LA TUNISIE : LA RÉFORME MONÉTAIRE
les indigènes. Il importe que ce feu ne s'éteigne pas. Avec les Qialtres que le collège Sadiki et l'Ecole normale nous fourniront, Dn pourra, dans un laps de peu d'années, entretenir des écoles françaises dans toutes les bourgades de la Régence. En y joignant quelques écoles industrielles, on réveillerait une industrie locale, qui eut autrefois de beaux jours et qui aujourd'hui sommeille ou languit. L'Alliance française peut aussi puissamment collaborer ici ï la propagande de notre langue si, fidèle à sa mission et à l'esprit de son origine, elle évite toute dissidence intérieure.
C'est par sa langue qu'un peuple imprime son cachet à une terre et à une race. Les Français ne sont pas prolifiques ; c'est une raison de plus pour qu'ils s'attachent à répandre partout leur langue; elle est le seul instrument efficace pour étendre notre civilisation el pour assurer notre suprématie. Il faut que dans deux ou trois générations la population arabe tout entière de nos possessions africaines parle le français, comme le font aujourd'hui les Bas- Bretons. Le résultat n'est pas difficile à atteindre. Il y faut de la résolution, de la méthode et du temps.
Quand nous aurons donné notre langue à plusieurs dizaines de milliers d* Arabes, en attendant que ce soit à plusieurs millions, Dous trouverons dans les indigènes des instruments excellents pour étendre notre influence sur le Sahara et jusqu'au Soudan. Quels agents pourraient valoir ces néophytes I Les anciens élèves du collège Sadiki accompagneront soit nos colonnes, soit nos explorateurs, soit nos commerçants. Les Touareg alors seront moins àcraindre et ne nous arrêteront pas longtemps.
Ramener autant que possible au modèle français les choses qui y sont assimilables et à l'empreinte française celles qui, sans inconvénient notable, la peuvent recevoir, ce doit être Tùn des objets de notre politique.
Aussi ne devrons-nous pas hésiter à rétablir la poste française à la place de la poste beylicale, à effectuer la réforme monétaire qui remplace la piastre par le franc ; la difQculté n'est pas grande, le piastre valant presque 60 centimes ; Ion a déjà frappé en argent des pièces de 3 piastres 4 caroubes ou 2 francs, de 1 piastre 10 caroubes ou I franc. Le franc doit devenir la monnaie officielle et la Tunisie doit entrer à la suite delà France dans l'Union latine. L'institution d'une banque d'émission à Tunis est une des nécessités commerciales et financières que l'on ne peut ni négliger ni ajourner. On en parle depuis une demi-douzaine d'années. C'est à la fois le seul moyen de faire la réforme monétaire et de répandre le crédit à bon marché. On a pensé à créer une banque beylicale ; mais, outre qu'elle aurait le défaut d'accroître le nombre des institutions qui ne portent pas suffisamment l'empreinte fran-
çaisê, il est doutetix que la Tunisie, avec ses 1,200.000 à 1,300,0(M habitants, dont les dix-neuf vingtièmes sont des indigènes gêné ralement pauvres, soit un champ assez étendu pour qu*une banqn< d'émission y fût prospère. Il vaudrait mieux que ce privilège fui conféré à la Banque d'Algérie, qui prendrait alors la dénomina tion de Banque d'Algérie et de Tunisie, et qui paierait son mono pôle à la fois par l'exécution de la réforme monétaire substituant le franc à la piastre et par quelques millions alloués, comme prix au gouvernement tunisien, lequel pourrait ainsi augmenter, saoi aucune charge, la dotation des travaux publics. Quoique nous m soyons nullement partisan d'une annexion, ni actuelle, ni pro^ chaîne, de la Tunisie à FAlgérie, ce plan nous paratt, au point ûi vue financier et économique, le meilleur dans les circonstance! actuelles.