PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION. XIII
de trois sortes : les colonies d'exploitation, comme les Indes et la Cochinchine ; les colonies de peuplement, comme TAustralie ; les colonies mixtes, telles que TAIgérie. Les secondes seulement exigent une immigration considérable.Les colonies d^exploilation n*eo ont que faire, et les colonies mixtes peuvent se contenter d^un afilux modéré d'Européens. Si la France envoyait tous les ans 15 à 20,000 colons en Afrique, ce serait assez pour feervir de cadres à une immigration d'Européens étrangers d'égale importance et à la considérable populationindigène. L'arrivée régulière en Afrique de 45 à 20,000 émigrants français chaque année constiluersdt, au bout d'un siècle, de l'autre côté de la Méditerranée, une société de dix ou douze millions d'hommes de langue française et d'esprit français.
Le véritable nerf de la colonisation, ce sont' plus encore les capitaux que les émigrants. La France possède des capitaux à foison ; elle les fait volontiers voyager ; sa maip confiante les dissémine aux quatre coins de l'univers. EHe en a déjà pour 20 on 25 milliards de parle monde, et chaque année ce chiffre s'accrott d'un milliard au moins. Si le tiers ou la moitié de cette somme, si même le quart se portait vers l'Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Soudan, où nous finirons bien, j'espère, par assurer notre prédominance, quels splendides résultats nous obtiendrions en vingt-cinq ou trente ans !
Ce qui a manqué jusqu'ici à la France, c'est Tesprit de suite dans sa politique coloniale. La colonisation a été reléguée au second plan dans la conscience nationale; elle doit aujourd'hui se placer au premier. Notre politique continentale, sous peine de ne nous valoir que des déboires, doit être désormais essentiellement défensive; c'est en dehors de l'Europe que nous pouvons satisfaire nos légitimes Instincts d'expansion. Nous devons travailler à la fondation d'un grand empire africain et d'un moindre asiatique.
C'est la seule grande entreprise que la destinée nous permette. Au commencement du xx"" siècle, la Russie comptera 120 millions d^habitants prolifiques, occupant des espaces énormes ; près de 60 millions d'Allemands, appuyés sur 30 millions d'AutrichienSt domineront TEurope centrale. Cent vingt millions d*Anglo-Saxons occuperont les plus belles contrées du globe et imposeront presque au monde civilisé leur langue qui domine déjà aujourd'hui sur des territoires habités par plus de trois
XIV PRÉFÀOZ: DK IiA DEinOÈME ÉOfTIOif.
cents millions d'hommes, loignei à ces grands peuples l'empire GhiiKMs qui, alors saons doate» recouvrera une vie nouvelle. A côté de ces géants^ que sera la France? Du grand rôte qu'elle a joué dans le passée de llirfkaeiice, souvent décisive qu*eUe a exercée sur la cMrecUoD des. peuples civilisés, que lui resterat il? Un souvenir, s*éteîgnaat de jour tn jour.
Notre pajrs a un moyen d'échapper à cette irrémédiable déchéance, c'est de col<miseir. Si nous ne coioiiison& pas^ dans deux ou trois siècles nous tomberons au-dessous des Espagnols eux-mêmes et des Portugais^ qui ont eu le rare bonheur d'implanter leur râpe et leur langue dans tes immenses espaces de l'Amérique du Sud,, destinés à nourrir des poimlatiofts de plusieurs centaines de millions d'âmes.
La colonisaticfn est pour la France une question de vie ou de mort : ou la France deviendra une grande puissance africaine, ou elle ne sera dans un siècle ou deux qu'une puissance européenne secondaire ; elle comptera dans le monde, à peu près comme la Grèce ou la Roumanie eompteut en Europe.
Nous ambitiomnons pour notre patrie des destinées plus hautes : que la France devienne résolument une nation colonisatrice, alors se rouvrent devant die les longs espoi^rs et les vastes pensées.
Tqsts^ le 8 mai 18^3.