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LES COLONIES DE LÀ FRANGE : LA GOGHINGHINE, LE TONKIN, ETC

des poissons salés, des peaux, des huiles. La capitale de nos possessions cochinchinoises, Saîgon, quoique éloignée de 60 milles de la mer, est accessible aux navires du plus haut tonnage. Quelques publicistes ont porté Texagération de leurs louanges jusqu'à prédire à Saïgon une prospérité égale, supérieure môme à celle de Singapore : il est vrai qu'ils ont mis à ce développement une condition dont la réalisation n'est pas impossible, quoique lointaine, le percement de Tisthme de Tenasserim qui ferme la longue presqu'île de Malacca. Quoi qu'il en soit de ces rêves d'avenir, Saïgon a pour le moment 20,000 habitants : le Comptoir d'escompte de Paris y a établi une agence ; d'autres maisons de banque françaises s'y sont constituées. Il forme une des escales de nos Messageries maritimes ; il eût été à souhaiter qu'on lui laissât celte franchise entière de droits qui fut l'origine de la grandeur de Singapore. L'administration s'est mise au travail avec une grande ardeur ; on a créé des lignes télégraphiques, ouvert à la circulation des routes de terre, des tramways, élevé des phares, construit des églises, organisé la justice, l'instruction et les finances : mais ce qui manque encore, quoique moins quaux premiers jours, à notre colonie de Cochinchine, comme à nos autres colonies, ce sont les colons. Voici le mouvement des échanges en 1866, 1879 et 1887 ;

Francs. FraDcs. Francs.

Importation 39.p32.375 68.037.40Ô 56.424.9 8

Exportotion 39.399.900 62.099.318 66.775 901

Totaux 79.231.275 130.936.724 123.200.867

Lies chiffres de 1879 s*appliquant seulement au mouvement du port de Saïgon et aux transports par navires européens, d'après un travail fait par la Chambre de commerce de cette ville, il convient d'y joindre, pour avoir l'ensemble du mouvement commercial du pays, d'abord les transports opérés à Saigon par les jonques chinoises, soit 1 million et demi de francs environ, puis

(1) Les chififres donnés pour 1866 sont tirés de VAnnuaire de statisHque; ceux pour 1879 sont empruntés à une PélUian à MM. les Membree de la Chambre de» députés et du Sénat, présentée par divers habitants de la Cockinehme française en 1881. Le chiffre donné pour 1879 concerne le port de Saigon seul. Les chiffres pour 1887 sont extraits des documents officiels publiés, en 1888, sous le titre de Tableaux de popuiatUm, de culture, de commerce et de navigation, statistiques coUmiulfts pour Vannée 18i37. Comme nous l'avons fait remarquer dans notre précédente édition de cet ouvrage, nos documents statistiques coloniaux officiels se contredisent sans cesse. On nous disait jadis, sur leur couverture, qu'ils ont obtenu une médaille d'argent à TExposition de Paris en 1867 et une « lettre de distinction » à celle de Venise en 1881 ; ce sont à peine là des témoignages de politesse ; nos documents coloniaux ne méritaient pas mieux. Il y a eu, cependant, un peu d*amélioration dans ces statistiques depuis quelques aunées, mais elles manquent encore de méthode et ne facilitent pas les recherches.

ceux effectués par les barques annamites et évalués à plus de 15 millions. Le trafic du port de Saïgon s'est élevé ainM à plus de 140 millions pour l'année 1879. Les autres ports, Mytho, Rach Gia. Camau, Hatien, ont avec Texlérieur un mouvement d'environ 4 millions de francs. Enfin, le commerce parle Mékong avec le Cambodge et le Laos monte à 5 millions et demi environ. D'après ces éléments, la Chambre de commerce de Saïgon estime à 155 millions de francs (30,113,159 piastres; le commerce extérieur delà Cochinchine. C'était un progrès considérable sur 1866. Nous ne savons à quelle cause attribuer le recul de 1879 à 1887 et nous doutons mèiae qu'il soit réel.

Un certain progrès est constaté pour la navigation. Malheureusement, les chiffres ici ne sont pas complètement comparables par le défaut des statistiques. Le tableau suivant donne le total des entrées et sorties pour 1866, en distingaant les navires français et les navires étrangers ; pour 1879, nous n'avons que les entrées sans ia distinction du pavillon :

Navigation.

ENTRÎSES BT SORTIES REUNIES. ENTREES.

Navires Teuage fiqiiipaga NavlNS Tonnage Equipage

^a▼i^eBau Navires au

long cours: long cours 423 880.564 16.917

Français.... 176 127.467 8.585 Jonques chi- Etrangers.. 515 163.913 9.949 noises.... 123 5.308 2 056

Barques an- 691 291.380 18.534 Barques annamites.. 9.553 215.544 40.895 namites... 3.203 3.626(1)18.899

Totaux. 10.244 50-5.921 59.429 3.749 389.493 37.872

Cet ensemble était satisfaisant, et le progrès notable, si l'on ne lient compte que des navires européens et si Ton réfléchit que )e tonnage à l'entrée en 1879 est opposé au tonnage à rentrée et à la sortie en 1866. Les documents officiels pour Tannée 1887 fixent le mouvement de la navigation de la Cochinchine à 186 navires français à l'entrée jaugeant 252,892 tonnes et 187 navires français à la sortie, jaugeant 256,197 tonnes ensemble 373 n ivires français et 509,089 tonnes; les navires étrangers, au nombre de 325 à l'entrée mesuraient 369,986 tonnes, et, au nombre de 328 à la sortie jaugeaient 350,915 tonnes. La part du pavillon étranger dans le mouvement maritime de la Cochinchine était donc, entrées et sorties réunies, de 720,901 tonnes et le mouvement total de la navigation de la Cochinchine atteignait 1,229,991 tonnes

(1) Nous pensons qu*il y a dans le document auquel nous empruntons ces chiffres, une foute d'impression, et qu'il faut lire 36,000 tonneaux.

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auquel il faudrait ajouter 00,000 tonnes de barques annamites et 11,000 tonnes de jonques chinoises. Ce progrès est notable depuis 1879 : il faut dire que beaucoup de ces navires font seulement escale, et que, en ce qui concerne le pavillon français, une grande partie est représentée par la marine subventionnée.

Sur les 123 millions de francs en 1887 du commerce extérieur de la Cochinchine, la part du commerce avec la France est seulement de ia,378,044 francs, dont 15,180,545 fr. à l'importation en Cochinchine et la somme insignifiante de 1,197,299 fr. à l'exportation en France. Le commerce de la Cochinchine avec les autres colonies et pêcheries françaises (c'est-à-dire en grande partie avec les autres provinces de notre Indo-Chine) monte à 7.706,012 francs. Quant au commerce avec Tétranger, il est de 99,116,833 fr. Encore doiton dire que, sur nos 15 millions d'importation en Cochinchine, il y en a la moitié qui se compose d'argent ou monnaie. Les autres principaux articles sont les boissons, notamment les vins, qui figurent pour plusieurs millions. Il reste bien peu de chose pour les marchandises diverses et les objets fabriqués. A ce point de vue, la situation n'est pas satisfaisante.

Quant aux exportations cuchinchinoises, le riz en forme les trois quarts et il a peu de débouché en France, quoique, enl890, on ait voté à rentrée de la métropole des droits sur les riz étrangers dont seront exempts nos riz coloniaux. Viennent ensuite l'argent pour une demi-douzaine de millions, puis les poissons, du poivre, des graisses, un peu de soie, quelques peaux.

Le gouvernement métropolitain a fait quelques efforts pour perfectionner radministration de notre possession cochinchinoise. On peut signaler, comme un progrès, au moins théorique, dans notre politique coloniale, le décret du 10 février 1873, qui crée, sous le nom d'inspecteurs et d'administrateurs des affaires indigènes, un corps de fonctionnaires civils spécialement chargés de l'inspection des divers services indigènes, de la justice àl'égard des Asiatiques et des Européens, de radministration générale, de l'établissement de l'impôt, du contentieux administratif et des milices, de la perception de rimpôt et de l'enregistrement sur les points où il n'existe pas d'agents spéciaux, du paiement des dépenses, de la poste, du télégraphe, du cadastre, des écoles. Afin que ce corps d'agents civils ait toutes les connaissances nécessaires àl'exercice de ces fonctions multiple$,Uaétéfondé à Saigon un collège d'administrateurs stagiaires. Les études y portent sur les langues vulgaires, annamite et cambodgienne, sur la langue mandarine annamite et sur l'écriture de cette langue en caractères chinois, sur l'administration et la législation cambodgienne, sur les diverses branches de radministration française et du régime financier, enfin sur la construction pratique

et sur la botanique. Se départant de ses vieilles et routinière? habitudes, le gouvernement promet aux inspecteurs et aux administrateurs des affaires indigènes un traitement élevé : il leur offre, en outre, après douze ans de service, non pas une pension de retraite, mais un capital assez considérable qui sera constitué non par voie de retenue sur les traitements, mais par des subventions que verseront à une caisse dite de prévoyance les budgets des localités. Ce décret avait une certaine importance; car ce qm a toujours manqué à la France en matière de colonisation, c'est un personnel d*administrateurs civils, spéciaux, compétents, fixés à perpétuité dans la même colonie et bien rétribués.

Le décret de 1873 a été remanié par un autre décret de 1876 qui paraît en général avoir respecté l'esprit du premier. L'administration se compose de sept inspecteurs, vingt administrateurs de 1" classe, vingt -deux de 2» classe et vingt-deux de 3* classe, non compris les administrateurs stagiaires. Dans ces derniers temps on a donné à la Cocbincbine un gouverneur général civil. On y a aussi développé le régime municipal, à Saigon du moins. Un arrêté de 1867 instituait déjà dans cette ville on conseil municipal; on eût mieux fait de lui donner le nom de commission, car les membres, choisis dans toutes les classes de la population tant asiatique qu'européenne, étaient nommés par le gouverneur. En 1869, on introduisît partiellement dans la composition du corps municipal le principe de l'élection : les membres en furent nommés moitié par le gouverneur, moitié par des électeurs réunissant certaines conditions. La révolution de 1870 substitua le suffrage universel au suffrage restreint. Un décret du 8 janvier 1^77 reconstitua l'administration municipale de Saïgon. Le conseil se compose du maire, de deux adjoints, de douze conseillers municipaux, parmi lesquels huit membres français ou naturalisés, élus au suffrage universel par leurs concitoyens, deux membres indigènes, un membre étranger non asiatique et un étranger asiatique ; ces quatre derniers membres sont désignés par le gouverneur. Le maire et les adjoints sont aussi nommés par ce fonctionnaire, mais ils doivent être pris parmi les membres élus du conseil municipal (1). Ce corps a à peu près les mêmes pouvoirs que les assemblées analogues de la métropole. Le nombre des électeurs, c'est-à-dire des Français à Saîgon. va en augmentant. Il était de 619 en 1877 et de 865 en 1878. Plus récemment on a créé dans la Cocbincbine un conseil colonial où entre pour une bonne part l'élément électif. Enfin on a, en 1881, octroyé à la Cocbincbine la représentation à la Chambre des dé-

(1) Delarbre, Us Colonies, page 53.

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