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LES COLONIES DE LA FRANGE : LA COGHINCHINE, LE TONKIN, ETG

dans ces descriptions. Mais un fait de bon augure c'est que les actions des mines de Hongal, émises à 125 piastres, ont été et sont encore très recherchées sur la place de Hongkong où elles ont coté un instant 700 piastres et où elles se négocient actuellement à 350 Jouissant d*une prime de 1400/0. Dans quelques autres districts, notamment dans celui de Langson et, en Cochinchine, dans la baie de Tourane, il se rencontre aussi des mines de charbon pleines de promesses.

Le Tonkin offre donc des perspectives sérieuses de développement. Les points noirs consistent dans Fadministration incohérente, changeante, incompétente et inefficace, que nous y avons établie, et dans les charges considérables dont la colonie grève le budget métropolitain (1). Il faut avoir, au Tonkin, un système d'administration suivi, ne pas changer à chaque instant et les rouages gouvernementaux et les hommes, choisir notre personnel en dehors des considérations départi dans la métropole, le bien rémunérer, lui assurer de la stabilité, mais ne pas en exagérer l'effectif. Il convient aussi de ne pas désorganiser brusquement la société indigène, de n'en modifier les cadres, si c'est utile, que graduellement et avec prudence. Si nous bouleversons la société indigène, nous nous trouvons en face du chaos.Nous avons commis récemment des fautes de ce genre dans l'Annam quand le général de Gourcy s'avisa de détrôner le petit roi ; nous lui en avons substitué un qui, dans les idées orientales, sera longtemps entaché du caractère de rillégitimité. De même au Cambodge, nous nous sommes conduits en étourdis et en présomptueux quand nous avons en quelque sorte avili le roi Norodom, et que nous avons voulu transformer en société démocratique un|4B||té féodale, oubliant qu'il avait fallu une demi-douzaine de s^Hpour arriver à cette transformation en France et que les^ QplP^ professent un culte à la fois touchant et tenace pour Ij^ffaditions et les moreê majorum.

L'inconsistance de nûû^ politique, l'absence de plan, la surabondance de notre personnel, le grand nombre de résidents, de vice-résidents, dont beaucoup ne résident qu'en France, ont rendu notre colonie indo-chinoise très onéreuse. Après la fin de la guerre régulière (car le brigandage subsiste toujours) Tlndo-Ghine a reçu de la métropole un subside annuel de 30 millions de francs qui a été réduit à 22 millions, puis à une dizaine de millions mais qui, à ce dernier chiffre, laisse en déficit les finances locales. On a prédit des réductions ultérieures ; mais, avec les fautes persistantes, notamment l'instabilité de Tadministration, il sera ditQcile de les

(1) D'après le Rapport présenté au Sénat par M. Boulanger au nom de la Cornmiffsion du budget de 1891 (page 461 ), le Tonkin et TAnnam n'ont pas eu depuis la conquête, en 18S7, moins de 17 administrateurs successilii.» {Noie de /a4« édit,)

hee DE LA COLONISATION AU XIX* SIÈCLE.

réaliser aussi vite et aussi complètement qu'on l'espérait. Bien administrée, rindo-Ghine ne devrait plus, dans un délai de six ans, recevoir aucun subside du budget métropolitain. Elle devrait pourvoir, par ses propres ressources, avec Taide parfois de concessions de terres, de forêts ou de mines, à rétablissement des chemins de ftr, des tramways et des canaux. Bien plus dans quinze ou vingt ans, Tlndo-Chine devrait payer, comme le font actuellement les Indes anglaises, tous ses frais d'occupation militaire et de défense maritime (l).

Cette colonie, qui tiendra sur la carte du monde une place respectable, vaudra-l-elle les frais qu^elle aura coûtés? Sans compter que ces frais, avec une politique plus nette et plus ferme, auraient été singulièrement réduits, la môme question s'est posée à Torigine de chaque établissement européen dans les régions barbares. L'Algérie, pour nous, en est la preuve, et l'Inde pour les Anglais. Les colonies s'enfantent dans la douleur et ont de pénibles commencements qui découragent les caractères faibles et les esprits enfermés dans le temps présent : c'est la règle générale qui ne souffre que de bien rares exceptions. Cambodge, Cochinchine, Annam, Tonkin, il y a là 500 ou 600,000 kilomètres carrés au moins, dont la moitié est fertile et dont l'autre moitié contient des mines et des forêts; 20 ou 25 millions d'habitants sont répandus sur cette vaste région, entassés dans les deltas, dissémi- 1 nés sur les plateaux; de grands fleuves navigables une partie de l'année, le Mékong et le Song-Kol, pénètrent loin dans de vastes contrées voisines, le Siam, le Laos et le Yunnan. Nous devrions étendre notre protectorat sur le Laos et sur le Siam et devenir franchement les alliés de la Chine. La population de l'Indo-Chine

(1) D*aprè8 un discours de M. Etienne, Bous-secrétaire d*Etat aux colonie?, dans la séance de la Chambre des députés du 27 novembre 1890, le budget du Tonkin, indépendamment de la Cochinchine, aurait été de 62 millions de fr. ea 1887,50 millions en 1888, 49 millions en 1^89, 45 millions en 1890 et 39 millioDS en 1891. Dans ces chiffres les dépenses militaires entraient pour 50 millions eu 1887 et pour 22 millions en 1891 ; les dépenses civiles qui ne montaient qu'à 12 millions en 1889 sont évaluées pour 1891 ft 17 millions. Pour faire face à toutes ces dépenses le Tonkin lui-même n*a fourni que il millions de fr. en 18^7, 13 millions en 1888, 16 millions en 1889 et 20 millions en 1890. D'autre

Çart. on imposait à la Gochinchine. une contribution de 11 millions en faveur du onkin, lamielle sera réduite à 8 millions en 1891. La différence, eoit àTheure présente (1891) une dixaine de millions, incombe à la France, mais, si Ton ne faisait aucune omission, notamment pour 1<'S dépenses de la marine, y compris les réparations navales, on arriverait sans doute à un chiffre double. En 1891 on a dû prélever sur la dette flottante 18 millions pour la liquidation de l'arriéré du Tonkin et de la Gochinchine. 11 faudrait d*ici à cinq ou six ans dégager de toute dépense la métropole. On y peut arriver par l'augmentation des recettes, la cessation du gaspillage et aussi par certains agencements utiles. Dans le discours Ç récité, M. Etienne fait valoir qu'il a fait commencer le chemin de fer de Langhuon à Lang-Son, et que, après l'achëvement de cette ligne, on pourra, sur les 1,200.000 fr. que coûte annuellement le ravitaillement des troupes, économiser 800,000 fr. par an, ce qui, en quatre ou cinq années, paiera le coût de la construction du chemin de fer. (Note de la 4« édition,)

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française est en général douce : exploitée pendant des siècles par les brigands et les mandarins, elle peut, si nous sommes habiles, se serrer avec confiance autour de notre drapeau. La foi chrétienne peut pénétrer une partie de ces peuples, et les missionnaires nous y seront d'un secours qu'il faudra contrôler sans doute, mais qu'on ne devra pas mépriser. Notre commerce, qu'on pourra pendant quelque temps encourager par de légers tarifs différentiels, nos capitaux qui ne trouvent presque plus d'emploi chez nous et qui ne Jouissent que d'une sécurité restreinte dans les pays tout à fait étrangers, notre activité intellectuelle et morale de toutes sortes, aussi bien scientifique qu'administrative et industrielle, pourront se déployer à l'aise sur un champ si vaste. Sans doute, il faudra du temps pour le bien exploiter, vingt-cinq années, cinquante peut*6tre, môme une centaine au pisaller. La constitution du magnifique domaine qui s'appelle Flnde britannique a exigé une plus longue période encore d'efforts et de travaux. Le succès dans les colonies d'exploitation est à ce prix. Nos arrière-neveux nous devront celle richesse et cette gloire ; nous aurons l'honneur et la joie de l'avoir préparée. Un père épargne pour ses enfants et ne croit pas sa peine perdue, si brève que doive ôtre sa vie, quand il a semé un gland ou planté un chône ; une génération sociale doit aussi travailler pour celles qui la suivent. La civilisation humaine, prise dans son ensemble, nous saura gré d'avoir soustrait à l'oppression et à la barbarie des terres aussi considérables et une race de paysans aussilaborieux et aussi sobres.

Quoique, par la nature des choses, ne devant pas ôtre une colonie de peuplement, notre possession de l'Asie orientale pourra attirer et retenir chez elle un certain nombre de Français, comnaerçants, industriels, commis, contre-maîtres, chefs d'exploitation, directeurs de cultures, maîtres artisans. On ne devrait pas s'étonner que dans un demi-siècle il se trouvât autant de Français en Cochinchine, au Cambodge, dans TAnnam, au Tonkin, qu'il se rencontre aujourd'hui de Hollandais à Java ou d'Anglais dans rinde.

Les récentes expériences font justice de la réputation d'excessive insalubrité de ces régions. La mort n'y fait de grands ravages que lorsqu'on ne prend aucune précaution contre elle. Les documents statistiques relatifs aux troupes d'occupation de la Cochinchine démontrent qu'après avoir été fort élevée, effrayante môme au début, la mortalité a constamment décru parmi elles et qu'elle ne dépasse guère actuellement celle qu*on observe en Europe. En 1S61, le nombre des décès parmi nos soldats s'éleva à 115 pour 1.000, en 1862 à 62 pour 1,000, en 1863 à 82; en 1864. elle descendit à 54 pour 1,000, puis à 41 en 1866 ; elle se releva à 60 en 1867,

mais pour redescendre à 30 en 1868. De 1870 à 188D, elle a Tarie entre le maximum de 52,5 pour 1,000 en 1871 et le minimum de 12.2 pour 1,000 en 1879. Ce dernier chiffre ne dépasse que de fort peu la mortalité moyenne des soldats en France, laquelle s'est élevée à 11,41 pour 1,000 dans la période de 1862 à 1869, et à 9,54 pour 1,000 dans celle de 1872 à 1875. On dira avec raison qu'il faut tenir compte des malades rapatriés. Ceux-ci, en effet, sont nombreux, et il n*est pas douteux que parmi eux un certain nombre n'expirent sur mer ou à leur retour en France ; mais le même fait se passe, quoique dans des proportions moindres, pour les soldats en garnison dans la métropole. Les bons observateurs estiment que cette mortalité sur mer ou au retour dans la patrie doit vraisemblablement doubler la mortalité attribuable à la Cochinchine ; celle-ci aurait donc été de 24 pour 1,000 en 1879. C'est une proportion qui n'est pas bien inquiétante et qui sans doute pourra se restreindre encore, car, au point de vue hygiénique, on n'a pas réalisé toutes les précautions utiles.

Le climat du Tonkin est, d'ailleurs, préférable à celui de la Cochinchine ; la mortalité n'y serait pas plus forte que parmi les troupes d'Europe. Des juges qui offrent des garanties d'exactitude pensent que les Européens pourront habiter les rives du Fleuve Rouge, y mener leurs familles et que ces familles pourront même s'y perpétuer dans des conditions restreintes formant une race créole, à la seule condition de ne pas remuer la terre, ni défricher la forêt (1). Les Européens se trouveraient donc dans cette contrée comme dans beaucoup d'autres oîi ils font le commerce et l'industrie, l'Egypte, les Antilles, etc.

Colonies océaniennes. — A nos possessions d'Asie peuvent se rattacher, malgré leur distance, nos îles de l'Océanie; nous ne sommes venus que bien tard dans ces archipels nombreux où les Anglais, les Hollandais et les Espagnols nous ont de longtemps devancés. Aux Philippines, dans l'archipel de la Sonde, aux îles australasiennes, nous n'avons à opposer que quelques îlots peuplés de quelques milliers de sauvages et à peine de quelques rares Européens. Toutes ces acquisitions sont dues à la monarchie de Juillet et au second Empire : elles proviennent d'une pensée plus politique que coloniale; sous Louis-Philippe, on s'est malheureusement laissé devancer de quelques instants pour la pos • session de la Nouvelle-Zélande ; on a voulu acquérir sur toutes les mers une sorte de cordon de stations navales qui puissent servir de refuge à nos marins : c'est ainsi que Taïti était un point de protection et de ravitaillement pour les baleiniers français, alors

(1) Voir la brochure du D' Gustave Lagneau sur VEmigration de France^ pages 'il à fcO.

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