‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 68 sur 131 · LA TUNISIE : LE COMMERCE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

LA TUNISIE : LE COMMERCE EXTÉRIEUR

Années. Droits perças. Valeur des

marchandises.

Piastres. Piastres.

l«r iulllet 1875 au 30 juin 1876 1.643,012 20,538,026

!•' juillet au 12 octobre 1884 (ij 596,497 9.760,558

12oct. 1884 au 12 oct. 1885 (exercice 1302) 3,531,028 44,552,546

Totaux des cinq premières années 7, 143,385 (2) 93,192,684

Totaux des cinq dernières années 15,275,676 200,424, 176

Excédent en fayeur des cinq dernières

années ^ 7,832,291 in,:31,492

II ressort de ce tableau, que les cinq premières années qui ont |)rëcédé Foccupation française n'ont pas fourni moitié autant de narchandises à Timportation que les cinq années suivantes. Pour les droits, il en est à peu près de môme, quoique la différence soit un peu moindre, gr&ce à certains dégrèvements opérés depuis Tocmpalion française. Encore convient-il de dire que la comparaison entre ces deux groupes de cinq années chacun ne correspond pas exactement au changement de régime. L*année 1880-81, qui est, en effet, comprise dans la deuxième série d'années, n'a coïncidé que dans les trois derniers mois avec l'occupation française.

Le progrès des importations s'est poursuivi, car, d'après VAn^ nuaire tunisien, dans Tannée 1306 (du 13 octobre 1888 au 12 octobre 1889), elles se sont élevées à 51,923,000 piastres, soit environ 31 millions de francs, ou près de trois fois la moyenne annuelle de la période quinquennale d'avant l'occupation. Il est vrai que les céréales y figurent pour 10 millions de piastres ou 6 millions de francs, et les farines ou semoules pour 7 millions de piastres (4 millions de francs), la récolte ayant été très calamiteuse, mais, même défalcation faite de ces chapitres, le développement reste ' considérable.

Le régime des marchandises importées est fixé par les traités^ de l'ancienne Régence avec les nations étrangères et par un décret du 3 octobre 1884. L'administration des douanes fonctionne désormais avec un personnel français. Les droits sont établis sur la valeur des marchandises; ils sont en général de 8 p. 100. Divers articles sont admis en franchise, comme les céréales et, depuis un décret du 9 septembre 1885, les machines agricoles importées di-

(1) Lorsque fbt aboUe la commission financière internationale, l'exercice fio&Dcier commença suivant la mode tunisienne au 13 octobre; delà yient cette •ection d*année du l'']uillet 1884 au 12 octobre 1884.

(2) Les totaux dépassent de quelques unités l'addition des chiffres partiels

tDous reproduisons; c*est que nous avons négligé les fractions de piastres s les chiffres de chaque année.

rectement par les propriétaires pour leurs exploitations et non pour en faire le commerce ; cette distinction est bien subtile et devrait être supprimée, comme étant défavorable au petit cultivateur européen qui, il est vrai, tient jusqu'ici peu de place dans la contrée ; en outre, lénumération deS machines agricoles exemptées est incomplète et donne lieu à des discussions fréquentes. Le sel, le tabac, quelques autres denrées sont prohibés.

Les principales marchandises importées en 1888-89, outre les 10 millions de piastres de céréales et les 7 millions de piastres de farines et semoules, sont :5,837,000 piastres (3 millions et demi de francs) de tissus de colon et de toile; 691,000 piastres (415,000 fr.) de tissus de laine; 241,000 piastres de tissus de soie; 1,100,000 piastres (660,000 fr.) de colon, de soie grège ou filée et de laine filée; 3,894,000 piastres (2,300,000 fr.) de denrées coloniales; 2,136,000 piastres (1,280,000 fr.) de bois de construction ou ouvré; 2,900,000 piastres (1,740,000 f r ) de vins ou spiritueux, surtout des derniers; 1,520,000 piastres (900,000 fr.) de métaux bruts et ouvrés; 1,142,000 piastres (700,000 fr.) de peaux, cuirs et chaussures; 1,059,000 piastres (630,000 fr.) de modes et confections; 992,000 piastres (595,000 fr.) de machines et instruments, etc. Les importations de la plupart de ces marchandises, notamment des tissus, étaient beaucoup plus fortes les années précédentes; la détresse alimentaire les réduisit en 1888-89.

Les exportations de la Tunisie ont, depuis le régime français, suivi une progression analogue aux importations. Voici un tableau qui le démontre ; un grand nombre de marchandises sont, ainsi qu'on a pu le voir par l'analyse du budget tunisien, grevées de droits à l'exportation : on a réduit, d'ailleurs, depuis quelques années, dans des proportions plus ou moins sensibles, certaines de ces taxes ; c'est ce qui explique que le montant des droits n'ait pas suivi exactement les variations du montant des marchandises exportées.

Année.. DroiU perçus J^^Jl^^^afses.

P i A^tpc A Pi«i.stjrps

iw juiUet 1875 au 30 juin 1876 2,'î56,e90 25,060,821

1« juillet au 12 octobre 1884 il) 52^.962 6,143,562

13oct. 1884au 1 2 oct.l8&5 (exercice 1302) 3,307.172 31,305,»7d

Totaux des cinq premièreg années. . . . 10,979,478 (2) 98,633,077

Totaux des cinq dernières années .... 17.661,995 146,963,818 Excédent en faveur des cinq dernières

années 6,682,514 48,330,741

(1) Nous faisons ici la même observation qu*à la note de la page 511.

(2) La note 2 de la page 511 trouve ici également son application.

LA TUNISIE : LE COMMERCE EXTÉRIEUR. 5ia

Même en Tannée 1888-89, si calamiteuse, les exportations ont encore atteint 30,174,000 piastres ou plus de 18 millions de francs. Les principaux articles sont : le blé pour 6 millions de piastres (3,600,000 fr.) et Forge pour 1.285,000 (770,000 fr.); Talfa pour 4 millions de piastres (2,400,000 fr.); l'huile d'olive pour 2,718,000 piastres (1 ,630,000 fr.); le tan pour 2,585,000 piastres (l,550,000fr.); les bestiaux pour 1,609,000 piastres (1 million de francs); la laine en suint ou lavée pour 1,496,000 piastres (900,000 fr.), dont un neuvième seulement pour la laine lavée; les tissus de laine pour 1,341,000 piastres (800,000 fr.); les éponges pour 1,040,000 piastres (600,000 fr.); les légumes secs pour 1,034,000 piastres ou 600,000 fr.; les dattes pour 634,000 piastres (380,000 fr.), etc.

Guère plus de la moitié du commerce extérieur de la Tunisie se fait avec la France et l'Algérie, soit, en 1888-89, 27,892,000 piastres (16,735,000 fr.), à Fimportation provenant de France et 1,392,000 piastres (835,000 fr.) provenant d'Algérie, sur un total de moins de 52 millions de piastres ; à l'exportation de Tunis, sur 20,174,000 piastres (18, 104,000fr.), 6,469,000 piastres seulement ou 3,820,000 fr. étaient dirigés sur la France et 10,467,000 piastres ou 6,280,000 fr. sur l'Algérie. L'Italie et Malte prennent une grande partie de «e commerce, la première 5,434,000 piastres (3,250,000 fr.) à l'importation et 5,609,000 piastres (3,360,009 fr.) à l'exportation, la seconde 7,674,000 piastres (plus de 4 millions et demi de francs) à l'importation et 1,248,000 piastres (750.000) à l'exportation.

Le détestable régime douanier, qui frappait de droits extravagants les produits tunisiens à l'entrée en France, était la cause de la faiblesse des exportations de Tunis pour la contrée protectectrice et déviait les produits tunisiens soit vers l'Italie, soit vers r.Mgérie pour s'introduire ensuite à la dérobée, mais avec de grands frais de voyage, en France. Heureusement en 1890 on a inauguré un régime plus favorable qui n'atteint pas encore le but, h savoir TUnion douanière entre la Tunisie et la France. Il est de toute nécessité que cette Union douanière soit eftectuée dans un bref délai. Le traité de commerce ilalo-tunisien expire en 1896 ;le traité anglo-tunisien n'a pas de limite de durée, il nous incombe d'en obtenir la modification ou de le dénoncer. Avec l'Union doua« nière franco-tunisienne l'ancienne Régence deviendra beaucoup plus française et Ton peut prévoir que, avant la fin du siècle, le chiffre des importations et des exportations de la Régence se sera considérablement accru, peut-être môme doublé.

611 DE LA COLOmSATION AU X1X« SIÈCLE.

LA SITUATION CIVILE ST POLITIQUE DES COLONS FRANÇAIS ET DBS DIYBBS ÉLÉMENTS DE LA POPULATION.

Un problème délicat est celui de la situation civile et politique des colons français en Tunisie. Ils restent Français et en ont tous les droits : ils sont jugés par des juges français et des jurys français; dans certains cas» cependant» comme ceux de contestations immobilières avec les indigènes, ils relèvent de tribunaux mixtes, mais où l'élément français a voix prépondérante. Ils doivent être administrés par des Français, ou, dans certains cas, par des corps mixtes, partie français, partie indigènes, mais où la prépondérance effective appartient toujours au premier élément. Les municipalités sont mixtes.

Les Français doivent être les premiers à donner l'exemple du respect des autorités indigènes, n'oubliant pas que le protectorat est le procédé le plus économique» le plus rapide, le plus pacifique et le plus humain de colonisation.

D'autre part, il faut sauvegarder la dignité et les droits du citoyen français comme, dans Tancien Empire romain, ceux du civù romanus. Les fonctionnaires, les tribunaux doivent avoir pour eux les plus grands égards sans s'écarter de la justice» ménager leur amour propre, leurs susceptibilités, tant qull n'en résulte aucun préjudice pour le prochain. Certains magistrats ont tenu, dans de récents débats, un langage regrettable à l'égard des colons tunisiens, opposant cette qualité de colon à celle de fonctionnaire, comme si la première était moins relevée que la seconde. Des arrêts correctionnels excessifs du tribunal de Tunis à l'endroit de colons français ont produit ime pénible impression. L'on a vu la Cour d'Alger, avec un sentiment beaucoup plus fin de la politique, réduire dans des proportions considérables des condamnations prononcées parle tribunal français de Tunis contre des colons qui avaient montré quelque vivacité de langage à l'endroit de fonctionnaires.

Tout en faisant respecter les fonctionnaires, il ne faut pas oublier que les colons sont une pièce beaucoup plus essentielle encore de la colonisation, surtout les colons français dans un pays comme la Tunisie où Félément italien est arrogant et envahissanU

Le résident général et ses agents doivent aussi laisser sur le seuil de Tancienne Régence toutes leurs préoccupalions de parti pris politique. On a reproché à l'un d'eux de prendre en considération à Tunis la qualité oul'épitbéte de républicain ou de monarchiste, de radical ou de réactionnaire. Ces incroyables petitesses nuiraient au plus haut degré au développement de la colonisation

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