CHAPITRE PREMIER
^s différentes eerteii de eolonlee. — Des trmTanx préparateircs à la eolenlsatlon. — Da régime des terres et de la main-d'ceaTre.
Ayant de coloniser, il ftint bien te rendre compte du genre de colonies que l'on veut fonder. — Une colonie de peuplement ne convient pas à un peuple ayant beaucoup de capitaux et peu de population. — Une colonie d'exploitation no convient pas à un peuple ayant beaucoup de population et peu de capitaux.
— Erreurs nombreuses à ce sujet dans les plans des publicistes ou des homme* d'Etat.
Les trois catégories de colonies.
Nécessité d'importants travaux préparatoires pour frayer la voie à la colonisation. — Exemples de colonies qui ont péri faute de cette préparation. — Projet d'employer les condamnés pour ces premiers travaux.— Un plan de M. Gladstone,
Les travaux préparatoires essentiels se ramènent ft trois services : la viabilitô, l'arpentage et la délimitation des lots de terrain, l'aménagement des ports.
— Exemple des Etats-Unis et de rAustralie & ce point de vue.
Le régime d'appropriation des terres. — Résumé des expériences américaines et australiennes. — Certains cas où les concessions gratuites peuvent être utiles. — Comparaison de la vente k prix fixe et de la vente aux enchères. — Le système Wakeûeld.
Les grandes Compagnies foncières : leurs avantages et leurs inconvénients.
De l'utilité d'un bon service de conservation de la propriété. — VAet Torren» en Australie ; projet de son introduction en Tunisie et en Algérie.
De la main-d'œuvre dans les colonies. — L'esclavage, l'immigration des coolis, les indentedservants^ les prisonniers mis en assignement.
De certmns projets pour introduire aux colonies la main-d'œuvre en grandes masses. — De l'immigration subventionnée. — Le bureau et les agents d'immigration.
Après avoir considéré la colonisation au point de vue de la métropole et des avantages qu'elle lui procure, on la doit examiner au point de vue des colonies et du régime qui leur convient.
La plupart des colonies européennes» Thistoire en fait foi, furent fondées presque au hasard, sans direction systématique et furent abandonnées à toutes les crises qui attendent les sociétés naissantes. Composées d'éléments aventuriers, laissées à leurs propres forces, elles luttèrent pendant de longues années contre les obstacles de toute sorte que leur opposaient la nature, les circonstances économiques et aussi les conditions politiques auxquelles elles se trouvaient subordonnées. Si la plupart, à force de
temps et de patience, parvinrent à traverser ces difficultés premières et à s'élever, après plusieurs siècles, à un degré plus ou moins élevé de richesse et de puissance, il n'en faut pas conclun que le régime d'abandon, le système d'abstention et le principt de laisser faire soient pour la métropole la règle de conduite k plus prudente et la plus sage. Tout concourt à prouver, au contraire, qu'une direction intelligente, un ensemble de préceptes puisés dans les règles de la science et dans les données de Texpérience, une tutelle habile, modérée, s'atténuant progressivemen: et cessant à propos, peut conduire avec succès les colonies à travers les obstacles qui entourent leur enfance, leur abréger la période initiale de lutte et d'inquiétude, et hâter leur progrès en population, en richesse et, d'une manière générale, en ci\11isation.
Toute contrée qui veut coloniser doit se poser, au préalable, la question suivante : quel est le genre de colonies qui est le plus approprié aux ressources, aux mœurs et au génie de la nation? Le moindre examen de l'histoire coloniale sufBt à prouver, en effet, que les colonies se divisent en classes nettement tranchées, essentiellement différentes et qui exigent des aptitudes très distincte? de la part des peuples qui veulent s'adonner à chacune d'elles. Quelles que soient les classifications variées qui ont été présentées par les historiens ou les économistes, les colonies se ramènent selon nous, à trois types irréductibles et entre lesquels il ne peut y avoir aucune confusion. Ce sont les colonies ou comptoirs de commerce, les colonies agricoles ordinaires ou de peuplement, et ce que l'on a appelé les colonies de plantations ou d^exploitation. Les colonies de commerce sont, à proprement parler, des comptoirs, des factoreries, établies dans une contrée riche et peuplée, mais primitive sous certains rapports et où le commerce se trouve encore à l'état d'enfance ou, tout au moins, n'a pas atteint cette liberté d'allures, cette sécurité, ce développement spontané et cette expansion cosmopolite, qu'il acquiert tôt ou tard dans les nations ci\ilisées. De telles colonies ne peuvent être fondées avec succès que par un peuple très avancé au point de vue commercial, dont la marine marchande et militaire a une grande extension, qui se livre avec profit à l'industrie des transports et qui a acquis de vieille date, par l'habileté héréditaire et l'accumulation des capitaux, une certaine supériorité maritime sur les autres nations. Un tel peuple, d'ailleurs, n'a pas besoin, pour fonder de semblables colonies, les entretenir, les exploiter ou les défendre, d'avoir un territoire très étendu ou une population très nombreuse : il lui suffit d'être accoutumé à la mer, d'être riche et industrieux. Quant & ces colonies elles-mêmes, la première condition de prospérité