COMMERCE DES INDES ORIENTALES NEERLANDAISES EN
Impartatiûiu,
Marchaadiiiee Espècea Toul
Florina (S fr. 1 0]. FI o r i n a Florins
PovoonptadarEtat.... 11.315.000 » 11.345.000
Poor compta daaparticoliera... 150.704. 000 It. 740.000 163.444.000
Total*... 16t 019.000 IS.140.000 IU.759.000 Exportations.
Ponr compta de l*Efat 34.383.000 » 34.883.000
Pour compta daaparticaliera... 155.33». 000 1.085.000 156.417.000
Total.... 189.715.000 1.085.000 ' 490.800.000
Llmportation a augmenté de 14 millions de florins (30 millions de fr.) de 1881 à I884.et rezportation s'est accrue d'une somme approximativement égale. D'après d'autres documents, en 1886 la Hollande importait pour 90 miiUons de florins (189 millions de f r.) des Indes orientales néerlandaises et y exportait
Gtur 44,826.000 florins (93 millions de fr.). Néanmoins, d'après une étude puiée dans V Economiste français du 5 avril 1890, par M. Meyners d'Estrey, Java aurait soulTert d'une crise sucrière en 1884 et d une mauvaise récolte de café. Les statistiques commerciales ne paraissent toutefois que modérément se ressentir de ces laits l&cheux. (Note de la 4« édition.)
292 DE LA COLOmSATION AU XIX"* SIÈCLE.
formes accomplies de 1870 à 1875, à là plus grande liberté de la culture, à la suppression des droits différentiels et des surtaxes de pavillon, le commerce des Indes néerlandaises se faisait pour la plus grande partie par l'intermédiaire de la métropole où la plupart des denrées de ces colonies venaient s'entreposer pour être de là déversées sur le reste du globe. C'était aussi sous pavillon hollandais que s'effectuait la plus grande partie des transports vers les colonies ou en provenant.
Cette situation a changé depuis les réformes des dernières années et l'inauguration d'un régime économique plus libéral. Le commerce de Java avec les autres contrées, notamment avec l'Angleterre, s'est prodigieusement accru. La seule exportation du sucre pour la Grande-Bretagne qui n'était, avant la suppression du tarif différentiel, que de 0,295,000 florins (19 millions et demi de francs), atteignait, immédiatement après cette suppression, le chiffre de 15,869,000 florins (33 millions de francs), et s'élevait, en 1877, à 22 millions de florins (46 millions de francs). On a vu que, en 1881, sur 53 millions et demi de florins de sucre exportés des Indes néerlandaises, soit 111 millions de francs, 6 millions et demi de florins seulement avaient été transportés dans la métropole, soit 13 millions et demi de francs. En 1870, l'importation du. sucre des Indes néerlandaises dans la métropole montait à 125 millions de francs en chiffres ronds. L'Angleterre attire maintenant à elle une forte pcîrtie, non toutefois encore la principale, du commerce de Java. En 1888, d'après le StatUiical Ahitractfor the United Kifigdom, les importations de Java et du groupe des colonies néerlandaises de rOcéan Indien atteignaient en Angleterre le chiffre de 2,895,102 livres sterling (74 millions de francs), et les exportations de l'Angleterre, pour ces mômes contrées, s'élevaient à 1,862,228 livreîi sterling (48 millions de francs). Le pavillion anglais tient aujourd'hui une place des plus considérables dans le commerce de Java. Une certaine partie de l'opinion publique en Hollande a vu avec regret ces changements dans la politique commerciale et dans les courants d'importation et d'exportation. Les tîonservateurs exclus du pouvoir se sont faits les adversaires à}X système colonial nouveau et se sont efforcés de démontrer qu'il a coïncidé avec le déclin de la prospérité publique. Ces récriminations ne sont pas fondées. L'agriculture et le commerce à Java sont plus prospères que jamais. Ce qui est exact, c'est que, par l'influence de diverses causes, la situation financière des colonies hollandaises s'est considérablement altérée.
Jusqu'à des temps assez proches de nous, Java avait été pour la mère patrie une vache à lait dont le gouvernement hollandais pressait soigneusement les mamelles. C'était, avec Cuba, la seule colonie
qui fût productrice d'un gros revenu pour la métropole. Après avoir défrayé toutes les dépenses coloniales, le système « des cultures et des monopoles » laissait un excédent considérable qui était versé aux budgets de la mère patrie sous le nom de « bonis coloniaux ». On peut dire que depuis la Révolution le budget de la Hollande n'avait jamais par lui-même connu l'équilibre ; c'étaient les « bonis coloniaux » qui venaient le relever. Ces « bonis » étaient, d'ailleurs, fort inégaux. Ils présentaient d'une année à l'autre, suivant les récoltes et le cours des denrées, des différences énormes ; mais ils montaient toujours très haut. Sous le régime colonial tout à fait strict du milieu de ce siècle, ils varièrent de 20 millions à 70 ou môme 80 millions de florins (de 42 à 147 ou 168 millions de francs). Cet afflux de ressources exotiques ravissait les Hollandais, mais en même temps les induisait à la dépense et à la prodigalité. Aussi les hommes sérieux en Hollande disaient-ils souvent : « Les bonis coloniaux nous ont démoralisés. » Il en était de cette sorte de tribut payé par la colonie à la métropole comme de la colossale indemnité de guerre que la France a payée à l'Allemagne; le débiteur se trouvait plus appauvri par ces versements que le créancier n'en était enrichi.
A partir de 1870, par diverses causes, dont l'une, mais non la seule, est la guerre d'Atchîn, les « bonis coloniaux » ont suivi une progression descendante. Le contingent payé par Java à la métropole s'abaissa à 6 ou 8 millions de florins (12 à 16 millions de francs), puis il disparut tout à fait, et le budget même des Indes néerlandaises se trouva en déficit. C'est qu'il avait terriblement augmenté. En 1867, ce budget montait à 84,347,000 florins seulement, soit 175 millions de francs environ, c'était déjà une jolie somme. Douze ans après, en 1879, il s'élevait à 153,373,000 florins (322 millions de francs). Il présentait un déficit évalué à 10 ou 15 millions de florins ; les dépenses de la guerre d'Atchin ne figuraient que pour 10 millions de florins dans cet énorme total. Les travaux publics, il est vrai, y tenaient une place considérable. Quelques réductions de dépenses ont ramené, pour 1882, le budget colonial à 148 millions et demi de florins qui ne trouvent comme contre-partie en receltes que 133,013,000 florins. Le déficit est toujours d'une dizaine de millions de florins au moins. En réalité, il s'est élevé plus d'une fois à une vingtaine de millions de florins, soit une quarantaine de millions de francs.
Les chiffres suivants font ressortir l'importance du changement opéré dans la situation financière des Indes néerlandaises. De 1862 k 1871, le budget des colonies a versé à la métropole un appoint de 228 millions de florins en chiffres ronds, soit environ 480 millions de francs, une cinquantaine de millions de francs par année.
De 1872 à 1877, au contraire, en six ans, les versements faits parla colonie ne furent plus que de 71 millions de florins, moyenne annuelle inférieure à 12 millions de florins ou 25 millions de francs. A partir de 1878, les colonies n'ont plus rien versé au budget métropolitain ; bien plus, elles se sont trouvées elles-mêmes en déficit considérable, comme on vient de le voir. Voici quelles ont été, pour les années écoulées depuis 1862, les sommes versées par le budget colonial au budget métropolitain :
Années. Florins. Années. Florins. Années.' Florins.
Les recettes des Indes paraissent avoir été, en général, portées au budget extraordinaire de la métropole ; ce budget avait ainsi une singulière mobilité. Il est hors de doute que si la guerre d* Atchin a été pour beaucoup dans la disparition des « bonis coloniaux » à partir de 1878, les réformes accomplies aux Indes mêmes ou dans le commerce de cette contrée ont contribué également à ce résultat. Elles ont incontestablement diminué les ressources dont profitait le Trésor néerlandais.
Si Ton jugeait des mérites d'une colonie par les sommes qu'elle verse au trésor de la métropole, le système inauguré parle général Van den Bosch, en 1830, eût été la perfection, et les réformes qu'on y a introduites depuis Î850, et surtout depuis 1870, eussent été de folles mesures. Mais l'objet de la colonisation n'est pas de créer des États tributaires qui versent au trésor de la métropole des dizaines ou des centaines de millions par année. Qu'une colonie se suffise à elle-même au point de vue financier, comme le font les Indes anglaises et la généralité des colonies britanniques, c'est tout ce que l'on peut demander.
La guerre d'Atchin, prolongée pendant dix ou douze ans, et qui n'est pas encore complètement terminée, a été pour beaucoup dans les embarras financiers des Indes néerlandaises et, par contrecoup, de la mère-patrie. Les Hollandais, comme toutes les nations qui ont de grandes colonies, ont dû, pour assurer leurs possessions, pour les mettre à l'abri de voisins remuants, étendre leur empire colonial. La même nécessité s'est imposée aux Anglais dans l'Inde et dans l'Afrique australe, aux Français dans l' Afrique du
(1) Le budget des Indes-Orientales néerlandaises en 1885 s'offrait avec un cdiffre de recettes de 134,217,000 florins ou 270 millions de francs, un chiffre de dépenses de 139,655,000 florins ou 281 millions de francs et an déficit de 5,438,000 florins, 11 millions et demi de francs.
nord et dans TAsie orientale, aux Russes dans l'Asie centrale. Les Hollandais luttent donc encore pour la conquête d'Atchin : il faudra du temps pour que ces nouveaux territoires soient complètement ouverts au commerce et à la civilisation. Ils ont, un peu prématurément, installé à Atchin un gouverneur civil qui est sou mis au gouverneur général de Batavia.
L'empire colonial de la Hollande est un des plus grands qui existent. Les îles de Java et de Madura, qui sont le principal siège de cette colonisation, occupent une superficie de 134,607 kilomètres carrés, le quart environ de la France. Les contrées environnantes où les Hollandais ont des postes et des établissements, à savoir Sumatra, Riou, Banca, Billiton, Bornéo, Célèbes, les Moluques, la Nouvelle-Guinée, Timor (1), etc., offrent une superficie d'environ 1,700,000 kilomètres carrés, soit trois fois à peu près celle de la France.
A ne considérer que Java et Madura, qui seules ont été complètement mises en exploitation par la Hollande, la population est considérable et très dense. En 1853 on y évaluait le nombre des indigènes à 10,100,000 ânâes ; en 1869, le recensement relevait à 15,791,845, auxquels il fallait joindre 172,280 Chinois, 7,234 Arabes, 9,616 autres Orientaux étrangers, et 29,139 Européens, soit en tout 1,010,114 individus. En 1878, la population de ces mêmes îles était portée À 18,335,778 habitants, parmi lesquels les Européens civils comptaient pour 34,750, les Européens dans Tarmée pour 16,900 et les descendants d'Européens pour 929. En 1881, on recensait 33,740 Européens civils, 206,961 Chinois, 10,771 Arabes, 2,557 autres Orientaux étrangers, 19,834,584 (2) indigènes. L'armée se composait de 15,074 Européens, 970 Amboinais, 14,467 autres indigènes et 111 Africains. La population présente une grande densité, 150 habitants par kilomètre carré, plus du double de la population spécifique de la France (3).
On aura remarqué combien les Européens sont peu nombreux dans ces belles îles. Le climat ne paraît pas leur être favorable, et le labeur des champs à cette latitude ne semble pas fait pour eux. La population européenne a cependant plus que triplé depuis 1857. époqueàlaquelle elle n'atteignait que le chiffre de 14,000 âmes. Le gouvernement avait fait de grands efforts pour diriger l'émigration vers ses possessions de TOcéan Indien. Il n'émigre, en gé-
(1) Plusieurs autres nations européennes, toutefois, ont des étabUssements
5?"î*®' ** Nouvelle-Guinée et Timor.
12) M. Van der Uth fait observer qu'il faut avoir une médiocre confiance «ns les chiffres qui concernent la population indigène. U en est ainsi pour loutea les colonies. Ici, la prodigieuse croissance ae la population recensée l^^lfifie cette défiance. {Note de la 3« édition,)
x^ViPiP''** ^®* recensements plus récents il se trouverait dans ces Iles «.541 Européens civils et 351,000 Chinois. (Note de la 4« édition.)
néral, des Pays-Bas que 1,500 à 2,000 personnes par année, et la plupart vont, non pas à Java ou à Sumatra, mais aux États-Unis. Le gouvernement hollandais voulut assurer à ses possessions un courant d'immigration allemande. Il fit des propositions dans ce sens à la Diète germanique, qui envoya des commissaires aux îles de la Sonde. Leur rapport ne fut pas défavorable. Des plans de colonisation européenne attirèrent dès lors l'attention publique. En 1859, Ton accorda à M. Van Vlissingen une concession dans l'ouest de Bornéo pour y introduire des Européens dont la majorité serait néerlandaise ; il devait être constitué, pour cet objet, une compagnie dont le capital eût été de 2,500,000 florins. Mais, cette même année, un soulèvement considérable eut lieu dans la population indigène. L'opinion publique s'en alarma; on craignit que l'introduction d'Européens n'inquiétât les habitants et ne les portât à de nouvelles insurrections ; on abandonna momentanément tout plan de réorganisation des colonies d'Asie par l'adjonction de l'élément européen. Depuis quelques années, cependant, ces plans ont reparu sur la scène et le gouvernement ainsi que le pays s'en préoccupent, quoique jusqu'ici aucune tentative sérieuse n'ait été faite pour constituer, dans le vaste archipel de la Sonde, un noyau de population, soit hollandaise, soit allemande.
Ce n'est pas, d'ailleurs, à Java ou à Madura, déjà très densément peuplées, c'est à Sumatra, à Bornéo, dans la Nouvelle-Guinée, îles beaucoup plus vastes, qu'il importerait d'attirer une immigration européenne. Il est vraisemblable que la colonisation de Sumatra et de Bornéo, jusqu'ici très négligée, sera l'œuvre de la fin de ce siècle et du commencement du siècle prochain. Déjà un aventurier anglais, le rajah Brooke, s'est taillé à Bornéo un petit État qui paraît assez prospère. Une compagnie anglaise vient aussi d'y acquérir de vastes territoires, avec la protection du gouvernement britannique.
Outre sa nombreuse population indigène, Java compte un contingent de plus en plus considérable de travailleurs libres venant de la Chine ; elle n'a pas besoin de raccoler et d'engager des coolies ; ils hii arrivent spontanément et de leur plein gré. On a vu qu'il se trouve à Java plus de 350,000 Chinois ayant des possessions territoriales dont l'ensemble est très étendu. Dans la grande ville de Samarang, sur le rivage septentrional de l'île, le quartier chinois, Campongtchina, après celui des Hollandais, est le mieux bâti, et volontiers on s'y croirait dans une ville toute chinoise. Dans toutes les villes où se rencontrent des Chinois, l'administration hollandaise les confine dans un quartier à part, Campong^ comme autrefois les juifs dans le OheUo, par mesure de police. Dans l'intérêt général, on admet, cependant, quelques exceptions, comme pour lés fermiers des impôts, qui ont le droit d'habiter ailleurs. Ces immigrants vo-
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lonlaires et sans engagement appartiennent à des rangs de la société plus élevés que les coolies de Maurice ou de Cuba ; ils présentent aussi plus de garanties de bonne conduite ; ils se font entrepreneurs de culture et de commerce et ils acquièrent rapidement, par un labeur opiniâtre combiné avec une sordide économie et une habileté peu scrupuleuse, des richesses qui en font les principaux négociants du pays. Ils sont cependant difficiles à conduire, et les vexations d'un gouvernement à monopole les ont poussés souvent à des actes de rébellion ; on compte de leur part plusieurs sanglantes révoltes.
11 serait difficile de contester les grands mérites de. la colonisation hollandaise en Asie, de môme qu'on pourrait difficilement aussi nier les erreurs ou les lacunes du système appliqué jusqu'à ces derniers temps à ces brillantes colonies. C'est à son empire des Indes que la Hollande doit l'éclat qu'elle jette encore dans le monde, le rang qu'elle y tient; c'est à lui aussi qu'elle est redevable d'une grande partie de son propre développement économique et de ses richesses.
Le commerce de la Hollande se trouve singulièrement accru par les relations avec les Indes néerlandaises. Les capitaux qu'épargnent les industrieux et économes habitants des Pays-Bas se placent avec sécurité etd'une manière fructueuse dans leurs colonies. Us n'ont pas à redouter les iniquités légales et les vexations publiques, les manques de foi auxquels sont de plus en plus exposés les capitaux étrangerset les entreprises étrangères dans la plupart des pays dits civilisés.Ce n'est pas au simple commerce extérieur que se borne pour une nation l'utilité d'une colonie. Ce point de vue est singulièrement étroit. Les Hollandais ont dans les Indes néerlandaises la direction et les profits de presque tout le commerce intérieur et de l'industrie de ces îles. Ce sont eux qui fournissent en général et les chefs d'exploitation et les directeurs d'usines et les employés, les courtiers, les commis. Enfin, ce qui n'est pas non plus complètement à dédaigner, ce sont aussi les enfants des Pays-Bas qui recrutent tous les cadres principaux des fonctions publiques et des professions Ul)érales aux Indes néerlandaises. La jeunesse des classes bourgeoises qui a tant de peine aujourd'hui en Europe à s'ouvrir des débouchés éprouve, en Hollande, moins d'embarras, les Indes néerlandaises s'ouvrant à elle. Les avantages moraux d'une colonisation aussi vaste ne sont pas inférieurs aux avantages matériels. L'esprit du peuple métropolitain est naturellement plus ouvert, plus entreprenant, il embrasse de plus vastes horizons ; il a des hommes et du monde une plus sûre expérience.
Tant d'avantages comportent des devoirs. La conscience hollandaise a commencé, depuis quelques dizaines d'années, à le sentir.
Sèche et dure avait été dans le passé la colonisation des Hollandais, âpre au gain, fermée à toute considération élevée. C'est Tannée 1860 qui marque le changement de Tesprit de la politique coloniale. Sans intervenir à Texcès dans les rapports entre les chefs indigènes et leurs subordonnés, on a placé les premiers sous le contrôle incessant et actif des fonctionnaires européens. On se préoccupe ainsi d'éviter les abus. Quand des actes d'oppression sont découverts, on les réprime. L'indigène ne jouit certainement pas encore de toute la liberté et de toute la dignité du citoyen des contrées d'Europe ; mais il se trouve dans une situation singulièrement supérieure à celle des sujets des rajahs malais indépendants. La tendance actuelle de la politique coloniale hollandaise est plutôt dirigée vers l'amélioration du sort de l'indigène que vers l'exploitation exclusive et abusive du sol et de ses habitants. La métropole y sacrifie quelquefois ses intérêts pécuniaires.
La suppression de plusieurs des cultures forcées, de celle du sucre, par exemple, en est la preuve. Si l'on a conservé jusqu'ici la corvée pour la culture du café, c'est qu'on est dans l'embarras pour remplacer cette organisation du travail; ce qui arrête, c'est la considération non des subsides que pourrait espérer la mèrepatrie, mais du budget colonial et de ses exigences, notamment de celles de l'enseignement parmi les indigènes.
En dehors des corvées en quelque sorte publiques et générales qui, sinon supprimées, ont du moins été restreintes, on s'est appliqué à abolir en 1882 des corvées particulières ou locales qu'exigeaient soit les régents soit les wedonos ou autres personnages indigènes.
L'enseignement a été répandu, non pas sans doute avec prodigalité, mais sans trop de parcimonie. C'est en 1849, pour la première fois, que le gouverneur général reçut de la métropole l'autorisation de dépenser 25,000 florins àl'instruction des indigènes, somme bien exiguë, mais jusqu'à ces dernières années, la France n'a guère mieux fait en Algérie. En 1882, les dépenses de l'enseignement pour les indigènes se sont élevées à 1,234,556 florins contre une recette de 69,978 florins (1). Ainsi, la Hollande consacre 2 millions et demi de francs à instruire ses sujets orientaux ; quelle nation européenne peut prétendre être de ce côté en avance sur elle ? Le sacrifice est encore insuffisant et l'esprit qui préside à cet enseignement n'est guère pratique, paralt-il. Aussi songe-t-on I à le réorganiser.
La séparation, depuis 1869, de l'administration et de la magis- | trature est aussi l'un des signes du progrès moral accompli par
(1) Nous rappelons que le fond de ces renseignements nous a été fourni par M. le professeur Van der Lilh, de l'Université de Leyde.
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la colonisation hollandaise. Auparavant, c'étaient les résidents ou leurs adjoints qui présidaient les tribunaux indigènes; maintenant ces présidents sont des magistrats choisis parmi les docteurs en droit hollandais; ils n*ont d'autres fonctions que celles de dire le droit.
D'autres réformes de détail ont été accomplies. On les étendrait si Ton n'était arrêté par un obstacle, le déficit du budget ; car, comme toujours, ces changements philanthropiques sont achetés par de fortes augmentations de dépenses, et le déficit du budget avec la guerre d'Atchin, s'ils ne refroidissent pas le zèle des réformateurs, leur enlèvent une partie de leurs moyens d'action. Depuis un quart de siècle, les Hollandais, pour le nouvel esprit qui dirige leur politique coloniale, méritent des félicitations.
D importe qu'ils persévèrent dans cette voie. Une colonisation ne doit pas être une simple exploitation ; une colonie ne peut rester éternellement une ferme. A côté de la production matérielle, un peuple colonisateur a une œuvre sociale, une œuvre morale à accomplir. Alléger le poids du servage qui pèse encore sur une grande partie des populations indigènes; constituer, là où elle est utile, la propriété individuelle ; élever progressivement les populations indigènes par l'éducation, par le christianisme, par la propriété et par la liberté du travail ; mettre enfin en culture les immenses espaces de Bornéo et de Sumatra, former dans ces régions de véritables sociétés qui soient productives au point de vue économique et qui aient une vie intellectuelle et morale, telle est la tâche qui incombe aux Hollandais.
La Hollande a conservé en Amérique quelques îles et sa colonie de la Guyane, qui eut, elle aussi, un moment de splendeur. La Guyane hollandaise comptait, en 1859, près de 53,000 habitants, dont 15.959 libres et 36,963 esclaves. Le recensement de 1845 annonçait seulement 8,462 libres; mais, en revanche, il donnait 51,629 esclaves. Ainsi, en 15 ans, le nombre des hommes libres avait doublé ; celui des esclaves avait diminué de plus d'un quart; ce changement remarquable dans la composition de la population, dont le total était resté le même, mérite qu'on en recherche les causes. 11 y a eu des Pays-Bas pour la Guyane un courant d'émigration assez régulier, bien que faible en apparence. Depuis 1845, année où l'émigration hollandaise commence à être considérable, on a vu un certain nombre de paysans s'établir à Surinam, y fonder la petite propriété, endurant sous le soleil des tropiques les travaux les plus rudes, comme les engagés blancs du xyii*» siècle. En 1852, le gouvernement des Pays-Bas tenta sans succès de diriger vers cette colonie l'émigration allemande. La diminution du nombre des esclaves ne se rattache pas seulement à cette obser-
vatîon générale, que nous n'osons pas ériger en loi, d'après laquelle dans rétat d'esclavage les populations ne se reproduisent que d'une manière insuffisante ; elle vient surtout des mauvais traitements et de l'absence de soins pour le bien-être de la population servile. De 1839 à 1843, il était né, dans toute la colonie^ 5,947 esclaves et il en était mort 10,406, mortalité effrayante, qui en quatre ans enlève plus du cinquième de la population noire- Les actes du gouvernement colonial prouvent, de la manière la plus nette, que cette mortalité considérable avait son origine dans la négligence des planteurs ou plutôt de leurs mandataires. II existé une ordonnance de 1817 où le gouvernement déclare vouloir « pré^ venir, avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour l'avenir, besoin qui s'est grandement fait sentir par l'oubli des précautions salutaires. » Ces négligences et ces abus, qui entraînaient tant de calamités pour la population servile et par contrecoup tant de diminution dans la production et de dépréciation daniâ la valeur des propriétés, se faisaient surtout sentir dans les districts où l'absentéisme des planteurs était le plus répandu, comme dans ceux de Para, Mattapica, Cottica, Ck)mmewyne;dans ces districts, pendant que les propriétaires vivaient luxueusement ài Amsterdam, les plantations étaient abandonnées à des agents dont l'ordonnance de 1817 flétrit « l'incapacité notoire, l'indécence, la négligence et l'immoralité ». Dans les provinces, au contraire, où l'absentéisme est rare et où la résidence est le fait prédominant, comme dans celle de Nickerie, les esclaves paraissent avoir été mieux traités, les naissances, même dans la population servile^ dépassaient les décès, et cependant le climat est exactement Ifl même que dans les autres districts. En 1882, la Guyane hollandaise comptait 53,853 âmes. Dans ce chiffre ne sont compris ni les Indiens ni les (Boschnegers) nègres des bois. Ces deux dernières catégories d'habitants ne sont pas actuellement évaluées, parc€ qu'on ne le pourrait faire que d'une manière conjecturale. En 187â on pensait que les Indiens étaient au nombre de 19,000. Dans U recensement de la population on ne fait plus de différence entre les hommes libres et les esclaves, l'esclavage ayant été aboli. Parmi ces 53,853 âmes recensées, on compte 4,396 immigrants, c'est-à-dirt sans doute des travailleurs exotiques engagés par contrat. La superficie de la Guyane hollandaise étant de 119,000 kilomètres carrés, on voit que la population spécifique y est très faible. La production comme la population de la Guyane a décru, depuis le xvin* siècle ; on comptait alors dans cette colonie 600 plantations, exploitées par 30,000 esclaves et produisant annuellement pour 40 millions de denrées d'exportation ; en 1845, l'on ne comptait plus que lOS sucreries, 116 caféieries, 41 cotonneries : la production du sucrfl
est restée statîonnaire de 1845 à 1860; elle flottait aux environs de 30 millions de livres. Tous les observateurs, et, entre autres, M. le lieutenant de vaisseau Dieudonné, chargé de comparer Tétat de la Guyane hollandaise à celui de la Guyane française, s'accordaient pour déclarer que l'agriculture est trèsarriérée à Surinam, que les procédés y sont imparfaits, les machines nouvelles presque inconnues. La production du sucre en 1882 dans la Guyane hollandaise s'est élevée à 9,794,131 kilogrammes et celle du cacao à 1,237,707. Les plantations de sucre ne sont plus qu'au nombre de 33, occupant 3,928 hectares. On divise en deux catégories les plantalions de cacao : celles qui produisent plus de 6,000 kilogrammes cl qui sont au nombre de 48, celles à moindre production dont on compte 79; toutes ensemble couvrent 6,110 hectares. Le travail des plantations est fait par 3,528 immigrants, 6,435 non immigrants, 871 propriétaires et 1,761 fermiers qui louent de temps en lemps leurs bras. Les importations montent à 4,299,000 florins, 9 millions de francs environ, et les exportations à 3,685,642 florins. On recense à l'entrée 176 vaisseaux jaugeant 23,456 tonneaux, dont 26 vaisseaux et 5,422 tonneaux provenant des Pays-Bas ; à la sortie 171 navires jaugeant 22,609 tonnes, dont 9 navires et 2,392 tonnes à destination de la Hollande. On trouve maintenant de l'or dans ces parages : la quantitédéclaréeenl882s'élevaità467,198 grammes d'une valeur de 616,701 florins, soit 1,300,000 fr. environ (1).
La Guyane hollandaise, comme toutes les Guyanes d'ailleurs, a donc plutôt reculé qu'avancé depuis un siècle. Un jour viendra où elle retrouvera sa prospérité, jour lointain peut-être. Ces régions contiennent d'énormes espaces qui sont bien doués pour la production. Le climat, il est vrai, est un ennemi pour les Européens. C'est à peine si sur 13 ou 14 millions d'hectares une vingtaine de mille y sont cultivés d'une manière intensive et une centaine de mille exploités tant bien que mal. La colonisation européenne jusqu'ici a effleuré à peine ces contrées qui réservent à l'humanité d'abondantes ressources.
Les petites îles de Curaçao, Saint-Eustache, Saint-Martin, Saba, Bonaire, que la Hollande possède dans le golfe du Mexique et qui, toutes ensemble, n'ont pas 40,000 habitants, ont eu de tout temps une production et surtout un commerce des plus actifs. Les es-
.i}],ï^>Prt8M. Meyners d'Estrey {EoonomUte français du 5 avril 1890), il n'y iViS ?™,®^ ^^^ V^^ ^^ plantations de cannes à sucre à la Guyane Hol- .^ «u^/ ^^^ exportations de sucre ne s'élevaient en 1887 qu*à 8,416,000 kilog . mnlbaitsé de 800,000 kilogr. depuis 1866; par contre Texportation du cacao cul- ÏÎP^lespetlts cultivateurs montait en 1887 à 1,607.000 kilogr., ayant qua- ?î?f,«n^an8; l'exportation de l'or atteignait 1,379.000 florins ou près de •t ..I ?^.^^ francs, te total des importations était de 5 millions de florins aJt^: i^^ exportations de 3 millions et demi de florins, 10 millions et <iani et 7 millions de francs. {NoU de la 4* édition.)
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claves y ont toujours été mieux traités qu'à Surinam, et cependant ces petites îles elles-mêmes sont en décadence; elles ont besoin, pour se soutenir, des subsides de la métropole. Curaçao, dit-on, possédait, il y a 50 ans, plus de 10,000 esclaves, au lieu qu'au 1" janvier 1859 elle n'en comptait plus que 7,189. La grande culture ne peut plus, dans ces territoires étroits et épuisés, soutenir la concurrence des sols nouveaux de Cuba et de Java. Le nopal, la cochenille et les autres cultures secondaires sont les principales ressources de ces Ilots. La Hollande a hésité longtemps à suivre l'exemple donné par l'Angleterre et par la France de la suppression de la servitude; alors même qu'elle déclarait l'esclavage aboli à partir de ISdO dans l'archipel de la Sonde, elle le maintenait à Surinam ; mais cette opiniâtreté à conserver la servitude dans ses possessions chétives d'Amérique n'a pu leur rendre une prospérité qu'elles n'avaient due qu'au régime relativemement libéral en matière de commerce, dont elles avaient joui dans un temps où les colonies de plantations des autres contrées d'Europe étaient soumises aux rigueurs du pacte colonial. Tout l'avenir de la colonisation hollandaise est dans les lies de la Sonde ; il dépend de la Hollande, aux conditions que nous avons indiquées plus haut, de leur assurer un développement presque infini.
Nousdevons constater ici quela colonisation hollandaise libre est en recrudescence dans FAMque australe. D'après des statistiques d'il y a peu d'années, cette contrée contiendrait 492^000 ftmes de race européenne, dont 330,000 d'origine hollandaise contre 160,000 à peine d'origine anglaise. Les 330,000 Hollandais existant dans l'Afrique australe se répartiraient ainsi : 60,000 dans laRépublique du Transvaal, 60,000 dans l'Etat libre d'Orange et environ 210,000 dans la colonie du Gap. Avec l'énergie bien connue et la prolificité des Boërs, on peut considérer que l'élément hollandais finira par prendre le dessus sur l'élément anglais dans l'Afrique australe, mais les colonies hollandaises libres de cette partie du monde constituent des colonies de peuplement et non des colonies de plantations (1).
(1) Le Transvaal. qui peut être considéré comme une sorte de colonie hollandaise émancipée, est devenu, depuis 1886, soudain très prospère. Les recettes publiques qui y montaient & 4 millions ou 4 millions et demi de francs seulement en 1884 et 1885, atteignirent 6 millions en 1886, près de 16 millions en 1^87 et 21 millions ea 1888. Le déficit qui était chronique se changea en un excédent qui, pour Tannée 1888, approcba de 5 millions de francs. La cause de ce développement d'une rapidité imprévue est dans la découverte de riches mines d or. Malheureusement, cet enrichissement n'est pas sans danffer pour Télément hollandais. Un nombre considérable de mineurs d'origine Dritannique afflue du Gap, d'Australie, d'Amérique, d'Angleterre, pour exploiter les mines d'or du Transvaal et les mines de diamant de la République d'Orange. Les nouveaux arrivants prétendent être, en 1890, au nombre de »0,00D à 100,000 dans le seul Transvaal. Ce chiffre est peut-ôtre exagéré, mais en tout cas l'élément anglo-saxon dans le Transvaal atteint presque
COLONIES d'exploitation. — COLONIES SCANDINAVES. 303
Nous n*avoDS que quelques mots à dire des petites îles danoises, Saint-Jean, Sainte-Croix, Saint-Thomas. Le roi Christian VII fut de tous les princes le premier à abolir la traite (ordonnance du 16 mars 1792) : ces petits îlots en éprouvèrent une certaine commotion, mais qui dura peu. Leur importance venait moins de la culture du sucre que de leur trafic excessivement animé ; ils furent tous, en 1834, ouverts au commerce du monde et Us servirent d entrepôts pour Fapprovisionnement du golfe du Mexique : ce fut pour eux la source d'une grande prospérité; après diverses mesures préparatoires, l'abolition de l'esclavage y eut lieu le 3 juillet 1848; ils ne s'en ressentirent pas longtemps, trouvant dans la rapide extension de leur commerce une compensation plus que suffisante. On sait que Saint-Thomas a été, il y a une vingtaine d'années, acheté par les Etats-Unis.
La petite lie de Saint-Barthélémy, qui appartenait à la Suède, se trouvedans unesituation analogue à celle des îles danoises, quoique moins florissante ; c'est un îlot peu fertile où la production est faible ; l'esclavage y a été aboli graduellement à partir de 1848 ; cette petite colonie ne peut avoir d'avenir que dans le commerce. Le gouvernement et les Chambres de Suède, comme l'ont prouvé les discussions qui suivirent la cession de Saint-Thomas aux Américains, étaient dans l'intention de vendre également leur île aux Etals-Unis, s'ils en obtenaient un bon prix. Ils ont fini par la céder à la France. On ne peut blâmer de pareilles cessions, il est certain que des puissances comme le Danemark et la Suède n'ont aucun iDlérèt à posséder quelques îlots perdus dans l'Océan.
Ces petites dépendances ne peuvent avoir d'importance que comme points de relâche ou postes d'observation pour une puissance maritime et militaire de premier ordre. Au contraire on eût très bien compris que la Suède, qui a une émigration considérable, cherchât à s'assurer la possession d'une colonie de peuplement, dans le genre du Canada ou de l'Australie, pour y détourner l'éinigration suédoise qui se porte vers les États-Unis et pour fonder ^ans les régions nouvelles une société Scandinave. C'eût été un inoyen de maintenir l'équilibre des races dans le monde et la variété des influences nationales qui est si utile au progrès humain.
anjourd'hïd et dépassera peut-être bientôt rélément néerlandais. L'établissement de la domination britannique sur le Zambèze est encore un autre péril pour les Boôrs ou colons hollandais. Les mineurs anglais réclament des droits pouuques, pais, si les mines d'or se développent, leur flot augmentera. Le g27®'P®°^®°* des Boôrs a essayé, pour arrêter cette marée montante, de re- «wer la construction des chemins de fer qui doivent relier le Transvaal d'un riïïi I ""® ^® Delagoa, de l'autre au réseau du Cap. Mais il ne peut per- W5wr longtemps dans ces expédients. La découverte de ces mines pourrait n;..î.*T®*r,.P°*^' ®ff®* d® compromettre Tindépendance et surtout la suprémtue de rélément néerlandais dans r Afrique aostrale. {Note de la -x^édUwn,)