne doivent pas être loin de s'équivaloir ou ils arriveront bientôt à Téquivalence.

Nous ne saurions accorder grande portée à l'objection faite parfeu M. Bertillon que l'échec des Romains suscite des doutes sur la possibilité d'acclimater définitivement les hommes du midi de l'Europe sur la terre algérienne.

« Les grands et forts Romains d'autrefois l'ont tenté, dit ce statis- « tlcien ; ils ont été vaincus. Eux qui, partout où ils ont mis le pied « en Europe, y ont implanté à jamais leur langue, leur loi, leur adtf ministration, n'ont rien laissé sur la terre africaine que les restes « inanimés de leurs constructions, vains fossiles d'une prospérité « quia péri dès qu'elle a cessé d'être ravitaillée par la mère-patrie, « car ce ne sont pas les faibles indigènes non plus que les torrents « éphémères des conquérants qui l'ont détruite ; l'on n'anéantit pas « ainsi le sang romain ; mais c'est le soleil africain qui l'a desséché I c< et ainsi ont péri tous les peuples indo-européens, et ils sont nom- « breux (Persans, Grecs, Romains, Vandales, Français, Anglais, « etc., etc.,) qui, depuis les temps historiques, ont été attirés par « les richesses africaines (1). »

Le sort de la domination romaine, qui, en ettet, n'a laissé comme vestige en Afrique que quelques pierres, n'a rien qui soit de nature à nous effrayer. Jamais les Romains n'ont pris possession de l'Afrique septentrionale avec la même intensité que de la Gaule. Ils y ont trouvé des populations infiniment moins malléables. Quand l'invasion barbare est survenue, les Romains d'Afrique sont retournés sur le sol italien, et ceux qui restaient de l'autre côté de la Méditerranée se sont trouvés violemment séparés de l'ancienne mère patrie, sans avoir plus avec elle aucun rapport ni matériel ni intellectuel. Les Arabes ont agi en Afrique, non pas à la manière des torrents qui ravagent et disparaissent, mais comme une couche durable de population qui se superpose aux

(1) EréfaM 4 U Démogrtqthiê figurée de F Algérie, du D' Ricoax, page IL

L'ALGÉRIE : LE PEUPLEMENT, l' ACCLIMATATION. 393

andennes et imprime violemment, systématiquement à celles-ci sa foi, son caractère, sa langue. L'islamisme transforme tous les pays où il se fixe. Si, en Europe, la Turquie a pu conserver des restes vivants des populations grecque ou slave, cela tient en grande partie à l'époque récente de la domination mahométane dans l'Empire turc. C'est au milieu du xv* siècle, sept cents ans après son établissement en Afrique que le mahométisme s'est fixé sur les bords du Bosphore. Il n'y a jamais eu l'intolérance qu'il montrait en Barbarie. Il se trouvait avoir à lutter contre des populations slaves et grecques autochtones, non contre des Romains importés. L'empire turc, en outre, n'a jamais été séparé de tous rapports avec l'Europe comme la rive méridionale de la Méditerranée. Le christianisme, qui a été la forme de conservation de la culture romaine dans le monde barbare, n'a pas eu le temps de s'implanter solidement en Afrique.

L'argument historique de M. Bertillon manque donc de base; il est victorieusement combattu par d'autres arguments historiques beaucoup plus récents et mieux établis. Le soleil des deux Garo- Unes, de la Floride et du Texas n'est pas moins brûlant que celui de Tunis et d'Alger; néanmoins l'une des races européennes les plus septentrionales, les Anglais, s'y est parfaitement acclimatée. Le type des Anglo-Américains diffère, sans doute, de celui des Anglais purs. M. Herbert Spencer, dans un récent voyage en Amérique, le faisait remarquer aux Yankees et attirait leur attention sur ce qu'il appelait leur dégénérescence. Mais il attribuait surtout cette transformation à de fâcheuses habitudes mentales et physiques, un excès d'ambition tourné vers la conquête de la fortune, une agitation fiévreuse. Il reste incontestable que l'élément anglosaxon, grossi des apports hollandais, suédois, norwégiens et allemands, constitue une forte race qui, par le Texas et la Floride, touche presque aux tropiques, tandis que Alger et Tunis sont de 10 à 12 degrés plus élevés. Très voisines du tropique de l'hémisphère sud sont les colonies anglaises de la Nouvelle-Galles et de Queensland et elles aussi sont florissantes. La capitale du Brésil est assise juste sur le tropique du Capricorne, et les Portugais, dont beaucoup sont originaires des montagnes hispaniques, constituent dans ces contrées une population résistante. L'Afrique ne sera pas moins hospitalière aux Européens et aux Français ; notre civilisation y poussera de fortes racines, surtout si, pendant plusieurs siècles, le lien politique n'est pas rompu entre la colonie et la métropole. Si prématurément ce malheur arrivait que l'Afrique française se sépar&t de la France, il serait alors à craindre qu'avec les éléments d'origine barbare qu'elle contient dans son sein, et ceux qui l'a- Toisinent et la menacent, le caractère européen s'affaiblît singu-

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lièrement dans cette contrée. Une union politique de plusieurs siècles de TAfriquedu Nord avec la France, c'est la seule condition nécessaire pour que la race européenne conquière dé&nitivemeat cette partie du monde.

Il ne faudrait pas croire, en effet, que si l'élément européen peut prospérer en Algérie, il doive le faire aux dépens de l'élément arabe en le refoulant, en Téliminant, ou bien en le réduisant. Quelques observateurs superficiels ont accueilli ce préjugé, que, par le contact avec une race supérieure, la race inférieur s'étiole et finit par disparaître. Outre que la population arabe ne se trouve pas, à l'égard de la race européenne, dans des conditions permanentes et irrémédiables d'infériorité, aucun ensemble de faits ne prouve la prétendue règle scientifique que beaucoup de personnes ont si légèrement formulée Aux États-Unis, par exemple, les Indiens paraissent plutôt s'être fondus en grande partie dans la population européenne qu'avoir matériellement disparu. L'exemple des nègres australiens, traqués et assassinés systématiquement par les colons anglais, ne peut être probant. Lors du recensement de 1872, la très grande diminution que l'on croyait constater dans la population arabe algérienne redonna créance à la prétendue règle d'extinction des races inférieures en présence des races supérieures. De 1866 à 1872, en effet, la popu* lation musulmane était censée avoir diminué de 527,020 âmes. Le choléra de 1867, la grande famine de 1868, le typhus et la petite vérole de 1869 à 1872, enfin l'insurrection de 1871, eussent pu expliquer une légère décroissance de la population arabe. Mais les recensements suivants prouvèrent que le dénombrement de 1872 avait été très défectueux. La population musulmane indigène, qui ne figurait que pour 2,125,000 âmes en 1872, fut évaluée à 2,476,000 en 1876, à2,850.000en 1881, à 3,264,879 en 1886, à 3,554,067 en 1891 et 3,756,908 en 1896, Ces derniers recensements sont plus exacts que les précédents. On ne peut contester la tendance à l'augmentation de la population indigène. Les capitaux que nous portons dans le pays, les progrès de la culture, la recherche et la hausse de lamain-d'œuvre,raccroissementdubien-ètrechezles Arabes, l'augmentation de la sécurité, l'amélioration de l'hygiène, toutes ces conditions tendent à multiplier la population indigène.

Ily a aujourd'hui plus de 5,000,000 d'Arabes dans nos possessions de r Afrique du Nord (Algérie et Tunisie); vers le milieu du xx^ siècle, ce chiffre pourra s'élever à 7 ou 8 millions. Quml à Télémeut européen, on peut espérer que, à la même époque, il atteindra dans cette contrée, 1,500,000 à 1,600,000 âmes (1). Mais il ne pourra s'ac-

(l)Nousrenyo, mêle de plus en p

lyoDs le lecteur aux pages 380 à 386 pour constater ralliage qui se uusàrélément français, dont la pureté va naturellement en s^alt^*

l'ALGÊRIB : LB RÉGIME DES TERRES ET LA COLONISATION. 395

crottre indéfiniment dans les mêmes proportions. Il viendra un moment où Ton approchera de la saturation, surtout si, comme on doit Tespérer, l'élément indigène finit par s'élever économiquement et fournir des artisans et une main-d*œuvre habile. Voilà ce que nous ne devons jamais perdre de vue. De cette observation importante, on doit tirer deux conclusions : d'abord quMl faut nous concilier les Arabes par un traitement équitable, ensuite que le lien entre la métropole et ses colonies africaines ne saurait être relâché, à plus iorte raison brisé, avant qu'un grand nombre de générations ne se soit écoulé et n'ait produit une population homogène, tout imprégnée de la civilisation française.

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